Witkower 家族
Witkower 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
波兰地名型姓氏。
地理来源: Pologne
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家族系谱地图
大书 — Witkower
Introduction
Quelque part dans la plaine de Grande-Pologne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Gniezno — première capitale du royaume des Piast —, se trouve la petite ville de Witkowo. C'est d'elle, ou d'une localité homonyme dispersée dans la même aire géographique, que la lignée Witkower tire son nom. Un nom qui est d'abord une adresse : avant d'être un patronyme transmissible, il désignait simplement l'endroit d'où la famille était venue. Lorsque les administrations impériales obligèrent les Juifs d'Europe de l'Est à se choisir un nom fixe et héréditaire — au tournant des XVIIIe et XIXe siècles — cette désignation géographique fut cristallisée en identité civile. Elle l'est restée jusqu'à aujourd'hui, traversant les partages de la Pologne, la Prusse de Frédéric-Guillaume, le Kaiserreich allemand, deux guerres mondiales et plusieurs continents.
Ce Grand Livre retrace ce chemin : de la ville polonaise dont le nom s'est imprimé dans celui de la famille, jusqu'aux porteurs du nom qui, au XXe siècle, ont illustré la lignée dans les arts et la pensée. Là où les archives confirment, il l'indique ; là où elles font défaut, il dit l'état de la connaissance sans le maquiller. La prudence de l'historien et la curiosité du généalogiste avancent ici ensemble.
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Chapitre 1 : Witkowo et la Grande-Pologne — le berceau géographique
La région de Wielkopolska — la « Grande-Pologne » — est l'un des berceaux historiques de l'État polonais. C'est là que les Piast fondèrent Gniezno, leur première capitale, et c'est dans cette même ville que la présence juive est attestée dès le Moyen Âge : en 1206, le prince Mieszko III confiait aux Juifs la gestion de la douane et de l'hôtel des monnaies de Gniezno, témoignage précoce d'une implication économique dans la vie urbaine de la région. À une vingtaine de kilomètres de là, Witkowo est une bourgade dont le nom descend directement de l'anthroponyme slave Witek — diminutif de Wit, lui-même dérivé du saint chrétien Vitus — : un domaine ou un bourg fondé par, ou appartenant à, un homme ainsi nommé. Ce type de formation toponymique est omniprésent dans toute l'aire polono-lituanienne, ce qui explique qu'il existe plusieurs localités portant des noms construits sur la même racine, dispersées en Grande-Pologne, en Mazovie, en Podlachie et en Volhynie.
Witkowo, dans sa version grande-polonaise, était suffisamment peuplée et insérée dans les réseaux commerciaux pour avoir abrité une communauté juive avant le XIXe siècle. Les Juifs de Grande-Pologne, à la différence de ceux de Russie ou d'Ukraine, évoluaient dans une zone de contact intense entre le monde slave et le monde germanique : les villes de la région étaient peuplées de colons allemands depuis le Moyen Âge, la langue yiddish y côtoyait le polonais et l'allemand, et les marchands juifs servaient fréquemment d'intermédiaires entre ces deux univers. C'est cette position charnière qui explique la morphologie même du nom Witkower : une racine slave (Witk-) coiffée d'un suffixe germanique (-er), synthèse phonétique de deux cultures en contact permanent.
La région de Gniezno et de Witkowo appartint d'abord à la République des Deux Nations, puis, lors du deuxième partage de la Pologne en 1793, la Prusse s'implanta en Grande-Pologne. Witkowo et ses environs passèrent ainsi sous domination prussienne, une réalité administrative qui allait profondément remodeler la vie des communautés juives locales et précipiter, entre autres, la fixation de leurs patronymes.
