Meir Wieseltier
מאיר ויזלטיר
地区: Israël
登记簿 历史 · 保管人,非所有者
发布于 2026年8月22日
特拉维夫现代主义诗人,2000年以色列奖得主。
Introduction
Meir Wieseltier appartient à cette génération de poètes israéliens qui, au tournant des années 1950 et 1960, ont refusé l'héroïsme lyrique et le pathos national hérités des pères fondateurs pour inventer une voix urbaine, familière, ironique, ancrée dans la rue et le quotidien. Sa poésie est indissociable de Tel-Aviv, ville qu'il a arpentée, aimée, moquée et chantée jusqu'à en faire l'une des grandes présences de la poésie hébraïque contemporaine. Né en Union soviétique dans les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, évacué en Sibérie, passé par la Pologne, l'Allemagne et la France avant d'arriver enfant dans un jeune État en formation, il a traversé les guerres, les désillusions et les débats moraux de la société israélienne en gardant une constance : celle d'un poète antihéroïque, hostile aux grandiloquences, attentif à la matière concrète de la vie. Sa consécration par le prix Israël en 2000, la plus haute distinction culturelle de l'État, est venue reconnaître une œuvre qui avait bousculé les habitudes de lecture d'un pays entier. Mort le 30 mars 2023 à Ramat Gan, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, il laisse derrière lui treize recueils, une œuvre de traducteur d'une ampleur exceptionnelle et l'empreinte durable de ce que la critique a appelé le « cercle des poètes de Tel-Aviv ». Ce livre entend restituer, avec les précautions qu'impose une matière désormais close par la disparition du poète, le parcours d'un homme dont la biographie épouse l'histoire de la ville où il a choisi de vivre et d'écrire, et les contours d'une esthétique qui a durablement transformé la langue poétique hébraïque.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 1 : De Moscou à Novossibirsk, de Netanya à Tel-Aviv — un enfant qui traverse le siècle (1941–1955)
Meir Wieseltier naît le 8 mars 1941 à Moscou, au moment même où l'Union soviétique se prépare à recevoir le choc de l'invasion allemande. Quelques semaines plus tard, l'opération Barbarossa déclenche la guerre totale sur le front de l'Est, et la famille Wieseltier est emportée dans le mouvement de panique et d'évacuation qui disperse des millions de civils vers l'intérieur du pays. L'enfant est emmené à Novossibirsk, en Sibérie occidentale, par sa mère et ses deux sœurs aînées [Meir Wieseltier, en-academic.com ; ITHL, ithl.org.il]. Son père, mobilisé dans l'Armée rouge, est tué sur le front de Leningrad — disparition fondatrice, absence que le poète portera toute sa vie sans que son œuvre l'exhibe jamais comme blessure spectaculaire [Meir Wieseltier, en-academic.com].
À la fin du conflit, la famille ne rentre pas à Moscou mais prend la route de l'Ouest : deux années s'écoulent en Pologne, en Allemagne, puis en France, dans ces camps et ces villes de transit qui furent, entre 1945 et 1948, la condition ordinaire de centaines de milliers de Juifs déplacés attendant une destination [Meir Wieseltier, Wikipedia EN ; ITHL]. C'est de là que la famille embarque vers Israël, fondé en mai 1948 : Wieseltier y arrive en 1949, à huit ans, avec pour seul bagage une enfance déjà traversée par plusieurs langues, plusieurs pays et l'absence définitive d'un père [Meir Wieseltier, Wikipedia EN]. Ce mouvement s'inscrit dans la grande vague d'immigration qui, dans les années suivant l'indépendance, transforme radicalement la démographie du pays [Joseph Heller, The Birth of Israel, 1945–1949, 2000].
