Karoubi 家族
Karoubi 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
北非犹太家族,在阿尔及利亚、Constantine 地区、Oranie 社区中有记载。Maurice Eisenbeth 在其 1936 年人名字典中列举了该姓氏的 7 种正写法变体。条目描述了族群的据点、字形及已知情况下与该家族相关的拉比或社区人物。
地理来源: Algérie, Constantinois, Oranie
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家族系谱地图
大书 — Karoubi
Introduction
Dans les communautés juives du Maghreb, certaines lignées se distinguent moins par l'éclat de leurs figures que par la profondeur de leur enracinement. La famille Karoubi appartient à cette catégorie : son nom traverse cinq siècles de présence documentée, de la matrice marocaine du XVIe siècle aux villes algériennes de l'époque coloniale, et des villes algériennes à la diaspora contemporaine. Ce n'est pas une famille de rabbins célèbres ni de mécènes identifiables, mais une de ces lignées constitutives du tissu ordinaire du judaïsme nord-africain — commerçants, artisans, femmes et hommes de la communauté, qui ont vécu au rythme du calendrier liturgique et des institutions civiles de l'Algérie française, et dont les traces s'accumulent dans les registres de presse, les recensements, les archives d'état civil et les arbres généalogiques numérisés.
Ce que les sources permettent de reconstituer, c'est une géographie familiale bien plus ample que ne le laissaient deviner les seules mentions d'Oran et de Constantine. Les données généalogiques disponibles font du département de Constantine — et, en son sein, des villes de Constantine, Batna, Sétif et Bône — le principal foyer démographique de la lignée, avec des ramifications vers Alger, Médéa et Mostaganem à l'ouest, et jusqu'à Tunis à l'est. Batna, notamment, livre à elle seule l'une des mentions les plus concrètes et les plus inattendues de la documentation : en 1928, un Raymond Karoubi fait une entrée remarquée dans un village de la région, décrit par le journal local comme « en maire du village ». Cette image, aussi minuscule soit-elle, dit quelque chose d'une présence bien intégrée dans la vie sociale des arrondissements de l'intérieur.
L'ouvrage fondateur pour cette lignée demeure Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique, publié à Alger en 1936 par Maurice Eisenbeth (1886–1957), alors Grand Rabbin d'Alger — première étude systématique des populations juives du Maghreb et de la Libye, fondée sur les recensements coloniaux, les registres communautaires et un dépouillement méthodique des patronymes. C'est dans cette entreprise pionnière que le nom Karoubi trouve sa place de notice, avec ses variantes graphiques et l'attestation marocaine qui lui confère une profondeur historique de plusieurs siècles. Mais l'ouvrage de 1936 est l'instrument du savoir, non la vie elle-même : la vie, les sources de presse, les arbres généalogiques et les témoignages de la diaspora la restituent, fragment par fragment, avec leurs noms et leurs dates.
Le présent volume entend retracer, avec la prudence que commande la rareté des archives familiales nominatives, la trajectoire d'une lignée qui n'a jamais été princière ni illustre au sens dynastique, mais dont le nom porte en lui la mémoire d'un monde — celui des communautés juives du Maghreb avant les grandes ruptures du XXe siècle. Comprendre la méthode et l'ambition de l'ouvrage qui consigne ce nom, c'est aussi comprendre par quels chemins documentaires une lignée modeste peut être saisie par l'histoire.
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Chapitre 1 : Constantine, Batna, Sétif — la géographie réelle d'une lignée
Toute l'histoire de la lignée Karoubi s'ancre d'abord dans une géographie. Et cette géographie, que les données généalogiques numérisées permettent désormais de préciser, est sensiblement plus étendue que ce que les seules mentions de presse d'Oran et de Constantine avaient laissé entrevoir. Les arbres généalogiques recensés sur Geneanet sous les graphies Karoubi et Karouby révèlent une concentration remarquable dans le département de Constantine : Constantine elle-même en premier lieu, mais aussi, et de façon frappante, Batna et la région des Aurès, Sétif dans la plaine fertile du Tell oriental, Bône sur la côte, et une dispersion vers Alger et ses environs. Oran, mentionnée dans les sources onomastiques et dans la presse de 1911, représente un second foyer, distinct et cohérent, mais numériquement moins dense que le Constantinois au sens large.
Cette géographie n'est pas le fait du hasard. Le département de Constantine était, depuis la conquête française, le foyer le plus dense et le plus ancien du judaïsme algérien. Ses communautés — Constantine, Bône, Guelma, Sétif, Batna, Biskra — constituaient un tissu serré de familles enracinées depuis plusieurs générations, dont l'intégration dans la vie économique et civile de la région était souvent plus ancienne et plus profonde que dans les grandes villes côtières. Les marchés et les foires de l'intérieur, les échanges avec les populations rurales, le commerce des produits agricoles et de l'artisanat berbère faisaient de cet arrière-pays un espace économique vivant où les familles juives jouaient un rôle d'intermédiaires difficile à sous-estimer. Les Karoubi s'inscrivaient dans cette réalité, même si aucun document ne permet d'attacher à un porteur précis une activité commerciale documentée pour les décennies antérieures à 1880.
Batna mérite une attention particulière. Ville de garnison fondée par l'armée française en 1844, à la porte des Aurès, elle devint rapidement un centre administratif et commercial pour la région montagneuse la plus peuplée de l'Algérie. Sa communauté juive, modeste mais bien établie, comptait parmi ses membres des familles venues de Constantine et de ses environs, qui s'y étaient installées au rythme de l'ouverture des routes coloniales. Les cinquante-trois entrées généalogiques recensées pour la variante Karouby/Karoubi à Batna et dans le département de Constantine (Batna en tête) en font, à ce stade de la documentation, le premier foyer numérique de la lignée dans les sources disponibles. C'est là qu'en 1928, L'Écho du Sahara, journal de l'arrondissement de Batna, signale que « M. Raymond Karoubi, en maire du village, a fait une entrée sensationnelle aux sons de la… » — une mention fragmentaire, mais qui dit l'intégration sociale de la lignée dans la vie des bourgades de l'intérieur, à l'époque de la Troisième République finissante.
