Cyril M. Kornbluth
סיריל מ. קורנבלות'
地区: États-Unis
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发布于 2026年8月22日
美国科幻小说作家(1923-1958)
Introduction
Il existe, dans l'histoire de la littérature américaine du XXe siècle, des figures dont l'éclat fut aussi bref qu'intense. Cyril M. Kornbluth appartient à cette famille des météores : mort à trente-quatre ans, il laissa pourtant une œuvre dont la lucidité amère continue de hanter la science-fiction. Fils de la grande migration juive d'Europe orientale vers New York, petit-fils d'un tailleur émigré de Galicie, il incarne une génération singulière — celle de jeunes Juifs américains qui, à travers un genre populaire naissant, portèrent une critique féroce de la société de consommation et de la barbarie moderne.
Le récit de sa vie s'inscrit dans une histoire plus vaste : celle de l'ascension des immigrants juifs d'Europe centrale et orientale dans la métropole new-yorkaise, de la « caste à la classe » selon la formule d'Eli Lederhendler [Lederhendler, 2009]. Né Samuel et Deborah Kornbluth, tous deux d'origine juive polonaise et de familles originaires de Galicie selon les archives de la Syracuse University Libraries [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University], la famille de Cyril grandit dans un monde où l'aspiration intellectuelle, l'engagement politique et l'invention culturelle se mêlaient étroitement. Ce Grand Livre s'attache à restituer, chapitre après chapitre, l'itinéraire d'un homme dont l'œuvre satirique demeure l'une des plus mordantes de son temps.
La récente ouverture des archives personnelles de Kornbluth, conservées au Special Collections Research Center de la Syracuse University Libraries [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University], a rendu possible une lecture plus précise de cet itinéraire : manuscrits, correspondances, photographies et documents relatifs à son service militaire et à son décès constituent un fonds d'une richesse exceptionnelle pour qui veut comprendre non seulement l'œuvre, mais l'homme qui l'a forgée.
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Chapitre 1 : Samuel et Deborah, les Galiciens de New York — racines d'une famille juive polonaise
Cyril M. Kornbluth naquit à New York le 2 juillet 1923. Son père, Samuel Kornbluth, était un vétéran de la Première Guerre mondiale ; son grand-père paternel, tailleur de son état, avait quitté la Galicie pour faire sa vie dans le Nouveau Monde — itinéraire partagé par des centaines de milliers de Juifs d'Europe centrale et orientale entre 1880 et 1920. Sa mère, Deborah, née Unger, était elle aussi d'origine juive polonaise et galicienne [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University]. Cette généalogie précise, restituée par les archives de Syracuse, confirme et enrichit ce que l'on savait des origines de l'écrivain : il n'était pas seulement « d'ascendance juive polonaise » en général, mais le produit d'une lignée galicienne doublement attestée, celle d'une communauté aux traditions intellectuelles et artisanales vivaces.
Le magazine yiddish The Forward rappelle que Kornbluth était le neveu de Nathan Isaacovitch, éminent directeur du théâtre yiddish de Londres — trace vivante d'un ancrage familial dans la culture yiddish transnationale [Forward, 2009]. Cette parenté avec le monde du théâtre yiddish n'était pas anodine dans la New York des années 1920 et 1930 : elle plaçait l'enfant dans un bain culturel où la langue, la mémoire et l'invention se transmettaient par la scène autant que par le livre.
Selon Wikipedia, Kornbluth grandit non pas dans le Bronx, comme on l'a souvent écrit, mais dans le quartier d'Inwood, à Manhattan, quartier alors ouvrier et densément peuplé par les familles immigrées. Comme l'a montré Deborah Dash Moore, les origines urbaines du judaïsme américain reposent sur cette expérience de la densité, du voisinage et de la mobilité sociale [Dash Moore, 2014]. Andrew Heinze a souligné combien cette génération importa dans la culture américaine une sensibilité propre, faite de scepticisme, d'humour et d'inquiétude morale [Heinze, 2004] — traits que l'on retrouvera, transposés, dans la fiction de Kornbluth.
