Tricha 家族
Tricha 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Tricha
Introduction
Quelque part dans la hara de Tunis, ou peut-être dans une bourgade du Sahel, une famille portant le nom Tricha a vécu, prié, commercé et transmis. C'est de cette réalité — un patronyme judéo-maghrébin attesté surtout en Tunisie, ancré dans l'univers des communautés autochtones que l'on appelait les Twansa — que ce Grand Livre entend partir. Non pas d'une étymologie, mais d'une existence : celle d'une lignée dont les traces nominatives nous sont parvenues, même si les archives nominatives détaillées restent à ce jour insuffisamment documentées pour en dresser une généalogie continue.
Le nom Tricha appartient en effet à ce fonds onomastique judéo-maghrébin façonné par des siècles de coexistence entre l'hébreu liturgique, l'arabe dialectal tunisien — le darija local —, les langues romanes héritées de l'exil ibérique, et parfois le berbère des régions intérieures. Il circule dans cet espace à la fois étroit et immense qu'est le Maghreb juif, entre la Tunisie et ses voisines, entre la ville et les campagnes, entre la fidélité à une tradition millénaire et les mutations accélérées du XXe siècle.
Ce Grand Livre ne prétend pas reconstituer une généalogie nominative continue, faute d'archives probantes accessibles à ce jour pour cette lignée précise. Il entend situer le nom Tricha dans son écosystème historique, linguistique et communautaire, identifier les forces qui ont modelé la vie de cette famille au fil des siècles, et restituer, avec toute l'honnêteté que commande l'absence de certitudes, le cadre au sein duquel elle s'est déployée — de la Tunisie ottomane jusqu'à la dispersion contemporaine vers Israël et la France.
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- v1 · 现用 · 2026年8月10日
Chapitre 1 : Dans la hara de Tunis — les Twansa et leur monde
La clé pour comprendre une famille portant le nom Tricha est d'abord géographique et communautaire : son horizon naturel est celui des Twansa, les Juifs autochtones de Tunisie, par opposition aux Grana (ou Grâna), ces Juifs venus de Livourne à partir du XVIIe siècle. Ce clivage fondamental a structuré pendant plus de deux siècles la vie juive tunisienne, et toute famille dont le patronyme porte la marque du terroir arabo-berbère s'inscrit dans la première de ces deux communautés.
Les Twansa — le nom vient de Tunsi, « Tunisien » — parlaient le judéo-arabe tunisien, et se distinguaient des Grana venus de Livourne. Ces communautés avaient traversé les conquêtes successives — arabe, fatimide, hafside, ottomane — en conservant leur identité religieuse, leur langue, leurs rites et leurs institutions. Depuis l'Antiquité, les communautés juives de Tunisie ont connu différentes invasions et plusieurs vagues migratoires, laissant les traces d'un réel métissage, perceptible à travers l'épigraphie funéraire, tant du point de vue stylistique que linguistique et onomastique.
La hara de Tunis était à la fois un espace de contrainte et un univers de sociabilité intense. Les synagogues, les boucheries rituelles, les fours à pain, les écoles élémentaires (kuttab) et les yeshivot constituaient l'ossature d'une vie communautaire dont le tribunal rabbinique — le beth din — était l'instance régulatrice suprême. Le grand rabbin de Tunis, dont l'autorité s'étendait sur l'ensemble des communautés tunisiennes, jouissait d'un prestige comparable à celui d'un dignitaire d'État. Des figures rabbiniques d'envergure ont marqué cette institution au cours des XVIIIe et XIXe siècles, maintenant vivante une tradition d'étude et de jurisprudence talmudique qui s'exprimait notamment à travers les responsa (she'elot u-teshuvot) des grands maîtres de Tunis.
Hors de la capitale, les communautés rurales du Sahel, de Sfax, de Sousse, de Nabeul, et surtout de Djerba — dont la légendaire Ghriba demeure un haut lieu de pèlerinage juif mondial — vivaient dans une proximité quotidienne avec les populations arabo-berbères locales. Cette proximité nourrissait des échanges économiques, linguistiques et même culturels, tout en maintenant une frontière identitaire stricte. Dans ces communautés rurales, les métiers juifs traditionnels — orfèvrerie, joaillerie, commerce de tissus, artisanat de la soie, prêt sur gages — permettaient une intégration économique dans le tissu social local sans effacement des marqueurs propres.
C'est dans cet univers — la hara ou le bourg, la synagogue et le marché, le judéo-arabe et le rite tunisien — qu'une famille portant le nom Tricha a vraisemblablement évolué du XVIIIe siècle jusqu'aux transformations radicales du XXe siècle.