Sétif, dans la plaine du Hodna, s'impose comme un troisième foyer, avec trente-sept entrées généalogiques. Cette ville agricole et commerciale, carrefour entre le Constantinois et le littoral kabyle, abritait une communauté juive active, marchande et artisanale. Sa mention parmi les lieux de concentration de la lignée Karoubi prolonge vers le sud-ouest le croissant géographique que dessine la présence familiale dans le département de Constantine.
Alger elle-même apparaît dans les sources de presse : un Karoubi Emile figure dans L'Écho d'Alger en juin 1922, puis à nouveau en novembre 1938, cette fois dans le contexte d'élections où il atteint le ballottage — signe d'une inscription dans la vie civique de la capitale algérienne à une époque de forte tension politique. Que ce soit le même homme ou deux homonymes, ces deux mentions à seize ans d'intervalle attestent la présence de la lignée à Alger, au croisement des deux grandes dynamiques de l'entre-deux-guerres : la montée de l'antisémitisme et l'enracinement résolu des familles juives dans les institutions républicaines.
Enfin, les réseaux matrimoniaux que livrent les arbres généalogiques éclairent la sociologie de la famille. Une Daira (ou Draira) Karouby, portant le nom de la lignée au féminin, est donnée pour épouse d'un Krief à Tunis — attestant des alliances avec d'autres familles du judaïsme maghrébin, par-delà les frontières politiques entre l'Algérie française et la Tunisie sous protectorat. Ces unions trans-régionales sont le signe d'un réseau communautaire qui ne se laissait pas enfermer dans les découpages administratifs coloniaux, et qui maintint jusqu'au XXe siècle les circulations familiales caractéristiques du judaïsme nord-africain depuis ses origines médiévales.
Cette implication dans la vie collective de leurs villes respectives — présence dans les élections à Alger, notoriété à Batna, réseaux matrimoniaux entre Algérie et Tunisie — manifeste l'une des vertus les mieux documentées de la lignée : son engagement constant dans la communauté, sa capacité à habiter pleinement les institutions de son temps, qu'elles fussent rabbiniques, républicaines ou familiales.
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Chapitre 2 : La matrice marocaine et les routes du Maghreb médiéval
Bien que la lignée soit attestée principalement dans les communautés algériennes, la documentation onomastique en situe l'attestation la plus ancienne plus à l'ouest. Le nom de famille Karoubi est attesté au Maroc dès la première moitié du XVIe siècle, selon la référence donnée par Eisenbeth. Cette datation n'est pas anodine : elle place l'apparition documentée du nom dans le sillage immédiat de l'expulsion des Juifs d'Espagne (1492) et du Portugal (1496), qui jeta sur les rivages du Maghreb des milliers de megorashim, ces exilés ibériques qui transformèrent en profondeur les communautés juives nord-africaines.
Le Maroc du début du XVIe siècle, et notamment Fès, devint alors un foyer majeur d'accueil et de renouveau intellectuel. La ville ouvrit ses portes aux réfugiés dans un mouvement qui témoigne de la tradition d'hospitalité des communautés juives maghrébines envers les exilés : les toshavim, familles autochtones établies de longue date, accueillirent les megorashim arrivants. Cette disposition à recevoir l'étranger, que la tradition juive nomme hakhnasat orchim et érige en vertu fondamentale, dessine le cadre dans lequel la présence marocaine du nom Karoubi prend sens. Que la lignée y soit attestée dès cette époque suggère son ancrage dans cette première strate documentée de l'onomastique juive maghrébine, qu'il s'agisse d'une famille autochtone antérieure aux expulsions ou d'une lignée touchée par les recompositions du temps.
La diffusion ultérieure du nom vers l'est, jusqu'aux communautés algériennes, s'inscrit dans la circulation constante des familles juives entre le Maroc, l'Algérie et la Tunisie — circulation que favorisaient le commerce caravanier, les alliances matrimoniales entre communautés et les déplacements de rabbins et de lettrés. Ce mouvement des hommes et des noms à travers le Maghreb est l'une des réalités les mieux établies de l'histoire juive nord-africaine. La présence de la lignée à Tunis — attestée par l'alliance matrimoniale de la Daira Karouby avec un Krief tunisien — en constitue l'écho tardif et bien concret : cinq siècles après l'attestation marocaine, les familles Karoubi maintiennent des liens à travers le Maghreb entier.
L'histoire juive de l'Algérie médiévale et de la première période ottomane, où la lignée s'établira durablement, est marquée par l'apport ibérique. Dès le début du XVe siècle, des rabbins d'origine espagnole prennent la tête des communautés algériennes : à Alger, Isaac ben Chechet (le Rivach) et Shimon ben Tsemah Duran (le Rachbatz), tous deux nés en Espagne ; à Constantine, Maïmoun ben Saadia Najar et Joseph ben Menir ; à Tlemcen, Abraham ben Hakin et Ephraïm Encaoua, rabbin né à Tolède dont la tombe est devenue lieu de pèlerinage. Ces rabbins ibériques apportèrent avec eux non seulement leur érudition talmudique, mais aussi un rapport à la Loi juive — à la halakha — qui voulait que la décision juridique soit toujours fondée sur un examen rigoureux des textes et une attention portée aux réalités concrètes de la communauté. C'est dans ce paysage communautaire structuré, où l'autorité religieuse était tenue par des dynasties savantes et où l'implication dans la vie collective constituait une exigence morale, que des familles comme les Karoubi trouvèrent leur place.
La diaspora séfarade issue des expulsions ibériques apporta avec elle non seulement ses noms de famille, mais aussi un rapport particulièrement élaboré au droit, à l'érudition et à la vie communautaire organisée. Les megorashim avaient, pour la plupart, vécu dans des communautés dotées d'institutions rabbiniques anciennes et de bibliothèques hébraïques substantielles. Leur arrivée au Maghreb introduisit des standards nouveaux d'organisation communautaire et de pratique juridique. C'est dans ce paysage en transformation que des familles comme les Karoubi s'inscrivirent — portant un nom à la double racine, incarnant cette synthèse entre l'héritage local et l'apport ibérique.
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Chapitre 3 : Le sens d'un nom — ange, caroubier et palimpseste linguistique
Le patronyme Karoubi offre un cas d'école des ambiguïtés fécondes de l'onomastique nord-africaine. Le suffixe -i indique la filiation ou l'appartenance à un groupe ; quant au radical Karoub, deux hypothèses principales se dégagent de l'analyse savante, et leur tension même est instructive.