Selon sa veuve, l'enfant était d'une précocité remarquable : il apprit à lire à l'âge de trois ans et commença à écrire ses propres histoires à sept ans. Il grandit dans le New York de la Grande Dépression, environnement où les idéaux socialistes, la fascination pour la science et le goût des lettres se conjuguaient chez de nombreux jeunes Juifs des classes populaires.
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Chapitre 2 : Inwood, 1939 — un adolescent prodige entre les magazines de pulp
Kornbluth publia sa première nouvelle solo, « The Rocket of 1955 », dans Escape en août 1939, à l'âge de seize ans à peine [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University ; The Best of C. M. Kornbluth, Doubleday, 1976]. Il avait terminé le lycée par anticipation, avec plusieurs années d'avance sur ses camarades, preuve d'une intelligence que ses proches décrivaient comme exceptionnelle. Cette entrée en matière précoce dans les magazines de pulp — ces revues bon marché qui constituaient, pour la jeunesse américaine des années 1930, un espace d'effervescence imaginative sans équivalent — allait structurer toute sa trajectoire d'écrivain.
Sa collaboration avec les revues de pulp prit rapidement une ampleur surprenante pour un lycéen. Il multiplia les textes, souvent courts, souvent expérimentaux, signés sous des pseudonymes variés. Selon la Science Fiction Encyclopedia, il publia de façon prolifique entre 1940 et 1942 dans les revues éditées par ses camarades Wollheim et Pohl [SF Encyclopedia]. Les pseudonymes dont il se para — Cecil Corwin, S. D. Gottesman, Edward J. Bellin, Kenneth Falconer, Walter C. Davies, Simon Eisner, Jordan Park, Arthur Cooke, Paul Dennis Lavond, Scott Mariner — formaient un véritable masque à facettes multiples, lui permettant de saturer les magazines sans que les éditeurs s'aperçoivent qu'un seul auteur était à l'origine de tant de textes différents. Selon les biographes, le pseudonyme S. D. Gottesman fut forgé en collaboration avec Pohl, et emprunté par dérision au nom d'un professeur de mathématiques détesté [Strange Horizons].
Sa première publication cosignée, « Stepsons of Mars », parut dans Astonishing Stories en avril 1940, avec Harry Dockweiler [SF Encyclopedia]. Ce mode de travail à plusieurs mains — brouillant les identités, multipliant les signatures fictives — préfigurait une pratique de la collaboration qui allait définir sa manière d'écrire et, finalement, sa place dans l'histoire du genre.
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Chapitre 3 : Les Futurians — la fraternité intellectuelle des adolescents du genre
L'événement décisif de la jeunesse de Kornbluth fut sa rencontre avec les Futurians. Ce club new-yorkais d'amateurs de science-fiction, fondé à la fin des années 1930, rassemblait une constellation de jeunes gens — souvent juifs, souvent de gauche — qui allaient bouleverser le genre. On y comptait Frederik Pohl, Donald A. Wollheim, Isaac Asimov, Judith Merril, Damon Knight. Selon la Science Fiction Encyclopedia, Kornbluth, membre de ce cercle, plongea dans une activité créatrice intense dès ses premières années d'adhésion [SF Encyclopedia].
Cette fraternité juvénile relevait autant de l'amitié que d'un atelier littéraire collectif. Frederik Pohl, dans ses souvenirs, a décrit une camaraderie intensément productive, nouée entre adolescents réunis au sein de la Futurian Society de New York [Pohl, Library of America]. Les réunions se tenaient dans des appartements exigus, où l'on discutait de science, de politique et de littérature avec une passion qui tenait à la fois de la loggia intellectuelle et du groupe d'agit-prop. Plusieurs de ces jeunes gens nourrissaient des sympathies pour les mouvements de gauche, ce qui ajoutait à leurs discussions une dimension idéologique que l'on retrouvera, sublimée, dans les satires de Kornbluth.
C'est là que se scella l'alliance créatrice qui structurera toute la carrière de l'auteur : avec Pohl pour les romans de long souffle, avec Merril pour des collaborations plus ponctuelles, avec Wollheim pour les premières publications. La Futurian Society fut, pour Kornbluth et pour toute une génération, le creuset où se forma une vision du monde — lucide, ironique, méfiante envers les puissants — qui allait trouver dans la science-fiction un véhicule d'une efficacité remarquable.