L'enfant grandit dans un kibbutz, puis à Netanya — ville côtière de la plaine du Sharon, peuplée en grande partie d'immigrants d'Europe centrale et orientale [ITHL]. Ce passage par le collectivisme du kibbutz et par la ville provinciale est important : il forge une familiarité avec les formes ordinaires de la vie israélienne, loin des centres littéraires, avant que Tel-Aviv n'entre en scène. En 1955, à l'âge de quatorze ans, Wieseltier s'installe à Tel-Aviv, où il vivra désormais sans interruption [ITHL ; Wikipedia EN]. La métropole méditerranéenne l'absorbe et ne le lâchera plus.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 2 : Tel-Aviv, la ville comme matrice poétique
C'est à Tel-Aviv que Wieseltier forge son identité de poète. La ville n'est pas pour lui un simple décor : elle est le cœur battant de son œuvre, sa matière première, son interlocutrice. Fondée en 1909 comme faubourg de Jaffa, Tel-Aviv s'était construite tout au long du Mandat britannique comme un laboratoire de l'urbanité juive moderne, une cité neuve investie d'une charge symbolique considérable [Barbara E. Mann, A Place in History: Modernism, Tel Aviv, and the Creation of Jewish Urban Space, 2005]. Ville-mythe autant que ville réelle, elle avait fait l'objet d'un travail continu de mise en récit, de célébration et de fabrication d'une mémoire urbaine [Maoz Azaryahu, Tel Aviv: Mythography of a City, 2006].
Wieseltier prend le contre-pied de cette mythographie officielle. Là où le discours institutionnel exalte la « première ville hébraïque », le poète en révèle les cafés, les rues grises, les trottoirs, la lumière crue, la banalité et la solitude. Sa Tel-Aviv est prosaïque, désenchantée, mais précisément pour cela profondément habitée. Il fait de la déambulation urbaine une forme poétique, transformant le modernisme architectural et social de la ville en un modernisme du langage. Arrivé dans la métropole à quatorze ans, il en devient très tôt l'un des observateurs les plus aigus : ses premiers poèmes, publiés dès l'âge de dix-huit ans, portent déjà cette empreinte du bitume et du quotidien [ITHL]. La ville sera à la fois le sujet central et la condition d'énonciation de presque toute son œuvre.
Avant de se fixer définitivement à Tel-Aviv, Wieseltier effectue des séjours prolongés à Londres et à Paris, deux capitales littéraires dont il absorbe les modernités respectives [ITHL]. Ces années européennes enrichissent sa connaissance des littératures anglaise et française, qu'il traduira ensuite en hébreu, et affinent une conscience urbaine déjà formée par l'expérience de la cité méditerranéenne. Mais c'est bien Tel-Aviv qui demeure l'aimant de sa vie et de sa page : il y enseigne, y milite en faveur de la littérature, y anime des revues, y dirige une maison d'édition, y meurt. Cette relation privilégiée à un lieu unique, dont il devient l'un des chroniqueurs poétiques les plus reconnus, constitue le socle de toute son œuvre et l'inscrit dans une lignée d'écrivains pour qui la cité méditerranéenne fut à la fois sujet et méthode.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 3 : Le groupe Likrat, *Siman Kriya* et la révolution antihéroïque
Au tournant des années 1950 et 1960, la poésie hébraïque connaît une mutation profonde. Une génération de jeunes poètes, réunie autour de la mouvance dite « Likrat » (« Vers » ou « À la rencontre de »), entreprend de rompre avec la tradition dominante — celle de Nathan Alterman et d'Avraham Shlonsky —, jugée trop rhétorique, trop nationale, trop musicale. Wieseltier appartient à cette génération, aux côtés de figures majeures comme Yehuda Amichai, Nathan Zach et David Avidan [Meir Wieseltier, Wikipedia EN]. Dans les premières années de la décennie 1960, il est l'une des figures centrales du groupe qui prend le nom de « poètes de Tel-Aviv », un collectif informel mais décisif dans la vie littéraire israélienne [ITHL].
Le programme est celui d'un désarmement du sublime. Contre le vers scandé et l'emphase collective, ces poètes revendiquent une langue parlée, un rythme brisé, une ironie corrosive, une attention aux objets ordinaires. Wieseltier pousse cette poétique à l'extrême : sa voix est rugueuse, directe, souvent provocatrice, refusant toute consolation. Cette révolution esthétique n'est pas seulement littéraire ; elle est aussi morale et politique. Elle traduit un scepticisme croissant à l'égard des grands récits fondateurs et de leurs certitudes, dans une société qui commence à débattre âprement de son identité et de son âme [Yoram Hazony, The Jewish State: The Struggle for Israel's Soul, 2000].
