Targum
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发布于 2026年8月10日
Introduction
Le mot Targum (תרגום) ne désigne pas une famille, ni un lieu, ni un homme : il nomme un acte — celui de traduire l'Écriture hébraïque en araméen, langue vernaculaire du judaïsme antique. C'est pourquoi ce livre s'ouvre non sur une étymologie, mais sur une scène : la synagogue de Judée ou de Babylonie, où l'on lit la Torah dans un hébreu que le peuple ne comprend plus, et où un homme, debout à côté du lecteur, restitue verset après verset dans la langue de tous les jours. Cet homme, le meturgeman, est l'origine vivante du Targum. Le Targum est ainsi, avant d'être un corpus écrit, une institution liturgique et pédagogique. Les targoumim sont des traductions en araméen de la Bible hébraïque, produites et utilisées dans le judaïsme antique. De cette pratique orale sont nés des textes qui, figés au fil des siècles, sont devenus des monuments : le Targum Onkelos pour la Torah, le Targum Jonathan pour les Prophètes, et une constellation de targoumim palestiniens dont le plus célèbre, redécouvert au XXᵉ siècle, porte le nom de Neofiti. Ce livre suit ce fil : de la voix du traducteur à la page du manuscrit, et de la page au laboratoire de l'exégèse moderne.
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Chapitre 1 : La voix du meturgeman — l'oralité fondatrice
Après l'exil de Babylone, l'araméen supplante peu à peu l'hébreu comme langue parlée des Judéens. La lecture publique de la Torah devient dès lors inintelligible pour une part du peuple. La tradition rattache l'origine de la traduction orale à la scène du livre de Néhémie, où les lévites lisent la Loi « en la rendant claire » pour que le peuple comprenne — verset que la tradition rabbinique interprétera plus tard comme l'institution même du Targum. Naît alors la fonction du meturgeman, l'interprète qui traduit à haute voix.
Cette pratique obéissait à des règles strictes. Le lecteur récitait l'hébreu, le traducteur rendait l'araméen sans lire sur un texte écrit, afin qu'on ne confondît pas la traduction avec l'Écriture sainte elle-même. On traduisait un verset à la fois pour la Torah, trois pour les Prophètes. Cette dissociation rituelle entre le texte inspiré et sa glose vernaculaire explique un trait décisif : le Targum n'est jamais une simple traduction littérale, mais une traduction interprétative, qui explicite, désambiguïse et parfois développe. La longue phase orale de cette pratique — plusieurs siècles — précède et nourrit la mise par écrit tardive. Les targoumim ont d'abord été transmis oralement avant d'être consignés par écrit. C'est de cette matrice liturgique que sortiront tous les textes ultérieurs.
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Chapitre 2 : Onkelos et la Torah — le targoum « officiel » de Babylone
Le plus autorisé des targoumim de la Torah porte le nom d'Onkelos. La tradition talmudique en fait un prosélyte, disciple des grands maîtres tannaïtiques, et le crédite d'une traduction araméenne de la Loi devenue référence dans les académies babyloniennes. Onkelos le prosélyte est présenté par la tradition comme une figure des Tannaïm, associée à la traduction araméenne de la Torah. La recherche moderne nuance ce récit : le nom « Onkelos » procède probablement d'une confusion, dans les sources rabbiniques, avec « Aquila », l'auteur d'une traduction grecque très littérale de la Bible ; le targoum araméen qui porte son nom serait en réalité une œuvre collective, rédigée et éditée en Babylonie, vraisemblablement entre le IIᵉ et le Vᵉ siècle.
Le Targum Onkelos se distingue par sa sobriété. Il suit le texte hébreu de très près, évite les développements narratifs, et n'intervient que pour lever une difficulté ou écarter une lecture jugée théologiquement inconvenante — notamment en atténuant les anthropomorphismes appliqués à Dieu. Cette retenue lui valut son statut : il devint le targoum canonique de la Torah dans le monde rabbinique, au point d'être imprimé en regard du texte hébreu dans les Bibles rabbiniques et étudié comme complément obligé de la lecture hebdomadaire. Le Targum Onkelos est considéré comme la version araméenne la plus autorisée de la Torah dans la tradition rabbinique.
