Jacob Picard
地区: Wangen / Constance (Lac de Constance), Allemagne du Sud ; exil aux États-Unis
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发布于 2026年8月27日
法律工作者,后为作家。出版诗集《Das Ufer》(1913)和《Erschütterung》(1920)后,自 1933 年纳粹主义终结其律师生涯起,专注于文学创作。其代表作为短篇集《Der Gezeichnete》(1936),描绘德国南部犹太农民的虔诚与传统。1940 年逃往纽约。
Introduction
Il est des œuvres qui n'existent que parce qu'un monde s'apprêtait à disparaître et qu'un homme, pressentant l'effacement, décida d'en fixer les traits avant la nuit. Jacob Picard appartient à cette catégorie d'écrivains-témoins. Juriste de formation, poète par vocation, il devint, presque malgré lui, le chroniqueur d'une civilisation juive rurale du sud de l'Allemagne — celle des bourgs et des villages du pays de Bade et du Wurtemberg, où des familles installées depuis des siècles avaient tissé une piété discrète, une langue faite d'allemand et de mots hébreux, un calendrier rythmé par les fêtes et le marché aux bestiaux. Ce monde, Picard le connaissait de naissance : il était né au bord du lac de Constance, sur la presqu'île de la Höri, dans un paysage qui allait devenir, pour d'autres artistes proscrits, un refuge d'« émigration intérieure ». Les données d'archives le situent avec précision : Jacob Picard naquit le 11 janvier 1883 à Wangen am Bodensee et mourut le 1er octobre 1967 à Constance [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »].
La singularité de Picard tient à une double appartenance : la rigueur du droit et la ferveur du souvenir. Sa vie épouse le grand basculement de la judéité allemande, de l'émancipation confiante de l'ère wilhelmienne à la catastrophe nazie, jusqu'à l'exil américain — avec une escale inattendue dans le Massachusetts rural — et le retour tardif sur les rives de son enfance. Ce livre suit ce parcours dans l'ordre où il s'est vécu : le lac, la guerre, le barreau, l'exclusion, l'écriture à Horn, la fuite, New York, Cummington, les Pays-Bas, le retour — parce que c'est dans cette succession que se lit le sens d'une œuvre entièrement vouée à ne pas laisser mourir une mémoire.
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Chapitre 1 : Wangen sur la Höri — la presqu'île et ses juifs
Le point d'origine est un lieu précis, et ce lieu compte. Jacob Picard naquit le 11 janvier 1883 à Wangen am Bodensee [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »], sur la presqu'île de la Höri qui s'avance dans le lac de Constance depuis la rive badoise. Il grandit dans ce paysage lacustre et agricole avant d'aller étudier le droit à Berlin, Munich et Heidelberg. Le lieu n'est pas un simple décor : c'est le territoire même de son œuvre future.
La Höri, presqu'île discrète entre vignes et vergers, connut par la suite une notoriété paradoxale, puisque des artistes mis au ban par le régime nazi — Otto Dix, Max Ackermann — y trouvèrent une forme d'« émigration intérieure », un retrait au bord de l'eau loin du bruit de la dictature. Entre 1936 et 1938, Picard lui-même revint dans les environs de son lieu de naissance et résida dans un hôtel du village de Horn bei Gaienhofen, au bord du même lac, pour y achever Der Gezeichnete [Wikipedia DE, « Jacob Picard »]. Ce retour au pays natal en pleine persécution dit à quel point le paysage du lac était, pour lui, une nécessité autant qu'un refuge.
Ce sud rural, avec ses communautés juives villageoises, forme la matrice de tout ce qu'il écrira. Les juifs de ces bourgs — souvent marchands de bétail, colporteurs, petits négociants — vivaient au contact quotidien de la paysannerie chrétienne, parlant un allemand teinté d'hébreu, gardant le shabbat et les fêtes dans des synagogues modestes. C'est cette humanité concrète, faite d'observance et de labeur, que Picard désignait par le terme de Landjudentum — la judaïcité rurale — et qu'il portait dans ses récits comme un bien confié [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Son aire géographique d'observation s'étendait du lac de Constance jusqu'à l'Alsace, couvrant cette longue bande de terre alémanique où le judaïsme de village avait survécu plusieurs siècles durant.
