Dahan 家族
דהאן
Dahan 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
分布广泛的犹太-马格里布姓氏(摩洛哥、阿尔及利亚)。由M. Eisenbeth在《北非的犹太人》(1936)中引述,源自DAHAN(拼写形式Dahenne、Bendahan、Daan;应与圣经名字"Dan"区分)。 姓名含义:阿拉伯语中为画家、油商或按摩师——来源:Dafina,《摩洛哥犹太人的名字》。 阿拉伯语源的父名,表示一种职业:addahan(画家、上漆者),为马格里布犹太人和穆斯林所携带;或涂油者、按摩师。已在西班牙携带(14世纪在托莱多有记载);1492年后,出现在所有塞法迪社群中。其他形式:Adahan、Dahhan、Bendahan。——来源:J. Toledano,《家族史:北非犹太人的姓氏》。
地理来源: Maroc / Algérie
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家族系谱地图
大书 — Dahan
Introduction
Il est des noms qui portent en eux, comme une lampe sous le vernis d'un tableau ancien, la mémoire d'un geste et d'un métier. Le nom Dahan est de ceux-là. Répandu d'un bout à l'autre du Maghreb, du Sud marocain aux villes de la côte algérienne, il désigne dans son étymologie arabe non pas un lieu ni un ancêtre éponyme, mais une main à l'ouvrage : celle du dahhan, l'homme qui pose le vernis, qui enduit, qui oint. Le lecteur qui ouvre ce Grand Livre ne trouvera donc pas d'abord une simple liste de noms abstraits, mais la trace obscure et tenace d'un savoir-faire — celui des artisans juifs du Maghreb, dont l'anonymat même fait la grandeur — et, surgissant de ce fond commun, deux portraits d'une saisissante précision : celui d'une famille de Casablanca documentée par la « Lettre à Jacques Dahan » rédigée en 2020 par David Encaoua, et celui d'un homme du sud marocain qui devint, dans la ville du Néguev, une figure centrale de l'autorité rabbinique israélienne du XXe siècle — Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan.
Ces deux branches de la lignée n'entretiennent pas de parenté documentée l'une avec l'autre. L'une s'enracine à Casablanca dans la génération née autour de 1890 ; l'autre commence à Zagora, dans le Draa, avec un rabbin de village dont la mort précoce allait forcer son fils orphelin à parcourir le Maroc, l'Algérie et Israël avant de s'installer pour toujours à Beer-Sheva. Mais elles partagent la même souche onomastique, le même fond culturel judéo-marocain, et la même époque de rupture — celle de l'exode du Maghreb au milieu du XXe siècle. Ce livre les lit ensemble, non pour fabriquer une unité généalogique qu'il ne peut établir, mais parce que leur mise en regard éclaire, de deux angles différents, ce que les porteurs du nom Dahan ont traversé et construit.
Cette introduction se veut honnête sur ses fondements. Les catalogues onomastiques de référence — Eisenbeth, Laredo, Toledano — fournissent l'armature scientifique du nom. La « Lettre à Jacques Dahan » de David Encaoua, document exceptionnel à la fois témoignage personnel, lettre d'anniversaire et enquête généalogique, nomme des individus, donne des dates, fixe des lieux et trace des liens de parenté entre les familles Dahan, Sabbah et Encaoua. Et désormais, le dossier de la plateforme Zakhor ajoute à ce corpus la figure de Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan (1920–1997), dont la vie de rabbin du sud marocain, dayan en Algérie, puis grand rabbin séfarade de Beer-Sheva pendant près d'un demi-siècle, ancre la lignée dans une histoire rabbinique documentée et dans la construction de l'État d'Israël.
Là où la mémoire familiale prend le relais de l'archive, le texte le signalera. Là où la vraisemblance seule guide le récit, il le dira sans détour. Car un Grand Livre digne de ce nom ne comble pas les silences par l'invention : il apprend à les lire.
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Chapitre 1 : Casablanca, place de Verdun — la famille d'Elie Dahan
En 1892, Casablanca était encore un bourg de quelques milliers d'habitants sur la côte atlantique du Maroc, modeste port ouvert sur l'océan, bien loin de la métropole qu'allait en faire le protectorat français établi vingt ans plus tard. C'est dans cette ville en gestation qu'Elie Dahan vit le jour. Rien, dans les archives consultées à ce jour, ne dit d'où venaient ses parents, ni dans quelle rue du quartier juif il grandit. Mais la ville qui l'entoura dès l'enfance allait, au fil des décennies, se transformer sous ses yeux : les plans de l'architecte Henri Prost, les grandes avenues plantées, le port agrandi, la nouvelle médina et la ville européenne — tout ce mouvement d'urbanisme colonial qui fit de Casablanca, en un demi-siècle, la capitale économique du Maroc.
Grâce à la « Lettre à Jacques Dahan » de David Encaoua, cette histoire prend des contours précis. Elie Dahan (né à Casablanca en 1892, mort à Montréal en 1976) est la figure centrale de la branche documentée. Il habitait un appartement de la place de Verdun — lieu emblématique du Casablanca français — qui fut le foyer de la vie familiale et intellectuelle de la branche pendant les décennies du protectorat. C'est là que les hommes se réunissaient chaque Shabbat pour étudier ensemble un passage du Midrach lié à la Sidra de la semaine ou un texte du Talmud, en compagnie de Jacob Dahan, frère d'Elie, de l'oncle Issachar, et d'amis comme Mrs Pinto et Assedo. Ces séances hebdomadaires dessinent le portrait d'une sociabilité savante et pieuse, enracinée dans la tradition talmudique tout en s'ouvrant à la conversation et à l'amitié entre hommes de condition diverse. C'est le visage ordinaire et digne de ces communautés : non pas seulement des artisans contraints dans des métiers de subsistance, mais des hommes qui, après la semaine de labeur, se retrouvaient pour lire et commenter le texte sacré — expression authentique de cette vertu que la tradition juive appelle talmud Torah, l'étude comme acte spirituel continu, à laquelle chaque génération se doit de participer, fût-ce dans l'entre-deux des jours ordinaires.
