Chouka 家族
Chouka 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Chouka
Introduction
Quelque part entre les vallées de l'Anti-Atlas et les pistes caravanières du Sahara marocain, un ancêtre reçut — ou se vit attribuer — le nom qui traverserait les siècles jusqu'à nous : Chouka. Ce n'est pas par le nom que ce livre commence, mais par le monde dans lequel ce nom prit vie : un monde de communautés juives autochtones, antérieures à l'islam, antérieures même à l'arabisation du Maghreb, qui firent du Maroc méridional une civilisation à part entière. Les toshavim — les « habitants », selon le terme hébreu qui les distingue des exilés ibériques arrivés après 1492 — constituèrent pendant des siècles l'ossature invisible de l'économie caravanière, de la vie religieuse locale et de la solidarité communautaire au sein des mellahs dispersés du Sud.
Retracer la lignée Chouka, c'est donc moins reconstituer un arbre généalogique complet — que les archives, souvent lacunaires pour les communautés juives du Sud marocain, ne permettent pas d'établir avec certitude — que d'inscrire un nom dans la trame d'une civilisation. Ce livre procède avec prudence : il distingue ce qui est établi par la recherche, ce qui est probable, et ce que la mémoire transmet sans que l'archive puisse encore le confirmer. Il s'appuie principalement sur l'ouvrage de référence d'Abraham I. Laredo, sur les travaux des historiens du judaïsme marocain, et sur ce que l'on peut raisonnablement inférer du destin commun des toshavim du Maroc méridional.
L'honnêteté commande de dire d'emblée ce que ce livre ne peut pas faire : aucun rabbin portant précisément le nom Chouka n'est aujourd'hui consigné dans les grands catalogues rabbiniques publiés ; aucun acte notarié ou registre communautaire nominatif ne porte ce patronyme dans la documentation accessible. Ce que le livre restitue, en revanche, c'est le destin partagé d'une famille vraisemblablement enracinée dans le fonds le plus ancien du judaïsme marocain — et, à travers ce destin, les valeurs d'une civilisation que le XXe siècle a dispersée mais n'a pas effacée.
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- v1 · 现用 · 2026年8月11日
Chapitre 1 : Les communautés juives du Maroc méridional — un monde avant l'exil
La présence juive au Maroc est l'une des plus anciennes du bassin méditerranéen occidental. Les premiers témoignages d'une installation juive sur le sol qui deviendra le Maroc remontent à l'Antiquité, bien avant la conquête arabe du VIIe siècle et bien avant l'islam. Ces Juifs autochtones, que l'on appellera plus tard les toshavim — littéralement « ceux qui demeurent », « les résidents » — se distinguent radicalement, par leur ancienneté et par leur culture, des megorashim, les « renvoyés », qui arriveront d'Espagne et du Portugal entre 1391 et 1497 à la suite des pogroms et de l'expulsion définitive.
Les toshavim s'arabisèrent progressivement, adoptant le judéo-arabe comme langue vernaculaire tout en conservant l'hébreu liturgique. Ils peuplèrent les vallées de l'Atlas, les oasis du pré-Sahara — Ouarzazate, Zagora, Tinghir, Tata — et les grandes villes marchandes du Sud, comme Taroudant et Tiznit. Leur organisation sociale reposait sur des structures communautaires stables : le bet din (tribunal rabbinique local), la hevra kaddisha (confrérie pour l'accompagnement des morts et l'inhumation), les caisses de tsedaka pour les pauvres, et la synagogue comme lieu de prière, d'étude et de rassemblement. Chaque communauté, si petite fût-elle, reproduisait ce modèle minimal d'autosuffisance religieuse.
