Zinnemann 家族
Zinnemann 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
阿什肯纳兹姓氏;姓名原始语言:意第绪语(根据维基数据)。
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大书 — Zinnemann
Introduction
Rzeszów, printemps 1907. Dans cette ville de Galicie alors incorporée à l'Empire austro-hongrois, naît Alfred Zinnemann, fils du médecin Oskar et d'Anna née Feiwel. Rien, dans ce moment banal d'une naissance bourgeoise en province, ne laisse pressentir que l'enfant deviendra l'un des cinéastes les plus respectés du XXe siècle, ni que ses parents périront dans la Shoah tandis que lui survivra par l'exil. C'est pourtant cette trajectoire — Galicie, Vienne, Paris, Hollywood, Londres — que le présent volume entreprend de retracer, à travers l'histoire d'un nom, d'une famille et d'une époque.
Le patronyme Zinnemann appartient à la grande famille des noms juifs ashkénazes nés dans l'espace germanophone. La racine Zinn désigne l'étain en allemand, et le suffixe -mann en désigne le praticien : « l'homme de l'étain », potier ou ferblantier. Derrière ce nom de métier figé par les ordonnances impériales de la fin du XVIIIe siècle se devine une géographie — les terres rhénanes, la Bohême, la Galicie des Habsbourg — et une histoire sociale, celle des artisans juifs auxquels certains métiers de la matière étaient accessibles là où d'autres leur restaient fermés.
Mais un nom n'épuise pas une lignée. Ce que la famille Zinnemann a réellement vécu, fait et transmis dépasse de loin l'onomastique : une communauté juive florissante à Rzeszów, une ascension dans la bourgeoisie médicale viennoise, une vocation cinématographique portée contre les attentes paternelles, une œuvre jalonnée de quatre Oscars, une autobiographie publiée à quatre-vingt-cinq ans, et la mémoire indélébile des parents restés en Europe quand le fils avait déjà traversé l'Atlantique. C'est cette double histoire, intérieure et collective, que le présent Grand Livre entreprend de raconter.
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版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月5日
Chapitre 1 : Rzeszów, ville-mère — la communauté juive de Galicie et la naissance d'une lignée
La ville de Rzeszów, que les Juifs ashkénazes appelaient Raisha en yiddish, occupait au sein de la Galicie autrichienne une position à la fois économique et intellectuelle remarquable. Sa communauté juive, parmi les plus anciennes et les plus denses de la région, connut sous la domination des Habsbourg une croissance démographique spectaculaire. En 1816, on dénombrait 3 575 Juifs pour seulement 1 029 chrétiens dans la ville ; en 1870, le Kahal de Rzeszów, qui entretenait deux synagogues, quatre cimetières et employait cinq rabbins, comptait 5 801 membres. Au milieu du XVIIIe siècle, le budget communautaire s'élevait à 17 000 zlotys, et la plupart des boutiques de la ville étaient tenues par des Juifs — témoignage d'une vitalité économique que ni les restrictions impériales ni les tensions interconfessionnelles n'avaient suffi à étouffer.
Cette vitalité n'était pas seulement marchande. Le mouvement de la Haskalah — les Lumières juives — y trouva un terreau fertile. Parmi ses premiers maskilim figurait Wilhelm Turteltaub ; la littérature hébraïque y fut illustrée par Moses David Geschwind (1846–1905). L'émancipation juridique, intervenue après que la Galicie eut obtenu son autonomie au sein de l'Empire, ouvrit aux Juifs de Rzeszów l'accès aux mêmes droits et privilèges que l'ensemble des citoyens, avec lui l'accès aux professions libérales et aux universités. C'est dans ce creuset émancipé que s'enracine la famille Zinnemann.
Oskar Zinnemann, médecin installé à Rzeszów, puis à Vienne, incarne cette génération de Juifs galiciens qui, bénéficiant de l'émancipation, embrassèrent les professions libérales et s'acculturèrent profondément à la langue et à la culture germaniques. Son épouse Anna, née Feiwel, partageait ce monde de la bonne bourgeoisie juive éduquée. C'est dans ce foyer que naquit, le 29 avril 1907, Alfred Zinnemann. La ville, qui n'oublia pas son enfant le plus célèbre, lui rendit hommage en décembre 2023, soulignant que les films du réalisateur — Le train sifflera trois fois, Tant qu'il y aura des hommes, Le Chacal — avaient inscrit Rzeszów dans la mémoire du cinéma mondial.