Elie Dahan se maria deux fois. Sa première épouse, Esther Cohen, était née à Salé en 1907. Elle mourut à Casablanca en 1928, à seulement vingt et un ans, laissant derrière elle un fils unique : Jacques Isaac Dahan, alors âgé de trois ans. Cette mort précoce d'une mère est l'un des faits les plus saisissants que la lettre d'Encaoua révèle : Jacques Dahan grandit sans sa mère, dans un foyer qui allait bientôt se recomposer.
Elie Dahan épousa en secondes noces Fréha Sabbah, née à Rabat en 1910 et morte à Casablanca en 1958. Fréha Sabbah était la sœur de Messody Sabbah, épouse Encaoua et mère de David Encaoua — ce qui fait des familles Dahan et Encaoua des familles alliées. De cette union naquirent six enfants : Renée, Olga, Messod, Yolande, Meyer et Raphael. Ajouté à Jacques Isaac, fils du premier lit, cela donne à Elie sept enfants au total, dont les prénoms dessinent à eux seuls le paysage culturel d'une famille judéo-marocaine des années 1930–1950 : Renée et Olga, prénoms français féminins ; Messod et Yolande, mélange de l'hébreu et du français ; Meyer et Raphael, sonorités bibliques portées en français. David Encaoua les évoque avec affection dans sa lettre : Messod, qui l'avait aidé dans l'apprentissage des mathématiques lors d'un séjour à Meknès ; Yolande, qu'il tentait de protéger dans les rues de Mer-Sultan ; Olga, qui fit une rencontre marquante avec un Américain, Joe King, à la base de Nouasseur ; Meyer, dont les talents photographiques et la joie exubérante animaient la vie de toute la troupe ; et Renée, très proche des sœurs d'Encaoua.
Ce tableau est complété par une image inattendue que rapporte Encaoua : derrière la porte fermée de sa chambre, à laquelle l'enfant qu'il était n'avait pas le droit d'entrer, Jacques Dahan se tenait concentré sur son violon, entouré de livres. Le jeune David Encaoua conclut alors, avec la sagesse de l'enfance : « Un violon vaut bien un Talmud. » Cette image résume à elle seule l'âme d'une génération : celle des fils de la mellah marocaine qui, tout en restant profondément attachée à l'étude et à la synagogue, s'ouvrait aux arts et à la culture européenne dans la modernité du protectorat français. Le violon et le Talmud n'étaient pas des contraires : ils étaient les deux cordes d'une même fidélité.
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Chapitre 2 : Zagora et Meknès — Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan, du Draa à Beer-Sheva
À huit cents kilomètres au sud de Casablanca, dans la vallée du Draa que le fleuve éponyme parcourt avant de se perdre dans le Sahara, la petite ville de Zagora abrite depuis des siècles une communauté juive dont les origines se perdent dans la nuit des temps berbères. C'est là que naquit, le 22 Tamouz 5680 — soit le 8 juillet 1920 —, un enfant qui allait devenir l'une des grandes figures rabbiniques du judaïsme marocain en Israël : Mishaël Makhlouf Dahan, fils du rabbin Shaoul Dahan. Ce lieu, cette date, ce lignage : trois données qui situent d'emblée cet homme dans une tradition rabbinique du Maroc méridional, bien distincte des communautés urbaines et francisées de Casablanca ou de Rabat.
Le père, Rabbi Shaoul Dahan, dont la généalogie remonterait selon la tradition familiale jusqu'au roi David, mourut alors que son fils Mishaël avait environ cinq ans. La mère du jeune orphelin prit alors une décision fondatrice : elle conduisit l'enfant vers le nord, jusqu'à Meknès — l'ancienne capitale impériale où florissait l'une des yeshivot les plus réputées du Maroc, la Yeshiva Keter Torah (la « Couronne de la Torah »), dirigée par le grand rabbin Raphaël Baroukh Toledano (1890–1971). Ce choix — quitter Zagora, traverser le Haut Atlas ou les gorges du Dadès, amener un enfant de cinq ans dans une ville inconnue — dit tout de ce qu'une mère pouvait faire, dans le Maroc juif d'entre-deux-guerres, pour honorer la mémoire d'un mari rabbin et assurer à son fils une formation digne de cet héritage.
Rabbi Raphaël Baroukh Toledano est lui-même une figure centrale du judaïsme marocain du XXe siècle. Av Beth Din de Meknès, auteur d'un Kitsour Choulhan Aroukh adapté aux coutumes des Juifs marocains et compilateur d'un recueil de mélodies liturgiques, il fut à la fois décisionnaire (possek), poète et maître d'une génération entière de rabbins. Il prit sous sa protection le jeune Mishaël Dahan, l'élevant dans sa propre maison — geste de tsedaka et de chesed (charité et bonté) qui allait façonner le caractère du disciple autant que son érudition. Mishaël Dahan étudia à la Yeshiva Keter Torah pendant douze années consécutives, s'immergeant dans le Talmud et la halakha sous la direction de ce maître exigeant.
Vers l'âge de vingt-quatre ans, Mishaël Dahan reçut l'ordination rabbinique de son maître et fut nommé dayan — juge au tribunal rabbinique (beth din) de Meknès. L'exercice de cette charge de juge exprime une conception précise de la justice telle que la tradition juive la comprend : non pas une règle abstraite appliquée à des cas, mais un acte de tsedek (justice équitable) qui engage l'ensemble de la personne du juge, sa connaissance de la halakha et sa sensibilité aux situations humaines. De Meknès, Dahan fut ensuite envoyé siéger à Aflou, petite ville de l'Algérie profonde, dans les Hauts-Plateaux de l'Oranie. Cette étape algérienne est révélatrice : au milieu du XXe siècle, les rabbins marocains circulaient encore librement d'un côté à l'autre de la frontière pour répondre aux besoins des communautés, dans un espace judéo-maghrébin qui ne connaissait pas encore les séparations de l'après-indépendance.
