希伯来书籍和印刷术
地区: Italie, Empire ottoman, Europe
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发布于 2026年8月17日
关于希伯来书籍和印刷术的主题大书:从手稿到早期印刷机(Soncino、Venise)、版本题记、审查制度、塔木德和祈祷书的传播。书面传播的物质史。历史书目。
Introduction
L'histoire du livre hébraïque épouse celle de la transmission écrite du judaïsme, depuis les rouleaux liturgiques et les codices manuscrits du Moyen Âge jusqu'aux presses qui, à partir du dernier tiers du XVe siècle, transformèrent radicalement la diffusion du savoir juif. Le passage du manuscrit à l'imprimé ne fut pas une simple révolution technique : il engagea des questions de fidélité au texte sacré, d'autorité rabbinique, de marché, de censure et de mémoire diasporique. De Rome à Soncino, de Venise à Constantinople, d'Amsterdam à Vilna, le livre hébraïque s'est fait l'instrument privilégié d'une culture dispersée géographiquement mais unifiée par le texte [Encyclopaedia Judaica].
Le présent ouvrage propose une histoire matérielle de cette transmission. Il s'attache aux objets — l'incunable, le folio talmudique, le sidour, la page de titre, le colophon — autant qu'aux acteurs : familles d'imprimeurs, correcteurs savants, éditeurs chrétiens, censeurs ecclésiastiques. Il suit le fil chronologique des presses, mais aussi les déplacements imposés par les expulsions et les interdictions, qui firent du livre hébraïque un patrimoine itinérant. L'histoire récente de la restitution d'ouvrages spoliés, dont le cas du Di Gara — exemplaire vénitien retrouvé près de quatre-vingts ans après avoir disparu dans les décombres de la Shoah — vient rappeler que cette histoire n'est pas close : les livres hébreux continuent de circuler, de reparaître, d'être rendus à leurs propriétaires légitimes. Selon les historiens du livre, l'imprimerie hébraïque a contribué à fixer des textes, à standardiser des mises en page et à constituer un canon partagé d'une communauté à l'autre [Encyclopaedia Judaica ; A. M. Habermann, Histoire du livre hébraïque].
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Chapitre 1 : Du manuscrit au codex — l'héritage scribal
Avant l'imprimerie, la transmission des textes juifs reposait sur le travail des scribes (soferim) et des copistes. La copie de la Torah destinée à l'usage synagogal obéissait à des règles strictes héritées de la tradition massorétique, qui visaient à préserver la lettre du texte consonantique, la vocalisation et les signes de cantillation [Encyclopaedia Judaica]. À côté de ces rouleaux liturgiques, le Moyen Âge produisit une abondante littérature en codices : bibles vocalisées et accompagnées de la massore, commentaires, traités talmudiques, recueils liturgiques et œuvres philosophiques.
Les ateliers de copie, en Espagne, en Provence, en Italie, dans les pays germaniques et au Proche-Orient, développèrent des traditions calligraphiques distinctes — écritures dites séfarade, ashkénaze, italienne, orientale et yéménite [Encyclopaedia Judaica]. Le manuscrit hébraïque légua à l'imprimé plusieurs de ses caractéristiques durables : le colophon, où le copiste consignait son nom, le lieu et la date d'achèvement ; la disposition du texte sacré entouré de ses commentaires ; ainsi qu'un répertoire d'abréviations et de ligatures. Il est largement admis que les premiers imprimeurs cherchèrent à reproduire l'apparence des manuscrits, jusque dans le dessin des caractères et la mise en page [A. M. Habermann]. La valeur du manuscrit ne disparut pas avec l'imprimé : dans les cercles savants et kabbalistiques, certains auteurs continuèrent longtemps à confier leurs œuvres à des copistes plutôt qu'aux presses, réservant l'écrit manuscrit à un enseignement destiné aux seuls initiés — pratique bien attestée à Safed au XVIe siècle, où des maîtres comme Moïse Cordovero cachaient leurs manuscrits pour en protéger l'accès [zakhor-online.com, « La Terre sainte au temps des Kabbalistes »].