La transmission du savoir et l'engagement dans la vie collective — valeurs cardinales de la tradition juive — sont déjà lisibles dans ce premier tableau : une communauté qui entretient ses institutions, finance son enseignement religieux, produit ses lettrés et s'insère dans l'économie urbaine avec une ténacité qui dit beaucoup sur la capacité de la diaspora à se recréer dans des conditions souvent hostiles.
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Chapitre 2 : Vienne, capitale impériale — l'ascension bourgeoise et la formation d'un regard
Vienne, au tournant du XXe siècle, est le laboratoire d'une modernité explosive. C'est là que Freud formulait sa théorie de l'inconscient, que Mahler dirigeait l'Opéra, que Wittgenstein posait les fondements de sa philosophie du langage, que Klimt et Schiele réinventaient la peinture. C'est dans cette ville que la famille Zinnemann s'établit, et c'est là qu'Alfred grandit, élevé par un père médecin qui attendait de lui une carrière professionnelle classique.
Le jeune Alfred fréquenta le Franz-Josef Gymnasium, lycée de bonne réputation, avant de s'inscrire à l'Université de Vienne pour y étudier le droit, de 1925 à 1927. Mais comme il l'écrit dans son autobiographie A Life in the Movies, publiée en 1992, la loi l'ennuyait profondément, et la perspective d'une carrière juridique dans la Vienne de l'entre-deux-guerres était de surcroît assombrie par une réalité que son père connaissait bien : « En tant que Juif, on était un citoyen de seconde zone. » La discrimination ordinaire, diffuse mais constante, fermait des horizons que l'émancipation avait théoriquement ouverts.
C'est vers la musique que se tourna d'abord l'adolescent, avant que le cinéma ne l'emporte définitivement. La révélation eut lieu à Vienne, à la projection d'un film dont la forme le frappa comme un choc esthétique. L'attrait pour le septième art était alors celui d'un art jeune, peu respecté socialement, qui n'offrait guère de carrières tracées — ce qui, précisément, pouvait séduire un jeune homme qu'ennuyait la sécurité des métiers établis. En 1927, Alfred Zinnemann quittait Vienne pour Paris, où il s'inscrivit à l'École technique de photographie et de cinématographie, pendant un an, avant de rejoindre Berlin, puis New York.
La Grande Guerre avait déjà traversé l'enfance de Fred : son père avait servi dans l'armée et traversé une période difficile. Cette expérience de la fragilité des certitudes — la prospérité bourgeoise menacée par la guerre, la citoyenneté promise mais jamais pleinement accordée — forgea chez le jeune homme une sensibilité aiguë aux situations de conscience, aux personnages acculés à un choix moral sans issue commode. Cette sensibilité, portée par une formation d'abord humaniste, deviendra la marque stylistique de toute son œuvre.
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Chapitre 3 : Paris, Berlin, Hollywood — l'apprentissage d'un art et l'arrivée en Amérique
Le 24 octobre 1929, Fred Zinnemann débarquait à New York après une traversée de sept jours depuis Cherbourg. C'était précisément le jour du krach boursier qui allait précipiter la Grande Dépression. Dans son autobiographie A Life in the Movies, il se souvient de ce moment avec une ironie affectueuse : ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour arriver en Amérique, écrit-il, mais « les portes de l'aventure s'ouvraient ». Le jeune Autrichien de vingt-deux ans n'avait qu'une idée en tête : aller à Hollywood et travailler dans le cinéma.
Avant ce débarquement américain, l'apprentissage avait déjà commencé en Europe. À Paris, Zinnemann avait acquis les bases techniques du métier. À Berlin, il avait travaillé comme cameraman pour Robert Siodmak sur le documentaire Menschen am Sonntag (Gens du dimanche, 1930), film qui, par son style observationnel et son ancrage dans la réalité quotidienne berlinoise, constitua une leçon de cinéma-vérité avant la lettre. Cette expérience du réel filmé sans artifice laissa une trace durable dans son esthétique.