Un point biographique mérite d'être clarifié dès l'ouverture de ce livre : Leo Picard, géologue né en 1900 à Wangen et émigré en Israël, où il fonda le département de géologie de l'Université hébraïque de Jérusalem, est une figure distincte, issue du même bourg mais d'une autre famille [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Le mémorial d'Öhningen-Wangen, inauguré en 2007, présente les deux hommes côte à côte pour l'histoire locale, mais il convient de ne pas les confondre.
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Chapitre 2 : Les deux recueils de vers, les pseudonymes et le barreau (1913–1922)
La trajectoire de Picard est d'abord celle d'un juriste. Il étudia le droit à Berlin, Munich et Heidelberg et commença à écrire de la poésie durant ses études, ses premiers textes paraissant avant 1914. Cette dualité — le juriste et le poète — définit toute la première partie de sa vie, sans que l'une des deux vocations réduise l'autre.
Ses deux premiers recueils jalonnent la décennie 1910-1920. Il publia Das Ufer (« La Rive ») en 1913, puis Erschütterung (« L'Ébranlement ») en 1920. Ces titres — la rive du lac, le tremblement de l'histoire — annoncent déjà la tension entre l'ancrage spatial et le choc du monde. Fait notable, Picard n'écrivait pas encore sous son nom propre : il publia sa poésie sous les pseudonymes de J.P. Wangen et Jakob Badner. Ces noms d'emprunt disent l'attachement au lieu d'origine — Wangen, le pays de Bade — autant qu'une réserve de l'homme de loi vis-à-vis de la vie publique littéraire.
Après la guerre, il exerça le droit à Constance puis à Cologne. En 1922, il rejoignit le Centralverein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens, la principale organisation civique de défense des droits des juifs allemands [Center for Jewish History, « Jacob Picard Collection »]. Cet engagement place Picard au cœur des débats de la République de Weimar sur l'identité et la citoyenneté juives, dans une Allemagne où l'émancipation semblait encore un acquis avant de se révéler fragile. Il restera au service du Centralverein jusqu'en 1939.
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Chapitre 3 : La Grande Guerre et le deuil fraternel (1914–1918)
La Première Guerre mondiale marque une déchirure intime dans la biographie de Picard, comme dans celle de tant de familles juives allemandes qui servirent sous les drapeaux avec un patriotisme que les années suivantes trahiraient. Picard servit durant le conflit, au cours duquel deux de ses frères, Wilhelm et Erwin, périrent au combat. Cette perte fraternelle inscrit la guerre non comme une abstraction historique mais comme un deuil familial dont la trace se lit en creux dans l'œuvre ultérieure, toujours attentive à ce qui disparaît et à ce que les vivants doivent aux morts.
De 1914 à 1918, sa carrière professionnelle fut suspendue. Les communautés juives rurales qu'il connaissait et aimait payèrent elles aussi un lourd tribut humain à cette guerre. Ce patriotisme sacrifié de la judéité allemande d'avant 1933 représente l'une des grandes tragédies de l'histoire moderne : une génération mourut pour une patrie qui, une génération plus tard, déclarerait ses enfants ennemis.
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Chapitre 4 : 1933-1938 — l'exclusion, Horn bei Gaienhofen et la maturation de l'œuvre
L'année 1933 est la charnière que toute biographie juive allemande du XXe siècle doit traverser. L'arrivée des nazis au pouvoir prive les juristes juifs de leur profession, et Picard, comme des milliers de confrères, se voit contraint d'abandonner le barreau [Wikipedia DE, « Jacob Picard »]. Ce qui aurait pu être un naufrage devint, paradoxalement, l'acte de naissance de l'écrivain majeur.