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Chapitre 4 : La guerre, la mitrailleuse et l'Étoile de bronze — le front des Ardennes
L'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale interrompit brutalement cette effervescence. Kornbluth s'engagea dans l'armée et fut envoyé sur le théâtre européen. Selon les notices biographiques et les archives de Syracuse, qui conservent des documents relatifs à son service militaire [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University], il y servit comme mitrailleur et participa à la bataille des Ardennes, l'un des affrontements les plus meurtriers du front occidental. Il reçut l'Étoile de bronze (Bronze Star) pour son service [Academic Kids].
L'expérience de la guerre laissa des traces profondes. Contraint de porter de lourdes charges d'équipement à travers les rigueurs de l'hiver 1944-1945, Kornbluth aurait vu sa santé durablement affectée — hypothèse fréquemment avancée pour expliquer les problèmes cardiaques qui l'emporteront. Cette génération de jeunes Juifs américains combattit le nazisme avec la conscience aiguë de ce qui se jouait pour leur peuple. La mémoire de la destruction des Juifs d'Europe, dont Peter Novick a retracé l'inscription progressive dans la vie américaine, marqua durablement leur regard sur la civilisation et la barbarie [Novick, 1999].
Les archives personnelles conservées à Syracuse documentent cette période : correspondance de guerre, papiers militaires, témoignages indirects — autant de pièces qui permettront aux futurs chercheurs de reconstituer avec plus de précision ce que fut l'expérience combattante de cet homme de lettres [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University]. De retour à la vie civile, Kornbluth reprit ses études à l'Université de Chicago, où il compléta sa formation avant de renouer avec l'écriture professionnelle [SF Encyclopedia].
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Chapitre 5 : Mary Byers et la lettre M — le mariage d'une signature
En 1943, Kornbluth épousa Mary G. Byers, une jeune passionnée de science-fiction originaire de l'Ohio, qui avait entretenu une correspondance avec plusieurs Futurians avant de gagner New York en 1941 [Strange Horizons]. Ce mariage n'eut pas seulement une portée personnelle : il façonna jusqu'à la signature de l'écrivain. Selon la Science Fiction Encyclopedia, le « M » de « Cyril M. Kornbluth » ne correspondait à aucun second prénom réel ; il représentait Mary, dans l'attente qu'elle collabore aux œuvres de son mari [SF Encyclopedia]. Frederik Pohl, dans au moins un entretien, confirma que Kornbluth n'avait en réalité aucun second prénom [Wikipedia, Cyril M. Kornbluth].
Ce détail onomastique est révélateur d'une pratique d'écriture profondément partagée. Toute la carrière de Kornbluth fut placée sous le signe de la collaboration — avec Pohl, avec Judith Merril, avec Mary. Le couple s'installa dans la banlieue new-yorkaise, à Levittown, symbole même de cette Amérique pavillonnaire d'après-guerre que l'écrivain allait précisément prendre pour cible dans ses satires. L'ironie n'échappa pas aux commentateurs : celui qui dénonçait la standardisation de la vie moderne vécut ses dernières années dans le prototype même du lotissement produit en série.
Les archives de Syracuse conservent la trace matérielle de cette vie conjugale mêlée à la vie littéraire : photographies, correspondance, coupures de presse [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University]. Mary Kornbluth, veuve à trente-cinq ans, fut la première à témoigner de la précocité exceptionnelle de son mari, et ses souvenirs constituent l'une des sources les plus précieuses pour qui veut approcher l'homme derrière l'auteur.
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Chapitre 6 : *The Space Merchants* et les dystopies de la consommation — l'œuvre avec Pohl
C'est avec Frederik Pohl que Kornbluth atteignit la célébrité durable. Les deux hommes collaborèrent non seulement sur The Space Merchants mais sur de nombreux romans et nouvelles [Pohl, Library of America]. Publié en 1953 sous le titre initial Gravy Planet, The Space Merchants dépeint un monde futur gouverné par les agences de publicité, où la surpopulation, la pénurie de ressources et la manipulation marchande ont réduit l'humanité à l'état de consommateurs dressés. Le roman est demeuré un classique de la satire dystopique, réédité sans interruption depuis sa parution.