Lorsque les exilés ibériques arrivèrent, la rencontre entre les deux communautés fut complexe. Les megorashim imposèrent progressivement leurs usages liturgiques et leur prestige intellectuel — ils avaient développé en Espagne une tradition d'érudition rabbinique et philosophique sans équivalent dans le Maghreb autochtone. Mais les toshavim résistèrent à l'assimilation complète : dans le Sud marocain surtout, à distance des grands centres côtiers où le prestige sépharade était dominant, les communautés autochtones conservèrent leurs propres minhaguim (coutumes), leurs propres mélodies de prière, leurs propres saints tutélaires. C'est dans cet espace de résistance tranquille que le nom Chouka prend vraisemblablement sa source.
La piété de ces communautés méridionales était profonde et singulière. Elle se nourrissait du respect scrupuleux du Shabbat et des fêtes, mais aussi d'une dévotion populaire centrée sur les tsaddiqim — les saints, dont les tombes disséminées à travers le Maroc constituaient autant de lieux de pèlerinage (hillulot). La sainteté populaire, qui caractérise l'ensemble de la culture marocaine toutes confessions confondues, se manifestait chez les Juifs du Sud par ces pèlerinages collectifs où la communauté entière venait se recueillir, chanter des poèmes liturgiques (piyyoutim) et implorer la protection du saint. C'est une forme de piété que l'on peut qualifier, dans les termes de la tradition, de yir'at shamayim — la crainte du Ciel — mêlée d'une chaleur affective que la sécheresse des grands codes rabbiniques ne rend pas toujours.
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Chapitre 2 : Dans les mellahs — économie, artisanat et commerce caravanier
La vie économique des Juifs du Maroc méridional s'organisa pendant des siècles autour de quelques activités complémentaires qui leur étaient à la fois accessibles et permises sous le statut de dhimmi. Ce statut — celui des non-musulmans « protégés » dans le cadre de la jurisprudence islamique — leur imposait la jizya (impôt de capitation), les excluait des charges militaires et de certaines fonctions publiques, tout en leur ménageant une marge de liberté économique considérable. Les Juifs du Sud marocain en firent usage avec une remarquable capacité d'adaptation.
L'artisanat était un pilier de leur activité : orfèvrerie, bijouterie, travail du cuir, tissage, et surtout le travail des métaux, dans lequel les Juifs marocains excellaient au point de tenir une position quasi monopolistique dans certaines régions. La fabrication et la réparation d'outils, d'armes blanches et d'instruments aratoires étaient des métiers que les populations musulmanes des campagnes leur déléguaient volontiers, formant ainsi un lien économique de dépendance réciproque entre le mellah juif et le village ou le douar environnant. Si le nom Chouka — qui renvoie étymologiquement à l'idée d'une pointe, d'un objet acéré — peut être mis en relation avec un ancêtre exerçant un tel métier, l'hypothèse est plausible dans ce contexte, même si aucun acte ne la confirme formellement.
Le commerce caravanier constituait l'autre dimension structurante de l'économie juive méridionale. Les grandes pistes qui reliaient le Maroc subsaharien au littoral atlantique — celles qui traversaient Zagora, Rissani, Sijilmassa — étaient sillonnées depuis le Moyen Âge par des marchands juifs qui servaient d'intermédiaires entre les producteurs de l'intérieur et les négociants des ports. Leur maîtrise des langues — arabe, berbère, hébreu et, après 1492, parfois le judéo-espagnol — en faisait des acteurs indispensables des échanges à longue distance. L'or du Soudan, le sel du Tafilalet, les dattes du Draa transitaient en partie par ces réseaux où les Juifs tenaient le rôle de courtiers, de prêteurs ou de correspondants commerciaux.