Deux ans plus tard, en 1935, une nouvelle contrainte s'abat sur lui : il est exclu de la Reichsschrifttumskammer, la Chambre du Reich pour la littérature, institution corporatiste dont les juifs étaient systématiquement éjectés [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Cette exclusion ne signifiait pas l'interdiction totale d'écrire, mais elle limitait radicalement les possibilités de publication : dès lors, Picard ne pouvait plus publier que chez des éditeurs juifs. Cette contrainte éditoriale le plaçait dans l'écosystème culturel particulier de la Kulturbund, où la création juive allemande, repliée sur elle-même par la force des choses, produisait pour un public juif tenu à l'écart de la vie allemande.
C'est dans ce contexte qu'entre 1936 et 1938, Picard revint s'installer dans les environs de son village natal. Il logea dans un hôtel du village de Horn bei Gaienhofen, au bord du lac de Constance, et c'est là qu'il acheva Der Gezeichnete — son grand recueil de récits sur le Landjudentum — ainsi qu'un texte autobiographique intitulé Erinnerungen eigenen Lebens [Wikipedia DE, « Jacob Picard »]. Ce retour au pays natal pendant les années de persécution donne à l'œuvre une dimension supplémentaire : l'écrivain écrit depuis le lieu même dont il fixe la mémoire, dans un état de tension entre la présence physique au bord du lac et la conscience que ce monde est en train de basculer.
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Chapitre 5 : *Der Gezeichnete* — la chronique littéraire du judaïsme rural alémanique
L'œuvre par laquelle Picard demeure est un recueil de nouvelles publié en 1936. Le titre — Der Gezeichnete, « Le Marqué », « celui qui porte un signe » — condense le destin juif tout entier : la marque de l'appartenance, de l'élection et de la stigmatisation. Le sous-titre original éclaire le projet : Jüdische Geschichten aus einem Jahrhundert, « Histoires juives d'un siècle » [Encyclopedia.com, « Picard, Jacob »].
Le contenu de ces récits en fait un document littéraire et ethnographique de premier ordre. L'ouvrage dépeint le folklore, la piété et les traditions de juifs établis depuis des siècles dans les bourgs et villages du sud de l'Allemagne — précisément ce Landjudentum alémanique qui s'étendait entre le lac de Constance et l'Alsace [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Cette attention à la piété rurale rejoint une longue tradition de dévotion juive allemande dont les médiévistes ont montré la profondeur et la spécificité. Ce que Picard fixait dans la fiction — une religiosité populaire, enracinée dans le terroir et les gestes quotidiens — s'inscrit dans la continuité d'une judéité allemande où la ferveur se vivait au ras du sol, dans la maison, la synagogue villageoise et le rite domestique.
Il est important de noter que Der Gezeichnete parut comme la quatrième livraison d'une série d'éditions juives de l'époque [Wikipedia DE, « Jacob Picard »] — signe que l'ouvrage s'inscrivait dans un mouvement éditorial collectif, celui d'une culture juive allemande qui cherchait à se documenter et à se transmettre à elle-même sa propre histoire au moment précis où elle était menacée d'anéantissement.
L'importance de l'œuvre se mesure aussi à sa postérité éditoriale. Le recueil fut réédité sous le titre Die alte Lehre en 1963, et traduit en anglais sous le titre The Marked One and Twelve Other Stories [Encyclopedia.com, « Picard, Jacob »]. Un autre texte, Die Tiroler in Narvik, figure parmi les nouvelles conservées dans son fonds littéraire à Marbach [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Un demi-siècle après sa parution, ces récits demeurent une porte d'entrée irremplaçable dans un univers englouti — celui de la ferveur et des coutumes des juifs du Bodensee et du Wurtemberg badois.