L'un des actes institutionnels les plus importants de cette génération est la fondation de la revue Siman Kriya (« Point d'exclamation »), dont Wieseltier est cofondateur et coéditeur [ITHL ; Wikipedia EN]. Autour de cette revue se structure pendant plusieurs décennies un espace de publication et de débat qui contribue à légitimer la nouvelle poésie et à lui donner une audience nationale. L'existence d'un organe éditorial propre est une condition essentielle pour qu'une révolution esthétique trouve sa durée : Siman Kriya joue ce rôle pour la génération de Wieseltier, de la même façon que les revues modernistes européennes avaient, quelques décennies plus tôt, rendu possible l'émergence de nouvelles voix. La transformation de la langue poétique participe ainsi d'une évolution plus large des formes du sentiment national israélien, entre héritage idéologique et remise en question [Nadav G. Shelef, Evolving Nationalism, 2010].
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 4 : Treize recueils — l'œuvre de toute une vie
L'œuvre poétique de Wieseltier se déploie sur plus d'un demi-siècle. Elle compte treize recueils, qui forment ensemble l'un des parcours les plus cohérents et les plus exigeants de la poésie hébraïque contemporaine [Wikipedia EN ; ITHL]. Les premiers jalons sont posés dès la décennie 1960 : Perek Alef, Perek Beit (« Chapitre un, chapitre deux »), publié en 1967 aux éditions Achshav, est suivi en 1969 par Meah Shirim (« Cent poèmes »), chez Gog, puis en 1973 par Kakh (« Prends »), chez Siman Kriya — recueil qui marque une étape décisive dans l'affirmation d'une voix poétique particulière, rugueuse, directe, débarrassée de toute rhétorique nationale [Grokipedia, d'après Wikipedia EN]. En 1976 paraît Davar Optimi, Asiyat Shirim (« Quelque chose d'optimiste, la fabrication d'un poème »), et en 1977 Pnim Vahutz (« Intérieur et extérieur »), deux recueils qui élargissent le registre et confirment la maîtrise formelle.
La décennie suivante voit se succéder Motsa el ha-Yam (« Issue vers la mer », 1981), Kitzur Shnot Hashishim (« Abrégé des années soixante », 1984), et Ee Yevani (« Île grecque », 1985). Ces titres témoignent d'une géographie mentale qui déborde les frontières d'Israël : la mer, l'île grecque, la Méditerranée comme horizon partagé d'une civilisation à laquelle le poète entend appartenir, sans pour autant renoncer à l'ancrage télavivien [Grokipedia].
C'est dans ce contexte qu'en 1986 paraît Michtavim ve-Shirim Acherim (מכתבים ושירים אחרים, « Lettres et autres poèmes »), publié par Am Oved à Tel-Aviv [« Identification de l'œuvre : Michtavim Ve-Shirim Acherim », découverte Zakhor du 03/08/2026 ; encyclopedia.com ; Poetry International]. Ce recueil occupe une place particulière dans l'œuvre : il est publié précisément au moment où Wieseltier prend en charge la direction de la collection de poésie de la maison Am Oved, fonction qu'il exercera de 1986 à 1989 [ITHL]. La simultanéité entre la responsabilité éditoriale et la publication de son propre recueil est révélatrice d'un engagement total envers la poésie hébraïque, à la fois comme créateur et comme architecte du paysage littéraire. Michtavim ve-Shirim Acherim comprend notamment la section intitulée « Bead ve-Neged » (בעד ונגד, « Pour et contre »), qui rassemble certains de ses poèmes politiques les plus connus, dans la veine ironique et engagée du cercle des poètes de Tel-Aviv [« Identification de l'œuvre : Michtavim Ve-Shirim Acherim », découverte Zakhor du 03/08/2026]. Cette section illustre comment Wieseltier entend la poésie politique : non comme discours militant, mais comme force d'ironie et de lucidité qui retourne les certitudes collectives contre elles-mêmes.