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Chapitre 2 : Les incunables hébraïques (vers 1469–1500)
L'imprimerie hébraïque naquit en Italie peu après l'introduction de la presse à caractères mobiles dans la péninsule. Les premiers livres hébreux datés furent imprimés au début des années 1470, notamment le commentaire de Rachi sur le Pentateuque, considéré comme l'un des plus anciens ouvrages hébraïques portant une date d'impression, achevé à Reggio di Calabria en 1475 [Encyclopaedia Judaica]. D'autres ateliers s'établirent à Rome, à Mantoue, à Ferrare et ailleurs.
À Mantoue, l'imprimeur Abraham Conat fut l'une des premières figures de ce mouvement [Encyclopaedia Judaica]. Un autre jalon mérite attention : en 1484, la ville de Soncino vit sortir de presses hébraïques le Mibhar ha-Peninim de Salomon Ibn Gabirol, attestant la vitalité précoce de cet atelier lombard avant même son œuvre la plus célèbre [zakhor-online.com, « Salomon Ibn Gabirol »]. C'est en effet la famille Soncino, originaire de la bourgade lombarde du même nom, qui marqua le plus durablement l'incunable hébraïque. On lui attribue l'impression de la première Bible hébraïque complète et vocalisée, achevée à Soncino en 1488 [Encyclopaedia Judaica]. Les Soncino imprimèrent également des traités du Talmud accompagnés de commentaires, posant des jalons typographiques décisifs. La période des incunables hébraïques — c'est-à-dire des livres imprimés avant 1501 — est aujourd'hui recensée par les bibliographes ; on en connaît environ cent soixante-quinze éditions, fruit d'ateliers répartis principalement en Italie et dans la péninsule Ibérique avant les expulsions [Encyclopaedia Judaica]. Selon plusieurs historiens, ces premiers livres conservent la solennité du manuscrit tout en inaugurant la diffusion en série.
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Chapitre 3 : Venise, Bomberg et la naissance du folio talmudique
Au début du XVIe siècle, Venise devint la capitale de l'imprimerie hébraïque, en dépit du fait que la République interdisait généralement aux juifs d'exercer eux-mêmes le métier d'imprimeur. C'est un chrétien d'Anvers, Daniel Bomberg, qui établit dans la cité des Doges l'atelier le plus influent, employant des correcteurs et savants juifs [Encyclopaedia Judaica]. Entre 1519 et 1523 environ, Bomberg imprima la première édition complète du Talmud de Babylone ; en 1524, il publia également la première édition du Talmud de Jérusalem, ouvrage alors fort peu commenté par les grands maîtres mais dont Bomberg assura ainsi la survie imprimée [zakhor-online.com, « Le Talmud, quelques notes »].
Cette double édition eut des conséquences considérables : la mise en page adoptée par Bomberg — le texte de la Mishna et de la Gemara au centre, encadré par le commentaire de Rachi et les Tossafot — ainsi que la pagination par folios (recto a, verso b) devinrent la norme universelle, encore en usage dans les éditions contemporaines [Encyclopaedia Judaica]. Bomberg publia également une Bible rabbinique (Miqraot Gedolot) réunissant le texte biblique, les targoumim araméens et les principaux commentaires, dont l'édition de 1524–1525 préparée par Jacob ben Hayyim ibn Adonijah devint une référence pour le texte massorétique [Encyclopaedia Judaica]. D'autres imprimeurs vénitiens, tels Marco Antonio Giustiniani et Alvise Bragadini, lui succédèrent, mais leur rivalité allait, indirectement, précipiter une crise majeure.
La vitalité de l'imprimerie hébraïque vénitienne se prolongea bien au-delà de Bomberg. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, des ateliers continuèrent à produire des livres hébraïques de premier plan, dans une ville qui restait pour les auteurs et les érudits juifs dispersés une destination de rêve : les librairies de Jérusalem et de Safed importaient des exemplaires vénitiens et en tiraient d'importants bénéfices, signe que la cité des Doges était perçue comme le centre de l'édition hébraïque de qualité [zakhor-online.com, « La Terre sainte au temps des Kabbalistes »]. C'est dans ce contexte de vitalité tardive que s'inscrit l'atelier de Giovanni di Gara, dont l'histoire matérielle d'un exemplaire allait traverser les siècles jusqu'à nos jours.