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Chapitre 3 : Jonathan ben Ouziel et les Prophètes
Aux Prophètes correspond un targoum attribué à Jonathan ben Ouziel, que la tradition présente comme le plus éminent des disciples de Hillel l'Ancien. La tradition attribue à Yonathan ben Ouziel la traduction araméenne des livres prophétiques. Là encore, l'attribution nominale relève de la mémoire plus que de l'histoire documentée : le Targum Jonathan, comme l'Onkelos, est le fruit d'un long travail de rédaction, achevé en Babylonie, et il partage avec lui la même langue araméenne standardisée, dite « babylonienne » ou « judéenne littéraire ».
Le Targum des Prophètes est plus paraphrastique que celui de la Torah. Devant les oracles obscurs, les images poétiques et les visions, le traducteur explicite le sens, actualise les prophéties, insère des interprétations messianiques et halakhiques. Il constitue à ce titre un témoin précieux de l'exégèse juive ancienne : on y lit comment les maîtres comprenaient Isaïe, Jérémie ou Ézéchiel. Le couple Onkelos–Jonathan forme ainsi le socle « oriental » du corpus targoumique, celui que la tradition babylonienne a retenu, transmis et canonisé, et qui accompagnera l'étude juive jusqu'à nos jours.
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Chapitre 4 : Les targoumim palestiniens et le Pseudo-Jonathan
À côté de la tradition babylonienne subsiste une autre famille, née en terre d'Israël : les targoumim palestiniens. Rédigés dans un araméen occidental différent, ils se caractérisent par une liberté beaucoup plus grande à l'égard du texte hébreu. Ils gonflent le récit biblique de traditions aggadiques, de légendes, de développements homilétiques et de gloses juridiques qui témoignent de la vie religieuse des synagogues de Galilée.
Le plus connu de ces targoumim de la Torah est le Targum Pseudo-Jonathan, ainsi nommé par erreur : l'attribution à Jonathan ben Ouziel résulte d'une mélecture d'une abréviation manuscrite (« T. J. » pour Targum Yeroushalmi, targoum de Jérusalem). Ce texte, très riche en amplifications narratives, mêle des couches anciennes à des éléments manifestement tardifs — certains renvoyant à l'époque islamique — ce qui atteste une compilation étalée sur des siècles. À ces témoins s'ajoutent les Targoumim fragmentaires et les gloses marginales, qui conservent des variantes précieuses. Ensemble, ces textes révèlent un judaïsme populaire, imaginatif et exégétiquement audacieux, longtemps demeuré dans l'ombre du corpus babylonien plus austère.
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Chapitre 5 : La découverte du Codex Neofiti (1956) et la renaissance des études targoumiques
L'histoire moderne du Targum connaît un tournant en 1956, à la Bibliothèque vaticane. Un manuscrit catalogué comme un Targum Onkelos y est réexaminé par des chercheurs qui reconnaissent, sous cette étiquette erronée, un texte tout autre : un targoum palestinien complet de la Torah, jusqu'alors réputé perdu. Ce manuscrit, provenant du Collège des Néophytes de Rome, reçoit le nom de Codex Neofiti 1. Sa découverte est un événement : pour la première fois, on dispose d'un targoum palestinien intégral de la Loi, et non de simples fragments.
L'intérêt du Neofiti dépasse de loin l'érudition targoumique. Son araméen occidental, ses tournures théologiques — notamment l'usage de la Memra, la « Parole » divine comme intermédiaire entre Dieu et le monde — ont nourri les débats sur le milieu linguistique et religieux du judaïsme du tournant de notre ère. Le Targum Neofiti a été étudié comme un témoin de l'araméen palestinien et de la théologie juive ancienne. Sa publication, à partir des années 1960 par Alejandro Díez Macho, a relancé une discipline entière et ravivé la question des rapports entre les targoumim palestiniens et les traditions exégétiques les plus anciennes. Le Targum, longtemps auxiliaire modeste de la lecture synagogale, est ainsi devenu un objet majeur de la philologie sémitique et de l'histoire des religions.
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Chapitre 6 : Étymologie, onomastique et diffusion d'un mot
Le terme targum dérive de la racine sémitique t-r-g-m, « traduire, interpréter », attestée bien au-delà du seul domaine juif : elle a donné l'arabe tarjama et, par voie savante, une lignée de mots dans les langues européennes. Le meturgeman, l'interprète, en est le dérivé le plus ancien ; c'est de lui, à travers l'arabe turjumān, que procède le mot français truchement, ainsi que l'anglais dragoman, l'interprète officiel des puissances orientales.