À Hollywood, les débuts furent humbles. Zinnemann fut un extra dans À l'Ouest, rien de nouveau de Lewis Milestone, classique fondateur du pacifisme cinématographique. De cette position d'observateur anonyme dans la figuration, il tira des leçons précieuses sur la mécanique des grands plateaux. Plus déterminante encore fut la rencontre avec le documentariste Robert Flaherty, auprès de qui Zinnemann travailla comme assistant — une expérience qui influença profondément ses propres films, imbibés d'une authenticité rigoureuse. Flaherty lui enseigna la patience du regard posé sur les êtres dans leur milieu naturel et le refus de l'effet gratuit. Cette influence modelait durablement sa méthode : l'authenticité dans l'atmosphère et la caractérisation des personnages deviendrait la signature reconnue de tous ses grands films.
La Metro-Goldwyn-Mayer lui offrit ses premières commandes sérieuses, d'abord sur plusieurs courts métrages de la série Crime Does Not Pay, puis sur des films de série B. Zinnemann y aiguisa son sens du montage et de la tension, travaillant dans des délais et des budgets contraints qui exigeaient l'économie de moyens. C'est cette école de la contrainte, combinée à l'enseignement de Flaherty, qui prépara le cinéaste à l'œuvre à venir.
La naturalisation américaine fut acquise en 1937 — l'année même de son mariage avec Renee Bartlett, costumière, avec qui il eut son fils Tim. Zinnemann était alors un réalisateur en devenir, travaillant dans l'ombre, à distance d'une Europe qu'il avait quittée juste à temps.
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Chapitre 4 : L'œuvre — crises de conscience et grandeur morale sur l'écran
Ce qui distingue Fred Zinnemann dans le paysage du cinéma américain, c'est le réalisme de l'atmosphère et de la caractérisation de ses films, souvent ancrés dans des crises de conscience. Ses films se retrouvent toujours aux prises avec la même question : que fait un être humain lorsqu'il est seul devant un choix dont l'enjeu est son intégrité ?
Les Anges marqués (The Search, 1948), tourné dans l'Allemagne dévastée de l'après-guerre avec Montgomery Clift, raconte l'histoire d'un enfant rescapé des camps de concentration et d'un soldat américain qui l'aide à retrouver sa mère. Le film, réalisé avec des non-professionnels parmi les décombres réels, puise sa force dans le dépouillement documentaire hérité de Flaherty. On n'ignore pas, à la lecture de sa biographie, que Zinnemann filmait là une réalité qui avait englouti ses propres parents : la Shoah, dont il ne cessera jamais de porter la mémoire.
Le train sifflera trois fois (High Noon, 1952) est un western mettant en scène Gary Cooper en marshal de ville confronté à un tireur. C'est l'un des plus grands films sur la solitude de la conscience individuelle face à la lâcheté collective. La pression que subit le marshal Kane — exhorté par tous à fuir, à composer, à plier — renvoie à une expérience que Zinnemann et ses contemporains juifs d'Europe avaient vécue de l'intérieur : celle de la trahison d'une société qui abandonne les siens.
Tant qu'il y aura des hommes (From Here to Eternity, 1953) lui valut l'Oscar du meilleur réalisateur, et le film celui du meilleur film. Zinnemann y filmait des personnages en lutte contre une institution militaire indifférente à leur humanité, refusant la compromission au prix de leur propre destruction.
Un homme pour l'éternité (A Man for All Seasons, 1966) lui valut également l'Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film. Consacré au refus de Thomas More de cautionner le divorce d'Henri VIII, le film relate la résistance solitaire d'un homme de loi contre le pouvoir royal — incarnation la plus explicite du thème central de toute l'œuvre : la primauté de la conscience individuelle sur l'obéissance aux puissants. Dans la tradition juive, cette conception — qui rappelle le refus prophétique de se soumettre à l'injustice quelle que soit son origine — est une vertu cardinale, et Zinnemann la porta à l'écran avec une sévérité qui n'exclut pas la compassion.