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Chapitre 4 : Giovanni di Gara et les imprimeurs chrétiens de la fin du XVIe siècle à Venise
Parmi les imprimeurs non juifs qui perpétuèrent la tradition hébraïque vénitienne dans la seconde moitié du XVIe siècle, Giovanni di Gara occupe une place particulière. Opérant à Venise à partir des années 1564 et jusqu'aux premières années du XVIIe siècle, il fut l'un des imprimeurs chrétiens les plus actifs dans le domaine des livres hébraïques, dans la lignée directe de la tradition inaugurée par Bomberg. Parmi ses productions figure une édition des Cinq Livres de Moïse et des Haftarot — le Pentateuque accompagné des lectures prophétiques qui lui sont associées dans le cycle liturgique synagogal — ouvrage d'une grande qualité typographique [Restitution du « Di Gara », découverte de la veille du 16/08/2026].
Cet exemplaire, destiné à l'usage savant et communautaire, traversa plusieurs siècles de circulation cultivée avant d'entrer, vers 1877, dans la bibliothèque du Séminaire rabbinique de Budapest, acquis après avoir appartenu au rabbin et érudit italien Lelio Della Torre, mort en 1871 [Restitution du « Di Gara »]. La trajectoire de ce volume illustre parfaitement le rôle que joua l'imprimerie hébraïque vénitienne comme foyer d'une culture du livre itinérante : produit dans les ateliers d'un imprimeur chrétien pour des lecteurs juifs, il passa de main en main à travers l'Italie et la Mitteleuropa, avant de trouver un foyer institutionnel dans l'une des grandes institutions du judaïsme européen moderne.
Le cas de Di Gara témoigne plus largement d'un phénomène structurel de l'édition hébraïque à Venise : la production du livre hébreu y fut très souvent le fait d'imprimeurs non juifs — Bomberg, Giustiniani, Bragadini, Di Gara — qui s'appuyaient sur des savants juifs pour la correction des textes et la maîtrise des caractères, dans un équilibre économique et intellectuel singulier, que les décisions de censure allaient périodiquement fragiliser.
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Chapitre 5 : Censure, autodafés et déplacement des presses
Le succès du livre hébraïque suscita la méfiance des autorités ecclésiastiques. Un conflit commercial entre imprimeurs vénitiens dégénéra en dénonciation du contenu du Talmud auprès de Rome. En 1553, sur ordre pontifical, des exemplaires du Talmud furent brûlés à Rome, place du Campo dei Fiori, puis dans d'autres villes d'Italie [Encyclopaedia Judaica]. L'inscription du Talmud à l'Index, puis les dispositions de censure issues du concile de Trente, soumirent dès lors les livres hébraïques au contrôle des censeurs.
Cette censure laissa des traces matérielles caractéristiques : passages biffés, mots remplacés, et surtout signatures de censeurs — souvent des convertis — apposées en fin de volume pour attester l'expurgation [Encyclopaedia Judaica]. Bien des exemplaires conservés portent encore ces interventions. Parallèlement, la répression contraignit les imprimeurs à se déplacer. Des centres se développèrent ou se renforcèrent dans l'Empire ottoman, plus tolérant : à Constantinople et à Salonique, des imprimeries hébraïques fonctionnaient dès le début du XVIe siècle, accueillant notamment des exilés ibériques [Encyclopaedia Judaica]. À Safed, en Galilée, l'imprimerie hébraïque connut un destin mouvementé : l'atelier d'Éliézer ben Isaac Ashkenazi y produisit des ouvrages significatifs avant qu'une révolte des populations locales contre le pacha de Damas en 1579 ne plonge la ville au bord de la ruine. Les presses ne reprirent qu'en 1587, témoignant de la fragilité des centres d'édition périphériques face aux aléas politiques [zakhor-online.com, « La Terre sainte au temps des Kabbalistes »]. Selon les historiens, ce déplacement illustre la résilience d'une culture du livre capable de renaître au gré des persécutions.
La censure continua d'affecter les exemplaires en circulation longtemps après leur impression. Des livres produits par des ateliers comme celui de Di Gara à Venise pouvaient se trouver expurgés a posteriori, leurs marges et leurs pages annotées par des censeurs ecclésiastiques, dans un geste qui transformait chaque volume en palimpseste matériel de la répression.
