Erber 家族
Erber 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
意大利犹太家族。由S. Schaerf引述,《意大利犹太人的姓氏》(Firenze,1925)。
地理来源: Italie
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大书 — Erber
Introduction
À Venise, en 1516, les autorités de la Sérénissime confinent les Juifs dans un quartier cerné d'eau, auquel ils donnent le nom du fondoir de métaux — geto — qui s'y trouvait jadis. Ce ghetto, premier du monde occidental à porter ce nom, voit coexister plusieurs « nations » : les italkim, héritiers de la plus ancienne présence juive de la péninsule, les Levantins et Ponentins séfarades, et la Scola Tedesca, communauté des Juifs de langue allemande venus des terres du Nord. C'est dans cet horizon-là que s'inscrit le patronyme Erber : un nom à la physionomie germanique, attesté parmi les familles juives d'Italie par le répertoire de Samuele Schaerf, et qui conduit l'enquête vers ces migrants ashkénazes que les siècles ont déposés, strate après strate, entre les Alpes orientales et la plaine padane.
Ce Grand Livre ne prétend pas restituer une généalogie close. La documentation est ce qu'elle est : un patronyme recensé, un cadre historique solide, des hypothèses étayées et des incertitudes nommées. Là où l'archive parle, on la suit ; là où elle se tait, on le dit. Le lecteur trouvera ici non pas le récit d'une famille reconstituée dans le détail, mais celui d'une lignée replacée dans la longue durée de la présence juive en Italie — avec ses migrations, ses ancrages, ses valeurs, et la catastrophe qui l'a traversée au XXᵉ siècle.
Ce qui donne à ce parcours sa portée, c'est précisément le mot lui-même. Erber vient de l'allemand ehrbar : honorable, de bonne réputation. Qu'une famille juive ait porté ce nom, dans les terres où l'on parlait encore le yiddish et où l'on priait selon le minhag Ashkenaz, dit quelque chose d'un idéal partagé — celui de tenir sa place avec dignité au sein de la communauté, de l'inspirer par l'exemple, d'y être tenu pour digne de confiance. C'est cet idéal que ces pages cherchent à restituer.
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Chapitre 1 : Les Juifs allemands descendent les Alpes — migrations médiévales et premières implantations
La présence de Juifs de culture germanique en Italie septentrionale remonte au moins au XIVᵉ siècle. Des familles venues de Bavière, de Souabe, de Rhénanie et d'Autriche traversèrent les cols alpins à la faveur de persécutions récurrentes — pogroms rhénans de la Peste noire en 1348–1349, expulsions locales répétées dans les villes d'Empire — et s'établirent dans les bourgs et cités de la Lombardie, de la Vénétie, du Piémont et du Frioul [Cecil Roth, The History of the Jews of Italy, Philadelphia, Jewish Publication Society, 1946]. Ce mouvement, lent au XIVᵉ siècle, s'accéléra au XVᵉ, lorsque les expulsions d'Autriche (1421) et de plusieurs villes bavaroises forcèrent de nouvelles vagues de migrants à chercher un refuge au sud des montagnes.
Ces Juifs ashkénazes apportaient leur monde avec eux : la langue yiddish, héritière du moyen-haut-allemand mêlé d'hébreu et de slave ; le rite liturgique Ashkenaz, distinct du rite italien ancien et du rite séfarade ; et une culture du crédit et du prêt sur gage qui allait définir leur insertion économique dans les villes italiennes. Car c'est souvent en qualité de prêteurs que les communes et les seigneuries les accueillaient, par un contrat appelé condotta : une autorisation temporaire, renouvelable, d'exercer le prêt moyennant le paiement de taxes et le respect de règles précises [Roth, 1946]. Cette activité, souvent stigmatisée, était en réalité une réponse aux besoins de crédit des populations rurales et artisanales que les circuits chrétiens ne pouvaient légalement satisfaire.