La première lecture, botanique et géographique, rattache le nom au caroubier — cet arbre emblématique du pourtour méditerranéen que l'arabe dialectal dit kharrûb. Cette hypothèse séduisante par sa simplicité rattacherait la famille à un toponyme, à une activité agricole ou à un lieu planté de caroubiers, végétal si commun dans les paysages du Maghreb qu'il a donné son nom à des dizaines de lieux-dits. Le caroubier, arbre de la résistance et de la frugalité qui nourrit dans les temps de disette, était connu dans la tradition juive rabbinique comme l'arbre de Rabbi Shimon bar Yochaï, qui s'en alimenta durant les années de sa retraite au désert : une association végétale qui, pour une famille juive du Maghreb, n'était peut-être pas dépourvue de résonance.
Mais les onomasticiens privilégient une seconde lecture, plus chargée de sens. La bonne solution est sans doute l'arabe karûb signifiant « ange » ou « chérubin », que l'on trouve aussi en hébreu sous la forme k(e)rûv. Cette racine renvoie au keroub hébraïque — les chérubins qui surmontaient l'Arche d'Alliance dans le Temple de Jérusalem — et au karûb arabe désignant un être céleste. Le nom signifierait alors « de la nature des anges », ou, dans la tendresse du dialecte, quelque chose comme « mon ange ». Une telle dénomination n'est pas sans précédents dans l'onomastique séfarade : les Juifs du Maghreb ont fréquemment puisé dans le vocabulaire de la transcendance et du sacré pour nommer leurs clans, faisant du nom de famille une forme de bénédiction portée de génération en génération.
Cette convergence entre la racine sémitique arabe et l'hébreu est typique des patronymes juifs du Maghreb, où la langue vernaculaire — l'arabe dialectal, le darja — et la langue liturgique se répondent souvent dans un même vocable. Le judéo-arabe, idiome propre des communautés juives du Maghreb, constitue précisément le milieu dans lequel des racines hébraïques et arabes se soudent sans contradiction, chaque mot servant de pont entre deux univers de sens. Le nom Karoubi est donc, en lui-même, une illustration de ce bilinguisme fondateur — et ce bilinguisme est une forme de tolérance portée dans la chair du langage, la capacité à habiter deux traditions sans en trahir aucune.
Il faut encore noter que ce nom n'est pas l'apanage exclusif des Juifs : il est porté à la fois par des Arabes et des Juifs d'Afrique du Nord. Ce partage témoigne de la coexistence linguistique et culturelle séculaire des communautés du Maghreb, où Juifs et musulmans puisaient dans un fonds onomastique commun. La tradition familiale qui veut que le nom signifie « ange » se trouve ici en intersection avec l'analyse savante : l'archive linguistique confirme la mémoire transmise. Ce que la famille a gardé dans sa tradition orale correspond à ce que l'érudition retrouve par la voie du dépouillement méthodique. Il y a dans cet accord une forme discrète, mais réelle, de continuité entre la transmission intime et le savoir historique.
Karoubi appartient à cette catégorie de patronymes la plus riche, qui fait du nom un véritable palimpseste culturel, lisible à plusieurs niveaux selon que l'on en approche par la tradition hébraïque ou par la philologie arabe : un nom hébreu dans ses consonnes les plus profondes, arabe dans son vêtement dialectal, français dans sa transcription administrative, et angélique dans la mémoire de ceux qui le portent.
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Chapitre 4 : L'implantation algérienne — Oran, Constantine et les villes de l'intérieur
La notice de référence localise la lignée dans trois aires : l'Algérie au sens large, le Constantinois et l'Oranie. Cette répartition recoupe la géographie communautaire classique du judaïsme algérien, organisé autour de trois grands pôles régionaux correspondant aux départements de l'Algérie française. Ce que les sources complémentaires apportent désormais, c'est la chair de ces présences, jusqu'alors réduites à des notices géographiques : des noms, des dates, des actes qui peuplent l'espace vide entre le répertoire onomastique et la réalité humaine.
Le Constantinois, à l'est, constituait l'un des plus anciens foyers du judaïsme algérien, héritier des communautés numides et romaines, puis renforcé par les apports andalous médiévaux. Constantine, capitale régionale juchée sur son rocher, abritait une communauté nombreuse, profondément enracinée et fidèle à un rite et à un dialecte judéo-arabe propres. C'est dans ce tissu dense que le nom Karoubi s'inscrit naturellement. Dès 1886, Le Républicain de Constantine mentionne une Marie Karoubi dans une procédure judiciaire : ce prénom féminin, porté dans le registre civil français, atteste que la francisation onomastique est alors en cours dans la famille, sans effacer le patronyme d'origine. Il n'est pas anodin que ce soit justement le département de Constantine qui ait constitué, en 1931, le foyer d'enquête premier d'Eisenbeth : c'était reconnaître que cette communauté-là — dense, ancienne, et encore largement distincte malgré la naturalisation de 1870 — représentait un cas d'étude exemplaire pour qui voulait saisir le judaïsme algérien dans sa profondeur.
La communauté juive de Constantine avait développé ses propres institutions, son propre rapport à la prière et ses propres figures rabbiniques. Elle était également l'une des plus studieuses de l'Algérie, entretenant des cercles de lecture du Talmud qui perpétuaient, dans le dialecte local, une tradition d'apprentissage continu — cette valeur du talmud Torah, l'étude comme acte sacré, qui structure l'identité juive depuis les synagogues de l'Antiquité jusqu'aux académies rabbiniques modernes. Les familles comme les Karoubi, insérées dans ce tissu, vivaient au rythme du calendrier liturgique et des institutions communautaires, même sans en être les figures dirigeantes.
L'Oranie, à l'ouest, présentait un profil distinct, tourné vers l'Espagne et le Maroc voisin. Fondée au Xe siècle par des marchands andalous, Oran fut incorporée au royaume de Tlemcen et en constitua le principal port maritime après 1437. Ville de commerce et d'échanges méditerranéens, elle accueillit des familles juives aux origines marocaines et ibériques mêlées — contexte cohérent avec l'attestation marocaine première du nom Karoubi et sa diffusion vers l'est. Une source généalogique relative à la communauté juive d'Oran signale que quelques grandes familles, dont les Karoubi, les Kanouï et les Larsy, y occupaient une place notable dans la vie communautaire : notation qui, quelle que soit sa précision, dit l'enracinement social d'un nom qui n'était pas sans poids dans la ville portuaire.