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Chapitre 6 : La fuite par l'Est — Russie, Corée, Japon, New York (1939-1942)
La fuite de Picard emprunta l'un des itinéraires les plus singuliers de l'émigration juive de la fin des années 1930 : non pas l'Atlantique direct, mais un long contournement par l'Est. Il s'échappa d'Allemagne en 1940, passant par la Russie soviétique, la Corée et le Japon avant d'atteindre les États-Unis [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Ce trajet — transsibérien, puis traversée de l'Asie et du Pacifique — fut celui de nombreux réfugiés lorsque les routes occidentales se fermèrent les unes après les autres à la veille de la guerre.
À New York, Picard rejoignait une métropole déjà façonnée par des décennies d'immigration juive et éprouvée par les années de la Grande Dépression. Réfugié de langue allemande, il appartenait à cette émigration cultivée qui alimentait la presse et les cercles intellectuels de l'exil, dont le journal Aufbau était l'organe emblématique. La collection du Center for Jewish History et du Leo Baeck Institute conserve ses papiers new-yorkais — manuscrits, journaux, coupures de presse — et documente ses liens avec l'Aufbau et les cercles des auteurs juifs exilés [Center for Jewish History, « Jacob Picard Collection »]. Parmi les correspondants et figures associées à ce fonds figure la poétesse Gertrud Chodziesner, dite Gertrud Kolmar, qui n'avait pas eu la possibilité de fuir et serait déportée en 1943.
En 1942, Picard s'installa au Refugee Hostel de Cummington, dans le Massachusetts rural, une maison d'accueil pour artistes et intellectuels réfugiés [Künste im Exil, « Jacob Picard »]. Son ami le graphiste Gustav Wolf le rejoignit dans ce refuge. Cummington représentait une enclave de tranquillité créatrice, loin de l'agitation new-yorkaise, où quelques figures de l'exil pouvaient travailler dans un cadre campagnard qui n'était pas sans rappeler, par son calme, les rives du lac de Constance.
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Chapitre 7 : Les années américaines — œuvre, correspondances et citoyenneté (1940–1965)
Les années passées en Amérique ne sont pas un simple temps d'attente : elles constituent une période d'activité intellectuelle dense, attestée par la richesse du fonds conservé à Marbach et à New York. Son Nachlass au Deutsches Literaturarchiv de Marbach am Neckar comprend ses recueils poétiques, la nouvelle Die Tiroler in Narvik, des biographies de Mendelssohn et de Mozart, l'essai d'histoire culturelle Sechstausend Jahre Brot (« Six mille ans de pain »), des carnets et agendas, ainsi que sa correspondance [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. La liste de ses correspondants dit à elle seule l'envergure de ses réseaux : Günther Anders, Hermann Broch, Max Brod, Lion Feuchtwanger, Hugo von Hofmannsthal. Ces noms couvrent plusieurs générations de la culture germanophones juive et non juive, de l'expressionnisme à la philosophie de l'après-guerre. Qu'un chroniqueur des villages du Bodensee ait entretenu des échanges avec des penseurs et des romanciers de cette stature révèle que Picard n'était pas un écrivain régionaliste enfermé dans son terroir, mais un homme de lettres pleinement ancré dans la modernité intellectuelle de son siècle.
En 1946, Picard prit la citoyenneté américaine [Künste im Exil, « Jacob Picard »]. Cet acte administratif dit quelque chose du destin des exilés : la naturalisation comme clôture symbolique du passé allemand, l'acceptation d'une nouvelle appartenance. Puis, contre toute attente, il décida de partir à nouveau. Il s'installa avec sa fille aux Pays-Bas, dans une étape intermédiaire entre l'Amérique et l'Allemagne qu'il n'était pas encore prêt à retrouver pleinement. À la fin des années 1950, il effectua un premier voyage en Allemagne. En 1960, il publia un nouveau recueil de poèmes, Der Uhrenschlag, signe d'une vitalité créatrice intacte. En 1963, la réédition de Der Gezeichnete sous le titre Die alte Lehre lui permit d'assister à la redécouverte de son œuvre principale par un public allemand de l'après-guerre.