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Chapitre 2 : La Tunisie ottomane et la condition juive (XVIIIe–XIXe siècle)
Au début du XVIIIe siècle, le statut politique des Juifs de Tunis s'améliora grandement grâce à l'influence croissante des agents politiques des puissances européennes. La Régence de Tunis, gouvernée par la dynastie husseinite sous suzeraineté ottomane nominale, développa une pragmatique de coexistence qui offrait aux communautés non-musulmanes — et en particulier aux Juifs — un espace d'activité économique réel, même si le statut de dhimmi (communauté protégée et tributaire) maintenait des contraintes légales et symboliques permanentes.
Durant la même période, des familles d'origine espagnole ou portugaise établies à Livourne quittèrent la Toscane pour s'installer à Tunis, divisant ainsi la communauté entre Juifs tunisiens et Grana. De plus en plus nombreux au cours du XVIIe siècle, ces derniers prirent une large part aux activités de la population juive et participèrent à la création des premières industries. Ils parlaient italien et n'avaient pas ou peu de relations avec les Juifs autochtones qui, eux, parlaient le judéo-arabe.
Pour une famille comme les Tricha, dont le patronyme s'inscrit dans la constellation onomastique des Twansa, ce clivage est décisif : elle appartient à la communauté plus ancienne, plus enracinée, riche d'une continuité ininterrompue sur le sol tunisien depuis des générations. Les Grana établis en Tunisie depuis le XVIIIe siècle ne se sont jamais intégrés aux autochtones. Les deux communautés ont évolué séparément et se sont distinguées tant par la langue que par leurs coutumes. Cette appartenance communautaire façonnait non seulement le rite liturgique (nusaḥ tunisien) mais aussi le droit matrimonial, les pratiques funéraires, et jusqu'au type de synagogue fréquentée.
Le XIXe siècle apporta plusieurs transformations d'une portée considérable. En 1857, le Pacte fondamental (Ahd al-Amane), puis en 1861 la Constitution tunisienne (Qanun al-Dawla) — la première constitution du monde arabe —, accordèrent officiellement l'égalité civile entre Tunisiens de toutes confessions, abolissant théoriquement le statut de dhimmi. Ces textes, bien qu'appliqués de façon inégale et bientôt suspendus après la révolte de 1864, marquèrent une rupture symbolique dans la condition juridique des Juifs de Tunisie, ouvrant sur un horizon d'émancipation qui se concrétisera sous le protectorat français.
Dans ce contexte de transformation progressive, les familles juives des Twansa firent l'expérience de mutations contradictoires : espoir d'une égalité civile, maintien des préjugés sociaux, tension entre le conservatisme des élites rabbiniques et les aspirations des jeunes générations touchées par les idées nouvelles. C'est dans cette tension que la vie d'une famille comme les Tricha s'est déployée au XIXe siècle.
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Chapitre 3 : Le protectorat français, l'Alliance israélite universelle et la modernisation (1881–1956)
Le protectorat français fut accueilli avec un certain enthousiasme par des Juifs de Tunisie, convaincus que leur condition s'améliorerait sous l'égide d'une France qui avait été la première nation à émanciper les Juifs. Cette attente fut partiellement comblée, mais différemment : les Juifs de Tunisie ne reçurent pas la naturalisation collective, et la question de leur statut personnel — soumis au droit rabbinique et non au droit civil français — resta un sujet de tension pendant toute la durée du protectorat.
La situation économique de la communauté juive prospéra à la faveur de l'économie coloniale. À la première école de l'Alliance israélite s'en ajoutèrent de nouvelles à Tunis, Sousse et Sfax. Mais la jeunesse juive fut aussi de plus en plus nombreuse à fréquenter les écoles publiques ouvertes dans les villes de Tunisie. L'Alliance fut un instrument d'acculturation d'une efficacité remarquable : elle créa une élite judéo-tunisienne parfaitement francisée, capable d'exercer dans les professions libérales et le commerce de grande échelle. Pour les familles de la hara, l'entrée à l'école de l'Alliance représentait une ascension sociale aussi bien qu'une rupture culturelle partielle avec le monde traditionnel — une tension que les valeurs du savoir juif, profondément ancrées dans la tradition talmudique, aidaient à traverser sans rupture totale.
L'effet sur l'onomastique fut direct et durable : les patronymes juifs, fixés jusqu'alors dans des graphies hébraïques fluctuantes ou transcrites en arabe, furent francisés et stabilisés par l'état civil colonial. C'est à cette période que la graphie Tricha — forme française d'un nom dont la prononciation originale en judéo-arabe pourrait avoir été sensiblement différente — s'est probablement cristallisée de manière définitive dans les registres administratifs.