Cet engagement économique n'était pas séparable d'une éthique. La halakha encadrait minutieusement le commerce : justesse des poids et des mesures, interdiction de la fraude (onaa), respect de la parole donnée. Le verset du Lévitique — « Tu auras des balances justes, des poids justes » (Lévitique 19, 36) — n'était pas une formule ornementale mais une règle opératoire. Le Talmud va plus loin encore : la première question posée à l'homme au jour du jugement serait, selon le traité Shabbat (31a), « as-tu traité loyalement en affaires ? » — nassata vennatata be-emounah — faisant de la fidélité commerciale une condition de la rectitude spirituelle. Dans une économie reposant sur le crédit oral et la réputation, la emouna — la loyauté, la parole tenue — était la vraie monnaie d'échange, et l'on peut supposer qu'une famille comme les Chouka, insérée dans ces réseaux, en fit une valeur transmise.
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Chapitre 3 : L'arrivée des exilés ibériques et le réagencement des communautés (XVe–XVIIe siècle)
L'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, puis du Portugal en 1497, envoya vers le Maroc des vagues successives de réfugiés qui allaient transformer durablement la cartographie religieuse et intellectuelle du judaïsme marocain. Plusieurs dizaines de milliers de megorashim s'installèrent sur le territoire chérifien, principalement dans les villes du Nord — Fès, Meknès, Tétouan — mais aussi, au fil des décennies, dans les centres plus méridionaux. Leur arrivée créa une tension structurante entre deux mondes juifs : celui des autochtones arabophones, porteurs d'un judaïsme ancien aux formes populaires riches, et celui des exilés hispanisants, forts d'une tradition d'érudition talmudique et philosophique sans équivalent.
La tension ne fut jamais entièrement résolue. Les megorashim imposèrent progressivement leur prestige liturgique et leur autorité rabbinique dans les grands centres, au point que leurs usages devinrent la norme dominante dans une grande partie du pays. Mais dans le Sud marocain, à distance de Fès et de ses académies, les communautés autochtones comme celles dont les Chouka étaient probablement issus conservèrent une autonomie culturelle réelle. Elles puisèrent dans l'apport séfarade ce qui enrichissait leur propre pratique — des commentaires, des responsa, des pratiques halakhiques nouvelles — sans se laisser entièrement absorber. Cette capacité d'assimilation sélective est l'une des marques de vitalité du judaïsme marocain méridional.
La rencontre produisit aussi des fruits savants. Les grands dayanim séfarades qui s'installèrent à Fès — parmi lesquels Joseph ben Ephraïm Karo, de passage au Maroc avant de gagner la Palestine, ou encore les membres des dynasties Aben Danan, Ibn Attar et Toledano — rayonnèrent bien au-delà des grandes villes. Leurs responsa (she'elot ou-teshuvot) répondaient aux questions de justice et de pratique qui montaient de toutes les communautés du pays, y compris les plus reculées. Les Juifs du Sud participaient ainsi, même à distance, à la circulation du savoir rabbinique qui unissait les Juifs marocains par-delà leurs différences d'origine. Le sentiment d'appartenir à une seule kehila — une seule communauté organisée — transcendait les particularismes locaux.
Cette période vit aussi se consolider un trait distinctif du judaïsme marocain dans son ensemble : l'hospitalité due à l'étranger, qui se manifesta d'abord envers les réfugiés ibériques eux-mêmes. Les communautés toshavim accueillirent — non sans réticences initiales, l'histoire l'atteste — des milliers de déplacés. Cet accueil, même tendu, constitue une expression de la valeur d'hakhnasat orhim — l'hospitalité envers l'étranger —, commandement qui traverse toute la tradition juive depuis Abraham recevant les trois anges au chêne de Membré (Genèse 18). Que la rencontre ait été difficile ne la diminue pas : les vertus s'éprouvent rarement dans la facilité.
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Chapitre 4 : Le Maroc sous le Protectorat — entre Alliance israélite et Vichy (1912–1956)
Le protectorat français, établi en 1912, introduisit dans le Maroc juif une rupture d'une ampleur sans précédent. Pour les Juifs des grandes villes, ce fut d'abord l'ouverture : les écoles de l'Alliance israélite universelle, fondée à Paris en 1860 et déjà active au Maroc depuis les années 1860, diffusèrent le français comme langue de prestige et d'ascension sociale, formant en quelques décennies une génération de Juifs marocains biculturels, à l'aise en français comme en hébreu ou en judéo-arabe. L'Alliance — réseau de plusieurs dizaines d'établissements scolaires à travers le Maroc — fut pour nombre de familles juives la porte d'entrée dans la modernité.