La création de l'État d'Israël en 1948 ouvrit une nouvelle voie. Mishaël Dahan monta en Israël en 1949, dans le flot des premières aliyot marocaines qui allaient, en vingt ans, vider le Maghreb de ses Juifs. Il s'installa à Beer-Sheva — ville du Néguev, biblique par son nom (l'« Oasis aux sept puits »), mais à reconstruire presque de zéro après des siècles d'abandon : en 1948, Beer-Sheva ne comptait que quelques milliers d'habitants et ses infrastructures communautaires étaient à créer. En 1951, les grands rabbins Ben-Zion Ouziel et Isaac Herzog — respectivement grand rabbin séfarade et grand rabbin ashkénaze de l'État d'Israël — le confirmèrent officiellement dans la charge de rabbin de Beer-Sheva. En 1959, il fut élu grand rabbin séfarade de la ville, charge qu'il exerça jusqu'à sa mort en septembre 1997 — soit quarante-six ans de service rabbinique dans la même ville. Le site dédié à l'histoire de Beer-Sheva le désigne comme « le Patriarche de la loi juive » pour sa communauté.
Deux traits caractérisent Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan selon toutes les sources qui l'évoquent : une humilité personnelle de tous les instants, et un refus délibéré de publier ses propres écrits de son vivant. Ces deux traits forment un tout cohérent : l'homme qui juge et qui enseigne ne cherche pas à se constituer un monument de papier ; il agit, il décide, il accompagne — et laisse à d'autres le soin de recueillir après lui ce qu'il a transmis de vive voix. Cette ascèse de la publication, loin d'appauvrir son héritage, lui donne un caractère presque paradoxal : c'est précisément parce qu'il refusa de se mettre en avant que la mémoire de sa communauté le place si haut. Il incarne ainsi, dans sa vie même, cette valeur de anavah — l'humilité — que la tradition juive range parmi les vertus les plus difficiles à pratiquer pour un homme d'autorité.
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Chapitre 3 : Une géographie ibérique et maghrébine
La mémoire séfarade rattache volontiers les grandes familles juives d'Afrique du Nord à l'Espagne médiévale et à la catastrophe de 1492. Dans le cas des Dahan, cette mémoire trouve un point d'ancrage documentaire. Selon Joseph Toledano, le nom était déjà porté en Espagne, attesté à Tolède au XIVe siècle, et se retrouve après l'expulsion de 1492 dans l'ensemble des communautés séfarades [Toledano, Une histoire de familles (1999)]. Ici, la tradition d'une origine ibérique et l'archive onomastique se répondent : le récit familial des megorashim, les expulsés d'Espagne, rencontre la trace écrite d'un nom présent sur le sol castillan avant la rupture.
Cette attestation tolédane n'est pas sans résonance lorsqu'on la met en regard de la lignée Encaoua, cousine de la lignée Dahan par l'alliance Sabbah dont il sera question plus loin. La ville de Tolède fut en effet aussi la ville d'origine de la lignée Encaoua, dont le premier ancêtre connu, Israel Al-Naqua, y périt brûlé vif, et dont le fils Ephraïm Al-Naqua s'exila en Algérie après 1492 [David Encaoua, « Des passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », Généalo-J (2018)]. Que Dahan et Encaoua soient toutes deux des souches de Tolède est une coïncidence qui mérite d'être notée, même si elle ne saurait établir une parenté ibérique directe entre ces deux noms : Tolède était une ville juive peuplée, et la présence simultanée de deux familles dans ses murs ne dit rien de plus que leur commune appartenance à cette communauté.
Cette attestation n'implique pas que toutes les familles Dahan du Maghreb descendent d'une unique souche tolédane. Un nom de métier aussi répandu que « le peintre » a pu naître indépendamment en plusieurs points de l'aire arabophone, chez des familles sans lien de parenté. L'histoire des Juifs d'Afrique du Nord distingue d'ailleurs les toshavim, autochtones enracinés depuis l'Antiquité et le haut Moyen Âge, des megorashim venus d'Ibérie [Iancu (dir.), Juifs et judaïsme en Afrique du Nord (1985)]. Il est donc probable que la souche Dahan recouvre en réalité les deux réalités : des familles d'ascendance ibérique installées dans les grandes cités du Nord marocain, et des familles autochtones du Maroc et de l'Algérie ayant reçu, sur place, le même surnom professionnel.
La famille de Rabbi Shaoul Dahan de Zagora illustre particulièrement bien cette stratification : établie dans le profond sud marocain, loin des cités où s'était concentrée l'immigration ibérique, elle appartient vraisemblablement à cette frange toshavim de la population juive du Maroc, dont les racines dans le pays pourraient être antérieures à l'exode espagnol — tout en portant un nom que l'arabisation médiévale avait imposé à la fois aux Juifs autochtones et aux nouveaux venus. La tradition familiale qui fait remonter cette branche jusqu'au roi David reste, comme toutes les généalogies de ce type, dans le domaine de la mémoire pieuse plutôt que de l'archive vérifiable.
La géographie du nom épouse ainsi celle de la présence juive maghrébine dans son ensemble, telle que la retrace André Chouraqui : un semis de communautés urbaines et rurales, du Maroc atlantique aux confins algériens, reliées par les routes du commerce et de l'étude [Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord (1985)]. Dans cette trame, les Dahan sont une famille parmi les plus répandues — signe non d'une singularité, mais d'une profonde insertion dans le peuple juif du Maghreb.
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Chapitre 4 : Les Dahan dans la société juive maghrébine — artisans, lettrés et rabbins
Comprendre une lignée d'artisans, c'est comprendre le monde qui l'entoure. Les Juifs du Maghreb ont longtemps vécu sous le statut de dhimmi, protégés tributaires de l'islam, cantonnés dans certains quartiers — le mellah au Maroc, la hara en Tunisie — et fréquemment orientés vers des métiers déterminés : orfèvrerie, tissage, tannerie, commerce, et ces métiers de l'onction et du vernis dont le nom Dahan garde la mémoire [Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord (1985)].