Le XXe siècle apporta également des épreuves spécifiques à la Tunisie. La Seconde Guerre mondiale fut traumatisante : entre novembre 1942 et mai 1943, l'occupation allemande de la Tunisie exposa la communauté juive aux persécutions nazies — réquisitions de biens, travail forcé, arrestations. Environ 5 000 Juifs tunisiens furent déportés vers des camps de travail. La communauté subit des pertes humaines et économiques considérables, et cette expérience laissa des traces profondes dans la mémoire collective.
La vie intellectuelle connut un essor remarquable sous le protectorat. Avec la diffusion de l'imprimerie hébraïque de Tunis, une ère nouvelle d'importante activité intellectuelle et sociale s'ouvrit, que ce soit dans le domaine de la poésie, de l'essai en prose ou du journalisme. Des penseurs comme Chalom Flah (1855–1936) analysèrent les transformations socioculturelles de leur communauté avec une acuité qui fait de leurs écrits un témoignage de première importance. Cette effervescence intellectuelle illustre un attachement profond à la transmission du savoir — valeur centrale dans la tradition juive — que les communautés tunisiennes cultivèrent sans relâche, même dans les périodes de crise.
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Chapitre 4 : La rupture de l'indépendance et la grande dispersion (1956–1970)
Les Juifs quittèrent la Tunisie en masse à partir des années 1950, en raison du climat hostile engendré notamment par la crise de Bizerte en 1961 et la guerre des Six Jours en 1967. La population juive de Tunisie, estimée à environ 105 000 personnes en 1948, n'était plus que de 1 500 personnes en 2003, soit moins de 0,1 % de la population totale.
Les causes de cet exode furent multiples et se superposèrent. La nationalisation d'entreprises, les tensions liées à la création de l'État d'Israël en 1948, la crise de Suez en 1956, la crise de Bizerte en 1961, la guerre des Six Jours en 1967 — chacun de ces événements amplifia le sentiment d'insécurité et précipita de nouvelles vagues de départ. La saisie des biens de Juifs tunisiens dans les années 1960 acheva de convaincre ceux qui hésitaient encore qu'un avenir durable en Tunisie était devenu improbable.
La diaspora juive tunisienne est répartie principalement entre Israël et la France, où elle a préservé son identité communautaire, au travers de ses traditions, majoritairement tributaires du judaïsme séfarade, mais conservant ses spécificités propres. Israël attira une part considérable des Juifs tunisiens, notamment les familles moins aisées et celles qui avaient été touchées de plus près par le sionisme — dont l'influence s'était considérablement étendue dans la jeunesse juive tunisienne après 1948. La France accueillit surtout les familles francisées, dont le capital culturel et linguistique facilitait l'intégration : Paris, Marseille, Nice, Lyon devinrent ainsi les foyers de communautés judéo-tunisiennes qui recréèrent, à échelle réduite, les institutions et les sociabilités de leur pays d'origine — synagogues du rite tunisien, associations culturelles, commémorations des hillulot des saints vénérés.
Pour une famille portant le nom Tricha, cette dispersion impliqua presque certainement une rupture géographique majeure. Selon toute vraisemblance, des membres de la famille émigrèrent vers Israël et vers la France dans ces décennies décisives, emportant avec eux la mémoire d'une Tunisie dont ils étaient les héritiers d'une présence multiséculaire. En Israël, les Juifs tunisiens s'intégrèrent dans le creuset national tout en maintenant une identité d'origine distincte ; en France, ils participèrent à la reconfiguration d'un judaïsme français désormais majoritairement séfarade — témoignant de cette capacité à l'implication dans la vie collective qui est l'une des grandes vertus que le judaïsme a portées à travers les siècles.
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Chapitre 5 : Le nom Tricha dans l'onomastique judéo-tunisienne
Pour saisir la nature du patronyme Tricha, il faut revenir à la logique d'ensemble de la nomination chez les Juifs de Tunisie, en distinguant soigneusement ce qui tient à la certitude documentée de ce qui reste dans le domaine de l'hypothèse raisonnée.
L'ouvrage de référence demeure le monumental travail d'Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc (Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1978), dont les analyses s'appliquent, avec les adaptations nécessaires, à l'ensemble de l'onomastique judéo-maghrébine. Laredo a établi que les patronymes juifs nord-africains constituent une véritable archive linguistique où se lisent les strates successives du peuplement juif au Maghreb, réparties en grandes familles : noms d'origine hébraïque et biblique, noms d'origine toponymique, noms de métiers, sobriquets descriptifs, et noms d'origine arabe ou berbère attestant l'ancienneté de l'implantation juive.