Le duo signa aussi Gladiator-at-Law, Search the Sky et Wolfbane — ce dernier imagine des extraterrestres arrachant la Terre à son orbite pour asservir l'humanité comme unités d'un ordinateur géant [Strange Horizons]. Kornbluth composa par ailleurs des œuvres avec Judith Merril, sous le pseudonyme commun Cyril Judd, notamment Gunner Cade et Outpost Mars.
Son génie propre éclate dans ses nouvelles en solo. « The Rocket of 1955 », dès 1939, annonce le ton [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University]. « The Marching Morons » (1951) imagine un avenir où une minorité intelligente s'épuise à gérer une masse abrutie [IMDb]. « The Little Black Bag », adaptée à la télévision, met en scène une trousse médicale du futur tombée entre des mains indignes. Ces récits, empreints d'une noirceur cynique, portent la marque d'un moraliste désabusé.
L'anthologie posthume The Best of C. M. Kornbluth, éditée par Frederik Pohl et publiée en 1976 chez Doubleday puis chez Ballantine Books, rassemble dix-neuf nouvelles accompagnées d'une introduction de Pohl et d'une postface de l'auteur elle-même réimprimée de son recueil de 1954, The Explorers [Wikipedia, The Best of C. M. Kornbluth]. Cette publication contribua décisivement à la reconnaissance critique de l'ensemble de l'œuvre. Le recueil A Mile Beyond the Moon, pour sa part, parut en 1958 chez Doubleday, peu après la mort de Kornbluth, suivi d'une édition pour le Science Fiction Book Club en 1959 [Wikipedia, A Mile Beyond the Moon]. Quant à l'anthologie His Share of Glory, publiée par la NESFA Press, elle permit enfin de mesurer l'ampleur totale de la production solo.
Ces textes s'inscrivent dans cette tradition intellectuelle juive américaine où la critique sociale et l'ironie tiennent lieu de conscience — sensibilité que David Encaoua rattache au regard scrutateur porté par la culture juive sur les promesses et les périls de la science [Encaoua, 2023].
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Chapitre 7 : Syracuse — les archives d'une vie, les manuscrits d'une œuvre
L'une des acquisitions les plus significatives pour la connaissance de Kornbluth est la constitution du fonds Cyril M. Kornbluth Papers au Special Collections Research Center de la Syracuse University Libraries [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University]. Ce dépôt rassemble ce qui subsiste de la vie matérielle et intellectuelle de l'auteur : manuscrits de fiction et d'articles, correspondance avec ses éditeurs, ses collègues et sa famille, photographies, coupures de presse, ainsi que des documents relatifs à son service militaire et aux circonstances de son décès.
L'existence de ce fonds change profondément la nature des études kornbluthiennes. Jusqu'à une période récente, la connaissance de l'auteur reposait essentiellement sur les témoignages de ses contemporains — Frederik Pohl au premier rang —, sur les notices des encyclopédies du genre et sur les maigres informations biographiques disponibles dans les anthologies. Le fonds de Syracuse offre désormais une base documentaire de premier ordre, permettant de confronter les témoignages mémoriels aux pièces d'archives, de vérifier les dates, de suivre la genèse des textes et d'explorer une correspondance qui était jusqu'ici largement inaccessible.
Les chercheurs pourront notamment y trouver des éléments permettant de mieux comprendre les années de formation — l'enfance dans le quartier d'Inwood, les premières ventes aux magazines de pulp, les réunions des Futurians — ainsi que les années de maturité créatrice, quand Kornbluth alterait, avec Pohl, les longues nuits de travail en commun et les périodes de production solitaire. Les documents relatifs à son service militaire — décoration, correspondance de guerre, dossiers administratifs — éclairent une période jusqu'ici connue surtout par des récits de seconde main.
Ce fonds est accessible aux chercheurs via le guide de collection en ligne de la Syracuse University Libraries [https://library.syracuse.edu/digital/guides/k/kornbluth_cm.htm].
