Bouchacha 家族
Bouchacha 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Bouchacha
Introduction
Tunis, quelque part entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Dans la hara — ce quartier juif dense et laborieux qui s'étend à l'est de la médina — des familles se lèvent avant l'aube pour ouvrir leurs boutiques, réciter leurs prières, envoyer leurs fils à l'école du mellah. Parmi elles, des porteurs du nom Bouchacha : un patronyme judéo-tunisien formé selon les règles de l'onomastique judéo-arabe du Maghreb, ancré dans une communauté dont la présence sur ces terres remonte, selon les historiens, au premier siècle de l'ère commune, et peut-être plus loin encore.
Ce Grand Livre retrace la lignée Bouchacha à partir de ce que les sources autorisent à affirmer avec honnêteté. Le dossier familial disponible situe le foyer principal de la famille en Tunisie aux XVIIIe et XIXe siècles ; il évoque une possible ascendance ibérique, revendication partagée par de nombreuses familles juives du Maghreb, non spécifiquement documentée pour ce nom dans les archives consultées ; il signale enfin l'émigration vers la France après l'indépendance tunisienne de 1956. C'est ce fil — Tunisie, hara, dispersion, France — que le livre suit, en nommant chaque fois ce qui est établi, ce qui est transmis et ce qui demeure dans l'ombre.
La vertu de ce récit sera donc, avant tout, celle que la tradition rabbinique place à la base de tout savoir authentique : l'humilité qui dit « je ne sais pas » quand les archives se taisent, et qui préfère le silence honnête à l'invention confortable. Mais ce que les archives disent est déjà immense : deux mille ans de présence juive sur la terre de Carthage, une hara qui bruissait de prières et de négoces, une communauté qui survécut aux Almohades, aux Hafsides, à l'empire ottoman, au protectorat français et à la décolonisation — avant de se disperser sur les rives de l'exil. C'est dans cette épopée collective que la lignée Bouchacha a vécu et que ce livre entend la replacer.
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- v1 · 现用 · 2026年8月12日
Chapitre 1 : Dans la *hara* de Tunis — deux mille ans de présence juive
La communauté juive en Tunisie s'étend sur près de deux mille ans ; attestée au IIe siècle, elle est sans doute plus ancienne encore. Ses origines, selon les historiens, remontent à des groupes hébreux arrivés avec les Phéniciens, et la légende populaire en fait des descendants de Juifs ayant fui la destruction du second Temple de Jérusalem en 586 avant l'ère commune. Ces Touensa — Juifs autochtones de Tunisie — formèrent le socle le plus ancien de la communauté, auxquels se joignirent, au fil des siècles, des vagues d'immigration venues d'Orient, puis d'Ibérie.
La communauté grandit grâce à ces vagues d'immigration successives et à un prosélytisme important, créant des communautés de Berbères juifs. Elle dut cependant faire face à des périodes d'oppression sévère. L'accession au pouvoir de la dynastie des Almohades en 1146 se révéla désastreuse pour les Juifs de Tunis : contraints à la conversion, ils continuèrent, tout en professant extérieurement l'islam, à observer le judaïsme en secret. Sous la dynastie des Hafsides, établie en 1236, les conditions de vie des Juifs s'améliorèrent grandement ; ils furent à nouveau soumis à leur statut traditionnel.
Le cœur de la vie communautaire tunisienne battait dans la hara de Tunis — ce quartier juif enchevêtré dans le tissu de la médina. La Tunisie a toujours compté parmi ses enfants une forte communauté juive qui participa de manière active à la vie de la cité et qui vivait dans les quartiers appelés hara. Ce mot désigne à la fois l'espace physique — ruelles, cours intérieures, synagogues — et l'espace social : une communauté qui se gouvernait elle-même, organisait sa charité, tranchait ses litiges devant le tribunal rabbinique et transmettait sa foi de génération en génération.
C'est dans ce cadre que la lignée Bouchacha prend racine. Aucun acte nominatif ne place tel Bouchacha devant tel dayan à telle date précise ; mais le dossier familial confirme l'ancrage tunisien aux XVIIIe et XIXe siècles, et les sources historiques restituent avec précision la vie que ces familles menaient. La hara était leur monde : un monde à la fois replié sur ses pratiques et ouvert, par le commerce et la diplomatie, sur l'ensemble du bassin méditerranéen. La fidélité à ce monde, la capacité à y trouver une dignité et un sens malgré le statut de minorité protégée mais subordonnée, constitue le premier trait de caractère que l'on peut raisonnablement attribuer à la lignée.