Il faut résister à la tentation de réduire ces hommes à leur fonction économique. Dans les petites villes de Vénétie et de Lombardie, le prêteur juif était souvent aussi le seul médecin disponible, le traducteur de textes arabes, l'homme qui avait lu et qui savait. L'implication dans la vie collective — kiddush ha-shem dans sa forme quotidienne, la sanctification du Nom par l'action juste — se manifestait autant dans le respect scrupuleux des termes de la condotta que dans les formes de charité interne aux communautés : les caisses d'assistance aux pauvres, les hevrot de secours mutuel, les dotations aux jeunes mariées sans ressources. Ces structures de solidarité, caractéristiques du judaïsme ashkénaze, accompagnèrent les migrants jusqu'en Italie du Nord.
Dans ce flux de familles descendues des Alpes, une famille Erber a vraisemblablement pris place — portant un nom germanique qui, sur le sol italien, continua de sonner comme un engagement moral. La physionomie du patronyme, sa présence attestée dans les communautés juives de la péninsule, et la géographie des migrations ashkénazes convergent pour situer l'origine de cette lignée dans ce mouvement pluriséculaire.
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Chapitre 2 : Venise et le Ghetto — la *Scola Tedesca* et la coexistence des nations
Nulle part la rencontre entre le monde ashkénaze et l'Italie n'est plus visible qu'à Venise. Lorsque le Sénat de la République décide, en mars 1516, de concentrer les Juifs sur l'île du Geto Novo, il crée malgré lui l'un des espaces les plus denses et les plus féconds de la culture juive européenne. Plusieurs nations y coexistent sous le même toit surplombant : les Ashkénazes, les Juifs italiens, les Levantins et les Ponentins séfarades [Riccardo Calimani, Storia del ghetto di Venezia, Milan, Rusconi, 1985 ; Encyclopaedia Judaica, s.v. « Venice »].
La Scola Tedesca — la synagogue allemande, fondée en 1528 selon les sources traditionnelles — est l'institution autour de laquelle gravite la communauté ashkénaze de Venise. Elle exprime le rite propre de ces Juifs : des mélodies différentes, un ordre de prière distinct, une tradition d'érudition talmudique qui se perpétue dans les grandes yeshivot de Francfort ou de Prague et trouve à Venise un prolongement méridional. La synagogue est aussi un centre de vie collective : on y juge les litiges internes selon les lois de la Torah, on y organise la charité, on y délibère des affaires communautaires. La halakha — la Loi juive — n'est pas seulement une discipline individuelle : elle structure la communauté, fixe les obligations du riche envers le pauvre, du marchand envers son fournisseur, du savant envers l'ignorant.
Ce cadre vénitien, avec sa densité institutionnelle et sa pluralité de rites, illustre la capacité propre aux communautés juives ashkénazes de maintenir une identité distincte tout en s'ouvrant aux échanges — commerciaux, intellectuels, parfois familiaux — avec d'autres « nations ». La tolérance de la diversité interne, vertu discrète mais réelle du judaïsme rabbinique, se manifeste ici concrètement : quatre synagogues pour quatre rites dans un périmètre de quelques centaines de mètres, chacune gardant jalousement ses traditions sans prétendre abolir celles des voisins.
Un patronyme tel qu'Erber, s'il était porté à Venise, se serait naturellement inscrit dans cet univers de la Scola Tedesca : les registres de la nazione tedesca, les pinkasin (registres communautaires en hébreu et en yiddish), les contrats notariaux passés avec les négociants de la place. Ces archives, partiellement conservées, demeurent une voie d'enquête pour le généalogiste qui voudra poursuivre la recherche.
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Chapitre 3 : Trieste, port franc et carrefour habsbourgeois
Si Venise est la métaphore de la rencontre, Trieste en est la réalité économique la plus accomplie. Lorsque Charles VI d'Autriche proclame Trieste port franc en 1719, puis lorsque son successeur en développe les franchises, la ville adriatique entre dans une période d'expansion spectaculaire. Les Juifs y tiennent une place singulière : marchands, armateurs, courtiers, agents de change, ils constituent un maillon essentiel des réseaux commerciaux qui relient l'Empire aux marchés méditerranéens et levantins [Encyclopaedia Judaica, s.v. « Trieste »].
