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Zakhor
1896 · Le Caire → Cambridge

Le Caire, 1896 — deux sœurs et un feuillet

Deux jumelles écossaises rapportent des feuillets achetés au Caire ; sur l'un d'eux dort un livre perdu depuis mille ans.

مثبتGuenizahLe CaireSchechterBen Sira

Agnes Smith Lewis et Margaret Dunlop Gibson étaient jumelles, écossaises, veuves, et orientalistes sans aucun poste — l'université ne recevait pas les femmes. Elles voyageaient, achetaient des manuscrits, en publiaient. En 1896, elles rentrent du Caire avec un lot de feuillets acquis sur place.

À Cambridge, elles les montrent à Solomon Schechter. Sur l'un d'eux, il reconnaît ce que personne n'avait vu depuis un millénaire : le texte hébreu du livre de Ben Sira, connu jusque-là par ses seules traductions grecque et latine. Il part pour Le Caire en décembre.

Ce qu'il en rapporte n'est pas un manuscrit mais une pièce entière : la guenizah de la synagogue Ben Ezra, où l'on jetait depuis des siècles tout papier susceptible de porter le nom de Dieu. Quelque deux cent mille fragments — des prières, mais aussi des lettres d'affaires, des contrats de mariage, des listes de dot, des cahiers d'écoliers. La vie ordinaire d'un monde méditerranéen, du Xᵉ au XIIIᵉ siècle.

Personne n'avait rien caché ni rien voulu transmettre : c'était un débarras. La règle de ne pas détruire un écrit portant le Nom a conservé, sans le vouloir, mille ans de quotidien — et il a fallu deux femmes tenues à l'écart des universités pour que quelqu'un s'en avise.