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Chapitre 2 : *Touensa* et *Grana* — les deux âmes de la Tunisie juive
La communauté juive tunisienne n'était pas homogène. Elle se divisait, depuis le XVIIe siècle au moins, en deux groupes aux traditions distinctes : les Touensa, Juifs autochtones installés de longue date, et les Grana — contraction de « Livournais » — Juifs d'origine ibérique qui avaient transité par Livourne avant de s'établir en Tunisie.
De nombreux Juifs d'origine espagnole ou portugaise établis à Livourne entretenaient des relations commerciales avec la Tunisie, où certains venaient résider et faire souche. Ces « Livournais » ou Grana se firent de plus en plus nombreux au cours du XVIIe siècle et prirent une large part aux activités de la population juive. Ils apportèrent avec eux leurs rites propres — le rite séfarade ibérique, distinct du rite local —, leurs réseaux commerciaux méditerranéens et une culture marchande affinée par des décennies de commerce entre les ports de la Méditerranée occidentale.
Le dossier de la lignée Bouchacha mentionne une ascendance séfarade possible, rattachée à l'expulsion d'Espagne de 1492 — revendication que de nombreuses familles juives maghrébines partagent et que les historiens de l'onomastique traitent avec prudence faute de sources nominatives. Ce que l'on peut dire avec plus d'assurance, c'est que le patronyme Bouchacha, par sa morphologie judéo-arabe, appartient au monde des Touensa plutôt qu'à celui des Grana — qui conservaient souvent des noms ibériques ou italianisés. La famille Bouchacha aurait donc vraisemblablement vécu dans l'orbite de la communauté autochtone, gardienne des rites anciens et des usages rabbiniques locaux.
Cette distinction entre Touensa et Grana n'était pas qu'une affaire liturgique : elle structurait les mariages, les alliances commerciales et les responsabilités communautaires. Mais elle ne creusait pas un fossé infranchissable ; les familles des deux groupes vivaient dans la même hara, fréquentaient les mêmes marchés et se retrouvaient dans les mêmes confréries de bienfaisance. La lignée Bouchacha participait de cette convivialité interne, microcosme d'un judaïsme maghrébin où l'identité collective l'emportait toujours sur les distinctions d'origine.
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Chapitre 3 : Métiers, négoce et éthique du travail dans la *hara*
Dans la hara de Tunis comme dans les mellahs du Maroc, les Juifs exerçaient un éventail de métiers que les sources historiques documentent avec précision : orfèvres et bijoutiers, tailleurs, cordonniers, tanneurs, colporteurs, changeurs de monnaie et négociants assurant la circulation des marchandises entre le littoral et l'arrière-pays. Les Juifs pouvaient professer leur religion sans entraves, s'organiser en communautés pour faire face à toutes leurs dépenses en matière de culte et d'assistance.
La spécialisation dans l'artisanat des métaux précieux et le négoce des étoffes fut si marquée que ces savoir-faire se transmirent de père en fils sur plusieurs générations, constituant un capital immatériel aussi précieux que les outils de travail eux-mêmes. Les archives du Consulat de France à Tunis, qui couvrent la période 1830–1913 et documentent près de dix à douze mille individus — protégés israélites de toutes catégories sociales —, permettent de retracer des ascendances jusqu'au début du XIXe siècle et parfois à la fin du XVIIIe. Ces registres constituent la source la plus précise disponible pour identifier des familles tunisiennes de cette époque, et les Bouchacha, s'ils comptaient parmi les protégés ou leurs proches, y laisseraient peut-être une trace.
Ici, la rigueur commande de nommer l'incertitude : nous ne possédons pas d'inventaire de boutique ni de contrat de société au nom de Bouchacha. Mais l'éthique du travail dans ces communautés est bien documentée, et elle porte une valeur que le judaïsme a formulée avec netteté : l'enseignement des Pères d'Israël selon lequel l'étude sans métier finit par se perdre. Travailler de ses mains, honorer sa parole dans les transactions, maintenir le crédit de la famille — ces vertus économiques étaient aussi des vertus morales, et elles constituaient le quotidien de la hara.