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Chapitre 6 : Amsterdam, l'Europe centrale et l'âge des grandes maisons
Au XVIIe siècle, Amsterdam s'imposa comme un nouveau foyer majeur, à la faveur de la liberté relative dont jouissaient les communautés séfarades et ashkénazes des Provinces-Unies. L'imprimeur Menasseh ben Israël y fonda en 1626 une presse hébraïque réputée [Encyclopaedia Judaica]. Plus tard, les caractères dessinés dans cette ville acquirent une telle réputation que l'expression « lettres d'Amsterdam » (otiyot Amsterdam) désigna longtemps un idéal typographique recherché par les imprimeurs d'Europe centrale et orientale.
Les siècles suivants virent l'essor de grandes maisons d'édition, en particulier en Europe orientale. La famille Romm, à Vilna, publia entre 1880 et 1886 une édition monumentale du Talmud de Babylone, dite Talmud de Vilna (Shas Vilna), qui fixa une mise en page et un appareil de commentaires devenus à leur tour normatifs [Encyclopaedia Judaica]. Le sidour, livre de prières, et le mahzor des fêtes connurent quant à eux d'innombrables éditions, adaptées aux différents rites — séfarade, ashkénaze, italien —, contribuant à la fois à standardiser la liturgie et à en préserver les variantes locales [Encyclopaedia Judaica]. L'imprimerie devint ainsi un agent d'unification autant que de conservation de la diversité.
C'est dans ce même espace centre-européen, à la croisée des influences ashkénazes et des Lumières juives, que fut fondé en 1877 le Séminaire rabbinique de Budapest — l'une des institutions majeures du judaïsme libéral européen. Sa bibliothèque s'enrichit dès ses premières années de volumes précieux, dont l'exemplaire Di Gara issu de la bibliothèque du rabbin Lelio Della Torre [Restitution du « Di Gara »]. Que l'une des grandes presses vénitiennes du XVIe siècle ait ainsi trouvé sa place dans les collections d'un séminaire rabbinique hongrois fondé trois siècles plus tard dit quelque chose de la continuité profonde qui traversait les institutions du judaïsme européen : une même chaîne de transmission, du scribe au copiste, de l'imprimeur au bibliothécaire.
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Chapitre 7 : Spoliations, survivances et restitutions — le livre hébraïque au XXe et XXIe siècles
La Shoah détruisit d'innombrables collections et bibliothèques juives d'Europe, faisant du livre hébraïque survivant un témoin précieux d'un monde anéanti. Les occupants nazis procédèrent à des pillages systématiques des institutions juives, confisquant manuscrits, imprimés, archives et objets de culte dans l'ensemble des pays occupés. À Budapest, lors de l'occupation allemande de 1944, la bibliothèque du Séminaire rabbinique fut partiellement pillée : l'exemplaire Di Gara des Cinq Livres de Moïse et des Haftarot disparut alors, entrant dans l'obscurité pour près de quatre-vingts ans [Restitution du « Di Gara »].
Sa réapparition en mars 2023 sur la plateforme de vente en ligne AbeBooks, proposé à 19 000 dollars, illustre de façon saisissante la circulation souterraine des biens culturels spoliés et la persistance des réseaux de marché qui les font circuler des décennies après les faits. Les autorités hongroises, alertées, signalèrent l'affaire au Département de la sécurité intérieure américain, dont l'unité Cultural Property and Antiquities saisit l'ouvrage à New York en avril 2023. Un juge fédéral signa l'ordonnance de confiscation en octobre 2024, et une cérémonie de restitution se tint au consulat de Hongrie à New York, l'ouvrage retournant au Séminaire rabbinique de Budapest, qui prévoit sa conservation et une exposition sur son parcours [Restitution du « Di Gara » ; U.S. Department of Homeland Security, communiqué du 10 octobre 2024].
Ce cas n'est pas isolé. Il s'inscrit dans un mouvement plus large de restitution des biens culturels juifs engagé depuis les années 1990, qui concerne aussi bien des manuscrits médiévaux que des imprimés modernes. Les XIXe et XXe siècles furent également l'âge de l'étude savante du livre hébraïque : la constitution de grandes bibliographies — au premier rang desquelles les travaux de Moritz Steinschneider, qui catalogua les imprimés hébraïques de la Bodléienne d'Oxford — donna naissance à une discipline rigoureuse, fondée sur l'examen des pages de titre, des colophons, des marques d'imprimeurs et des privilèges [Encyclopaedia Judaica]. Ces marques — comme la tour des Soncino ou les emblèmes des ateliers vénitiens — permettent souvent d'identifier et de dater des éditions, et constituent aujourd'hui des outils précieux pour les enquêtes de provenance que requièrent les procédures de restitution.