La communauté juive de Trieste est à la fois vieille et renouvelée. Vieille par ses familles italiennes et séfarades présentes depuis le XVIᵉ siècle ; renouvelée, tout au long du XVIIIᵉ et du XIXᵉ siècle, par l'afflux de familles ashkénazes venues des terres héréditaires des Habsbourg — Bohême, Moravie, Hongrie, Galicie — attirées par les opportunités du port franc [Encyclopaedia Judaica, s.v. « Trieste » ; Roth, 1946]. Un patronyme germanique tel qu'Erber s'y insère sans discontinuité : les registres de la communauté israelitica de Trieste, tenus avec une rigueur administrative caractéristique des institutions habsbourgeoises, fourmillent de noms à consonance allemande ou centrale-européenne.
L'Édit de tolérance promulgué par Joseph II en 1782 — l'une des réformes les plus significatives de la politique juive des Lumières — institua pour les Juifs des terres autrichiennes une égalité civique partielle, assortie de l'obligation d'adopter des noms de famille fixes et de consonance allemande [Encyclopaedia Judaica, s.v. « Names (Personal) »]. Ce décret de 1787, qui compléta l'édit de tolérance pour ce qui concernait l'onomastique, eut une conséquence onomastique directe : de nombreuses familles jusque-là connues par leur seul prénom hébreu ou par un surnom yiddish durent se choisir ou se voir attribuer un patronyme allemand. Ehrbar — honorable — était précisément le type d'épithète valorisante susceptible d'être adoptée à cette occasion. Si une branche Erber relève de ce mécanisme, son patronyme serait alors daté de la fin du XVIIIᵉ siècle dans sa forme fixée, quoique la famille fût certainement plus ancienne [Encyclopaedia Judaica, s.v. « Names (Personal) » ; Hans Bahlow, Deutsches Namenlexikon, München, Keyser, 1967].
Trieste, Gorizia, Udine et leur arrière-pays frioulan — comtés habsbourgeois aux marges du monde italien — constituent donc l'horizon géographique le plus probable d'une famille juive Erber. Dans ce quadrant nord-oriental de la péninsule, les familles juives vivaient une double appartenance : langue et culture allemandes héritées de la migration ashkénaze, intégration progressive dans la société italienne par le commerce, les professions libérales et, au XIXᵉ siècle, la vie publique.
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Chapitre 4 : L'émancipation et l'engagement dans la cité — du Risorgimento à l'unité italienne
Le XIXᵉ siècle est pour les Juifs d'Italie un siècle de transformations profondes, traversé par une tension que la génération de l'émancipation vécut souvent comme une promesse tenue. L'ouverture des ghettos par les armées napoléoniennes — à Venise dès 1797, à Trieste en 1797 également, dans les États de l'Église quelques années plus tard — inaugura une ère nouvelle. Elle ne fut pas sans ambiguïté : la liberté accordée par un conquérant étranger, fondée sur l'universalisme des Lumières, mettait en question le particularisme communautaire sans toujours proposer de cadre stable [Roth, 1946].
C'est le Risorgimento qui donna aux Juifs d'Italie le sentiment d'une appartenance pleinement assumée. Nombre d'entre eux s'engagèrent dans les combats de l'unification — des combattants de 1848 aux volontaires garibaldiens de 1860 — non par opportunisme mais par conviction : l'idéal libéral et national leur semblait la meilleure garantie d'une émancipation durable [Roth, 1946 ; Encyclopaedia Judaica, s.v. « Italy »]. Le Statut albertin de 1848, qui accordait aux Juifs du royaume de Sardaigne l'égalité civique complète, étendu progressivement à l'ensemble de l'Italie unifiée en 1861, fut la concrétisation de cet espoir. Des familles ashkénazes du Nord-Est, intégrées à la bourgeoisie triestine ou vénitienne, participèrent à ce mouvement.
Cette intégration à la société italienne exprimait une vertu profondément juive : l'implication dans la vie collective, tikkun olam dans son acception civique — l'idée que l'ordre du monde est aussi l'affaire de chaque citoyen, juif ou non. Participer à la construction d'un État de droit, s'engager dans ses armées ou dans ses institutions, n'était pas une trahison de l'identité juive mais, pour beaucoup, son prolongement naturel : la justice — tzedek — ne connaît pas de frontière confessionnelle.