À l'éthique du travail s'articulait une institution incontournable : la tsedaka. Chaque communauté tunisienne entretenait ses confréries de bienfaisance — soin des malades, dotation des jeunes filles démunies en vue du mariage, ensevelissement des morts assuré par la hevra kaddisha, accueil des voyageurs démunis. La charité n'y était pas un supplément moral facultatif mais une obligation de justice : le mot même de tsedaka dérive de tsedek, la justice. En vivant dans ce cadre, la lignée Bouchacha aura participé de cette vertu collective du judaïsme tunisien qui fait du soin apporté à l'autre le cœur battant de la vie communautaire.
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Chapitre 4 : Piété, rabbins et transmission du savoir en Tunisie
Le judaïsme tunisien a produit une littérature rabbinique d'une richesse insigne, et la vie spirituelle des Touensa se déployait sur deux registres complémentaires : d'une part, une halakha rigoureuse transmise par les battei din et les décisionnaires locaux ; d'autre part, une piété populaire centrée sur la vénération des saints — les tsaddiqim — et les pèlerinages, les hillulot, parmi lesquels la hillula de la Ghriba à Djerba reste la plus célèbre du monde judéo-tunisien.
Ces Juifs tunisiens ont marqué l'histoire de leur pays pendant des siècles, sans se demander qui ils étaient, faisant souche et se mêlant à la vie locale. L'autonomie juridique de la communauté était garantie par les tribunaux rabbiniques, les battei din, qui tranchaient les litiges civils et familiaux selon la halakha. Les taqqanot — ordonnances communautaires — organisaient la vie économique et successorale. Une famille du judaïsme tunisien comme les Bouchacha vivait ainsi sous l'empire de la Loi, non comme une contrainte extérieure mais comme la charpente d'une existence commune : le mariage, l'héritage, le commerce, la charité étaient pensés à l'aune de cette Loi.
Ce que la mémoire familiale transmet, dans ces communautés, tient souvent en peu de mots répétés de génération en génération : un aïeul « craignant le Ciel », une maison où l'on récitait les Psaumes le vendredi soir, une place tenue à la synagogue, un fils envoyé au kuttab puis à la yeshiva. Ces récits, par nature, relèvent du transmis et non de l'archive ; ils disent néanmoins une vérité anthropologique solide : la transmission du savoir, de la génération des pères à celle des fils, fut le premier trésor de ces familles. La tradition juive place l'étude de la Torah — le talmud Torah — au sommet de la hiérarchie des mitsvot, considérée comme équivalente à toutes les autres réunies parce qu'elle y conduit. En portant cette valeur à sa mesure, dans l'anonymat de la hara, la lignée Bouchacha participe d'une vertu millénaire du judaïsme.
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Chapitre 5 : Le protectorat français et la modernité (1881–1956)
Le 12 mai 1881, le traité du Bardo instaurait le protectorat français sur la Tunisie. Pour les Juifs tunisiens, cette date fut, selon l'historien Jacques Taieb, une véritable « année zéro » — une rupture qui transforma en profondeur leur statut, leurs aspirations et leurs rapports avec la société environnante.
L'Alliance israélite universelle, fondée en 1860, avait déjà commencé à tisser son réseau d'écoles en Tunisie avant le protectorat ; elle l'intensifia considérablement après 1881, ouvrant des établissements à Tunis, Sfax, Sousse et dans les villes de l'intérieur. Ces écoles transformèrent l'accès à l'instruction moderne et à la langue française, créant une génération de Juifs tunisiens bilingues — judéo-arabe et français — capables de naviguer entre deux cultures. Pour des familles comme les Bouchacha, dont le dossier atteste la présence en Tunisie au XIXe siècle, cette révolution éducative signifia probablement l'entrée dans la modernité des professions libérales, du commerce élargi et de la vie civique sous protectorat.