Cette notabilité locale, sans se confondre avec une élite rabbinique ou intellectuelle documentée, dit quelque chose de l'action économique et sociale de la lignée dans l'Oranais. En 1911, L'Écho d'Oran publie un faire-part de remerciements d'une Mme Vve Joseph Karoubi à la suite d'un deuil. Ce document minuscule dit pourtant beaucoup : la veuve d'un certain Joseph Karoubi, à Oran, appartient à un milieu assez inséré dans la société locale pour recourir au journal français comme vecteur de communication sociale. En 1936, Oran-matin publie un avis de deuil des familles « M. et Madame M. Karoubi » et des familles parentes et alliées — formule bourgeoise et civile, signe d'une intégration désormais accomplie dans les usages de la presse francophone algérienne. Entre ces deux faire-part séparés d'un quart de siècle, une branche familiale oranaise se dessine, fidèle aux pratiques sociales de sa communauté, visible dans les pages du journal local à chaque moment de deuil et de rassemblement.
Alger, enfin, n'est pas absente de la documentation. Un Karoubi Emile figure dans L'Écho d'Alger en 1922 et reparaît en 1938, dans le contexte des élections, où il parvient au ballottage. Qu'il s'agisse d'un conseiller municipal, d'un délégué de quartier ou d'un candidat à une autre charge, le fait qu'un Karoubi soit identifiable dans la vie électorale d'Alger témoigne d'une présence dans la capitale qui complète le tableau. La lignée n'était donc pas confinée à ses deux berceaux — le Constantinois et l'Oranais — mais avait des ramifications dans la métropole algérienne, où la mobilité sociale des générations post-Crémieux avait conduit de nombreuses familles juives des villes de l'intérieur.
L'action économique des Juifs algériens, intégrée dans des réseaux commerciaux qui relièrent pendant des siècles le Maghreb à l'Europe et à l'Orient, constitue l'un des fils invisibles par lesquels les familles comme les Karoubi participèrent à la vie matérielle de leurs communautés. Le commerce, l'artisanat, la petite négoce, la médiation entre les marchés de l'intérieur et ceux des villes côtières — telles sont les activités que les recensements d'Eisenbeth restituent pour les communautés du Constantinois et de l'Oranais au tournant des années 1930.
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Chapitre 5 : L'ouvrage d'Eisenbeth — instrument, méthode et genèse
Une lignée saisie presque exclusivement par l'onomastique ne saurait être comprise sans une connaissance précise de l'instrument qui la consigne. L'ouvrage d'Eisenbeth n'est pas un simple répertoire de noms : il s'agit de la première étude systématique des populations juives d'Afrique du Nord, embrassant le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye, fondée conjointement sur les recensements coloniaux, les registres communautaires et un dépouillement méthodique des patronymes. Cette ambition encyclopédique explique que le nom Karoubi puisse y être suivi depuis un foyer marocain jusqu'à ses ramifications algériennes : l'ouvrage avait précisément pour vocation de couvrir l'ensemble de l'aire maghrébine.
Les nouvelles sources permettent d'entrer dans le détail de la méthode. Pour l'Algérie, Eisenbeth procéda selon une démarche en deux temps : il compulsa d'abord les travaux édités par le Gouvernement Général de l'Algérie, puis il effectua un dépouillement complet des « Listes nominatives » des habitants de toutes les communes d'Algérie. Ce dépouillement, entrepris commune par commune, lui permit de déterminer le chiffre fort probablement exact des israélites résidant en Algérie au 8 mars 1931 — date du recensement dont il exploita les bulletins individuels. Pour identifier les familles juives dans ces listes, il tint compte principalement des patronymes, des prénoms masculins et féminins, des professions, et, pour les cas douteux, mena des enquêtes supplémentaires. C'est précisément par ce mécanisme — la combinaison du patronyme, du prénom et de la profession — que des familles portant le nom Karoubi ont pu être identifiées et comptées à Batna, à Sétif ou à Alger, même dans les cas où elles s'étaient abstenues de se déclarer comme israélites dans les formulaires officiels.
Cette nécessité d'un dépouillement alternatif répondait à une contrainte documentaire réelle. Dans les recensements officiels français, les Israélites algériens n'étaient plus discriminés depuis que le décret du 24 octobre 1870 les avait incorporés d'office à la nation, de sorte que la majeure partie d'entre eux répondait « Français d'origine » aux formulaires plutôt que de se signaler comme israélites. Pour la totalité de l'agglomération constantinoise, par exemple, 653 unités seulement avaient répondu « israélite » lors du recensement — un chiffre manifestement inférieur à la réalité, ainsi que le reconnaissaient les Services du Gouvernement Général eux-mêmes. C'est cette invisibilité administrative, envers de la naturalisation républicaine, qu'Eisenbeth entreprit de corriger par son propre dépouillement. Sans ce travail de reconstitution patiente, les familles Karoubi de Batna ou de Sétif eussent été noyées dans la masse anonyme des « Français d'origine ».
L'organisation interne de l'œuvre éclaire la nature des informations qu'on peut en tirer. Elle se divise en deux grandes parties : la première, démographique, établit les effectifs et la répartition géographique des communautés ; la seconde, onomastique, recense les patronymes, en restitue les racines et regroupe leurs variantes graphiques. Pour conduire cette enquête dans sa dimension démographique, Eisenbeth s'appuya sur les données statistiques françaises, espagnoles et italiennes — les trois puissances présentes au Maghreb — qu'il croisa avec les archives rabbiniques locales. Ce recours simultané aux sources de trois administrations coloniales et aux archives religieuses confère à l'ouvrage une assise documentaire d'une largeur exceptionnelle pour son temps.
La figure de l'auteur n'est pas indifférente à l'autorité de l'œuvre. Maurice Eisenbeth (1886–1957) était Grand Rabbin d'Alger au moment de la publication. Ce statut lui ouvrait l'accès aux archives rabbiniques et aux registres communautaires que nul érudit profane n'aurait pu consulter aussi aisément, et il garantissait une connaissance intime des prononciations, des rites et des dialectes judéo-arabes dont dépend toute lecture correcte des patronymes. L'ouvrage porte une dédicace sobre — « À Monsieur Arthur Weisweiller, hommage reconnaissant » — et bénéficia d'une subvention du Gouvernement Général de l'Algérie, signe que l'entreprise était reconnue comme une œuvre d'utilité publique par les autorités coloniales.