Julia (1977), enfin, adapté des mémoires de Lillian Hellman, met en scène une résistante au nazisme dans le Berlin des années 1930 : la boucle se referme, le cinéaste revenant aux années qui avaient scellé le destin de ses parents. L'ensemble de la filmographie lui valut cinq prix du New York Film Critics Circle, neuf nominations aux Oscars et quatre statuettes — une œuvre dont la cohérence éthique est aussi remarquable que la maîtrise formelle.
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Chapitre 5 : La déchirure — Oskar, Anna et la Shoah
L'œuvre de Fred Zinnemann ne peut se lire pleinement sans avoir à l'esprit ce que lui coûta de quitter l'Europe. Tandis qu'il s'établissait en Amérique, apprenait l'anglais, débutait dans la figuration et gravissait patiemment les échelons d'Hollywood, ses parents Oskar et Anna Zinnemann demeuraient à Vienne. Ils y périrent au début des années 1940, dans la Shoah.
Cette réalité, que le réalisateur formula avec une précision glaçante, structure sa conscience d'homme autant que son œuvre de cinéaste. Il déclara qu'en restant en Europe, il serait « mort à l'heure qu'il est, probablement même pas enterré » — formule où la mort est redoublée par l'effacement, la disparition du corps après celle de la vie. Cette phrase dit tout de ce que la Shoah fit aux Juifs d'Europe centrale : non seulement les tuer, mais nier jusqu'à la possibilité d'une sépulture, d'un deuil, d'une mémoire ordinaire.
La question de la responsabilité et de la survie hante plusieurs de ses films. Les Anges marqués, tourné dès 1948, plonge le spectateur dans l'Europe des personnes déplacées, des enfants des camps cherchant à renouer avec une famille détruite. Que Zinnemann ait choisi ce sujet pour son premier film à portée internationale — à une époque où Hollywood traitait encore la Shoah avec la plus grande prudence — dit quelque chose d'essentiel sur sa façon d'habiter son œuvre. Il ne se réfugiait pas dans l'oubli, il ne transformait pas l'horreur en matière romanesque distante : il filmait ce qu'il savait de l'intérieur, avec la rigueur de celui qui sait que la légèreté serait une trahison.
La mémoire des parents disparus est ainsi, dans l'œuvre de Zinnemann, une présence souterraine mais constante. Elle n'est jamais exhibée, jamais mise en scène comme un pathos autobiographique — ce serait contraire à la retenue fondamentale du cinéaste. Elle est là, en creux, dans l'attention portée aux vaincus, aux sans-grade, aux individus broyés par les institutions, dans la conviction que la dignité d'un être humain ne se négocie pas même lorsque tout l'invite à capituler.
Dans son autobiographie A Life in the Movies (1992), le livre s'ouvre sur les premières années à Vienne et à Paris, offrant des observations précises et bien choisies sur sa jeunesse autrichienne et son chemin vers l'Amérique — avec juste assez de fenêtres ouvertes sur sa vie privée et familiale pour que le lecteur mesure l'épaisseur d'un destin, sans que Zinnemann ne cède jamais à la complaisance mémorielle.
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Chapitre 6 : Tim Zinnemann et la transmission — une famille dans le cinéma
Le nom Zinnemann ne s'éteignit pas avec le réalisateur. Il se transmit à une génération qui demeura, elle aussi, attachée au monde du cinéma, perpétuant dans le métier la signature familiale — mais selon des modalités propres, distinctes de l'œuvre paternelle.
Tim Zinnemann naquit le 26 mai 1940 à Los Angeles, fils de Fred Zinnemann et de Renee Bartlett, dans la ville même où son père était en train de construire sa carrière. Cette naissance américaine scellait géographiquement la rupture avec le monde galicien et viennois de la génération précédente : Tim n'avait pas à fuir l'Europe, il n'avait pas de mémoire directe du continent perdu. Il était un Américain de plein droit, fils d'un immigrant naturalisé.
Sa première apparition dans le cinéma fut une apparition littérale, dans le film de son père : Tim Zinnemann figura dans Oklahoma! (1955), la grande comédie musicale que Fred venait d'adapter du spectacle de Rodgers et Hammerstein. Cette figuration filiale — écho inversé de la figuration paternelle dans À l'Ouest, rien de nouveau, un quart de siècle plus tôt — dit quelque chose de la façon dont le cinéma fut pour cette famille un espace partagé, presque domestique, où l'on apprenait le métier en regardant faire l'autre.