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Chapitre 8 : Le retour à Constance et la mémoire d'un monde englouti
L'ultime mouvement de la vie de Picard fut un retour définitif. En 1965, il rentra en Allemagne et s'installa à Constance [Künste im Exil, « Jacob Picard »], à quelques kilomètres de Wangen où il était né, au bord du même lac. Il mourut à Constance le 1er octobre 1967 [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »], deux ans après son retour, après avoir vécu assez longtemps pour voir son œuvre reparaître dans les librairies allemandes.
Que le chroniqueur des juifs ruraux du Sud soit mort à Constance, au bord du lac où il avait grandi et qu'il avait si longuement écrit, donne à sa fin une cohérence presque littéraire. Mais ce retour n'est pas seulement une clôture biographique : il appelle l'interprétation. Revenir sur la terre qui l'avait expulsé, après trente ans d'absence, en traversant la New York des exilés, la campagne du Massachusetts, et les Pays-Bas, c'est accomplir un mouvement que ni la seule histoire ni la seule mémoire ne peuvent pleinement expliquer — d'où le marqueur d'intersection que porte ce chapitre.
La reconnaissance de son œuvre passa notamment par le travail de l'éditeur et écrivain Manfred Bosch, spécialiste de la vie littéraire de la région du lac de Constance, qui consacra un ouvrage à Picard et contribua à le réinscrire dans la mémoire culturelle régionale. Depuis septembre 2007, un mémorial — la Jacob Picard Gedenkstätte — occupe l'ancien hôtel de ville d'Öhningen-Wangen, géré par le Freundeskreis Jacob Picard au sein du Forum Allmende [Gedenkstätten Baden-Württemberg, « Jacob Picard Gedenkstätte »]. Ce lieu présente également Leo Picard, le géologue émigré en Israël, figure distincte issue du même village. Le mémorial de Wangen achève symboliquement le cercle ouvert par une naissance au bord du lac : le monde que l'écrivain avait voulu sauver par les mots a trouvé, en pierre et en archives, un lieu pour durer.
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Les grandes figures
Jacob Picard (11 janvier 1883 – 1er octobre 1967), aussi Jakob Picard, pseudonymes J.P. Wangen et Jakob Badner — Figure centrale de ce livre. Né à Wangen am Bodensee dans le pays de Bade, juriste formé à Berlin, Munich et Heidelberg, il exerça le droit à Constance puis à Cologne avant que le régime nazi ne mette fin à sa carrière en 1933 et ne l'exclue de la Reichsschrifttumskammer en 1935. Auteur des recueils de vers Das Ufer (1913) et Erschütterung (1920), il publia en 1936 son œuvre majeure, Der Gezeichnete, dépeignant la piété et les traditions des juifs ruraux du sud de l'Allemagne — le Landjudentum — entre le lac de Constance et l'Alsace. Il mourut à Constance en 1967, deux ans après son retour définitif en Allemagne, laissant une chronique irremplaçable d'un monde détruit.
Wilhelm Picard et Erwin Picard (dates de naissance inconnues, † 1914–1918) — Frères de Jacob Picard. Leur existence n'est connue que par leur mort au combat durant la Première Guerre mondiale. Ils incarnent le destin tragique de tant de jeunes juifs allemands tombés pour une patrie qui, une génération plus tard, persécuterait leurs proches. Leur perte marqua durablement la sensibilité de l'écrivain et rappelle le patriotisme sacrifié de la judéité allemande d'avant 1933.
Gertrud Chodziesner, dite Gertrud Kolmar (1894 – vers 1943) — Poétesse juive allemande de grand talent, cousine de Walter Benjamin. Son nom figure parmi les correspondants et les figures associées au fonds d'archives de Picard au Center for Jewish History [Center for Jewish History, « Jacob Picard Collection »]. Elle n'eut pas la possibilité de fuir l'Allemagne nazie, fut déportée en 1943 et assassinée dans les camps. Sa présence documentaire dans les papiers de Picard témoigne des réseaux littéraires juifs allemands dans lesquels s'inscrivait l'écrivain, et du sort tragique réservé à ceux qui restèrent.