Pour la Tunisie spécifiquement, les travaux académiques sur les noms des membres de la communauté grâna de Tunis ont montré que trois grands ensembles se dégagent : les noms ibériques (près de la moitié), hérités d'ex-marranes portugais ou espagnols ; les noms italiens (environ un tiers) ; et les noms maghrébins (15 %). Les Twansa, en revanche, portent majoritairement des patronymes d'origine arabo-berbère, reflet de leur enracinement millénaire dans le terroir nord-africain.
Le patronyme Tricha s'inscrit dans cette dernière catégorie. Plusieurs pistes étymologiques méritent d'être examinées sans qu'aucune puisse être tenue pour certaine.
Première hypothèse — la racine arabe dialectale. La forme Tricha évoque phonétiquement des vocables de l'arabe dialectal tunisien. Un diminutif affectif à finale -a, très productif dans le parler maghrébin, aurait pu transformer un trait de caractère ou une particularité physique en sobriquet familial, puis en patronyme héréditaire. Les sobriquets descriptifs forment l'une des catégories les mieux documentées de l'onomastique judéo-maghrébine : un ancêtre identifié par un trait saillant lègue ce signe à sa descendance, qui le porte sans plus en percevoir le sens originel.
Deuxième hypothèse — la piste berbère. L'implantation juive dans certaines régions de Tunisie en contact avec des populations berbérophones — notamment dans les zones montagneuses et les îles comme Djerba — a laissé des traces dans l'onomastique locale. Laredo recense plusieurs noms d'origine berbère dans le fonds judéo-maghrébin, marqueurs de l'ancienneté des communautés du bled. La consonance de Tricha n'exclut pas une telle filiation, si le nom procède d'un ethnonyme tribal ou d'un toponyme local.
Troisième hypothèse — le nom de métier ou d'activité. Dans de nombreuses familles juives nord-africaines, le patronyme renvoyait à la profession de l'ancêtre fondateur : orfèvre, tisserand, marchand. Cette hypothèse reste ouverte pour Tricha, sans qu'un métier précis puisse être associé à cette forme phonétique avec certitude.
Il convient de marquer une limite nette : en l'absence d'une entrée explicite et vérifiée consacrée à Tricha dans les corpus onomastiques accessibles, ces hypothèses demeurent des reconstructions raisonnées. La morphologie du nom oriente fortement vers une origine maghrébine — arabe ou berbère — plutôt que vers une origine ibérique ou hébraïque directe. Un principe essentiel gouverne par ailleurs toute l'onomastique maghrébine : la variabilité graphique. La forme Tricha, cristallisée dans les registres d'état civil du protectorat, masque peut-être une réalité phonétique judéo-arabe que seule la consultation des registres originaux en caractères hébraïques permettrait de trancher avec précision [Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc].
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Chapitre 6 : Mémoire, transmission et silences de l'archive
Là où l'archive se tait, la mémoire prend le relais — mais elle parle une autre langue, celle du récit transmis, du souvenir familial, de la tradition orale. Dans les familles juives tunisiennes, la transmission passait par le prénom donné aux enfants (souvent celui d'un grand-parent défunt, selon l'usage séfarade), par les récits de veillée, par les objets rituels hérités, par les mélodies liturgiques propres au nusaḥ tunisien, et par les gestes culinaires liés au calendrier des fêtes.
Une lignée Tricha, comme toute famille des Twansa, aurait vraisemblablement conservé un récit d'origine : un lieu-souche revendiqué — un quartier de la hara, une bourgade du Sahel ou une communauté de l'intérieur —, un ancêtre fondateur réel ou idéalisé, parfois un homme de bien dont on se réclame. Ces récits ont une valeur anthropologique et affective considérable. L'historien doit les traiter pour ce qu'ils sont : de la mémoire, non de la preuve. Il convient de les recueillir avec respect et de les signaler comme tels, par la formule « selon la tradition familiale ».
La dispersion du XXe siècle a fragmenté cette mémoire entre plusieurs foyers. En Israël, le récit familial s'est réarrangé dans le contexte du melting-pot national ; en France, il s'est maintenu à travers les associations communautaires, les publications de la diaspora tunisienne, les commémorations des hillulot et parfois les recherches généalogiques entreprises par les générations nées en exil. Cette recherche des origines — entreprise qui touche l'ensemble des familles juives d'Afrique du Nord depuis quelques décennies — témoigne d'un besoin vital de retrouver le fil rompu par l'exode.