Le catalogue se complète avec Mahsan (« Entrepôt », Hakibbutz Hameuchad, 1995), Shirim Itiyim (« Poèmes lents », Hakibbutz Hameuchad, 2000), Shirim Merudim (« Poèmes déprimés », Hakibbutz Hameuchad, 2003), et Merudim ve-Sonatot (« Mélancoliques et sonnets », 2009) [encyclopedia.com ; Grokipedia]. Ces titres tardifs — l'entrepôt, les poèmes lents, les poèmes déprimés — dessinent une tonalité de plus en plus mélancolique, sans jamais abandonner l'ironie fondamentale qui caractérise la voix de Wieseltier. La lenteur revendiquée dans Shirim Itiyim est un geste esthétique et moral : contre l'accélération de la vie israélienne, le poème oppose sa résistance opiniâtre.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 5 : La forge du traducteur — Shakespeare, Brecht, Woolf et les autres
Parallèlement à sa création poétique, Wieseltier a mené une activité de traducteur d'une ampleur qui dépasse de loin ce que la version actuelle de ce livre laissait entendre. En hébreu, il a traduit sept des tragédies de Shakespeare ainsi que deux pièces de Christopher Marlowe [ITHL] — ce qui représente à lui seul un travail de plusieurs décennies, réclamant une maîtrise absolue du vers élisabéthain et une capacité à le restituer dans la prosodie hébraïque moderne. Il a traduit de la poésie en provenance de l'anglais, du français et du russe [ITHL], couvrant ainsi les trois grands espaces littéraires de l'Europe qu'il avait traversés dans son enfance ou fréquentés lors de ses séjours à Londres et Paris.
La liste des romanciers qu'il a introduits en hébreu est également impressionnante : Virginia Woolf, Charles Dickens, E. M. Forster, Iris Murdoch, Aldous Huxley, Robert Graves, Malcolm Lowry, Bertolt Brecht [encyclopedia.com]. Chaque auteur représente un monde stylistique distinct — la prose intérieure de Woolf, le réalisme social de Dickens, l'ironie libérale de Forster, l'humour noir de Lowry —, et le fait que Wieseltier se soit attaqué à tous ces registres témoigne d'une curiosité intellectuelle sans frontières. Il publie également en 1979 Pgimot, une anthologie de traductions et d'adaptations, qui constitue en soi une déclaration de méthode [Kedem Auction House, catalogue].
Ce travail de passeur n'est pas séparable de son œuvre propre : il élargit les ressources de la langue hébraïque moderne, la confronte à d'autres syntaxes, d'autres rythmes, d'autres imaginaires. La traduction, ici, prolonge une réflexion sur la transmission culturelle et le passage d'un monde à l'autre [Yaakov Elman & Israel Gershoni (dir.), Transmitting Jewish Traditions, 2000]. Wieseltier dirige par ailleurs la collection de poésie d'Am Oved de 1986 à 1989 [ITHL] — période pendant laquelle il façonne activement le paysage éditorial de la poésie israélienne, avant d'enseigner la littérature à l'université de Haïfa, où il terminera sa carrière académique comme professeur émérite [ITHL]. Éditeur, traducteur, enseignant, animateur de revues : la figure du poète est indissociable de celle du passeur et du bâtisseur d'institutions.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 6 : Le poète et la cité en guerre — engagement moral et ironie politique
La poésie de Wieseltier n'a jamais été indifférente à l'histoire politique de son pays. Poète de la ville, il fut aussi un poète des guerres qui l'ont scandée, et sa voix antihéroïque prit régulièrement une portée critique face au militarisme et à la rhétorique de la sécurité. Son écriture s'inscrit dans le long conflit israélo-arabe dont les ressorts stratégiques et idéologiques ont structuré l'existence de l'État depuis sa naissance [Avi Shlaim, The Iron Wall: Israel and the Arab World, 2000]. Contre l'exaltation du sacrifice et la sacralisation de la puissance, il opposa une attention obstinée à la vie individuelle, à la fragilité des corps, à l'ironie du sort.
La section « Bead ve-Neged » (« Pour et contre ») de Michtavim ve-Shirim Acherim (1986) est exemplaire de cette posture : ces poèmes politiques sont parmi les plus connus de son répertoire, mais leur force ne tient pas à la véhémence du plaidoyer — elle tient à l'ironie corrosive, au retournement du sens, à la capacité à mettre en scène le doute et la contradiction là où le discours politique attend la clarté et l'adhésion [« Identification de l'œuvre : Michtavim Ve-Shirim Acherim », découverte Zakhor du 03/08/2026]. Le titre même du recueil — « Lettres et autres poèmes » — suggère une dimension épistolaire, un adressage à un destinataire concret, qui contraste avec la grandiloquence du lyrisme national.
