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Zakhor
1848 – 1850 · Adélaïde, Australie-Méridionale

La colonie libre

Cinquante-huit Juifs fondent une congrégation dans la seule colonie australienne où l’on n’a jamais débarqué de bagnards. Les chrétiens de la ville aident à payer la synagogue.

BelegtAustralieAdélaïdeColonieFondation

L’Australie-Méridionale se distingue des autres colonies australiennes sur un point : elle n’a jamais reçu de convicts. Fondée en 1836 sur un projet de colonisation par des colons libres, elle attire des dissidents religieux et des marchands.

En 1848, cinquante-huit Juifs vivent à Adélaïde. Ils constituent cette année-là une congrégation, présidée par Judah Moss Solomon.

La synagogue de 1850

Le bâtiment ouvre en 1850. Il est petit — environ onze mètres sur huit, cent cinquante places — et construit en pierre dans un style dit égyptien, alors en vogue pour les synagogues australiennes.

Il coûte, achat du terrain compris, environ neuf cent cinquante livres, réunies par emprunts et par dons.

Le détail qui compte est celui-ci : ces dons viennent de la communauté juive et de la population chrétienne de la ville.

Ce que cela dit d’Adélaïde

Une souscription publique où des chrétiens financent une synagogue n’allait de soi nulle part en 1850 — ni en Europe, ni en Amérique.

Elle s’explique par la nature de la colonie : fondée en partie par des non-conformistes qui avaient eux-mêmes souffert des incapacités religieuses en Angleterre, sans Église établie, et où le nombre de colons était assez faible pour que chacun compte.

Emmanuel Solomon, l’un des notables juifs de la colonie, était loué dès 1843 par la presse locale comme mécène des institutions littéraires et philanthropiques.

Une communauté qui reste petite

Un cimetière est acquis en 1852, des cours religieux ouvrent en 1862.

La communauté n’a jamais été nombreuse. Melbourne et Sydney, plus grandes et plus proches des routes migratoires, ont capté l’essentiel de l’immigration juive australienne — surtout après 1938, avec l’arrivée des réfugiés d’Europe centrale, puis après 1945.

Adélaïde compte aujourd’hui quelques centaines de Juifs.

Ce que ce cas permet de comparer

Mis en regard de Gibraltar, où une clause de traité interdisait aux Juifs de résider, ou de Lengnau, où deux villages étaient les seuls autorisés dans toute la Suisse, Adélaïde montre l’autre extrémité de l’éventail au même siècle.

Rien dans le droit de la colonie ne visait les Juifs, ni pour les exclure ni pour les protéger : ils étaient des colons parmi d’autres.

C’est rare, et cela tient à une circonstance de fondation plutôt qu’à un principe proclamé.