Dans l'usage juif, le mot s'est spécialisé pour désigner exclusivement les versions araméennes de la Bible. Il ne s'applique ni à la Septante grecque ni à la Peshitta syriaque, réservant sa portée à ce corpus araméen précis. Cette précision terminologique explique que l'on parle « du Targum » comme d'un genre, tout en distinguant « les targoumim » comme une pluralité de textes. Le nom lui-même porte donc la double nature de l'objet : à la fois acte de médiation linguistique et corpus littéraire constitué. Placer ici l'onomastique, et non en ouverture, revient à la lire à sa juste place : comme la trace verbale d'une pratique qui l'a précédée de plusieurs siècles.
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Les grandes figures
Onkelos le prosélyte (dates inconnues, IIᵉ siècle apr. J.-C.) — Figure de la tradition tannaïtique, présenté comme un converti au judaïsme et disciple des grands maîtres de son temps. La tradition en fait un prosélyte rattaché à la génération des Tannaïm. Son nom est attaché au targoum araméen le plus autorisé de la Torah. La recherche voit dans ce personnage un possible dédoublement d'Aquila, traducteur grec, et considère l'œuvre elle-même comme une rédaction collective babylonienne. Il demeure le patron symbolique du Targum de la Loi.
Jonathan ben Ouziel (dates inconnues, Iᵉʳ siècle av.–Iᵉʳ siècle apr. J.-C.) — La tradition le présente comme le plus grand disciple de Hillel l'Ancien et l'auteur du targoum des Prophètes. On lui attribue la version araméenne des livres prophétiques. Comme pour Onkelos, l'attribution est honorifique plus qu'historique : le texte est une compilation babylonienne postérieure. Son nom fut aussi accolé, par erreur de lecture, au Targum Pseudo-Jonathan de la Torah, ce qui a longtemps brouillé son identité.
Hillel l'Ancien (vers 110 av. J.-C.–vers 10 apr. J.-C.) — Maître fondateur de l'école qui porte son nom, il incarne l'autorité pharisienne dont se réclame la mémoire targoumique. Il n'a pas rédigé de targoum, mais la tradition rattache à son enseignement la génération de traducteurs et d'interprètes qui la suit. Sa figure ancre le Targum dans le cœur du judaïsme rabbinique naissant et lui confère sa légitimité doctrinale.
Aquila du Pont (IIᵉ siècle apr. J.-C.) — Prosélyte auteur d'une traduction grecque extrêmement littérale de la Bible hébraïque, réalisée pour les communautés hellénophones. Son nom, proche d'« Onkelos », a probablement engendré, dans les sources rabbiniques, la confusion entre les deux traducteurs. Il éclaire, par contraste, la vocation propre du Targum araméen : non pas servir les hellénophones, mais les araméophones de Judée et de Babylonie.
Alejandro Díez Macho (1916–1984) — Bibliste et sémitisant espagnol, il identifia et publia le Codex Neofiti 1 après sa reconnaissance en 1956 à la Bibliothèque vaticane. Son édition monumentale, accompagnée de traductions, rendit accessible pour la première fois un targoum palestinien complet de la Torah. Ses travaux ont fait du Neofiti un témoin central de l'araméen palestinien. Il est le principal artisan du renouveau contemporain des études targoumiques.
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Conclusion
Le Targum n'est pas un livre mais un geste devenu bibliothèque. Né du besoin concret de rendre l'Écriture intelligible à un peuple qui ne parlait plus l'hébreu, il a traversé les âges sous des formes multiples : voix du meturgeman dans la synagogue, texte sobre et canonique d'Onkelos, paraphrase prophétique de Jonathan, foisonnement légendaire des targoumim palestiniens, et jusqu'au manuscrit oublié du Vatican rendu à la lumière au XXᵉ siècle. Chacune de ces strates conserve la mémoire d'une manière de comprendre la Torah à une époque et en un lieu donnés. Étudier le Targum, c'est donc lire par-dessus l'épaule des anciens interprètes juifs, saisir leurs choix, leurs pudeurs théologiques et leurs audaces exégétiques. Objet à la frontière de la liturgie, de la philologie et de l'histoire des religions, il demeure l'un des témoins les plus vivants de la façon dont un texte sacré reste vivant : non par sa fixité, mais par le travail incessant de sa traduction.
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