Poetry International décrit sa voix comme « alternativement anarchique et engagée, coléreuse et attentive, incisive et lyrique », et note qu'il « exige une conscience des réalités douloureuses inévitables de la vie » [Poetry International, poetryinternational.com]. C'est cette posture morale — celle d'un poète qui se place au cœur de son œuvre, souvent à la première personne, pour y exercer le rôle de moraliste cherchant des valeurs dans le chaos — qui donne à sa voix politique une tout autre force que la poésie de protestation ordinaire. Sans se réduire à un poète « engagé » au sens militant, Wieseltier a fait de la lucidité morale et du refus des idoles collectives une dimension constante de son écriture. Sa Tel-Aviv, ville ouverte et laïque, devient ainsi le lieu depuis lequel s'énonce une conscience critique de la nation.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 7 : Prix, reconnaissance et héritage — une carrière de trois générations
La reconnaissance institutionnelle de Wieseltier est venue progressivement mais avec constance, jalonnant une carrière qui aura duré plus d'un demi-siècle. En 1977, il est coprimé par le prix du Premier ministre pour les œuvres littéraires hébraïques — distinction qu'il recevra une seconde fois en 2011, fait rare qui atteste d'une longévité créatrice hors du commun [Grokipedia, d'après Wikipedia EN]. En 1994, il partage le prix Bialik de littérature avec le dramaturge Hanoch Levin [Grokipedia], deux figures qui se rejoignent dans le refus du lyrisme complaisant et dans une attention sardonique aux contradictions de la société israélienne. En 2000, le prix Israël de littérature et de poésie couronne l'ensemble de l'œuvre et inscrit définitivement Wieseltier dans le panthéon des lettres israéliennes [Wikipedia EN ; ITHL].
Ces distinctions n'ont pas transformé le poète en monument. Jusqu'à sa mort, le 30 mars 2023 à Ramat Gan, il est resté fidèle à la même poétique de la résistance et de l'ironie que celle qui avait caractérisé ses débuts [« Identification de l'œuvre : Michtavim Ve-Shirim Acherim », découverte Zakhor du 03/08/2026 ; Wikipedia EN]. L'image d'une carrière linéaire et apaisée serait fausse : Wieseltier fut un polémiste, un homme qui prenait position dans les débats littéraires et politiques, et dont la parole resta jusqu'au bout une parole de friction.
Son influence sur les générations suivantes de poètes israéliens est considérable, même si elle est difficile à mesurer avec précision. Par sa revue Siman Kriya, par sa direction de la collection Am Oved, par son enseignement à l'université de Haïfa, par ses traductions et ses anthologies, il a contribué à définir le paysage littéraire israélien de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. La poésie hébraïque contemporaine lui doit une partie de ses ressources formelles — le vers libre assoupli, la voix parlée élevée au rang de matière poétique, l'ironie comme mode de connaissance — et une part de sa conscience morale.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Chapitre 8 : Le patronyme Wieseltier — traces ashkénazes, Europe de l'Est et identité non hébraïsée
Le nom même de Wieseltier porte l'empreinte du monde d'où le poète est issu. Patronyme ashkénaze de forme germanique, « Wieseltier » se décompose en Wiesel (« belette ») et Tier (« animal »), selon une logique commune à de nombreux noms juifs d'Europe centrale et orientale forgés à l'époque moderne, souvent à partir d'éléments naturels, animaliers ou toponymiques [Wikipedia EN, article « Wieseltier »]. Cette onomastique renvoie à l'aire yiddishophone et germanophone dont la famille était originaire avant l'émigration vers la Russie soviétique puis vers Israël.
Le parcours de la famille — de l'Europe centrale à Moscou, de Moscou à Novossibirsk, puis de là en Pologne, en Allemagne, en France, et enfin en Israël — récapitule en une seule trajectoire les grands mouvements de la diaspora ashkénaze du XXe siècle : déplacements imposés par les guerres, transferts démographiques, refondation dans le nouvel État [en-academic.com]. Le passage d'un nom germanique, à travers l'espace soviétique, jusqu'à la langue hébraïque retrouvée illustre ce travail de transmission et de recomposition identitaire [Yaakov Elman & Israel Gershoni (dir.), Transmitting Jewish Traditions, 2000]. Que le poète ait conservé ce patronyme étranger à l'hébreu, sans l'hébraïser comme le firent tant d'immigrants de sa génération, n'est pas anodin : il maintient visible, dans son nom même, la trace du déracinement dont son œuvre fait la matière.