L'ouvrage de 1936 ne surgit pas de nulle part : il fait suite à un premier essai du même auteur, Le Judaïsme Nord-Africain. Études démographiques sur les israélites du département de Constantine, paru à Constantine en 1931. Cette filiation est décisive pour la lignée Karoubi : l'enquête primitive avait précisément pris pour foyer le département de Constantine — le principal foyer démographique du nom — avant qu'Eisenbeth n'élargisse son regard à l'ensemble du Maghreb.
Il convient enfin de souligner la dimension de témoignage de son temps que possède cet ouvrage. Dans son avant-propos, Eisenbeth invoque « l'incontestable utilité de sauver de l'oubli tout ce qui peut intéresser le groupe ethnique que constituent les israélites en Algérie, Tunisie et Maroc ». En saisissant les effectifs et la répartition géographique des communautés juives nord-africaines au tournant des années 1930, il fixa une photographie démographique précise d'un monde à la veille de ses plus grandes épreuves. Pour la lignée Karoubi comme pour tant d'autres, cette photographie constitue souvent le dernier état documenté d'une présence enracinée avant la dispersion.
La diffusion ultérieure de l'ouvrage doit aussi être mentionnée : rare à l'état original, il fut numérisé et mis en ligne grâce à la bibliothèque de Jean-Luc Monneret et au travail d'Alain Spenatto, via le site algerie-ancienne.com. Cette chaîne de transmission — du Grand Rabbin d'Alger à la bibliothèque privée, de la bibliothèque privée à l'archive numérique — est elle-même une illustration de la valeur juive de zakhor : le soin que des individus, sans lien direct avec les communautés concernées, ont consacré à rendre lisible une œuvre qui aurait pu s'effacer.
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Chapitre 6 : Les variantes orthographiques et la mémoire graphique
L'un des traits saillants de la notice consacrée à cette lignée est le relevé, par Eisenbeth, de plusieurs variantes graphiques du patronyme — sept selon la documentation existante. Cette pluralité n'est pas une curiosité marginale : elle reflète une réalité structurelle de l'onomastique juive nord-africaine, où un même nom, transcrit de l'arabe ou de l'hébreu vers les alphabets latin et français, pouvait revêtir des formes multiples selon le lieu, l'époque et le fonctionnaire chargé de l'enregistrement.
Avant la généralisation de l'état civil moderne, les noms juifs du Maghreb s'écrivaient en caractères hébraïques ou ne s'écrivaient pas du tout, se transmettant oralement. Lorsque l'administration française entreprit, après 1830 puis surtout après 1870, d'enregistrer les patronymes, les officiers d'état civil transcrivirent phonétiquement des noms qu'ils entendaient prononcer dans des dialectes judéo-arabes variés. Une même racine K-R-B put ainsi donner naissance à des graphies divergentes selon la voyellisation perçue, la présence ou l'absence du h aspiré, le redoublement des consonnes ou la finale en -i, -y ou -ie. Les arbres généalogiques numérisés confirment cette pluralité : la variante Karouby est la plus fréquente dans les bases Geneanet, coexistant avec Karoubi, tandis que d'autres formes intermédiaires apparaissent dans les registres de l'état civil. Le travail d'Eisenbeth consista précisément à regrouper ces formes éclatées sous une même entrée, restituant l'unité d'un nom dispersé par les hasards de la transcription.
Ce regroupement n'était possible que parce que l'ouvrage articulait, pour chaque nom, le dépouillement méthodique des patronymes à la connaissance des registres communautaires et des recensements coloniaux. En confrontant la forme administrative française à la prononciation consignée dans les archives rabbiniques, Eisenbeth pouvait reconnaître sous des graphies divergentes une racine unique. La méthode qu'il décrit dans son avant-propos est éclairante à cet égard : il tint compte principalement des patronymes, des prénoms masculins et féminins et des professions, et, pour les cas douteux, mena des enquêtes supplémentaires — ce qui signifie qu'un porteur du nom Karoubi dont la graphie était incertaine pouvait être identifié par le croisement de son prénom et de sa profession.
La réalité de ces variantes graphiques est confirmée par les traces de presse retrouvées : si le nom apparaît unifié sous la forme Karoubi dans les sources onomastiques, la Marie Karoubi de 1886 et la Mme Vve Joseph Karoubi de 1911 partagent une graphie stabilisée, signe que la branche constantino-oranaise avait fixé son patronyme dans sa forme française. En revanche, les bases généalogiques enregistrent des noms comme Daira Draira Drairah Karouby — témoignant que, dans d'autres branches et à d'autres dates, la fixation graphique fut plus tardive ou plus fluctuante.
Cette dispersion graphique est elle-même une métaphore de l'histoire : le nom a traversé des milieux linguistiques différents — l'arabe dialectal, le judéo-arabe, le français administratif —, et chaque traversée en a légèrement altéré la forme tout en préservant la substance. Que sept graphies différentes aient pu coexister pour un même patronyme dit aussi quelque chose de l'autonomie relative des communautés locales, de leur résistance à l'uniformisation bureaucratique, et de la fluidité avec laquelle les Juifs du Maghreb habitaient plusieurs registres linguistiques simultanément — une forme discrète de cette tolérance envers les langues et les cultures que la tradition juive a cultivée comme vertu face aux mondes successifs qu'elle a traversés.
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Chapitre 7 : Le tournant du décret Crémieux, Vichy et les ombres de la modernité
Aucune lignée juive d'Algérie ne peut être comprise sans le bouleversement majeur que fut le décret Crémieux de 1870, qui accorda collectivement la citoyenneté française aux Juifs des départements algériens. Pour les familles comme les Karoubi, ce passage du statut d'indigène à celui de citoyen français eut des conséquences profondes et ambivalentes : francisation de l'état civil, scolarisation dans les écoles de la République et de l'Alliance israélite universelle, mobilité géographique nouvelle vers les villes et, à terme, vers la métropole.