La culture de ces communautés fut profondément judéo-arabe, mêlant l'hébreu de la synagogue à l'arabe dialectal de la rue et du foyer, comme l'a montré Joseph Chetrit dans ses travaux sur la littérature et les langues juives du Maghreb [Chetrit, Judeo-Arabic Literature in Tunisia, Algeria, and Morocco (2007)]. Une famille au nom d'artisan comme les Dahan appartenait à ce peuple des médinas où les frontières entre métier, langue et piété se recoupaient : l'atelier voisinait la synagogue, et le savoir manuel se transmettait de père en fils au même titre que la prière.
La vitalité intellectuelle de ces communautés était toutefois bien plus complexe que le seul stéréotype de l'artisan confiné. Le cas de Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan en est la démonstration la plus frappante : fils d'un rabbin de village du Draa, orphelin à cinq ans, il fut néanmoins conduit à la Yeshiva Keter Torah de Meknès, l'une des institutions talmudiques les plus exigeantes du Maroc, et y forma une érudition qui allait lui valoir, quarante ans plus tard, le titre de « patriarche de la loi juive » dans une ville israélienne de plusieurs centaines de milliers d'habitants. Entre le village de Zagora et la Beer-Sheva moderne, c'est tout le trajet d'un judaïsme maghrébin en mouvement que dessine cette vie.
Ce trajet est inséparable de la figure du maître. À Meknès, Rabbi Raphaël Baroukh Toledano (1890–1971) ne fut pas seulement le directeur d'une institution d'études : il fut un père de substitution pour le jeune Mishaël Dahan, qu'il accueillit dans sa propre maison et forma pendant douze ans. Ce geste illustre avec précision la valeur de chesed — la bonté, la grâce faite à l'autre — qui fonde dans la tradition juive l'obligation d'éduquer l'orphelin et le pauvre comme l'on éduque son propre enfant. Toledano lui-même est une figure aux origines ibériques documentées : sa famille, originaire de Tolède, avait rejoint Meknès après 1492, et il avait hérité de cette lignée une conception de la halakha qui articulait rigueur textuelle et adaptation aux coutumes locales marocaines. C'est cette tradition qu'il transmit à Mishaël Dahan.
À Casablanca, la réalité est différente mais non moins riche. Les réunions du Shabbat chez Elie Dahan, place de Verdun, où le Midrach et le Talmud étaient étudiés entre hommes après la semaine de travail, témoignent d'une pratique de talmud Torah informelle mais constante — cette vertu que la tradition juive place au-dessus de toutes les autres prescriptions car elle les rend toutes possibles. Ces réunions n'étaient pas celles d'une élite rabbinique : elles rassemblaient des hommes ordinaires, des commerçants, des artisans, des employés du Casablanca du protectorat, unis par le désir de ne pas laisser mourir le texte en eux. C'est ce désir tranquille, sans éclat ni publication, qui fait la grandeur discrète de ces maisons.
Ce monde connut, à partir du XIXe siècle, de profonds bouleversements. La conquête française de l'Algérie en 1830, puis le décret Crémieux de 1870 qui accorda la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie, et enfin l'établissement des protectorats français et espagnol au Maroc, transformèrent en quelques générations le statut, la langue et les horizons de ces communautés [Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord (1985)]. Les familles Dahan du Maroc restèrent sujettes du sultan, tout en s'ouvrant, par l'école et le négoce, aux influences européennes — et en francisant progressivement leurs prénoms, passant du registre hébreu et arabe (Elie, Fréha, Messod, Issachar) aux prénoms mixtes ou français (Renée, Olga, Yolande, Meyer, Raphael), comme l'illustre la fratrie des enfants d'Elie Dahan.
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Chapitre 5 : Jacques Isaac Dahan — le sourire d'Isaac, le violon et la mémoire
Jacques Isaac Dahan — son prénom complet joint le prénom usuel français à celui du patriarche biblique — est né en 1925 à Casablanca. Il est le fils unique d'Elie Dahan et de sa première épouse Esther Cohen, décédée alors que Jacques n'avait que trois ans. C'est à lui qu'est adressée la lettre de David Encaoua, à l'occasion de son anniversaire, et c'est à travers ce document qu'il entre dans l'histoire documentée de la lignée.
David Encaoua commente avec finesse le choix du prénom Isaac. Il rappelle la signification hébraïque du nom — lié au rire de Sarah lorsque lui fut annoncée une naissance proche alors qu'elle était déjà d'un âge avancé — et ajoute aussitôt que ce rire, ou plutôt ce sourire, n'a jamais quitté Jacques : il est celui dont le sourire témoigne d'une sagesse réconfortante et bienveillante. La naissance de Jacques un 31 décembre est également relevée : ses parents avaient, dit Encaoua, l'excellente initiative de le mettre au monde un 31 décembre, ce qui dénote déjà le message d'espoir dont ils le rendaient porteur. La dernière nuit de l'année comme premier jour d'une vie — le seuil comme demeure.
La figure de Jacques telle qu'elle se dessine dans la lettre est celle d'un homme discret, intérieur, habitant ses livres et sa musique. Enfant, il restait dans sa chambre tandis que son père et les autres hommes étudiaient le Talmud dans le salon ; une chambre meublée de livres dont on apercevait, par la porte entrouverte, un homme concentré sur son violon. Cette image — le violon, les livres, la porte fermée — est celle d'une intériorité jalousement gardée, d'une culture acquise dans la solitude plutôt que dans les réunions de famille. Il n'y a là nulle opposition au monde de son père : la chambre et le salon partagent le même toit, la même fidélité à une transmission dont les formes seulement diffèrent. C'est peut-être la vertu de cette génération — trouver, dans la nouveauté d'un art européen comme la musique classique, un prolongement secret de la même aspiration à l'élévation que cultivaient autour de la table talmudique les hommes de la génération précédente.