L'existence d'un homonyme célèbre, Leon Wieseltier (né en 1952 à New York), intellectuel et éditeur américain longtemps à la tête de la section culturelle du New Republic, rappelle que le patronyme s'est ramifié dans la diaspora ashkénaze américaine selon une trajectoire parallèle [Wikipedia EN, article « Leon Wieseltier »]. Les deux hommes ne sont pas parents, mais le rapprochement des noms souligne la dispersion des familles porteuses de ce patronyme à travers les deux grandes destinations de la migration juive du XXe siècle — Israël et les États-Unis.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Les grandes figures
Meir Wieseltier (1941–2023) — מאיר ויזלטיר — Né le 8 mars 1941 à Moscou et mort le 30 mars 2023 à Ramat Gan, il s'installe à Tel-Aviv dès l'âge de quatorze ans et en devient l'un des grands poètes. Cofondateur de la revue Siman Kriya, directeur de la collection de poésie d'Am Oved de 1986 à 1989, professeur émérite de littérature à l'université de Haïfa, il impose une poétique urbaine, antihéroïque et ironique qui bouleverse la langue poétique hébraïque à travers treize recueils. Traducteur de Shakespeare, Marlowe, Woolf, Brecht et Dickens, entre autres, il reçoit le prix Bialik en 1994 et le prix Israël en 2000.
Yehuda Amichai (1924–2000) — יהודה עמיחי — Poète majeur de la même génération, né en Allemagne et immigré en Palestine mandataire, il fut l'une des figures centrales du renouveau de la poésie hébraïque. Aux côtés de Wieseltier, il contribua à substituer au lyrisme national une voix intime, quotidienne et profondément humaine. Son œuvre, traduite dans le monde entier, demeure l'une des plus lues de la poésie israélienne. Sa mort en 2000 coïncide avec l'année du prix Israël de Wieseltier, comme si une époque se refermait.
Nathan Zach (1930–2020) — נתן זך — Poète et théoricien né en Allemagne, il fut le principal manifestaire de la révolution poétique des années 1950, critiquant frontalement la métrique d'Alterman et posant les fondements théoriques du vers libre en hébreu. Compagnon de route de Wieseltier au sein de la nouvelle poésie, il exerça une influence durable sur plusieurs générations d'écrivains israéliens. Ses essais théoriques sont aussi importants que ses poèmes pour comprendre la transformation de la poésie hébraïque moderne.
David Avidan (1934–1995) — דוד אבידן — Poète, peintre et cinéaste né à Tel-Aviv, figure d'avant-garde radicale et expérimentale, il partagea avec Wieseltier l'ancrage urbain et le refus des conventions lyriques. Provocateur et novateur, il incarna l'aile la plus futuriste et technologique de la modernité poétique israélienne, explorant les possibilités du vers libre et de la performance bien au-delà de ce que ses contemporains osaient tenter.
Hanoch Levin (1943–1999) — חנוך לוין — Dramaturge, poète et metteur en scène né à Tel-Aviv, l'une des voix les plus corrosives et les plus importantes de la littérature israélienne du XXe siècle. Il partage le prix Bialik 1994 avec Wieseltier, consécration conjointe de deux œuvres qui se rejoignent dans l'ironie, le refus du sentimentalisme national et l'attention portée aux marges de la société. Ses pièces, jugées scandaleuses à leur création, sont aujourd'hui des classiques du théâtre israélien.
David Ben-Gourion (1886–1973) — דוד בן-גוריון — Principal artisan de la fondation de l'État d'Israël et son premier chef de gouvernement, il domina la vie politique du pays au moment où le jeune Wieseltier y arrivait. Son projet national et ses certitudes constituent l'arrière-plan historique contre lequel une génération entière de poètes — Wieseltier en tête — a construit son refus du lyrisme héroïque [Joseph Heller, The Birth of Israel, 1945–1949, 2000].
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
Conclusion
L'itinéraire de Meir Wieseltier condense, en une figure singulière, plusieurs des grands mouvements de l'histoire juive du XXe siècle : la naissance dans la tourmente soviétique, l'évacuation en Sibérie, la perte du père sur le front de Leningrad, le transit par les pays de l'Europe dévastée, l'immigration dans un État en gestation, puis l'enracinement volontaire dans une ville-laboratoire, Tel-Aviv. Poète du concret et du désenchantement, il a fait de la banalité urbaine une matière noble et de l'ironie un instrument de vérité. Membre de la génération qui a renversé les idoles lyriques de la poésie hébraïque, il en fut l'une des voix les plus radicales, refusant l'héroïsme et la consolation pour privilégier la lucidité.