Gustav Wolf (dates précises inconnues) — Graphiste et artiste, ami proche de Jacob Picard en exil. Il le rejoignit au Refugee Hostel de Cummington, dans le Massachusetts, en 1942 [Künste im Exil, « Jacob Picard »]. Sa présence à Cummington illustre la solidarité des artistes et intellectuels allemands exilés, qui reconstituaient autour d'eux des communautés de travail et d'amitié dans les lieux d'accueil américains.
Manfred Bosch (né en 1947) — Écrivain et éditeur allemand, spécialiste de la vie littéraire de la région du lac de Constance. Artisan de la redécouverte moderne de Picard, il dirigea un ouvrage consacré à l'écrivain, cité comme référence dans les notices spécialisées. Par son travail éditorial et mémoriel, il contribua à réinscrire Picard dans la mémoire culturelle de sa région d'origine et à sortir une œuvre longtemps demeurée dans l'ombre de l'exil et de l'oubli d'après-guerre.
Leo Picard (3 juin 1900 – 4 avril 1997) — Géologue né à Wangen am Bodensee, émigré en Israël. Fondateur du département de géologie de l'Université hébraïque de Jérusalem et lauréat du Prix Israël en 1958 [Wikipedia, « Leo Picard »]. Figure distincte de Jacob Picard, issue du même bourg mais d'une autre famille, il est présenté conjointement avec l'écrivain au mémorial d'Öhningen-Wangen depuis 2007 [« Jacob Picard (1883-1967) : le fonds de Marbach, la collection new-yorkaise et le mémorial de Wangen »]. Leur rapprochement mémoriel illustre la singulière densité de Wangen comme lieu d'origine de figures juives éminentes.
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Conclusion
La vie de Jacob Picard dessine une figure exemplaire de la judéité allemande du XXe siècle : celle d'un homme cultivé, patriote, professionnel intégré, que la barbarie contraignit à devenir le gardien d'une mémoire. Né au bord du lac de Constance, formé au droit dans les grandes universités allemandes, endeuillé par la Grande Guerre, exclu du barreau en 1933 puis de la Reichsschrifttumskammer en 1935, il fit de la catastrophe le moteur d'une œuvre. Der Gezeichnete n'est pas seulement un beau recueil de récits : c'est un acte de sauvetage, la conservation littéraire d'un monde — celui des juifs villageois du sud de l'Allemagne, du lac de Constance à l'Alsace — que l'histoire allait anéantir.
Son itinéraire d'exil, par la Russie soviétique, la Corée et le Japon jusqu'à New York, puis Cummington dans le Massachusetts, puis les Pays-Bas, puis le retour final à Constance en 1965, ferme une boucle où le lieu d'origine et le lieu de la mort se confondent. Entre-temps, le juriste était devenu un épistolier qui conversait avec Günther Anders, Hermann Broch, Max Brod, Lion Feuchtwanger et Hugo von Hofmannsthal ; l'auteur de Das Ufer avait écrit des essais sur six mille ans de l'histoire du pain et des biographies de Mendelssohn et de Mozart ; et le chroniqueur du Landjudentum alémanique avait laissé, dans deux fonds d'archives qui se font écho de part et d'autre de l'Atlantique — Marbach et New York —, la trace complète d'une vie littéraire traversée par le pire du siècle. Là où l'archive conserve les dates et les faits, l'œuvre restitue la ferveur, les gestes et les voix. C'est en cela que le juriste devenu écrivain a accompli, mieux qu'aucun procès, la justice de la mémoire.
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来源与资源
- Ivan G. Marcus, Piety and Society: The Jewish Pietists of Medieval Germany (1981)
- Annie Polland, Emerging Metropolis: New York Jews in the Age of Immigration, 1840-1920 (2012)
- Beth S. Wenger, New York Jews and the Great Depression: Uncertain Promise (1996)
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- encyclopedia.com ↗
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