L'émigration au Canada rapprocha Jacques et David. À Montréal, lors du décès de Messod puis lors des séjours d'Encaoua comme professeur invité à l'UQAM et à l'Université de Montréal, les deux cousins par alliance se retrouvèrent. Jacques et son épouse Sylvia Ohayon reçurent David Encaoua avec une chaleur inoubliable. C'est là que Jacques développa, dans des conversations mémorables, sa réflexion sur la signification historique de l'État d'Israël : il expliquait le sens profond que revêt l'indépendance retrouvée de l'État d'Israël dans l'histoire du judaïsme et anticipait presque l'antisémitisme qui allait retrouver sa virulence dans le monde occidental et la nécessité de disposer d'un État protecteur pour ne plus subir de nouvelles violences. Ces mots, prononcés à Montréal dans les décennies qui suivirent la fondation de l'État, témoignent d'une conscience historique aiguë — celle d'un homme qui avait traversé, dans sa chair, le temps du Maroc colonial, les années Vichy, l'exode et la diaspora moderne.
Il est frappant de constater que, séparés par huit cents kilomètres et deux trajectoires radicalement différentes, Jacques Isaac Dahan et Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan ont l'un et l'autre médité, chacun à sa façon, sur l'État d'Israël et sa nécessité pour le peuple juif. L'un depuis son appartement de Montréal, en conversation avec un cousin, en homme de culture et de discrétion ; l'autre depuis son Beth Din de Beer-Sheva, en rabbin qui vit dans ce même État la réponse concrète aux siècles de vulnérabilité du peuple sans territoire. Deux voix, un même horizon.
Jacques Isaac Dahan est père de deux enfants, Serge et Katia, et l'époux de Sylvia Ohayon. Sa correspondance avec David Encaoua, entretenue par lettres, téléphone et courriels, fut pour ce dernier une source précieuse lors de ses propres recherches généalogiques sur la lignée Encaoua. Toutes les discussions entre les deux hommes, pas seulement en face à face mais également par échanges épistolaires, par téléphone ou par mail, ont été des plus instructives. C'est ainsi que Jacques Dahan, homme de mémoire et de discrétion, est entré dans l'histoire de deux lignées à la fois.
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Chapitre 6 : L'alliance Dahan-Sabbah-Encaoua — un nœud de familles
L'un des apports les plus significatifs de la « Lettre à Jacques Dahan » est de révéler la structure d'un nœud familial unissant trois lignées : Dahan, Sabbah et Encaoua. Ces trois noms ne sont pas réunis par hasard : ils sont liés par deux liens superposés, dont la combinaison dessine une carte généalogique d'une remarquable cohérence.
Le premier lien est l'alliance matrimoniale entre Elie Dahan et Fréha Sabbah, en secondes noces. Cette union fait des Dahan les beaux-frères des Encaoua, puisque Fréha Sabbah est la sœur de Messody Sabbah, épouse Encaoua et mère de David Encaoua. Les enfants du second lit d'Elie Dahan — Renée, Olga, Messod, Yolande, Meyer, Raphael — et les enfants d'Encaoua sont donc cousins par l'alliance Sabbah.
Le second lien est plus ancien et plus silencieux : Rachel Dahan, épouse d'Abraham Sabbah (grand-père maternel de David Encaoua), était elle-même porteuse du nom Dahan. Ainsi, avant même qu'Elie Dahan n'épouse Fréha Sabbah, le nom Dahan était déjà inscrit dans l'arbre généalogique de la famille Sabbah par le mariage d'Abraham Sabbah avec une femme de la souche Dahan. Ce double enracinement du nom Dahan dans l'histoire des Sabbah — d'abord par Rachel Dahan, grand-mère maternelle d'Encaoua, puis par Elie Dahan, beau-père de sa tante — est une invitation à creuser la généalogie de Rachel Dahan, dont l'identité et l'origine restent à documenter.
Cette structure à double nœud est caractéristique des communautés juives du Maghreb, où la sociabilité dense des mellahs et des quartiers juifs favorisait l'endogamie de voisinage : les mêmes familles se retrouvaient alliées de génération en génération, créant des réseaux de parenté enchevêtrés que seule une généalogie méthodique peut démêler. David Encaoua lui-même, dont les recherches généalogiques publiées dans la revue Généalo-J portaient sur la lignée Encaoua, avait recours aux souvenirs et aux connaissances de Jacques Dahan pour reconstituer ces liens — preuve que la mémoire familiale, quand elle est vivante et partagée, reste l'instrument premier de la généalogie avant même l'archive.
La lignée Encaoua, dont l'origine tolédane est documentée depuis le XIVe siècle, apporte à ce nœud une profondeur historique supplémentaire. Si les Dahan sont eux aussi attestés à Tolède avant 1492 [Toledano, Une histoire de familles (1999)], alors le mariage entre Sabbah, Dahan et Encaoua unit peut-être, au Maroc du XXe siècle, des familles dont les ancêtres étaient déjà voisins dans l'Espagne médiévale — conjecture séduisante, mais qui doit rester au rang de la vraisemblance jusqu'à ce que les archives la confirment.
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Chapitre 7 : Vichy, l'exode, la dispersion — le XXe siècle et ses épreuves
Le XXe siècle imposa aux Juifs d'Afrique du Nord deux épreuves majeures, dont aucune famille répandue comme les Dahan ne put demeurer à l'écart. La première fut la persécution sous le régime de Vichy. Michel Abitbol a établi comment, entre 1940 et 1942, l'abrogation du décret Crémieux, l'exclusion des Juifs de la fonction publique et des professions libérales, les recensements et les internements frappèrent les communautés juives d'Algérie, du Maroc et de Tunisie [Abitbol, Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy (1983)]. Au Maroc, le Dahir du 31 août 1941 codifiant le statut des Juifs marocains s'inscrivait dans le même registre de persécution légale, même si les Juifs marocains, sujets du sultan, ne subirent pas l'abrogation d'une citoyenneté qu'ils n'avaient jamais formellement possédée. Pour des familles comme les Dahan, établies à Casablanca en pleine expansion, ces années de restriction et d'humiliation laissèrent des traces durables.