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Chapitre 2 : 1793–1871 — La Grande-Pologne sous la Prusse et l'obligation patronymique
Le partage de 1793 fit entrer la région de Witkowo dans l'orbite prussienne. Pour les Juifs de Grande-Pologne, ce changement de souveraineté ne fut pas seulement politique : il entraîna une série de réformes administratives qui modifièrent en profondeur leur existence légale. L'obligation de porter un patronyme fixe et héréditaire — déjà imposée par Frédéric II dans certaines provinces dès 1772, généralisée progressivement dans les territoires polonais acquis — relevait d'une logique à la fois fiscale, militaire et assimilatrice. Recenser les sujets, lever l'impôt, mobiliser les hommes : ces tâches impériales réclamaient des individus nominativement identifiables d'une génération à l'autre.
Pour les Juifs qui, jusqu'alors, se désignaient par le prénom hébreu suivi du patronymique (Yaakov fils de Yitzhak), l'adoption d'un nom héréditaire constituait une rupture formelle. Certains choisirent ou reçurent des noms abstraits ou symboliques ; la majorité des familles installées en Grande-Pologne optèrent — ou furent affectées — d'un toponyme indiquant leur provenance. C'est à ce moment précis que la désignation informelle « le Juif de Witków » ou « celui venu de Witkowo » se mua en patronyme légal : Witkower, littéralement « celui de Witków », suivant la construction germanique en -er que la bureaucratie prussienne reconnaissait aisément, car elle était identique à celle des Berliner, Krakauer ou Posener.
Le nom ainsi figé portait en lui la mémoire d'un déplacement antérieur : on ne devient Witkower que si l'on vit déjà ailleurs que Witkowo — sans quoi l'indication d'origine n'aurait eu aucune valeur distinctive dans le voisinage. C'est la logique même du toponyme comme patronyme : il fossilise un exil intérieur, une migration de quelques dizaines de kilomètres peut-être, mais suffisante pour que le lieu de départ devienne un signe d'identité dans le lieu d'arrivée.
Après 1871, la Grande-Pologne fut intégrée dans l'Empire allemand unifié. Pour les Juifs de la région, cette intégration s'accompagna de la pleine émancipation légale proclamée en 1871 par le nouveau Reich. Les communautés qui avaient survécu à la pression prussienne purent désormais accéder aux universités, aux professions libérales, au commerce et à la vie culturelle allemande avec moins d'entraves juridiques. C'est dans ce contexte de relative ouverture que les branches germanophones du nom commencèrent leur ascension vers les milieux intellectuels et bourgeois des grandes villes — Berlin au premier chef.
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Chapitre 3 : La morphologie du nom — *Witk-*, *-er* et la constellation des variantes
Le nom Witkower appartient à une famille cohérente de patronymes juifs bâtis sur la racine Witk-, que les grands catalogues de référence — en particulier les dictionnaires d'Alexander Beider consacrés aux patronymes juifs d'Europe de l'Est — classent parmi les toponymes ashkénazes. La racine renvoie à l'anthroponyme slave Witek, diminutif affectueux de Wit, prénom dérivé du saint chrétien Vitus. Ce prénom ayant donné naissance à d'innombrables toponymes dans l'aire polono-lituanienne, la racine Witk- peut en principe désigner plusieurs lieux distincts ; dans le contexte de Grande-Pologne et de la domination prussienne, la convergence géographique vers Witkowo est la plus cohérente avec le dossier disponible.
Le suffixe -er est un formant d'origine germanique, universellement utilisé dans le yiddish et dans l'allemand bureaucratique pour former des démonymes : Berliner, Krakauer, Posener, Witkower. Sa présence trahit la zone de contact linguistique germano-slave propre à l'aire ashkénaze, où le yiddish servait de vernaculaire et où les administrations prussiennes puis allemandes rédigeaient leurs registres en allemand. Le nom appartient donc structurellement à la culture ashkénaze centrale, à la jonction du monde polonais et du monde germanophone.
