En 1605, un lettré nommé Ai Tian, venu de Kaïfeng à Pékin pour les examens impériaux, entend dire qu'il y a dans la capitale des étrangers qui n'adorent qu'un seul Dieu et ne sont pas musulmans. N'ayant jamais entendu parler du christianisme, il en conclut qu'ils sont de sa propre foi et va leur rendre visite.
Le jésuite Matteo Ricci le reçoit et fait le raisonnement inverse : il croit accueillir un chrétien. Devant une image de Marie avec l'enfant et le petit Jean, Ai Tian s'incline en y reconnaissant Rébecca et ses deux fils, Jacob et Ésaü. Le malentendu tient un moment, puis se défait.
Ce qu'Ai Tian raconte alors, Ricci le consigne : dans sa ville vivent douze clans qui observent les mêmes lois, une synagogue y conserve des rouleaux, et lui-même reconnaît les lettres hébraïques sans savoir les lire. C'est ainsi que l'Europe apprend l'existence des juifs de Chine.
La communauté de Kaïfeng était là depuis des siècles et n'avait besoin d'être découverte par personne : la découverte est celle de l'Europe, pas la sienne. Et ce qui l'ouvre n'est pas une enquête savante — c'est un homme qui se trompe sur une image, dans le salon d'un autre qui se trompe sur lui.