Chapitre 3 : L'hypothèse séfarade et la circulation méditerranéenne
La coexistence d'une forme italienne et d'une forme espagnole identiques invite à confronter la mémoire d'une éventuelle ascendance séfarade aux indices documentaires. En espagnol, tesoro signifie « trésor » (du latin thesaurus), possiblement appliqué comme nom de métier métonymique [FamilyEducation]. Ce parallélisme n'est pas anodin dans le contexte juif.
Après les expulsions d'Espagne (1492) et du royaume de Naples et de Sicile au tournant du XVIe siècle, de nombreux juifs ibériques et siciliens se redéployèrent vers les ports et les États de l'Italie centrale et septentrionale — Livourne, Ferrare, Venise, Ancône, Rome — où ils reconstituèrent des communautés florissantes. Schaerf lui-même classe les patronymes selon des familles d'origine, distinguant notamment les noms portés par les juifs « orientaux » et ceux issus de l'émigration consécutive aux expulsions [Schaerf, 1925]. Le vocabulaire même de son index — où figurent les notions d'Ebrei orientali, de familles espulsi (expulsées) et d'emigrando — témoigne de cette grille d'analyse migratoire [Schaerf, Google Books].
Dans ce cadre, deux scénarios s'offrent à l'hypothèse, sans qu'aucune archive consultable ici ne permette de trancher :
- Scénario italien autochtone : la famille Tesoro serait issue d'un foyer juif italien ancien, le nom procédant directement d'une fonction de trésorier exercée localement.
- Scénario ibéro-méditerranéen : le nom, sous sa forme commune au castillan et à l'italien, aurait accompagné une famille séfarade ou sicilienne dans son installation péninsulaire, Tesoro traduisant ou hispanisant un sobriquet antérieur.
L'intersection de la mémoire (le sentiment, fréquent dans les familles juives italiennes, d'une lointaine origine espagnole ou « ponentine ») et de l'archive (l'identité graphique des deux formes) rend la seconde piste plausible sans la rendre certaine. Honnêteté oblige : il s'agit ici d'une conjecture raisonnée, non d'un fait établi. La rareté du patronyme dans les registres communautaires accessibles interdit toute affirmation péremptoire [Schaerf, 1925 ; Forebears].