C'est dans ce contexte que la fixation des graphies patronymiques s'accéléra, et que les variantes recensées par Eisenbeth se cristallisèrent dans les actes officiels. Les prénoms se dédoublèrent : un prénom hébraïque pour la synagogue, un prénom français pour l'état civil. La Marie Karoubi de Constantine en 1886 illustre cette bascule : le prénom Marie, d'usage courant dans les familles juives algériennes francisées, coexistait certainement avec un prénom hébreu ou judéo-arabe employé dans la sphère familiale et communautaire. Ce dédoublement n'était pas une trahison identitaire, mais une adaptation pragmatique qui permettait de maintenir une appartenance double — au monde républicain français et à la tradition juive — sans contradiction apparente.
La mention d'un Karoubi Elie, employé, domicilié « Crémieux-Yille, près Tunis », dans le Journal officiel de la République française du 12 décembre 1941, acquiert dans ce contexte une résonance particulière. La localité de Crémieux, dont le nom même rappelle l'émancipation de 1870, sert de cadre à une mention dans un journal officiel daté de l'automne 1941 — soit en pleine application du statut des Juifs de Vichy. Sans que le contexte précis de cette mention soit entièrement déchiffrable dans l'état actuel de la documentation, elle dit la dispersion géographique de la lignée (jusqu'en Tunisie) et l'emprise des mesures d'exclusion sur des hommes dont les noms apparaissent dans les registres officiels de l'État.
Cette intégration républicaine portait en elle une contradiction que les décennies suivantes allaient mettre à nu. Les Israélites algériens, citoyens français depuis 1870, n'en restaient pas moins perçus différemment par une partie de la population européenne d'Algérie. Cette tension se manifesta avec une brutalité particulière sous le régime de Vichy : le statut des Juifs promulgué en octobre 1940 les priva de la citoyenneté française, avant que le débarquement allié de novembre 1942 ne rouvre, non sans lenteurs, le chemin du rétablissement dans leurs droits. Karoubi Emile, qui avait atteint le ballottage aux élections algéroises de 1938, appartient à une génération qui connut, dans l'espace de quelques années, la consécration civique et la dépossession juridique.
C'est dans ce contexte que l'ouvrage d'Eisenbeth prend, rétrospectivement, une dimension particulièrement poignante. Paru en 1936 et honoré d'une subvention du Gouvernement Général — reconnaissance officielle accordée à un Grand Rabbin par des autorités coloniales qui, quatre ans plus tard, appliqueraient les lois d'exclusion — il fixa une photographie démographique précise d'un monde à la veille de la tempête. La communauté que le rabbin cherchait à « sauver de l'oubli » allait être placée, par l'État qu'elle avait servi, au bord de l'effacement juridique. La mémoire onomastique que construisit Eisenbeth — et dans laquelle la lignée Karoubi est inscrite — fut ainsi, à son insu, un acte de résistance par la documentation.
La résistance par la conservation du savoir est l'une des formes que la tradition juive a le plus durablement cultivées face à l'adversité. Des rouleaux de la Torah préservés dans les caves de synagogues espagnoles aux grandes encyclopédies rabbiniques composées en exil, la conviction que l'écriture est une forteresse traverse l'histoire juive. Eisenbeth, en constituant son répertoire onomastique à la veille de la tempête, s'inscrivait à sa manière dans cette tradition — et la lignée Karoubi, inscrite dans ce répertoire, en bénéficie aujourd'hui.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et dans le contexte de la montée du mouvement national algérien, les communautés juives de Constantine, de Batna, de Sétif et d'Oran connurent une accélération de leur mutation sociale. La génération qui avait grandi dans les écoles de l'Alliance israélite universelle et de la République accédait désormais aux professions libérales, à l'enseignement, au commerce de moyenne et grande envergure. Sans qu'il soit possible d'attacher ces trajectoires à des porteurs du nom Karoubi individuellement identifiables pour cette période, elles définissent le milieu dans lequel la lignée évoluait.
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Chapitre 8 : La diaspora, la mémoire vivante et Jacques Karoubi
Avec l'indépendance de l'Algérie en 1962, l'immense majorité des Juifs algériens, citoyens français depuis 1870, quittèrent le pays pour la France métropolitaine et, dans une moindre mesure, pour Israël et d'autres destinations. Les porteurs du nom Karoubi suivirent ce mouvement, et le patronyme se trouve aujourd'hui dispersé à travers la diaspora, de France — où des porteurs sont identifiés à Paris, Villejuif, Nîmes et Aix-en-Provence — à Israël.
Cette dispersion n'est pas entièrement nouvelle dans la trajectoire de la lignée. Depuis l'attestation marocaine du XVIe siècle jusqu'à l'implantation algérienne dans le Constantinois, l'Oranie et les villes de l'intérieur, le nom Karoubi a toujours désigné une famille diffuse plutôt qu'un clan localisé. La dispersion de 1962 est ainsi, en un sens, la dernière figure d'un mouvement qui a traversé toute l'histoire de la lignée : un nom porté à travers les ruptures comme fil de continuité là où les lieux successifs n'assuraient plus rien.
Ce rapport au déplacement et à l'exil est l'une des dimensions les plus profondes de l'expérience juive, et la tradition l'a intégrée dans sa théologie : la notion de galout, l'exil, n'est pas seulement une réalité historique, elle est aussi une condition spirituelle que le peuple juif a appris à habiter sans s'y laisser dissoudre. Pour les familles comme les Karoubi, qui ont traversé plusieurs exils successifs — le Maroc, l'Algérie, puis la France ou Israël —, cette capacité à maintenir une identité à travers le mouvement constitue en elle-même une forme d'accomplissement. Non pas enracinée dans un sol, mais dans un nom, une langue, un texte.
C'est dans ce contexte de diaspora que s'inscrit le témoignage le plus concret que la recherche ait permis d'identifier pour un porteur moderne du nom. Le site judaicalgeria.com, consacré à la mémoire de la communauté juive d'Algérie, conserve une page dédiée à la communauté de Constantine où figure la mention « Collection Jacques Karoubi » — associée à une vue du quartier juif de Constantine. Ce même Jacques Karoubi apparaît comme le gestionnaire bénévole du site, accordant ses autorisations pour la publication de photographies de la communauté. Il s'agit donc d'un porteur du nom, issu de la diaspora, qui a choisi de consacrer une part significative de son énergie à rassembler et à diffuser les traces photographiques et documentaires de la communauté juive de Constantine — exactement la même communauté que celle que le Grand Rabbin Eisenbeth avait voulu « sauver de l'oubli » soixante-dix ans plus tôt.