La seconde épreuve, et le grand tournant, fut l'exode. Après la création de l'État d'Israël en 1948, puis les indépendances du Maroc et de la Tunisie en 1956 et celle de l'Algérie en 1962, les communautés juives multiséculaires du Maghreb se vidèrent en l'espace d'une génération. Des centaines de milliers de Juifs prirent le chemin d'Israël, de la France, du Canada et d'ailleurs [Goldenberg, La Saga des Juifs d'Afrique du Nord (2014)]. Ce fut la fin d'un monde — celui des mellahs et des haras — et la naissance d'une nouvelle diaspora.
Les deux branches Dahan documentées illustrent les deux destinations principales de cet exode. Mishaël Makhlouf Dahan, encore dayan à Aflou en Algérie à la fin des années 1940, choisit Israël dès 1949, dans les premiers mois de l'indépendance. Son arrivée à Beer-Sheva s'inscrit dans le mouvement de l'aliyah des Juifs nord-africains qui allaient constituer, en quelques décennies, une part déterminante de la société israélienne — et dont il devint, par sa longévité et son autorité, l'une des figures rabbiniques les plus emblématiques. Beer-Sheva, ville du Néguev que l'État d'Israël était en train de bâtir et d'agrandir avec les vagues successives d'immigrants, lui offrit un champ d'action à la mesure de son engagement : il y exerça pendant quarante-six ans, traversant les guerres d'Israël, les transformations démographiques et institutionnelles du pays, les débats entre courants religieux — présence constante, autorité tranquille, juge et pasteur tout à la fois.
Pour la branche de Casablanca documentée par le corpus Zakhor, le départ survint au tournant des années 1958–1960, immédiatement après la mort de Fréha Sabbah. Cette coïncidence entre deuil maternel et émigration n'est peut-être pas fortuite : la mort de la mère et de la maîtresse de maison avait brisé le dernier lien affectif qui retenait la famille dans la ville. Aussitôt après la mort de Fréha, la famille Dahan émigra, au Canada pour certains, et aux États-Unis pour d'autres. Elie Dahan lui-même, veuf pour la seconde fois, suivit ses enfants et mourut à Montréal en 1976 — ayant traversé, en quatre-vingt-quatre ans d'existence, le Casablanca du protectorat, les années sombres de Vichy, l'indépendance du Maroc et la construction d'une nouvelle vie dans le Nouveau Monde.
Jacques Isaac Dahan s'établit à Montréal, où il forma avec Sylvia Ohayon un foyer qui devint le point de ralliement de la parenté lors des passages au Canada. Sa réflexion sur l'État d'Israël, telle que la rapporte Encaoua, témoigne que l'exode du Maghreb avait aiguisé chez lui une conscience politique et historique d'une grande acuité. À des milliers de kilomètres de Beer-Sheva, sans jamais avoir rencontré Rabbi Mishaël Dahan à notre connaissance, Jacques Isaac Dahan parvenait, par des voies entièrement différentes — celles de la culture, de la conversation, de la lecture —, aux mêmes conclusions que le grand rabbin du Néguev sur la nécessité d'Israël pour le peuple juif.
Ainsi le nom Dahan, jadis inscrit dans les registres du Maroc et de l'Algérie, essaima-t-il vers Montréal, les États-Unis et Israël. La lignée artisane devint une lignée de la dispersion moderne, portant sur plusieurs continents le souvenir d'un métier et d'une patrie perdue. Cette histoire, bien qu'elle ne soit pas ici documentée famille par famille, est celle de l'ensemble des porteurs du nom : elle constitue leur héritage commun le mieux établi.
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Chapitre 8 : Le nom et ses formes — étymologie et variantes d'une souche artisane
Le nom Dahan appartient à cette classe nombreuse de patronymes judéo-maghrébins tirés d'un nom de métier. Selon Joseph Toledano, il s'agit d'un nom d'origine arabe, addahan, désignant « le peintre », celui qui pose un vernis, porté aussi bien par les Juifs que par les Musulmans du Maghreb ; le même terme désigne aussi celui qui oint, le masseur [Toledano, Une histoire de familles (1999)]. Le dictionnaire onomastique établi par Abraham Laredo confirme l'ancrage de cette souche dans l'espace judéo-marocain et en recense les formes [Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc (1978)].
Cette pluralité de sens n'est pas une hésitation savante : elle reflète la polysémie de la racine arabe d-h-n, qui tourne autour de l'idée d'onction, de graisse, d'huile et de vernis. Le dahhan est celui qui manie ces matières — peintre en bâtiment ou sur bois, marchand d'huile, ou encore masseur qui oint le corps. Ce faisceau de significations dessine le portrait social d'un lignage d'artisans et de petits négociants, insérés dans le tissu urbain des médinas où juifs et musulmans partageaient bien souvent les mêmes corps de métier.
Que cette définition professionnelle recèle aussi une dignité symbolique, la culture juive du Maghreb le rappelle à chaque Shabbat : l'huile d'olive pour l'onction des rois, l'huile de la ménorah du Temple, l'huile que les femmes préparaient pour oindre les morts — autant de gestes rituels où le dahan, l'enduit, rejoint le sacré. Un nom de métier, chez ce peuple du Livre, pouvait donc être porteur d'une résonance spirituelle qui en dépassait la stricte désignation professionnelle.
Aucun nom séfarade ou maghrébin ne se laisse enfermer dans une orthographe unique. Maurice Eisenbeth, dans son recensement onomastique des Juifs d'Afrique du Nord, enregistre la souche DAHAN et lui rattache les graphies Dahenne, Bendahan et Daan [Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord (1936)]. La forme Dahenne trahit une transcription à la française ; la forme Daan résulte d'un affaiblissement de la consonne médiane h ; quant à Bendahan — littéralement « fils du dahhan » —, elle ajoute au nom de métier le préfixe patronymique arabe ben, marquant le passage du surnom professionnel individuel au nom de lignée héréditaire. À ces variantes s'ajoutent, selon Joseph Toledano, les formes Adahan et Dahhan, cette dernière restituant au plus près la géminée de l'arabe [Toledano, Une histoire de familles (1999)].
