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Zakhor
mars 1943 · Sofia et Kyustendil

Quarante-trois signatures

Les wagons sont commandés pour le 10 mars. Un vice-président du Parlement l’apprend le 8 et fait signer une lettre. Quarante-huit mille personnes ne partent pas.

مثبتBulgariePeshevSauvetageThrace

La Bulgarie est alliée de l’Allemagne. Son gouvernement a signé en février 1943 un accord prévoyant la déportation de vingt mille Juifs — ceux des territoires nouvellement annexés de Thrace et de Macédoine, et le complément pris sur la Bulgarie même.

Le départ est fixé au 10 mars, depuis la gare de Kyustendil.

Le 8 mars

Dimitar Peshev, vice-président de l’Assemblée nationale, apprend le plan le 8 mars par un ami juif de Kyustendil, Yakov Baruch. Une délégation de notables de la ville, juifs et non juifs, est venue à Sofia alerter.

Au matin du 9 mars, Peshev décide d’arrêter la chose. Il obtient du ministre de l’Intérieur la suspension des ordres, puis rédige une lettre au gouvernement exigeant la protection de tous les citoyens juifs du royaume.

Quarante-trois autres parlementaires la signent, dont des membres de la majorité. Elle est remise au Premier ministre Filov.

Ce que la lettre obtient

La déportation des Juifs de Bulgarie n’a pas lieu. Environ quarante-huit mille personnes restent.

Elles subissent des mesures dures — expulsion de Sofia vers la province, travail forcé, spoliations — mais elles ne sont pas remises aux Allemands.

Le roi Boris III, le Parlement, l’Église orthodoxe bulgare et une part de l’opinion ont pesé dans le même sens. Aucune de ces autorités n’agissait seule, et l’attribution du mérite fait l’objet d’une querelle mémorielle qui dure encore.

Ce que la lettre n’a pas obtenu, et qu’il faut dire en premier

Les Juifs de Thrace et de Macédoine, territoires occupés et administrés par la Bulgarie mais dont les habitants n’avaient pas la citoyenneté bulgare, ont été livrés.

Plus de onze mille personnes ont été arrêtées par les autorités bulgares et déportées à Treblinka par l’armée allemande. Presque aucune n’est revenue.

Le sauvetage bulgare et cette déportation sont le même dossier, le même mois, le même gouvernement. Raconter l’un sans l’autre, comme cela a longtemps été fait, n’est pas une simplification : c’est une faute.

Ce qu’il en a coûté à Peshev

Le 16 mars 1943, il est officiellement blâmé par l’Assemblée. Le 24, il est démis de sa vice-présidence.

Après-guerre, le régime communiste le condamne comme collaborateur ; il passe plus d’un an en prison, sort ruiné, et meurt à Sofia en 1973 dans l’obscurité.

Yad Vashem l’a reconnu Juste parmi les nations la même année.