Tim Zinnemann fit carrière comme assistant réalisateur d'abord, comme producteur ensuite. On lui doit notamment Les Cowboys (The Cowboys, 1972, avec John Wayne), L'Île du docteur Moreau (The Island of Dr. Moreau, 1996) et Running Man (1987). Il eut deux enfants avec son ex-épouse, l'actrice Meg Tilly : Emily, née en 1984, et David, né en 1986.
La continuité du métier dans la lignée est frappante. De la Galicie à Hollywood en deux générations, du potier d'étain imaginaire qu'évoque l'étymologie du nom au producteur hollywoodien : la lignée Zinnemann illustre, dans sa trajectoire américaine, la capacité de transmission propre aux familles de la diaspora ashkénaze, pour qui l'éducation et le métier bien fait ont longtemps constitué le capital le plus sûr dans un monde où la propriété foncière restait aléatoire et la citoyenneté révocable.
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Chapitre 7 : Le nom Zinnemann — étymologie, onomastique et mémoire d'un patronyme ashkénaze
Les ordonnances impériales de la fin du XVIIIe siècle, et notamment l'édit de tolérance de Joseph II (1782) suivi des dispositions de 1787 pour la Galicie, contraignirent les familles juives de l'Empire des Habsbourg à adopter des noms de famille héréditaires en allemand. Dans ce creuset administratif naquit une nouvelle onomastique juive : certains noms furent choisis librement, d'autres attribués par des fonctionnaires, d'autres encore calqués sur des activités professionnelles ou des lieux de résidence.
Zinnemann appartient à la catégorie des noms dits occupationnels ou de métier. La racine Zinn désigne l'étain en allemand ; le moyen-haut-allemand utilisait le terme zin, le yiddish le mot tsin. Le suffixe -mann, courant dans les anthroponymes germaniques, désigne l'agent ou le praticien du métier : Zinnemann signifie donc littéralement « l'homme de l'étain », c'est-à-dire le potier d'étain, l'étameur ou le ferblantier. Des formes dérivées comme Zinman procèdent de la même racine.
Cette filiation lexicale relie le nom à un artisanat qui fut, dans les communautés juives d'Europe centrale, l'un de ceux que la réglementation corporative ne leur interdisait pas — ou l'interdisait moins rigoureusement que d'autres. L'étain servait à fabriquer la vaisselle commune, les chandeliers, les objets de culte du quotidien : un métal humble, populaire, essentiel. Que le nom ait été adopté parce qu'un ancêtre exerçait réellement ce métier, ou qu'il lui ait été attribué administrativement, l'archive ne permet pas toujours de le préciser : c'est là le lot commun de l'onomastique juive ashkénaze, dont les origines sont souvent mêlées de mémoire réelle et de contrainte bureaucratique.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que ce nom porta, au XXe siècle, une lignée qui donna au monde une œuvre cinématographique d'une ampleur et d'une profondeur morales exceptionnelles. Le palimpseste du nom — métier de l'étain, décrets impériaux, communauté galicienne, exil américain, gloire hollywoodienne, deuil de la Shoah — résume à lui seul plusieurs siècles de l'histoire de la diaspora ashkénaze.
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Les grandes figures
Fred Zinnemann (1907–1997) — né Alfred Zinnemann à Rzeszów (Autriche-Hongrie, auj. Pologne), mort à Londres.
Réalisateur austro-américain, fils du médecin Oskar et d'Anna née Feiwel, Fred Zinnemann quitta Rzeszów pour Vienne, Paris, Berlin puis New York en 1929. Après ses débuts comme figurant dans À l'Ouest, rien de nouveau (1930) et son travail auprès de Robert Flaherty, il devint l'un des cinéastes majeurs de Hollywood, récompensé par quatre Oscars — notamment pour Tant qu'il y aura des hommes (1953) et Un homme pour l'éternité (1966). Il publia son autobiographie A Life in the Movies en 1992, à quatre-vingt-cinq ans. Ses parents, restés en Europe, périrent dans la Shoah au début des années 1940.