Pour les Juifs du Sud, l'accès à ces nouvelles institutions fut plus tardif et plus partiel. Les communautés rurales et semi-rurales du pré-Sahara restèrent longtemps en dehors du réseau de l'Alliance, ou n'y accédèrent qu'à la génération suivante, lorsque leurs enfants migrèrent vers Agadir, Casablanca ou Marrakech pour y trouver du travail. Cette migration interne — du village au bourg, du bourg à la grande ville — précéda souvent l'émigration internationale et constitua une première rupture avec le monde des ancêtres.
La Seconde Guerre mondiale apporta une nouvelle épreuve. Le gouvernement de Vichy, qui administrait le Maroc depuis la France, étendit au Protectorat les lois d'exclusion promulguées en métropole : les Juifs furent écartés de la fonction publique, des professions libérales et de l'enseignement public. Ces mesures frappèrent en particulier les Juifs français et les Juifs marocains les plus intégrés dans la modernité coloniale, ceux qui avaient bénéficié du réseau de l'Alliance et de la naturalisation. Pour les communautés du Sud, plus éloignées du circuit colonial, l'impact fut différent mais réel : la restriction du commerce, la méfiance accrue, l'instabilité générale pesèrent sur des équilibres déjà fragiles.
Dans ce contexte, le sultan Mohammed V occupe une place particulière dans la mémoire juive marocaine. Selon une tradition largement transmise et partiellement documentée, il aurait exprimé sa solidarité avec ses sujets juifs, refusant de les traiter différemment de ses autres sujets. Cette mémoire, qui nourrit le récit d'une coexistence loyale entre le trône chérifien et les communautés juives du Maroc, doit être reçue avec la nuance historique qu'elle mérite : elle témoigne moins d'un acte juridique précis que d'un symbole de protection morale qui prit une résonance profonde dans les familles juives marocaines de toutes origines.
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Chapitre 5 : Le grand départ — de l'exode à la diaspora (1948–1970)
Le vrai séisme du XXe siècle pour les communautés juives du Maroc fut l'émigration massive qui se déploya entre 1948 et 1970. La création de l'État d'Israël, en mai 1948, ouvrit une porte que beaucoup attendaient depuis des générations, sinon depuis des siècles : celle d'une patrie juive où le statut de dhimmi et ses humiliations ordinaires n'auraient plus cours. Les premières vagues d'émigration furent orientées vers Israël, souvent à travers des réseaux clandestins organisés par les mouvements sionistes actifs au Maroc. Les conditions du voyage étaient difficiles, l'accueil en Israël parfois rude pour des Juifs d'Orient qui se heurtaient au regard condescendant d'une élite askhénaze qui les méconnaissait ; mais la terre promise était là.
Dans les années 1950 et 1960, l'indépendance du Maroc (1956) et les tensions qui suivirent — difficultés économiques, montée d'un nationalisme arabe qui laissait peu de place aux minorités — accélérèrent la décision de partir pour des dizaines de milliers de familles. Entre 1948 et 1970, la communauté juive du Maroc passa d'environ 265 000 personnes à moins de 35 000. Ce fut l'un des déplacements de population les plus rapides et les plus complets de l'histoire juive contemporaine. Les Chouka, comme leurs coreligionnaires, se dispersèrent en une diaspora nouvelle : vers Israël d'abord, mais aussi vers la France — Paris, Marseille, Lyon —, vers le Canada — Montréal en particulier — et vers d'autres destinations.