Le présent Grand Livre assume une double honnêteté. D'une part, il refuse d'inventer une généalogie sans fondement documentaire accessible : nulle liste d'ancêtres nommés, nulle date, nul acte n'a pu être établi ici pour la lignée Tricha. D'autre part, il reconnaît que l'absence de trace écrite ne signifie pas l'absence d'histoire. Les artisans, les colporteurs, les orfèvres et les petits marchands de la hara ont rarement laissé d'archives nominatives individuelles ; leur existence n'en fut pas moins pleine et digne. Le nom lui-même, transmis à travers les générations malgré les exils et les ruptures, est le plus fidèle des documents survivants [Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc].
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Les grandes figures
Le dossier de la lignée Tricha ne permet pas, en l'état actuel de la documentation, d'identifier des figures nommées propres à cette famille qui seraient attestées par des sources vérifiables. Aucune entrée nominative concernant un porteur du nom Tricha n'a pu être établie avec certitude dans les corpus consultés. L'honnêteté commande de le dire sans l'habiller.
En revanche, plusieurs figures qui ont façonné le cadre communautaire dans lequel une famille portant ce nom a nécessairement évolué sont réellement documentées et méritent d'être nommées ici, tant leur destin éclaire celui des Twansa de Tunisie.
Abraham I. Laredo (dates inconnues, actif au XXe siècle) — Philologue et historien, Laredo est l'auteur de l'ouvrage de référence incontournable Les Noms des Juifs du Maroc (Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1978), qui constitue la source principale pour l'étude de l'onomastique judéo-maghrébine, Maroc et Tunisie confondus. Son travail monumental a démontré que les patronymes juifs nord-africains constituent une archive linguistique stratifiée, permettant de lire les couches successives du peuplement juif au Maghreb. Sans son œuvre, l'étude d'un nom comme Tricha serait privée de son cadre méthodologique essentiel.
Chalom Flah (1855–1936) — Intellectuel et maskil (partisan des Lumières juives) tunisois, Chalom Flah est l'une des figures les mieux documentées de la vie intellectuelle judéo-tunisienne sous le protectorat. Il analysa avec acuité les métamorphoses socioculturelles de la communauté juive tunisienne à la faveur de la modernisation coloniale, publiant des correspondances et essais dans la presse hébraïque de la Haskala. Témoin de la rencontre entre le monde traditionnel des Twansa et les transformations induites par l'Alliance israélite universelle et la francisation, il incarne la tension créatrice de son époque — tension que toute famille juive tunisienne de ce siècle, Tricha peut-être incluse, a vécue de l'intérieur.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, ce qui peut être affirmé de la lignée Tricha se résume à quelques propositions honnêtes mais substantielles. Le patronyme s'inscrit sans ambiguïté dans l'univers des Juifs autochtones de Tunisie — les Twansa —, héritiers d'une présence millénaire sur le sol nord-africain. Sa morphologie oriente vers une origine arabo-berbère plutôt que vers la strate hispano-portugaise des Grana ou vers l'hébreu biblique direct ; mais cette orientation demeure une inférence probable, non une certitude établie en l'absence d'une entrée nominative vérifiée dans les corpus onomastiques accessibles.
Ce que ce livre aura néanmoins mis en lumière, c'est la densité du monde dans lequel la famille Tricha a vécu : la hara de Tunis avec ses synagogues et ses marchands, la vie communautaire des Twansa organisée autour du beth din et de ses rabbins, la tension créatrice du XIXe siècle entre tradition rabbinique et émancipation, le choc de l'occupation allemande de 1942–1943, l'espoir brisé de l'indépendance tunisienne, et enfin la grande dispersion vers Israël et la France qui a redistribué à travers le monde les héritiers d'une présence vieille de deux millénaires.
Si cette lignée a exprimé quelque chose de particulier parmi les valeurs que le judaïsme porte à travers les siècles, c'est peut-être avant tout cette capacité à la persistance discrète — vertu des communautés qui n'ont pas laissé de grandes archives mais ont traversé les siècles en maintenant vivant l'essentiel : la prière, la transmission du nom, la mémoire d'un lieu d'origine, et la dignité d'une identité assumée malgré les pressions de l'histoire. C'est la vertu des toshavim — les résidents de longue date —, de ceux qui sont là depuis toujours et qui, même dispersés, gardent le fil. Le nom Tricha, transmis de génération en génération jusqu'aux descendants installés aujourd'hui en France ou en Israël, est lui-même la preuve la plus tangible de cette fidélité silencieuse.
Il revient désormais aux descendants et aux chercheurs de combler, acte après acte, souvenir après souvenir, les silences que ce Grand Livre a scrupuleusement respectés plutôt que comblés par l'invention.
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参考文献
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)