Les efforts de récupération de l'après-guerre, puis la numérisation contemporaine des fonds, ont permis de reconstituer une part du patrimoine dispersé. Aujourd'hui, des institutions telles que la Bibliothèque nationale d'Israël poursuivent l'inventaire et la mise en ligne des manuscrits et imprimés hébraïques, prolongeant sous forme numérique la longue chaîne de transmission inaugurée par les scribes [Encyclopaedia Judaica].
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Les grandes figures
Abraham Conat (dates inconnues, actif vers 1470–1480) — Imprimeur établi à Mantoue, Abraham Conat est l'une des premières figures documentées de l'imprimerie hébraïque en Italie. Son atelier produisit des ouvrages hébraïques dès les premières années de la décennie 1470, faisant de Mantoue l'un des tout premiers centres de l'incunable hébreu. Il représente cette génération de pionniers qui transposèrent dans le livre imprimé les techniques et l'esthétique du manuscrit, posant les fondements d'une industrie appelée à se déployer dans toute la péninsule et au-delà.
La famille Soncino (active vers 1483–1557) — Originaire de la bourgade lombarde de Soncino, cette dynastie d'imprimeurs — dont Israel Nathan Soncino, puis Gershom Soncino et ses héritiers — imprima à partir de 1483 certains des incunables hébraïques les plus remarquables. À Soncino, puis à Naples, Brescia, Pesaro, Fano, Ortona, Constantinople et Salonique, les membres de la famille constituèrent un réseau éditorial mobile couvrant l'Italie et l'Empire ottoman. Leur édition de la Bible hébraïque complète et vocalisée (1488) ainsi que leurs traités talmudiques fixèrent des normes typographiques durables. Leur emblème — une tour — figure parmi les premières marques d'imprimeur hébraïques recensées.
Daniel Bomberg (vers 1483–1549) — Natif d'Anvers, Daniel Bomberg s'établit à Venise au début du XVIe siècle et y fonda l'atelier d'imprimerie hébraïque le plus influent de l'époque. Chrétien de confession mais profondément investi dans la culture du livre hébreu, il s'entoura de correcteurs juifs érudits et produisit entre 1516 et 1549 des centaines d'éditions. La mise en page du Talmud de Babylone qu'il publia entre 1519 et 1523 — texte central encadré du commentaire de Rachi et des Tossafot, pagination en folios recto-verso — est restée normative jusqu'à nos jours. Il imprima également en 1524 la première édition du Talmud de Jérusalem et les Miqraot Gedolot de 1524–1525.
Jacob ben Hayyim ibn Adonijah (vers 1470 – vers 1527) — Érudit séfarade établi à Venise, Jacob ben Hayyim ibn Adonijah travailla comme correcteur et éditeur scientifique chez Daniel Bomberg. Il est principalement connu pour avoir préparé l'édition des Miqraot Gedolot de 1524–1525, dans laquelle il établit un texte massorétique fondé sur la comparaison systématique de manuscrits. Cette édition constitua pendant plusieurs siècles la référence canonique du texte biblique hébreu. Sa conversion ultérieure au christianisme, survenue vers la fin de sa vie, lui valut un sort controversé dans la mémoire rabbinique.
Giovanni di Gara (actif à Venise vers 1564–1610) — Imprimeur chrétien établi à Venise dans la seconde moitié du XVIe siècle, Giovanni di Gara poursuivit la tradition d'édition hébraïque inaugurée par Bomberg. Son atelier produisit notamment une édition des Cinq Livres de Moïse et des Haftarot d'une qualité typographique remarquable, exemplaire dont la provenance documentée — de la bibliothèque du rabbin Lelio Della Torre au Séminaire rabbinique de Budapest, puis la spoliation nazie de 1944 et la restitution en 2024 — en fait aujourd'hui un objet à la fois bibliographique et mémoriel d'une valeur singulière.