Autour de Witkower gravite une constellation de variantes que le généalogiste doit apprendre à reconnaître comme les expressions d'une même matrice. La graphie Wittkower, avec le t doublé, est une adaptation aux habitudes orthographiques allemandes et se rencontre principalement chez des porteurs installés dans l'aire germanophone ou y ayant séjourné durablement — c'est précisément sous cette forme que le nom a acquis une notoriété savante au XXe siècle. La forme Witkowski / Witkowsky emploie le suffixe adjectival polonais -ski pour exprimer la même relation d'origine que le -er germanique ; elle est attestée dans les zones restées sous domination russe ou polonaise. La transcription en cyrillique donne Witkoвер / Vitkoвer dans les registres russes, et les actes rédigés en anglais lors de l'immigration aux États-Unis ou en Grande-Bretagne ont parfois donné Witkover ou Witcover. Cette variabilité est un fait méthodologique essentiel : le généalogiste qui ne cherche que la graphie exacte Witkower risque de manquer une partie substantielle de la documentation disponible.
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Chapitre 4 : L'Allemagne du XIXe siècle et l'émancipation — la branche germanophone
L'intégration progressive de la Grande-Pologne dans l'orbite prussienne puis allemande eut pour effet d'orienter les migrations juives de la région vers les grandes villes du Reich. Poznań (Posen), Breslau, Frankfurt-sur-l'Oder et, surtout, Berlin concentraient les opportunités économiques et intellectuelles que les bourgades de province ne pouvaient offrir. Le mouvement d'émancipation juive en Allemagne — marqué par le décret d'émancipation prussien de 1812, suspendu puis repris, et finalement consolidé par la loi d'émancipation du Reich de 1871 — créa les conditions d'une ascension sociale rapide pour des familles issues des communautés provinciales de Grande-Pologne.
Berlin, en particulier, devint au tournant du XIXe et du XXe siècle un pôle d'attraction irrésistible pour les Juifs de l'Est. La métropole prussienne abritait des institutions juives actives — synagogues, écoles, sociétés savantes, journaux —, une bourgeoisie juive établie et une intelligentsia en plein essor. C'est dans cette Berlin cosmopolite et culturellement vibrante que la branche Wittkower (avec la graphie doublement consonantique propre à la germanophonie) trouva son ancrage au début du XXe siècle. Henry Wittkower (1865–1942), dont la formation et la vie professionnelle s'inscrivent dans ce contexte de la Bildungsbürgertum juive berlinoise, y éleva son fils Rudolf, né en 1901, dans un milieu qui valorisait le Gymnasium, l'université et la culture humaniste.
Cette trajectoire — du shtetl ou de la bourgade de Grande-Pologne vers la métropole allemande, puis vers les capitales culturelles d'Europe occidentale — est une trajectoire emblématique de l'ashkénazité moderne. Elle illustre à la fois l'aspiration à l'intégration et la fragilité de cette intégration, puisque c'est précisément la montée du nazisme qui allait contraindre Rudolf Wittkower à reprendre le chemin de l'exil — non plus vers l'Est, mais vers l'Ouest, vers Londres d'abord, puis New York. En cela, le destin de la branche Wittkower reproduit, à une génération de distance, le mouvement fondateur inscrit dans le nom lui-même : un déracinement qui fait d'un lieu perdu le seul repère stable d'une identité en mouvement.
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Chapitre 5 : Rudolf Wittkower (1901–1971) — l'historien de l'art et l'exil fécond
La figure la plus documentée de la lignée Wittkower au XXe siècle est l'historien de l'art Rudolf Wittkower, né à Berlin le 22 juin 1901 et mort à New York le 11 octobre 1971. Sa vie intellectuelle est indissociable de la double contrainte qui pèse sur toute la génération des Juifs allemands cultivés : l'aspiration à s'inscrire pleinement dans la culture européenne et l'obligation de la fuir lorsque cette même Europe se retourne contre eux.