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Chapitre 8 : Levittown, 21 mars 1958 — une mort à la gare, une œuvre interrompue
Le 21 mars 1958, Cyril M. Kornbluth mourut d'une crise cardiaque à Levittown, dans l'État de New York. Selon les récits biographiques et les archives de Syracuse — qui conservent des pièces relatives aux circonstances de son décès [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University] —, il se rendait à un entretien décisif : il devait rencontrer l'éditeur du Magazine of Fantasy & Science Fiction en vue d'en prendre la direction, et succomba à une attaque à la gare, dans l'attente de son train [IMDb]. Il avait trente-quatre ans.
Cette disparition prématurée priva la science-fiction d'une de ses voix les plus incisives. Frederik Pohl consacra une part de son énergie à achever et à promouvoir les manuscrits laissés par son ami, prolongeant ainsi une collaboration que la mort n'interrompit pas tout à fait [TV Tropes]. La publication, en 1976, de The Best of C. M. Kornbluth sous la direction de Pohl, et le travail de réédition entrepris par diverses presses spécialisées, participèrent à la lente réévaluation de l'œuvre.
Longtemps considéré comme un « grand oublié » du genre, Kornbluth apparaît aujourd'hui comme un moraliste au regard implacable, dont les dystopies sur la consommation, la surpopulation et la manipulation résonnent avec une acuité renouvelée. Sa postérité illustre une dimension méconnue de l'histoire culturelle juive américaine. La science-fiction d'après-guerre fut, pour une large part, une invention où les écrivains d'ascendance juive orientale — Asimov, Silverberg, Ellison, et Kornbluth parmi eux — jouèrent un rôle central, transposant dans un genre populaire une longue tradition d'imagination, d'inquiétude morale et de critique du monde [Forward, 2009]. Cette effervescence prolongeait, sous une forme sécularisée, la vitalité créatrice de la fiction yiddish moderne qu'a étudiée Mikhail Krutikov [Krutikov, 2001].
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Les grandes figures
Cyril M. Kornbluth (1923–1958) — Né à New York le 2 juillet 1923, fils de Samuel et Deborah (née Unger) Kornbluth, tous deux d'origine juive polonaise et galicienne. Enfant prodige d'Inwood, membre fondateur des Futurians, il publia sa première nouvelle dès 1939 et forgea une satire dystopique d'une noirceur exceptionnelle. Co-auteur de The Space Merchants avec Frederik Pohl, auteur des nouvelles « The Marching Morons » et « The Little Black Bag », décoré de l'Étoile de bronze, mort à trente-quatre ans d'une crise cardiaque à la gare de Levittown. Ses archives personnelles sont conservées à la Syracuse University Libraries.
Frederik Pohl (1919–2013) — Écrivain et éditeur new-yorkais, compagnon de Kornbluth depuis l'adolescence au sein des Futurians. Leur collaboration produisit The Space Merchants, Gladiator-at-Law, Search the Sky et Wolfbane. Après la mort de son ami, il acheva et défendit ses manuscrits, édita The Best of C. M. Kornbluth chez Doubleday en 1976, et devint lui-même l'une des grandes figures du genre, lauréat de nombreux prix Hugo et Nebula. Il a livré des souvenirs précieux sur cette amitié fondatrice, indispensables à la connaissance de Kornbluth.
Mary Kornbluth, née Byers (dates de naissance et de décès non établies — active dès les années 1940) — Passionnée de science-fiction originaire de l'Ohio, elle correspondit avec plusieurs Futurians avant de gagner New York en 1941 et d'épouser Cyril en 1943. Le « M » de la signature de l'auteur lui rendait hommage, dans l'attente d'une collaboration qui ne se concrétisa pas. Première à témoigner de la précocité de son mari après sa mort, elle demeure indissociable de l'identité littéraire de l'auteur. Sa correspondance est partiellement conservée dans les archives de Syracuse.
Judith Merril (1923–1997) — Écrivaine et anthologiste, née Josephine Grossman dans une famille juive. Membre des Futurians, elle collabora avec Kornbluth sous le pseudonyme commun Cyril Judd pour Gunner Cade et Outpost Mars. Éditrice influente d'anthologies annuelles de science-fiction pendant plus de dix ans, elle contribua à faire reconnaître la valeur littéraire du genre et incarna, comme Kornbluth, cette génération juive new-yorkaise dont l'imaginaire collectif transforma la science-fiction américaine.