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Oskar Zinnemann (dates inconnues — † début des années 1940) — médecin à Rzeszów puis à Vienne.
Père de Fred Zinnemann, Oskar était médecin installé dans la bourgeoisie juive autrichienne. Il servit dans l'armée austro-hongroise durant la Première Guerre mondiale et éleva son fils dans la Vienne impériale, attendant de lui une carrière libérale classique. Demeuré en Europe avec son épouse Anna après l'émigration de leur fils en Amérique, il périt dans la Shoah au début des années 1940. Sa disparition pèse sur toute l'œuvre cinématographique de Fred Zinnemann comme une présence souterraine et douloureuse.
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Anna Zinnemann, née Feiwel (dates inconnues — † début des années 1940) — mère de Fred Zinnemann.
Épouse d'Oskar Zinnemann, Anna née Feiwel appartenait à la bonne bourgeoisie juive de Galicie et d'Autriche. Demeurée à Vienne après le départ de son fils pour l'Amérique, elle périt dans la Shoah, comme son mari. Le film Les Anges marqués (The Search, 1948), que Fred Zinnemann consacra aux enfants survivants des camps, est hanté par la mémoire de parents que le réalisateur savait disparus dans les mêmes circonstances.
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Tim Zinnemann (né le 26 mai 1940) — producteur américain de cinéma.
Fils de Fred Zinnemann et de Renee Bartlett, né à Los Angeles, Tim Zinnemann fit carrière dans l'industrie cinématographique américaine comme assistant réalisateur puis comme producteur. Il figura dans Oklahoma! (1955), film de son père, avant de produire notamment Les Cowboys (1972), Running Man (1987) et L'Île du docteur Moreau (1996). Il est le père d'Emily (née en 1984) et David (né en 1986), enfants issus de son union avec l'actrice Meg Tilly. Sa carrière prolonge, dans le domaine de la production, la vocation cinématographique héritée de son père.
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Conclusion
L'histoire de la lignée Zinnemann est celle d'une survie par l'œuvre. Partie de Rzeszów, ville de Galicie où une communauté juive ancienne avait su prospérer sous l'autorité des Habsbourg, la famille traversa l'émancipation du XIXe siècle, s'intégra brillamment dans la bourgeoisie médicale et culturelle de Vienne, fut fracturée par la persécution nazie, et se reconstitua de l'autre côté de l'Atlantique sous la forme d'une dynastie cinématographique.
Ce que la lignée Zinnemann aura, entre toutes, le mieux exprimé, c'est l'exigence de la conscience individuelle face aux institutions et aux pouvoirs — ce que la tradition juive appelle, dans un registre prophétique, le refus de l'obéissance aveugle à l'injustice. Fred Zinnemann l'a portée à l'écran avec une cohérence exceptionnelle, de la solitude du marshal Kane dans High Noon à la résistance solitaire de Thomas More dans A Man for All Seasons, en passant par les enfants sans nom des camps de déportation dans The Search. Cette vertu — la primauté de la conscience sur la complaisance — est aussi, dans sa forme la plus nue, la valeur qui permit à un jeune homme venu de Galicie de traverser un siècle de catastrophes sans renoncer ni à son art ni à sa mémoire.
De l'artisan de l'étain que suggère l'étymologie du nom au cinéaste oscarisé qui filmait les crises de conscience avec la précision d'un horloger moral, la lignée Zinnemann illustre les trois grands mouvements de l'histoire juive contemporaine : l'émancipation, l'exil et la renaissance. Le nom survit, à la fois épitaphe d'un monde englouti et signature d'une œuvre qui lui survécut — et qui continue, sur les écrans du monde entier, de poser la même question décisive : que fait un être humain lorsqu'il est seul devant un choix dont l'enjeu est son intégrité ?
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参考文献
- Jean Baumgarten, Le Yiddish. Histoire d'une langue errante (2002)
- Dovid Katz, Words on Fire: The Unfinished Story of Yiddish (2004)
- Benjamin Harshav, The Meaning of Yiddish (1990)
- Q8072433 — Wikidata ↗
- A. Beider ; L. Menk, Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est (Beider : Empire russe 2008, Royaume de Pologne 1996, Galicie 2004) et judéo-allemands (Menk 2005), Avotaynu