Rudolf Wittkower fit ses études aux universités de Berlin et de Munich, s'initiant à l'histoire de l'art sous des maîtres tels que Heinrich Wölfflin, avant de revenir à Berlin auprès d'Adolph Goldschmidt. Après sa thèse consacrée au peintre véronais Domenico Morone, il se rendit en Italie de 1923 à 1928, travaillant à Rome et à Florence, et fut nommé lecteur à l'université de Cologne en 1924. Cette immersion dans l'art et l'architecture italiens de la Renaissance et du baroque allait définir le cœur de son œuvre.
Lorsque Hitler parvint au pouvoir en 1933, Wittkower emigra en Angleterre. Il rejoignit le Warburg Institute de Londres, cette institution d'origine hambourgeoise qui avait elle-même émigré pour fuir le nazisme, et en devint directeur de 1934 à 1955 — un témoignage saisissant de la manière dont l'exil juif refit le paysage intellectuel de l'Europe occidentale. À l'université de Londres, il occupa la chaire de professeur de 1949 à 1955, formant toute une génération d'historiens de l'art britanniques.
En 1954, il traversa l'Atlantique et s'établit aux États-Unis, devenant directeur du département d'histoire de l'art et d'archéologie de l'université Columbia à New York, poste qu'il occupa aux côtés de figures telles que Meyer Schapiro et Julius Held. En 1969–1970, il enseigna à la National Gallery of Art de Washington. Son œuvre maîtresse, Art and Architecture in Italy, 1600–1750 (1958), publiée dans la célèbre collection « Pelican History of Art », demeure une référence incontournable pour quiconque étudie l'art baroque. Ses Architectural Principles in the Age of Humanism (1949) influencèrent profondément la réflexion architecturale de la seconde moitié du XXe siècle. Il publia également, en collaboration avec son épouse Margot Wittkower, Born Under Saturn (1963), une étude sur la personnalité des artistes, et The Divine Michelangelo (1964). Son dernier ouvrage posthume, Allegoria e migrazione dei simboli (1977), rassembla ses réflexions sur la permanence des symboles à travers les âges.
La valeur que cette trajectoire incarne le mieux est celle du talmud Torah élargi à l'universel : la transmission du savoir comme mission, la curiosité comme vertu, et la conviction que la culture humaniste — quelles que soient les frontières qui la brisent — mérite d'être préservée, transmise et enrichie. Que ce soit à Rome, à Londres ou à New York, Wittkower fut toujours cet homme qui comble le fossé entre les civilisations, qui fait parler les pierres et les toiles au-delà des langues et des nations.
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Chapitre 6 : La grande émigration et la dispersion du nom (fin XIXe–XXe siècle)
La trajectoire de Rudolf Wittkower est celle d'une branche germanophone cultivée, mais elle ne représente qu'une fraction des porteurs du nom. À partir de la fin du XIXe siècle, la grande vague d'émigration juive depuis l'Europe orientale et centrale dispersa les familles Witkower — dans toutes leurs variantes graphiques — vers l'Europe occidentale, les Amériques, l'Afrique du Sud et, plus tard, la Palestine mandataire puis Israël. Les causes en étaient multiples : la misère économique des bourgades de Grande-Pologne, les restrictions légales qui subsistaient dans certaines régions, et, pour les branches restées à l'Est au-delà du régime prussien, les violences pogromistes et la Zone de résidence imposée par l'Empire russe.
Les registres d'immigration américains — notamment ceux d'Ellis Island pour la période 1890–1924 — font apparaître des porteurs du nom sous diverses graphies. Les familles qui arrivèrent aux États-Unis avant 1914 s'installèrent fréquemment dans les quartiers juifs de New York, Chicago ou Philadelphie, où elles rejoignaient des landsmanshaftn — associations de compatriotes originaires du même lieu — qui entretenaient la mémoire du pays d'origine. C'est par ces réseaux que le souvenir de Witkowo, même flou, pouvait se transmettre oralement d'une génération à l'autre, longtemps après que le dernier acte polonais avait disparu dans les archives.