Dans le même temps, l'émancipation posa la question de la transmission. À mesure que les Juifs accédaient aux universités, aux professions libérales, à la vie publique, la pratique religieuse stricte reculait dans nombre de familles. Les hevrot de secours mutuel s'effaçaient au profit d'associations philanthropiques à vocation civique. Le souvenir des ancêtres ashkénazes, venus des terres autrichiennes avec leur yiddish et leur rite, s'estompait dans la mémoire des petits-enfants nés citoyens italiens. C'est cette tension entre fidélité et ouverture, entre mémoire et intégration, que toute famille juive d'Italie a vécue au XIXᵉ siècle — et qu'une famille Erber a vraisemblablement traversée, selon les mêmes lignes de fracture et les mêmes espoirs.
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Chapitre 5 : Le nom et ses racines — étymologie, onomastique et variantes
Lorsqu'il y a des faits à raconter, l'étymologie attend son tour. Ce n'est qu'après avoir placé la famille dans son contexte historique — les migrations des Alpes, le Ghetto de Venise, l'horizon habsbourgeois — qu'il convient d'examiner ce que le nom lui-même révèle ou suggère.
La première certitude documentaire est celle-ci : Samuele Schaerf, dans I cognomi degli ebrei d'Italia, a recensé Erber parmi les patronymes effectivement portés par des familles juives de la péninsule [Samuele Schaerf, I cognomi degli ebrei d'Italia, Firenze, Casa Editrice Israel, 1925]. Cet ouvrage, paru dans la collection dirigée par Dante Lattes et Alfonso Pacifici, constitue la première tentative systématique de répertorier et d'expliquer les noms de famille des Juifs italiens. Son inscription dans ce catalogue signifie que, dans la documentation communautaire, les registres d'état civil, les listes des comunità israelitiche, le nom Erber apparaissait comme un patronyme juif actif en Italie [Schaerf, 1925].
La forme même du patronyme invite à une lecture germanophone. Le mot erber est une graphie ancienne de l'allemand ehrbar, signifiant « honorable », « respectable », « de bonne réputation » [Hans Bahlow, Deutsches Namenlexikon, München, 1967]. Dans l'onomastique des terres de langue allemande, les noms issus d'épithètes valorisantes constituent une famille reconnue de surnoms devenus héréditaires. Une seconde piste, également plausible, relie le nom au mot allemand Erbe (« héritage », « héritier ») et à ses dérivés, ou encore à des formes toponymiques liées à des lieux-dits du sud de l'espace germanique [Bahlow, 1967]. Ces deux interprétations ne s'excluent pas : l'onomastique médiévale combine fréquemment racines lexicales et glissements phonétiques.
Pour les familles juives de l'Empire habsbourgeois, cette physionomie germanique a une portée historique précise : le décret de 1787 imposant des noms fixes et de consonance allemande [Encyclopaedia Judaica, s.v. « Names (Personal) »]. Si une branche Erber relève de ce mécanisme, son patronyme aurait été fixé à la fin du XVIIIᵉ siècle — choix qui dit quelque chose : prendre pour nom « l'honorable » était une façon de projeter dans l'avenir une aspiration à la dignité reconnue, dans un monde où cette dignité venait à peine d'être accordée par la loi.
Il faut ici maintenir la rigueur du statut épistémique. Le nom Erber n'est pas exclusivement juif : il existe dans l'espace germanophone des familles chrétiennes portant ce patronyme, issues de la même racine [Bahlow, 1967]. Le caractère juif d'un porteur donné ne se déduit jamais du seul nom : il doit être établi par le contexte communautaire, les registres confessionnels ou les sources spécifiquement israélites. Cette homonymie impose au généalogiste de procéder branche par branche, registre par registre, sans jamais confondre l'unité du nom avec l'unité du sang.