Ce geste de Jacques Karoubi — collecter des photographies, gérer un site de mémoire communautaire, obtenir et accorder des autorisations de publication — s'inscrit dans une longue tradition de zakhor, le souvenir comme devoir actif. Il n'est pas le scribe d'une grande famille rabbinique, ni l'auteur d'une œuvre savante ; il est quelque chose de plus modeste et, peut-être, de plus représentatif : le descendant ordinaire d'une communauté ordinaire qui décide que cette communauté mérite de ne pas disparaître dans l'oubli.
La traduction, en 2015, d'une histoire de la communauté juive d'Oran de l'anglais en français, créditée à un Jacques Karoubi, prolonge ce même fil. Que ce traducteur soit le même que celui de judaicalgeria.com ou un autre porteur du patronyme, l'acte est identique dans sa nature : restituer à une communauté dispersée, dans la langue qu'elle a faite sienne depuis 1870, une histoire que la langue anglaise aurait rendue inaccessible au plus grand nombre. Cette attention portée à la transmission — limmoud dans sa dimension populaire, soin de l'autre dans sa dimension éthique — dit la persistance, à travers les générations et les exils, d'une valeur que le nom lui-même portait depuis ses origines.
Les données généalogiques contemporaines confirment cette géographie de la diaspora : Paris et sa banlieue sud (Villejuif), Nîmes, Aix-en-Provence sont les principales destinations identifiées pour les porteurs du patronyme en France, tandis qu'un petit nombre est attesté en Israël. Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, apparaît également dans les bases généalogiques, avec un nombre d'entrées (vingt-trois) qui suggère une concentration familiale dans cette commune. Ces localisations contemporaines dessinent la carte d'une diaspora essentiellement française, urbaine et méridionale — cohérente avec la sociologie générale de l'exode juif algérien de 1962.
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Les grandes figures
Maurice Eisenbeth (1886–1957) — Grand Rabbin d'Alger, auteur de Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique (Alger, 1936) et de Le Judaïsme Nord-Africain (Constantine, 1931). Sans être lui-même un Karoubi, Eisenbeth est l'instrument central par lequel la lignée est documentée. Son dépouillement patient des listes nominatives algériennes, commune par commune, et son travail onomastique comparatif sur l'ensemble du Maghreb ont fixé le patronyme dans la mémoire savante. L'ouvrage, subventionné par le Gouvernement Général de l'Algérie, fut rééditée sous forme numérique grâce à la bibliothèque de Jean-Luc Monneret et au travail d'Alain Spenatto. Sa méthode — croisement des registres communautaires, des recensements coloniaux et des archives rabbiniques — reste la pierre angulaire de toute recherche sur les lignées juives nord-africaines.
Mme Vve Joseph Karoubi (dates inconnues) — Veuve d'un certain Joseph Karoubi, mentionnée dans L'Écho d'Oran en 1911 dans un avis de remerciements à la suite d'un deuil. Cette trace est l'une des premières mentions nominales et datées d'un porteur du patronyme dans la presse algérienne francophone oranaise. Elle atteste l'existence d'une branche familiale implantée à Oran au début du XXe siècle, insérée dans la vie civile et sociale de la communauté juive oranaise au point d'user du journal de langue française comme vecteur de communication sociale. Son prénom n'est pas connu ; elle est désignée uniquement par le nom de son époux défunt, selon l'usage du temps.
Marie Karoubi (dates inconnues) — Mentionnée dans Le Républicain de Constantine le 29 octobre 1886, dans le cadre d'une procédure judiciaire impliquant des coups et blessures à son encontre. Première trace nominale retrouvée dans la presse constantinoise, elle représente l'ancrage de la lignée dans le Constantinois à la fin du XIXe siècle, une génération après le décret Crémieux. Son prénom français, courant dans les familles juives algériennes francisées de l'époque, coexistait vraisemblablement avec un prénom hébreu ou judéo-arabe dans l'usage familial et communautaire. Aucune autre information ne permet de reconstituer son parcours.
Raymond Karoubi (dates inconnues) — Mentionné dans L'Écho du Sahara, journal de l'arrondissement de Batna, en juillet 1928. La mention indique qu'il fit « une entrée sensationnelle aux sons de la » dans un village de la région, comparé à un « maire du village » — formulation qui évoque une personnalité connue et populaire dans la vie locale de l'arrondissement de Batna. Il constitue, avec Émile Karoubi, l'un des rares porteurs du nom identifiables nominalement dans la vie publique de l'Algérie française. Sa présence à Batna confirme l'importance de ce foyer — jusqu'ici sous-documenté — dans la géographie familiale.
Émile Karoubi (dates inconnues) — Identifié dans L'Écho d'Alger en juin 1922, puis en novembre 1938, cette dernière fois dans le contexte d'élections où il parvient au ballottage, aux côtés des candidats Barbé Georges (668 voix), Laborde Jean (177) et Lecoultre Henri (179), lui-même crédité de 174 voix. Cette inscription dans la vie électorale de la capitale algérienne, à la veille des années les plus sombres pour les Juifs d'Algérie, témoigne d'une citoyenneté pleinement revendiquée et d'un engagement dans la vie civique de la métropole coloniale. Il appartient à la génération marquée par le décret Crémieux autant que par les premières tempêtes antisémites de l'Algérie des années 1930.
Élie Karoubi (dates inconnues) — Mentionné dans le Journal officiel de la République française du 12 décembre 1941 comme employé, domicilié à Crémieux-Yille, près de Tunis. La date — l'automne 1941 — et le cadre du Journal officiel placent cette mention dans le contexte des mesures de l'État français de Vichy à l'égard des Juifs d'Afrique du Nord, qui perdirent leurs droits civiques à partir d'octobre 1940. Élie Karoubi représente la branche tunisienne ou la branche de la lignée ayant émigré en Tunisie avant la guerre. Sa trace dans les archives officielles est à la fois un témoignage d'existence et un rappel de la brutalité administrative des années 1940–1942.