Lelio Della Torre (1805–1871) — Rabbin et érudit italien, Lelio Della Torre enseigna au Collegio Rabbinico Italiano et fut l'une des figures du judaïsme libéral transalpin du XIXe siècle. Hébraïsant accompli, philologue et traducteur, il enrichit sa bibliothèque personnelle de nombreux imprimés hébraïques anciens, dont l'édition Di Gara des Cinq Livres de Moïse et des Haftarot. Après sa mort en 1871, ses livres furent dispersés ou acquis par des institutions ; l'exemplaire Di Gara entra vers 1877 dans les collections du Séminaire rabbinique de Budapest. Il reste une figure de référence du judaïsme réformé italien.
Menasseh ben Israël (1604–1657) — Né à Madère dans une famille de crypto-juifs, Menasseh ben Israël grandit à Amsterdam où il devint rabbin, théologien et imprimeur. En 1626, il fonda la première presse hébraïque d'Amsterdam, qui devint rapidement un centre d'édition de premier plan. Auteur prolifique, il écrivit en hébreu, en espagnol, en latin et en anglais, et fut l'un des interlocuteurs du monde chrétien érudit de son temps. Il est surtout connu pour ses démarches auprès de Cromwell en faveur de la réadmission des juifs en Angleterre (1655). Ses presses contribuèrent à établir la réputation typographique des « lettres d'Amsterdam ».
Moritz Steinschneider (1816–1907) — Bibliographe et orientaliste né en Moravie, Moritz Steinschneider fut le fondateur de la bibliographie hébraïque scientifique moderne. Son catalogue des imprimés hébraïques de la Bodléienne d'Oxford (1852–1860) et son Die Hebraeischen Übersetzungen des Mittelalters constituent des monuments de l'érudition philologique du XIXe siècle. En établissant des méthodes rigoureuses d'identification et de datation des éditions — fondées sur les pages de titre, les colophons et les marques d'imprimeurs —, il posa les bases intellectuelles de la bibliographie hébraïque telle qu'elle est encore pratiquée, y compris dans les procédures modernes de restitution.
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Conclusion
De l'atelier des Soncino aux presses de Bomberg, de l'autodafé romain de 1553 aux imprimeries de Constantinople, de Salonique, d'Amsterdam et de Vilna, le livre hébraïque raconte une histoire faite de continuité et de rupture. La continuité est celle d'un texte sacré transmis avec un soin extrême, du rouleau au folio puis au fichier numérique ; la rupture, celle des expulsions, des censures et des destructions qui contraignirent sans cesse les presses à l'exil. La page imprimée hébraïque — avec son colophon, sa marque d'atelier, ses commentaires concentriques et parfois ses biffures de censeur — constitue à ce titre un document historique total, où se lisent à la fois la foi, le commerce, la science et la survie d'un peuple dispersé.
L'histoire du Di Gara — exemplaire produit par Giovanni di Gara à Venise à la fin du XVIe siècle, passé entre les mains de Lelio Della Torre, entré dans la bibliothèque du Séminaire rabbinique de Budapest, spolié par les nazis en 1944, réapparu sur un site de vente en ligne en 2023, saisi à New York et restitué en 2024 — résume à elle seule les grandes lignes de force de ce livre : la circulation transeuropéenne des livres hébraïques, leur rôle dans la constitution des institutions savantes juives, leur vulnérabilité face aux persécutions, et la persistance d'une volonté de récupération et de mémoire. L'imprimerie ne fut pas seulement un moyen de reproduire des textes : elle fut l'un des grands instruments d'unité de la diaspora — et les livres qu'elle a produits continuent, siècle après siècle, de témoigner pour ceux qui les ont faits, conservés, perdus et retrouvés.
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来源与资源
- Olga Borovaya, Modern Ladino Culture: Press, Belles Lettres, and Theater in the Late Ottoman Empire (2012)
- Sarah Abrevaya Stein, Making Jews Modern: The Yiddish and Ladino Press in the Russian and Ottoman Empires (2004)
- Michael Lehmann, Sephardic Lives: Documentary Hebrew Texts Relating to the Jews of the Ottoman Empire (2015)
- Devin E. Naar, Jewish Salonica. Between the Ottoman Empire and Modern Greece (2016)
- Jean Baumgarten, Le Yiddish. Histoire d'une langue errante (2002)
- Stanford J. Shaw, Jews of the Ottoman Empire and the Turkish Republic (1991)
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