Traducteur d'une ampleur considérable — Shakespeare et Marlowe, Woolf et Dickens, Brecht et les poètes russes —, éditeur de la collection Am Oved, cofondateur de Siman Kriya, professeur à Haïfa : Wieseltier a été tout à la fois un poète et un bâtisseur du paysage littéraire israélien. Son recueil Michtavim ve-Shirim Acherim (Am Oved, 1986), avec sa section politique « Bead ve-Neged », illustre parfaitement comment l'engagement et l'ironie peuvent cohabiter sans se nuire — comment un poète peut prendre position sans abdiquer sa liberté formelle. Le prix Bialik de 1994, le prix Israël de 2000, le prix du Premier ministre obtenu en 1977 puis en 2011 : ces distinctions successives jalonnent une carrière d'une exceptionnelle longévité, close le 30 mars 2023 par une mort survenue à Ramat Gan.
Son nom même, gardé intact dans son étrangeté germanique — Wiesel et Tier, la belette et l'animal —, rappelle que la poésie la plus locale peut naître du déplacement le plus radical, et que l'appartenance la plus profonde s'écrit parfois dans la langue de l'exil surmonté. Il avait commencé à écrire à dix-huit ans dans la ville qu'il avait choisie ; il n'en est jamais vraiment parti.
版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月22日
继续阅读这部大书
登录或创建免费账户以阅读整部大书——并发现、追踪和丰富与您相关的家系。
一封邮件,一次点击。无需密码;随时可退出。
「Meir Wieseltier」是您故事的一部分吗?
创建您的会员空间,关注您在意的家族、获取新发现的通知并参与贡献——无需密码。
一封邮件,一次点击。无需密码;随时可退出。
这本书的纪念日
这本书尚未记录任何纪念日。记录Meir Wieseltier的史料提供年份和世纪,从不提供具体日期;我们不凭空制造。
您知道一个日期——一个纪念、一次希洛拉、一个离世纪念日? 为它定下纪念日
来源与资源
- Maoz Azaryahu, Tel Aviv: Mythography of a City (2006)
- Barbara E. Mann, A Place in History: Modernism, Tel Aviv, and the Creation of Jewish Urban Space (2005)
- Yaakov Elman & Israel Gershoni (eds.), Transmitting Jewish Traditions: Orality, Textuality, and Cultural Diffusion (2000)
- Nadav G. Shelef, Evolving Nationalism: Homeland, Identity, and Religion in Israel, 1925-2005 (2010)
- Avi Shlaim, The Iron Wall: Israel and the Arab World (2000)
- Yoram Hazony, The Jewish State: The Struggle for Israel's Soul (2000)
- Joseph Heller, The Birth of Israel, 1945-1949: Ben-Gurion and His Critics (2000)
- Tom Segev, One Palestine, Complete: Jews and Arabs Under the British Mandate (2000)
- https://en.wikipedia.org/wiki/Meir_Wieseltier
相关家族
作者的著作
Arbaim (Forty)
2010
Davar Optimi, Asiyat Shirim (Something Optimistic)
1976
Ee Yevani (Greek Island)
1985
Kakh (Take)
1973
Kitzur Shnot Hashishim (The Concise Sixties)
1984
Makhsan (Storehouse)
1994
Meah Shirim (100 Poems)
1969
Merudim Vesonatot (Merudim and Sonnets)
2009
Michtavim Veshirim Aherim (Letters and Other Poems)
1986
Motzah El Ha-Yam (Exit into the Sea)
1981
Perek Alef, Perek Beit (Chapter 1, Chapter 2)
1967
Pnim Vahutz (Interior and Exterior)
1977
Shirim Iti'im (Slow Poems)
2000
🔗 引用/链接此页面
复制以下格式之一来引用此条目或创建指向它的链接。
链接
https://zakhor.ai/zh/grands-livres/figures/meir-wieseltierHTML
<a href="https://zakhor.ai/zh/grands-livres/figures/meir-wieseltier">Meir Wieseltier — Zakhor</a>引用
Meir Wieseltier — Zakhor, https://zakhor.ai/zh/grands-livres/figures/meir-wieseltier