Il convient enfin de dissiper une confusion tenace, déjà relevée par les catalogues de référence : la souche Dahan, patronyme professionnel d'origine arabe, doit être soigneusement distinguée du nom biblique « Dan », auquel une ressemblance phonétique la rattacherait à tort [Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord (1936)]. Rien, dans l'étymologie établie, ne relie le dahhan maghrébin à la tribu israélite de Dan. La lettre de David Encaoua orthographie systématiquement le nom « Dahan » dans la forme la plus répandue au Maroc francophone du XXe siècle — ce qui confirme que cette graphie était la forme courante à Casablanca dans la première moitié du siècle.
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Chapitre 9 : Lire une lignée — méthode, lacunes et pistes de recherche
Ce Grand Livre serait infidèle à sa vocation s'il feignait de posséder ce qu'il n'a pas. Si la « Lettre à Jacques Dahan » a permis d'ancrer la lignée dans des individus réels et dans des dates précises, et si le dossier de la plateforme Zakhor a ajouté la figure documentée de Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan, il reste de vastes zones d'ombre que la présente notice ne saurait combler sans risquer l'invention.
La généalogie ascendante d'Elie Dahan demeure inconnue : qui était son propre père, et quel était son père à lui ? Elie naît à Casablanca en 1892, mais cette naissance dans la ville ne dit rien de ses origines familiales, qui pourraient remonter à d'autres villes du Maroc. Les registres d'état civil du Consulat général de France à Casablanca, les actes rabbiniques et les ketubbot (contrats de mariage) de la communauté juive de Casablanca pour la période 1880–1910 seraient les premières sources à dépouiller.
De même, la généalogie de Rachel Dahan, épouse d'Abraham Sabbah, reste à éclairer : son origine, sa naissance, son éventuel lien de parenté avec Elie Dahan. L'enquête sur cette branche pourrait révéler si les deux familles Dahan entremêlées dans l'arbre Sabbah-Encaoua sont issues d'une même souche ou de branches distinctes.
En ce qui concerne la branche Zagora, la généalogie ascendante de Rabbi Shaoul Dahan — père de Mishaël — reste largement à documenter par des sources vérifiables. La tradition familiale d'une descendance davidique est une affirmation pieuse fréquente dans les familles rabbiniques du Maghreb ; elle ne saurait être ni confirmée ni infirmée sur la base des sources actuellement disponibles. Les archives communautaires de Zagora, si elles ont été conservées, et les registres de la communauté juive de Meknès pour les années 1920–1950, constitueraient les fonds à consulter en priorité.
Que peut-on affirmer avec assurance ? L'étymologie du nom, établie par les catalogues onomastiques [Toledano, Une histoire de familles (1999)] [Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc (1978)]. Sa large diffusion au Maroc et en Algérie, et ses variantes recensées [Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord (1936)]. Son attestation ancienne en Espagne [Toledano, Une histoire de familles (1999)]. L'existence documentée d'Elie Dahan (1892–1976), de ses deux épouses Esther Cohen (1907–1928) et Fréha Sabbah (1910–1958), de leurs enfants et de leur descendance. La figure intellectuelle et humaine de Jacques Isaac Dahan (né en 1925), violon et livres, Casablanca et Montréal, mémoire et espérance. Et désormais la figure rabbinique de Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan (1920–1997), du Draa à Beer-Sheva, dont la vie dessine en miniature l'épopée du judaïsme marocain en Israël.
Ce chapitre invite les descendants et les chercheurs à poursuivre l'enquête là où elle doit se mener : dans les registres d'état civil des protectorats, dans les ketubbot et les actes rabbiniques des communautés d'origine, dans les recensements et les listes de la période de Vichy, dans la bibliographie spécialisée que recense Robert Attal [Attal, Les Juifs d'Afrique du Nord : bibliographie (1993)]. C'est de ces sources primaires, et non d'une reconstruction spéculative, que naîtra un jour la généalogie documentée des Dahan dans toute son étendue. Le Grand Livre, à ce stade, en a posé les fondations — et les a habitées des premiers visages.
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Les grandes figures
Elie Dahan (1892–1976) — Casablanca, Montréal. Figure centrale de la branche casablancaise documentée, Elie Dahan naît à Casablanca en 1892 et traverse le siècle dans sa ville natale avant d'émigrer au Canada après 1958. Père de sept enfants — Jacques Isaac du premier lit, et Renée, Olga, Messod, Yolande, Meyer et Raphael du second —, il est l'animateur des réunions talmudiques hebdomadaires de la place de Verdun, où hommes de la famille et amis se retrouvaient chaque Shabbat pour étudier le Midrach et le Talmud. Il mourut à Montréal en 1976, ayant traversé le Maroc du protectorat, Vichy, l'indépendance et l'exode.
Jacques Isaac Dahan [יַעֲקֹב יִצְחָק דַהָן] (né en 1925) — Casablanca, Montréal. Fils unique d'Elie Dahan et d'Esther Cohen, orphelin de mère à trois ans, Jacques Isaac Dahan est l'homme à qui est adressée la lettre de David Encaoua. Né un 31 décembre 1925 à Casablanca, il incarne la génération de la mellah qui s'ouvrit à la culture européenne sans renoncer à l'étude juive : violoniste entouré de livres dans sa chambre de la place de Verdun, il devient à Montréal un interlocuteur de mémoire et de réflexion pour son cousin par alliance David Encaoua. Époux de Sylvia Ohayon, père de Serge et de Katia.
Fréha Sabbah (1910–1958) — Rabat, Casablanca. Née à Rabat, seconde épouse d'Elie Dahan et sœur de Messody Sabbah épouse Encaoua, Fréha Sabbah fut la figure maternelle de six enfants — Renée, Olga, Messod, Yolande, Meyer et Raphael — et le lien humain qui noua les familles Dahan et Encaoua. Sa mort à Casablanca en 1958 fut le signal du grand départ de la famille vers le Canada et les États-Unis. Elle n'a laissé aucun écrit documenté, mais son nom traverse toute la lettre d'Encaoua comme une présence centrale.