La Shoah vint interrompre brutalement ce processus de dispersion progressive. Les Juifs de Grande-Pologne qui n'avaient pas émigré avant 1939 furent pour la grande majorité assassinés lors de l'occupation allemande, notamment dans les camps d'extermination de la région de Łódź et de Poznań. Le nom Witkower, comme des milliers d'autres patronymes juifs de Grande-Pologne, porte ainsi en lui non seulement la mémoire d'une origine géographique, mais aussi le souvenir d'un monde englouti par la violence : les communautés qui avaient donné naissance au nom ont, pour l'essentiel, été détruites entre 1939 et 1945.
Les branches qui avaient émigré à temps — vers Berlin, puis vers Londres ou New York comme la branche Wittkower, ou directement depuis la Pologne vers les Amériques — furent celles qui assurèrent la survie du nom et de la mémoire familiale. Cette dispersion, tragiquement sélective, est aussi la raison pour laquelle la reconstitution généalogique de la lignée Witkower, comme de tant d'autres lignées ashkénazes, bute si souvent sur le silence des archives et la rupture des transmissions orales.
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Chapitre 7 : La méthode du généalogiste — retrouver la trace des Witkower
Pour tout descendant ou chercheur souhaitant reconstituer une branche de la famille, la démarche méthodologique s'articule autour de plusieurs types de sources complémentaires. Le premier corpus est celui des registres civils et religieux : en Grande-Pologne prussienne, les registres d'état civil (Standesamtsbücher) tenus depuis 1874, mais aussi les registres de synagogue (Synagogenbücher) qui les précèdent et qui couvrent les naissances, mariages et décès des communautés juives depuis le début du XIXe siècle. Ces documents, conservés pour partie aux Archives d'État de Poznań et dans les collections numérisées de l'Institut Yad Vashem, constituent la première prise d'appui concrète sur la lignée.
Le second corpus est celui des recensements prussiens et des listes de contribuables qui, dès 1793, accompagnent la mise en place de l'administration prussienne en Grande-Pologne. C'est dans ces listes que le passage du surnom géographique informel au patronyme légal peut parfois être observé directement. Les grands dictionnaires d'Alexander Beider — notamment son Dictionary of Jewish Surnames from the Russian Empire et son Dictionary of Jewish Surnames from the Kingdom of Poland — offrent le cadre onomastique indispensable pour situer Witkower dans la cartographie des noms ashkénazes et identifier les variantes susceptibles de désigner la même famille dans des documents rédigés dans des langues différentes.
Le troisième corpus est celui des archives d'immigration : les manifestes de passagers débarqués à New York, Philadelphie, Buenos Aires ou Cape Town entre 1880 et 1924 permettent de reconstituer les mouvements de la grande émigration. Des bases de données comme celles de JRI-Poland (Jewish Records Indexing – Poland) et de la bibliothèque de généalogie de la Fondation LDS permettent d'interroger simultanément plusieurs milliers de registres polonais numérisés. Pour la branche intellectuelle berlinoise, les archives universitaires de Berlin, Munich et Cologne conservent les traces du parcours académique de Rudolf Wittkower, et les catalogues du Warburg Institute à Londres documentent ses années londoniennes.
Enfin, les pierres tombales (matsevot) des cimetières juifs de Grande-Pologne — dont plusieurs ont été partiellement numérisées par des associations de préservation de la mémoire — constituent une source irremplaçable pour des familles qui n'ont pas laissé d'autres traces. La mémoire du nom Witkower est peut-être encore gravée quelque part dans la pierre de Wielkopolska, attendant d'être lue.