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Chapitre 6 : La rupture de 1938–1945 — les lois raciales et la Shoah en Italie du Nord
L'histoire moderne des Juifs d'Italie porte une cassure que nulle lignée du Nord ne peut ignorer. Après une longue phase d'émancipation et d'intégration, les lois raciales fascistes promulguées en septembre et novembre 1938 (leggi razziali) privèrent les Juifs italiens de leurs droits civiques : exclusion des écoles publiques, des professions réglementées, de la fonction publique, de l'armée [Renzo De Felice, Storia degli ebrei italiani sotto il fascismo, Torino, Einaudi, 1961 ; Encyclopaedia Judaica, s.v. « Italy »]. Pour les familles qui avaient cru, depuis le Risorgimento, que l'identité italienne et l'identité juive pouvaient se fondre sans se dissoudre, ce fut un choc d'une brutalité particulière : non pas la violence d'un étranger, mais la trahison d'une patrie.
Puis vint septembre 1943. L'armistice et l'occupation allemande du Centre et du Nord transformèrent la persécution en menace d'extermination. La République sociale de Salò, vassale du Reich, ordonna l'internement des Juifs dès novembre 1943, et les convois vers Auschwitz-Birkenau partirent de Milan, de Trieste, de Venise, de Gênes et d'autres villes du Nord tout au long de 1944 et du début de 1945 [De Felice, 1961 ; CDEC, La persecuzione degli ebrei durante il fascismo, Milan, 1993]. Trieste, sous administration directe allemande (Operationszone Adriatisches Küstenland), fut l'une des villes les plus durement frappées : la Risiera di San Sabba, seul camp de la mort installé en Italie, y brûla des centaines de victimes.
Les bases de données mémorielles — le Libro della Memoria établi par Liliana Picciotto Fargion au CDEC de Milan, et la base centrale des noms des victimes de Yad Vashem — conservent les noms des quelque huit mille Juifs italiens déportés [CDEC, Libro della Memoria, Milan, Mursia, 1991 ; Yad Vashem, base centrale des noms des victimes]. La présence éventuelle de porteurs du nom Erber parmi les persécutés ou les déportés relève de ces sources, qu'il appartient au généalogiste de consulter au cas par cas. Le présent volume ne saurait affirmer sans vérification nominative directe l'inclusion de tel ou tel individu — mais il ne peut pas davantage ignorer que les familles juives ashkénazes du Nord-Est, précisément dans les territoires triestin et frioulan, furent au cœur de la tragédie.
Ce que l'histoire retient des Juifs italiens face à la Shoah est aussi, parfois, une histoire de solidarité reçue — et d'une éthique du courage discret. Des familles entières furent cachées par des voisins, des curés, des paysans, des inconnus qui risquaient leur vie. L'obligation juive de hakarat ha-tov — reconnaître le bien reçu — fait partie de cette mémoire. Elle rappelle que, dans les heures les plus sombres, l'humanité de l'étranger — le ger, l'autre — a pu sauver là où la loi avait trahi.
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Les grandes figures
Le dossier documentaire disponible sur la lignée Erber ne permet pas, à ce stade, d'identifier des figures nommées et individuellement documentées par des sources biographiques ou archivistiques propres à la famille. Il convient de le dire avec honnêteté plutôt que de garnir cette section de noms sans fondement.
Sont en revanche réellement attestés, et directement liés au contexte dans lequel s'inscrit la lignée Erber, les personnages et acteurs institutionnels suivants :
Samuele Schaerf (dates inconnues, actif dans la première moitié du XXᵉ siècle) — Bibliothécaire et érudit, auteur de I cognomi degli ebrei d'Italia (Firenze, Casa Editrice Israel, 1925), ouvrage de référence fondamental de la recherche généalogique judéo-italienne. C'est lui qui atteste pour la première fois, dans un corpus systématique, la présence du patronyme Erber parmi les familles juives de la péninsule. Son travail, toujours cité par les chercheurs en onomastique judéo-italienne, constitue le socle documentaire de ce Grand Livre.