Esther Cohen (1907–1928) — Salé, Casablanca. Première épouse d'Elie Dahan, née à Salé en 1907, morte à Casablanca à vingt et un ans en laissant un fils de trois ans, Jacques Isaac. Sa vie brève est l'un des faits les plus saisissants que la lettre d'Encaoua révèle sur cette famille. Elle appartient à ces femmes dont la mort précoce a façonné en profondeur le destin des enfants qu'elles ont laissés.
Rachel Dahan (dates inconnues) — Maroc. Épouse d'Abraham Sabbah, grand-père maternel de David Encaoua, Rachel Dahan est la première occurrence documentée du nom Dahan dans la généalogie Sabbah-Encaoua — antérieure au mariage d'Elie Dahan avec Fréha Sabbah. Son origine et sa parenté avec les autres Dahan documentés restent à élucider. Elle représente le lien généalogique silencieux qui inscrit le nom Dahan dans l'arbre de deux familles à la fois.
Rabbi Shaoul Dahan [רבי שאול דהן] (dates inconnues, † vers 1925) — Zagora. Rabbin établi à Zagora, dans la vallée du Draa au sud du Maroc, père de Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan. Il mourut lorsque son fils n'avait qu'environ cinq ans. Sa mémoire et son statut rabbinique furent assez puissants pour que sa veuve entreprît le long voyage vers Meknès afin de confier l'enfant à la Yeshiva Keter Torah. La tradition familiale lui attribue une généalogie remontant au roi David — affirmation de piété plus que d'archive.
Rabbi Mishaël Makhlouf Dahan [רבי מישאל (מכלוף) בן שאול דהן] (1920–1997) — Zagora, Meknès, Aflou, Beer-Sheva. Né le 8 juillet 1920 à Zagora, fils du rabbin Shaoul Dahan, il est conduit orphelin à cinq ans à la Yeshiva Keter Torah de Meknès, où il étudie douze ans auprès de Rabbi Raphaël Baroukh Toledano. Ordonné dayan vers 24 ans, il siège à Meknès puis à Aflou (Algérie). Monté en Israël en 1949, confirmé rabbin de Beer-Sheva en 1951 par Ben-Zion Ouziel et Isaac Herzog, élu grand rabbin séfarade de la ville en 1959, il exerce cette charge jusqu'à sa mort en septembre 1997 — quarante-six ans de service rabbinique ininterrompu. Réputé pour son humilité et son ascèse, il refusa toujours de publier ses écrits de son vivant. Sa communauté le désigne comme « le Patriarche de la loi juive ».
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Conclusion
Au terme de ce parcours, la lignée Dahan se révèle pour ce qu'elle est : moins une seule et unique famille qu'une signature de peuple, et désormais, grâce au corpus Zakhor et aux sources complémentaires réunies, le portrait de plusieurs familles bien réelles, séparées dans l'espace mais unies par un même nom et un même fond culturel.
Son nom ne célèbre ni conquête ni couronne, mais un geste humble et universel — poser le vernis, oindre, enduire — que des générations d'artisans juifs répétèrent dans les médinas du Maroc et de l'Algérie. De la Tolède du XIVe siècle aux mellahs marocains, des réunions talmudiques de la place de Verdun aux appartements de Montréal, de la vallée du Draa aux tribunaux rabbiniques de Beer-Sheva, ce nom a traversé les langues, les empires et les épreuves sans jamais rien perdre de sa transparence.
Ce livre a permis de nommer et de décrire deux branches documentées. La première, casablancaise, est celle d'Elie Dahan et de ses sept enfants, de la maison de la place de Verdun où Talmud et violon coexistaient sous le même toit, de l'exode vers le Canada et les États-Unis après 1958, et de Jacques Isaac Dahan, homme de mémoire et de sourire dont la réflexion sur l'État d'Israël depuis Montréal rejoint, par des voies entièrement différentes, celle du rabbin de Beer-Sheva. La seconde, rabbinique, est celle de Rabbi Shaoul Dahan de Zagora et de son fils Mishaël Makhlouf, orphelin du Draa devenu grand rabbin séfarade du Néguev, figure d'une aliyah fondatrice et d'une autorité halakhique discrète et durable.
Ce que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimé, c'est la conjonction de deux vertus que la tradition juive tient pour indissociables : le talmud Torah — l'étude comme acte de vie permanent, qu'elle prenne la forme des séances talmudiques de la place de Verdun ou des douze années de yeshiva à Meknès — et l'anavah, l'humilité, qui porte aussi bien le refus de Rabbi Mishaël de publier ses écrits de son vivant que la discrétion de Jacques Isaac dans sa chambre aux livres. Ce sont des hommes qui ont beaucoup su et peu revendiqué ; qui ont exercé une autorité ou cultivé une intériorité sans en faire étalage. C'est ce silence habité qui fait, en définitive, la grandeur du nom Dahan.
Puisse cette assise honnête servir de seuil : que les descendants y ajoutent, un jour, les noms et les dates que les registres révéleront encore. Alors seulement la mémoire et l'archive, aujourd'hui rapprochées, se rejoindront tout à fait.
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4ᵉ s. de l'ère hébraïque (1540–1639)
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6ᵉ s. de l'ère hébraïque (1740–1839)
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Maimon Dahan
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Maimon Dahan
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Maimon Dahan
mort en 1756
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Yaakov Dahan
mentionné en 1755
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参考文献
- Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique (1936)
- Michel Abitbol, Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy (1983)
- Joseph Chetrit, Judeo-Arabic Literature in Tunisia, Algeria, and Morocco (2007)
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc : essai d'onomastique judéo-marocaine (1978)
- André Goldenberg, La Saga des Juifs d'Afrique du Nord (2014)
- Joseph Toledano, Une histoire de familles : les noms de famille juifs d'Afrique du Nord, des origines à nos jours (1999)
- Robert Attal, Les Juifs d'Afrique du Nord : bibliographie (1993)
- André Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord (1985)
- Carol Iancu (dir.), Juifs et judaïsme en Afrique du Nord dans l'Antiquité et le haut Moyen-Âge (1985)
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)