Donald A. Wollheim (1914–1990) — Éditeur, écrivain et animateur du fandom, fondateur des Futurians. Il publia les premières œuvres du jeune Kornbluth dans ses magazines Stirring Science Stories et Cosmic Stories, et fut le premier à offrir à l'adolescent d'Inwood une tribune régulière dans la presse spécialisée. Pionnier de l'édition de poche de science-fiction, il joua un rôle déterminant dans la structuration du genre aux États-Unis et dans la diffusion de toute une génération d'auteurs.
Isaac Asimov (1920–1992) — Né en Russie dans une famille juive, arrivé enfant aux États-Unis, membre des Futurians aux côtés de Kornbluth. Sa trajectoire — enfant d'immigrants juifs orientaux, prodige précoce, gloire planétaire — est parallèle à celle de Kornbluth, bien que son destin ait été tout autre. Elle illustre, comme celle de Kornbluth, le rôle central des jeunes Juifs d'ascendance est-européenne dans l'essor du genre à New York au tournant des années 1940.
Nathan Isaacovitch (dates inconnues — actif dans la première moitié du XXe siècle) — Oncle maternel de Cyril M. Kornbluth, éminent directeur du théâtre yiddish de Londres, selon le témoignage du Forward [Forward, 2009]. Sa présence dans la famille Kornbluth signale un ancrage dans la culture yiddish transnationale qui précède et entoure la naissance de l'écrivain. Il représente le chaînon entre la tradition culturelle du judaïsme d'Europe orientale et la génération américaine qui allait en transformer l'héritage en fiction de genre.
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Conclusion
L'histoire de Cyril M. Kornbluth est celle d'une promesse fauchée, mais aussi d'un accomplissement dense. En moins de vingt années d'activité, interrompues par la guerre puis par la mort, il produisit une œuvre dont la clairvoyance satirique n'a rien perdu de sa force. Petit-fils d'un tailleur galicien, enfant du quartier d'Inwood, façonné par la fraternité intellectuelle des Futurians et par les hivers meurtriers des Ardennes, il incarne un moment précis de l'histoire culturelle juive américaine : celui où une génération d'immigrés et de fils d'immigrés s'empara d'un genre populaire pour y déposer son scepticisme, son humour noir et sa hantise de la barbarie.
La constitution des Cyril M. Kornbluth Papers à la Syracuse University Libraries [découverte du 03/08/2026 — archives de la Syracuse University] marque une étape décisive dans la connaissance de cet auteur. Ces archives — manuscrits, correspondances, photographies, pièces militaires, documents relatifs à son décès — offrent aux chercheurs une matière première qui manquait jusqu'ici, et qui permettra de compléter, de corriger et parfois de nuancer les portraits tracés depuis sa mort par ses contemporains.
Longtemps relégué au rang de collaborateur ou de talent inachevé, Kornbluth apparaît aujourd'hui comme un moraliste au regard implacable, dont les dystopies sur la consommation, la surpopulation et la manipulation résonnent avec une acuité renouvelée. Son parcours, de la mitrailleuse des Ardennes aux pavillons de Levittown, dessine en creux l'itinéraire d'une Amérique juive prise entre l'idéal et le désenchantement — et confirme, une fois encore, la fécondité singulière de cette rencontre entre héritage juif et modernité américaine [Sarna, 2004].
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来源与资源
- David Encaoua, Le Judaïsme sous le regard de la science (2023)
- Deborah Dash Moore, Urban Origins of American Judaism (2014)
- Eli Lederhendler, Jewish Immigrants and American Capitalism, 1880-1920: From Caste to Class (2009)
- Andrew R. Heinze, Jews and the American Soul (2004)
- Jonathan D. Sarna, American Judaism. A History (2004)
- Mikhail Krutikov, Yiddish Fiction and the Crisis of Modernity, 1905-1914 (2001)
- Peter Novick, The Holocaust in American Life (1999)
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