Cet exil fut un arrachement. Pour les familles du Sud, qui avaient parfois vécu dans les mêmes villages ou les mêmes mellahs pendant des générations, la rupture fut totale : les cimetières où dormaient les ancêtres restèrent au Maroc, les synagogues furent parfois converties ou abandonnées, les maisons vendues dans la précipitation. Ce que les émigrés emportèrent ne tenait pas dans une malle : une langue (le judéo-arabe, dont le français devint le prolongement naturel), des recettes de cuisine, des mélodies de Shabbat, les noms des saints sur les tombes desquels on ne pourrait plus se recueillir. Et le nom de famille, intact, traversant les frontières.
Car c'est ici que la vertu de persévérance — la hazakah, la tenue ferme dans la durée — s'exprime avec la plus grande évidence. Partir n'était pas abandonner : c'était choisir une fois de plus la vie et la transmission. Les familles qui émigrèrent en Israël reconstituèrent souvent des regroupements par origine — les Juifs de Taroudant à Ashdod, ceux de Ouarzazate à Netanya — reproduisant dans la nouvelle diaspora quelque chose de la solidarité villageoise du Maroc. En France, les Juifs marocains fondèrent des associations, des synagogues de rite marocain, des épiceries, des journaux. L'identité ne s'éteignit pas avec le départ : elle se recomposa.
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Chapitre 6 : Le nom, le sens et l'héritage — onomastique et mémoire de la lignée
C'est seulement ici, après avoir exposé ce que la famille a traversé et où elle a vécu, que l'on peut revenir sur le nom lui-même — non comme un mystère à résoudre, mais comme une clé de lecture supplémentaire d'une histoire déjà substantiellement racontée.
L'instrument de référence pour cette question est l'ouvrage d'Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc : essai d'onomastique judéo-marocaine, publié par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas à Madrid en 1978. Laredo y recense et classe plusieurs milliers de noms juifs marocains selon leur origine — hébraïque, arabe, berbère, ibérique — et rappelle que chaque patronyme est en lui-même un fragment d'histoire, condensant une géographie, un métier, un trait physique ou une filiation. L'érudition de cet ouvrage, qui transcrit chaque nom en caractères latins, hébraïques et arabes, en fait un instrument à la fois savant et personnel, dont les familles de la diaspora peuvent se servir pour renouer le fil d'un passé fragmenté.
Le nom Chouka — que l'on rencontre aussi sous les graphies Chouca, Chuka ou Shuka selon les transcriptions françaises, espagnoles et hébraïques — s'inscrit dans la famille des noms nord-africains à substrat arabo-berbère. En arabe dialectal maghrébin, le terme chouka (شوكة) désigne l'épine, le piquant, et par extension la fourchette ; dans plusieurs parlers, il évoque ce qui est acéré, résistant, difficile à saisir. Si cette étymologie est exacte, le sobriquet aurait pu désigner un ancêtre au caractère vif, à la parole tranchante, ou exerçant un métier lié aux outils pointus — hypothèse que Laredo eût rangée dans sa catégorie des noms descriptifs de caractère ou de métier. L'attribution demeure probable et non certaine : l'onomastique impose toujours la retenue.
Ce que la tradition juive retient de la valeur du nom va plus loin que l'étymologie. Le shem, le nom, engage une responsabilité morale : le Talmud enseigne que « trois couronnes existent — la couronne de la Torah, la couronne du sacerdoce et la couronne royale — mais celle du bon renom les surpasse toutes » (Pirqé Avot 4, 17). Conserver fidèlement le patronyme reçu, le transmettre sans le travestir, en rechercher le sens pour le communiquer aux enfants : c'est participer à la mémoire collective d'Israël, accomplir l'injonction du zakhor — « souviens-toi » — qui est dans la tradition juive non pas une invitation à la nostalgie, mais un commandement actif. La lignée Chouka, en cela, rejoint chaque famille juive qui a traversé l'exil sans laisser s'éteindre son nom.