Daira Karouby (dates inconnues) — Femme portant le patronyme au féminin, épouse d'un Isaac Krief à Tunis. Son prénom — Daira, attesté aussi sous les formes Draira ou Drairah dans les registres — est typiquement judéo-arabe, prénom féminin du Maghreb oriental. Son mariage avec un membre de la famille Krief, l'une des grandes familles du judaïsme maghrébin, témoigne des réseaux matrimoniaux trans-régionaux qui reliaient les Juifs d'Algérie à ceux de Tunisie et du Maroc par-delà les frontières coloniales. Elle est l'une des rares femmes de la lignée identifiables nominalement dans les sources.
Jacques Karoubi (dates inconnues) — Gestionnaire bénévole du site judaicalgeria.com, consacré à la mémoire de la communauté juive d'Algérie, et collectionneur de photographies relatives à la communauté juive de Constantine. Il est cité comme détenteur d'une collection iconographique personnelle — notamment une vue du quartier juif de Constantine — et comme la personne accordant les autorisations de publication des photographies communautaires sur le site. Un Jacques Karoubi est également crédité comme traducteur, en 2015, d'une histoire de la communauté juive d'Oran de l'anglais en français. Qu'il s'agisse de la même personne ou d'un homonyme, le geste — rassembler et restituer à la diaspora une mémoire enfouie — est identique dans sa nature et sa portée.
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Conclusion
La lignée Karoubi se laisse saisir moins comme une dynastie identifiable que comme un fil onomastique tendu à travers cinq siècles d'histoire juive maghrébine. Son nom, dont l'analyse savante penche pour le sens de « ange » ou « de nature angélique », issu de la racine karûb / keroub commune à l'arabe et à l'hébreu, témoigne de l'enracinement profond des Juifs du Maghreb dans le terreau linguistique de la région et de cette capacité propre au judéo-arabe à unir dans un même vocable la piété et le quotidien. Attestée au Maroc dès la première moitié du XVIe siècle, la lignée s'est diffusée vers l'est jusqu'aux communautés algériennes — non seulement dans le Constantinois et l'Oranie tels que le consignent les notices onomastiques, mais dans un espace géographique bien plus ample : Constantine et Batna, Sétif et Bône, Alger et Médéa, avec des ramifications jusqu'à Tunis, et, dans la diaspora contemporaine, jusqu'aux villes du Midi français et aux quartiers d'Israël.
Cette géographie plus large que prévu est l'un des apports des nouvelles sources. Les arbres généalogiques numérisés révèlent que Batna, ville de l'intérieur fondée par l'armée française à la porte des Aurès, constituait l'un des foyers les plus denses de la lignée — ce que confirmait déjà, en filigrane, la mention de 1928 dans L'Écho du Sahara, qui plaçait un Raymond Karoubi dans la vie sociale animée de la région. Sétif, avec ses trente-sept entrées généalogiques, ajoute une troisième dimension à la carte d'une famille dont la dispersion à travers le Constantinois constitue elle-même une forme d'enracinement dans le territoire.
L'histoire de ce nom est inséparable de celle des instruments qui l'ont consigné. Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique, publié à Alger en 1936 par Maurice Eisenbeth, fut la première étude systématique des populations juives du Maghreb et de la Libye. Sa méthode — dépouillement commune par commune des listes nominatives algériennes, croisement des données avec les archives rabbiniques et les statistiques des trois puissances coloniales — constitua la réponse à une invisibilité administrative paradoxalement produite par l'émancipation de 1870 elle-même. En reconstituant, derrière les graphies dispersées du patronyme, les sept formes d'un même nom, Eisenbeth réalisa un acte fondamental de conservation de la mémoire collective.
Des routes commerciales du Maghreb médiéval aux bancs des écoles de l'Alliance israélite universelle, du dialecte judéo-arabe de Constantine aux rues de la diaspora française ou israélienne, la lignée Karoubi a traversé sans se dissoudre les grandes ruptures qui ont défini le destin des Juifs d'Afrique du Nord. À Oran, une famille suffisamment ancrée pour être citée parmi les grandes familles de la communauté ; à Constantine, une présence attestée dès 1886 dans les registres de presse ; à Batna, un Raymond Karoubi connu de tout un village en 1928 ; à Alger, un Émile Karoubi aux élections de 1938 ; en Tunisie, une Daira Karouby et un Élie Karoubi pris dans les remous de la guerre. Dans la diaspora contemporaine, un gestionnaire de site mémoriel qui rassemble les photographies du quartier juif de sa ville d'origine. Entre ces points, aucune ligne droite ne relie les générations — mais une même orientation : le soin de la mémoire, l'attention portée à ce qui risque de disparaître, la conviction que ce qui a existé mérite de continuer à exister dans le souvenir.
Le décret Crémieux leur offrit la citoyenneté ; Vichy chercha à la leur reprendre ; 1962 leur ferma définitivement les portes du pays natal. À chacune de ces épreuves, c'est le nom lui-même — et le sens angélique qu'il porte — qui constitua la demeure la plus durable.
Entre toutes les valeurs que cette lignée aura exprimées, c'est celle de la transmission fidèle — zakhor, le souvenir comme devoir — que ses traces documentées expriment le mieux et le plus constamment : la tradition orale qui préserve le sens du nom à travers les générations, l'acte de traduction par lequel un descendant restitue à sa communauté une histoire enfouie, le travail de collectionneur et de mémorialiste par lequel Jacques Karoubi maintient vivante l'image du quartier juif de Constantine, et, en amont de tout cela, l'œuvre du Grand Rabbin qui refusa de laisser une population entière s'effacer dans l'anonymat des recensements. Ces gestes, à des siècles de distance, disent la même chose : la mémoire n'est pas une nostalgie, elle est une responsabilité que les générations se passent comme on se passe un nom.
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参考文献
- Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique (1936)
- Joseph Toledano, Les Noms de famille des Juifs d'Afrique du Nord (2003)
- Joseph Toledano, Une histoire de familles : les noms de famille juifs d'Afrique du Nord, des origines à nos jours (1999)
- Robert Attal, Les Juifs d'Afrique du Nord : bibliographie (1993)
- André Goldenberg, La Saga des Juifs d'Afrique du Nord (2014)
- André Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord (1985)
- Geneviève Dermenjian, La Crise anti-juive oranaise (1895-1905) : l'antisémitisme dans l'Algérie coloniale (1986)
- Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord — Démographie & Onomastique, Imprimerie du Lycée, Alger (1936)
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)