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Zakhor
1500 – 1501 · Provence, Comtat Venaissin

Les quatre communautés

Chassés de Provence, ils traversent le Rhône et s’installent chez le pape. Ils y resteront presque trois siècles, dans quatre villes et nulle part ailleurs.

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La Provence, rattachée à la France en 1481, comptait des communautés juives anciennes — Marseille, Arles, Aix, Tarascon, Manosque.

Les violences s’y multiplient à la fin du siècle : Tarascon en 1489, Arles avant juillet 1493, Manosque en 1495, sous l’impulsion de prédicateurs carmes et franciscains.

Louis XII ordonne l’expulsion en 1498. Elle n’est pas appliquée. Il la renouvelle le 22 mai 1500, puis le 31 juillet 1501, et cette fois elle l’est, en septembre.

Ceux qui restent

Beaucoup se convertissent plutôt que de partir, et forment une population de néophytes que le pays continuera de désigner comme telle pendant des générations.

Marseille avait réclamé l’expulsion, et une bande s’y était organisée pour piller les partants — mais des voix s’y élevèrent aussi contre leur départ.

Le roi taxe lourdement les convertis, ce qui donne la mesure des intentions.

De l’autre côté du Rhône

Le Comtat Venaissin et Avignon appartiennent au pape, non au roi de France. L’expulsion ne s’y applique pas.

Les Juifs de Provence y passent, et se concentrent dans quatre villes : Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue.

On les appellera les Arba Kehilot — les quatre communautés — ou, familièrement, les Juifs du pape.

Ce que le refuge coûtait

La protection pontificale n’était pas une tolérance libérale. Ils vivaient dans des carrières — des rues fermées —, portaient le chapeau jaune, payaient des taxes spéciales et devaient assister à des sermons de conversion.

Ils n’avaient le droit de résider que dans ces quatre villes, et nulle part ailleurs dans le Comtat.

Mais ils y étaient, sans interruption, quand il n’y avait plus un seul Juif déclaré dans le royaume de France.

Ce qu’ils ont produit

Un rite propre, le rite comtadin, avec ses prières et ses mélodies — le plus ancien rite juif de France, et l’un des rares à n’être ni ashkénaze ni séfarade.

Une langue, le judéo-provençal ou shuadit, éteinte au XXᵉ siècle.

Les synagogues de Carpentras et de Cavaillon, bâties au XVIIIᵉ siècle, sont les plus anciennes de France encore en usage. Quand la Révolution ouvre le royaume, les Juifs du pape en sortent — et les quatre communautés se vident presque aussitôt.