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Les grandes figures
La documentation disponible sur la lignée Chouka ne permet pas, dans l'état actuel des archives accessibles, d'identifier un individu nommément porteur de ce patronyme dont la notice biographique serait attestée par des sources publiées. Cette lacune, qui caractérise de nombreuses familles issues des communautés juives du Sud marocain, n'est pas une absence d'histoire : c'est une absence d'archives. Le livre a restitué le destin collectif de ces communautés, dont les Chouka sont vraisemblablement issus ; il convient ici de mentionner les figures qui ont incarné, documenté ou porté ce monde, et qui constituent le contexte humain dans lequel la lignée prend sens.
Abraham I. Laredo (vers 1904–1980) — Abraham Isaac Laredo, rabbin, érudit et lexicographe, naquit à Tétouan dans une famille séfarade installée au Maroc depuis les expulsions ibériques. Profondément attaché à la mémoire du judaïsme marocain dans sa double composante — autochtone et séfarade —, il consacra l'essentiel de sa carrière savante à recenser et analyser les patronymes portés par les Juifs du Maroc à travers les siècles. Son œuvre maîtresse, Les Noms des Juifs du Maroc : essai d'onomastique judéo-marocaine (1978), publiée par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas à Madrid, demeure le dictionnaire de référence incontournable pour toute recherche sur les familles juives marocaines, dont la lignée Chouka. Sans ce travail, la plupart des noms comme Chouka resteraient sans contexte ni éclairage.
Mohammed V, sultan puis roi du Maroc (1909–1961) — Sidi Mohammed ben Youssef, sultan du Maroc de 1927 à 1957 puis roi sous le nom de Mohammed V, est présent dans la mémoire des Juifs marocains comme une figure de protection morale lors des années du régime de Vichy (1940–1942). Sa solidarité symbolique — exprimée selon la mémoire transmise à travers des gestes publics refusant de distinguer ses sujets juifs du reste de la population — imprégna durablement le rapport des communautés juives à la monarchie chérifienne. Pour les familles du Sud marocain, dont les Chouka, ce souvenir articule le lien entre appartenance au pays et fidélité à une identité propre.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, ce que la lignée Chouka aura, entre toutes les vertus, le mieux exprimé n'est ni l'éclat d'une œuvre savante consignée dans les catalogues, ni la gloire d'une charge rabbinique documentée — l'honnêteté impose de reconnaître le silence des archives sur ces points précis. Ce que cette lignée incarne, à l'image des communautés juives du Sud marocain dont elle est vraisemblablement issue, c'est une fidélité à plusieurs visages : fidélité au nom reçu et transmis sans le travestir, fidélité à la piété humble des toshavim qui prièrent dans leurs synagogues méridionales sans chercher la renommée, fidélité à la droiture dans le travail et le commerce que commande la halakha, et fidélité enfin au précepte du souvenir — zakhor — à travers les épreuves successives de la précarité, de l'exclusion vichyste et de l'exil.
Mais si l'on devait nommer la vertu la plus constante et la plus singulière de cette lignée, ce serait peut-être la persévérance dans la transmission : cette capacité à traverser chaque siècle, chaque rupture, chaque arrachement sans laisser s'éteindre le nom, la langue intérieure, les mélodies du Shabbat, la mémoire des saints. Les Chouka ont fait de la survie un acte de culture, et de la dispersion une forme de fidélité. Ce faisant, ils participent de la vertu la plus caractéristique d'Israël dans son ensemble : faire de la mémoire non pas une consolation, mais une force de vie.
Le Grand Livre ne prétend pas avoir tout dit. Il a voulu distinguer le certain du probable, restituer un monde disparu sans l'idéaliser, et rendre au nom Chouka la place qui lui revient dans la trame d'une histoire plus vaste que lui — celle d'un peuple qui, depuis les vallées de l'Atlas jusqu'aux rives de la diaspora contemporaine, n'a jamais cessé de se souvenir.
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参考文献
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)