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Les grandes figures
Henry Wittkower (1865–1942) — Père de l'historien de l'art Rudolf Wittkower, Henry Wittkower était de nationalité britannique par son père, bien qu'établi à Berlin où il éleva sa famille. Représentant d'une génération de Juifs germanophones intégrés dans la bourgeoisie cultivée du Kaiserreich, il incarne la transition entre la Grande-Pologne provinciale et la métropole berlinoise que le patronyme Wittkower a traversée entre le XIXe et le XXe siècle. Sa vie à Berlin, dans un milieu valorisant le Gymnasium et la Bildung, créa les conditions intellectuelles qui permirent l'éclosion de son fils. Il mourut en 1942, dans un contexte de persécution nazie dont l'issue exacte pour lui n'est pas précisée dans les sources consultées.
Rudolf Wittkower (1901–1971) — Né à Berlin le 22 juin 1901, mort à New York le 11 octobre 1971, Rudolf Wittkower est la figure la plus éminente de la lignée Wittkower documentée à ce jour. Historien de l'art de renommée mondiale, spécialiste de l'art et de l'architecture italiens de la Renaissance et du baroque, il étudia à Berlin et Munich, travailla en Italie (1923–1928), fut directeur du Warburg Institute de Londres (1934–1955), puis directeur du département d'histoire de l'art de l'université Columbia à New York à partir de 1954. Ses œuvres maîtresses — Architectural Principles in the Age of Humanism (1949) et Art and Architecture in Italy, 1600–1750 (1958) — ont durablement façonné la discipline. Il est entré dans l'Encyclopaedia Judaica comme figure de la pensée juive du XXe siècle.
Margot Wittkower (née Holst, 1902–1995) — Épouse et collaboratrice intellectuelle de Rudolf Wittkower, Margot Wittkower co-signa avec lui plusieurs ouvrages majeurs, dont Born Under Saturn : The Character and Conduct of Artists (1963), étude pionnière sur la psychologie des artistes depuis l'Antiquité, et The Divine Michelangelo (1964). Après la mort de Rudolf en 1971, elle poursuivit la transmission de son œuvre en supervisant la publication posthume Sculpture : Processes and Principles (1977). Sa carrière parallèle témoigne d'un partenariat intellectuel rare, et son nom est indissociable de l'œuvre Wittkower.
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Conclusion
La lignée Witkower est, dans l'état actuel de la documentation, une lignée de silence et d'un nom. Le silence, parce que les archives nominatives qui permettraient de tracer une généalogie continue depuis les bords du lac de Witkowo jusqu'aux universités de Berlin et de New York n'ont pas encore été rassemblées — elles existent peut-être, dispersées dans des registres prussiens, des Synagogenbücher polonais et des manifestes de passagers américains, mais elles attendent encore le généalogiste qui les réunira. Le nom, parce qu'il est lui-même le document le plus ancien et le plus sûr que la famille possède : un toponyme polonais habillé d'un suffixe germanique, synthèse phonétique d'une double appartenance, archive fossilisée d'un premier départ depuis la Grande-Pologne.
Ce que cette lignée aura le mieux exprimé, entre toutes les vertus que la tradition juive a portées à travers les siècles, c'est la conviction que le savoir est une forme de résidence : que là où l'on ne peut pas rester, on peut encore apprendre, transmettre et construire. Rudolf Wittkower, contraint à l'exil par la persécution nazie, ne se contenta pas de survivre — il redessina, depuis Londres puis New York, la manière dont l'Occident comprend sa propre tradition artistique. Cet exil fécond, ce déracinement transformé en création, résonne avec la logique même du nom Witkower : un lieu perdu devenu identité permanente, une adresse dans un village polonais devenue la signature d'une œuvre universelle.
Le destin singulier de cette famille rejoint ainsi la mémoire collective d'Israël en ce qu'elle a de plus constant : la capacité à faire du déplacement non une fin, mais un commencement ; à porter le nom du lieu que l'on a quitté comme une promesse plutôt que comme un deuil.
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参考文献
- A. Beider ; L. Menk, Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est (Beider : Empire russe 2008, Royaume de Pologne 1996, Galicie 2004) et judéo-allemands (Menk 2005), Avotaynu