Dante Lattes (1876–1965) — Journaliste, penseur et animateur de la Casa Editrice Israel à Florence, qui publia le répertoire de Schaerf. Figure centrale du renouveau intellectuel juif en Italie au début du XXᵉ siècle, il défendit une conception de l'identité juive alliant engagement communautaire, ouverture culturelle et fidélité à la tradition. Ses choix éditoriaux — publier Schaerf, soutenir les études d'onomastique et d'histoire juive — contribuèrent à préserver la mémoire des lignées juives italiennes.
Alfonso Pacifici (1889–1981) — Avocat, essayiste et co-dirigeant de la Casa Editrice Israel, associé à Dante Lattes dans l'entreprise éditoriale qui rendit possible la publication de Schaerf. Défenseur d'un sionisme culturel enraciné dans la tradition rabbinique, il représente la génération qui, entre les deux guerres, chercha à concilier fidélité à la halakha et engagement dans la modernité.
Liliana Picciotto Fargion (née en 1945) — Historienne, responsable des archives du CDEC (Centro di Documentazione Ebraica Contemporanea) de Milan et auteure du Libro della Memoria (Milan, Mursia, 1991), recueil nominatif des Juifs italiens déportés pendant la Shoah. Son travail de plusieurs décennies a rendu possible l'identification de milliers de victimes, dont certaines portent des noms ashkénazes d'Italie du Nord. C'est à son corpus que le généalogiste devra recourir pour rechercher d'éventuels porteurs du nom Erber parmi les déportés.
Cecil Roth (1899–1970) — Historien britannique spécialiste du judaïsme, auteur de The History of the Jews of Italy (Philadelphia, Jewish Publication Society, 1946), ouvrage de référence sur la longue présence juive dans la péninsule. Son travail fournit le cadre dans lequel l'histoire des familles ashkénazes d'Italie du Nord, dont une famille Erber fait vraisemblablement partie, peut être comprise et restituée.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, la lignée Erber se dessine comme une présence à la fois humble et éloquente dans le long récit de la présence juive en Italie. Établi par Schaerf comme un patronyme juif de la péninsule, germanique par son étymologie, vraisemblablement ashkénaze par son origine, le nom Erber conduit vers cet horizon nord-oriental — Trieste, le Frioul, la Vénétie — où l'Empire habsbourgeois et l'Italie se sont si longtemps touchés, et où des familles venues des Alpes ont construit, génération après génération, une vie communautaire dense, faite de prière selon le minhag Ashkenaz, de solidarité interne, d'activité économique et, au XIXᵉ siècle, d'engagement dans la cité.
Ce que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimé — à en juger par ce que son nom même proclame et par le cadre historique dans lequel elle s'inscrit — c'est l'honneur comme vertu quotidienne : ehrbar, l'honorable, appliqué non comme un titre mais comme une discipline. L'honneur dans le commerce et le crédit, qui supposait la parole tenue et le contrat respecté. L'honneur dans la vie communautaire, qui supposait la tzedakah — la charité comme obligation de justice — et le soin apporté aux plus vulnérables. L'honneur dans la relation à l'étranger, qui supposait d'accueillir le différent sans le dissoudre. L'honneur, enfin, dans la fidélité à une identité que l'émancipation aurait pu effacer, et que la catastrophe du XXᵉ siècle a voulu anéantir.
En portant ce nom, en le transmettant à travers des générations de migrations et d'intégrations, la lignée Erber a participé de la mémoire collective d'Israël — ce peuple qui, à travers les siècles et les continents, a su garder le sens de la dignité jusque dans l'exil, et témoigner, même silencieusement, que la vie vécue avec droiture est elle-même un acte de résistance.
Le Grand Livre des Erber reste ouvert. Il appelle l'archive — les pinkasin vénitiens, les registres triestins, le Libro della Memoria du CDEC — et la patience du chercheur. Mais d'ores et déjà, il dit ce que le nom avait promis : ehrbar, l'honorable.
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参考文献
- Samuele Schaerf, I cognomi degli ebrei d'Italia (1925)
- Attilio Milano, Storia degli ebrei in Italia (1963)
- Cecil Roth, The History of the Jews of Italy (1946)