Le protectorat porta également, dans ses contradictions, les germes des tensions à venir. La communauté juive tunisienne ne bénéficia pas du décret Crémieux — réservé aux Juifs d'Algérie en 1870 — et demeura en Tunisie dans un statut de protégés, ni tout à fait français ni pleinement citoyens. Cette ambiguïté nourrit, chez une partie de la communauté, un attachement croissant au mouvement sioniste, tandis qu'une autre partie cherchait à s'intégrer dans le cadre franco-tunisien. La Grande Guerre de 1914–1918 mobilisa également des Juifs tunisiens qui combattirent sous le drapeau français, participant ainsi d'une manière tragique à la vie de la nation protectrice.
Puis vinrent les années sombres. La Tunisie fut occupée par les forces de l'Axe de novembre 1942 à mai 1943 ; les Juifs tunisiens connurent alors les lois antijuives de Vichy, les réquisitions de travail forcé et les humiliations — un épisode bref mais traumatique qui laissa des traces dans la mémoire collective. Libérés en mai 1943 par les Alliés, ils relevèrent la tête, mais le monde d'avant n'était plus tout à fait le même.
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Chapitre 6 : 1956, l'indépendance et la grande dispersion
Le nom Bouchacha se rencontre aujourd'hui principalement en France et en Israël. Cette géographie est le produit d'une rupture datée avec précision : l'indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, et les années qui suivirent. En une génération, la communauté juive tunisienne — forte de quelque cent mille âmes à son apogée — se dispersa presque entièrement, dépeuplant une hara millénaire.
Les raisons de ce départ massif furent multiples et s'entrelacèrent : la montée du nationalisme tunisien, qui fragilisait la place des minorités non musulmanes dans la nouvelle nation ; la création de l'État d'Israël en 1948 et l'appel du sionisme pour une partie de la communauté ; la tentation de la France, dont la langue était devenue celle de l'élite juive tunisienne au fil des décennies de protectorat. Le dossier de la lignée Bouchacha indique que la trajectoire de cette famille suivit la voie de l'émigration vers la France après 1956 — trajectoire typique de nombreuses familles juives tunisiennes de la classe moyenne formée à l'Alliance israélite universelle.
Le départ fut souvent douloureux. On laissait derrière soi la tombe des ancêtres, la synagogue familière, le bruit de la hara, les odeurs du marché et la langue judéo-arabe du quotidien — le judéo-tunisien, mélange d'arabe dialectal, d'hébreu liturgique et de quelques traces d'espagnol que les Grana avaient apporté de Livourne. En France, il fallut tout reconstruire : une vie, un métier, un réseau social, une identité nouvelle à l'intersection de la culture judéo-tunisienne et de la République.
Ces migrations révélèrent une vertu que le judaïsme a portée à travers tous ses exils : la capacité à emporter avec soi, non des biens matériels, mais une Loi, une langue liturgique et une mémoire. L'attachement à la nouvelle terre d'accueil et le devoir de ne pas oublier le pays quitté — ce double mouvement — définissent l'expérience diasporique dans laquelle la lignée Bouchacha s'inscrit pleinement. La mimouna au lendemain de Pâque, la musique arabo-andalouse des synagogues, les recettes transmises de mère en fille, les prénoms hébraïques portés en mémoire des grands-parents : autant de fils qui maintiennent le lien avec la hara perdue.
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Chapitre 7 : Le patronyme Bouchacha — onomastique et mémoire du nom
Un livre sur la lignée Bouchacha ne peut éluder la question du nom lui-même, même si cette question arrive après les faits plutôt qu'avant. L'onomastique n'est pas l'histoire de la famille, mais elle en est un écho fidèle — le reflet, dans la langue, d'un ancrage géographique et culturel.
Abraham I. Laredo, dans Les Noms des Juifs du Maroc, publié par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas à Madrid, reste le catalogue de référence pour l'identification, la classification et l'interprétation des noms de famille juifs marocains. Pour la Tunisie spécifiquement, c'est Lionel Levy qui a entrepris le travail équivalent dans son étude des noms des Juifs de Tunisie, complétée par les travaux de Maurice Eisenbeth pour l'ensemble de l'Afrique du Nord et de Jacques Taieb pour la Tunisie en particulier. Ces auteurs décrivent le même système de formation des patronymes : le préfixe Bou- est l'un des formants les plus productifs de l'onomastique judéo-arabe du Maghreb ; il traduit une relation d'appartenance ou de filiation, désignant « celui de » ou « le père de ».
La finale -chacha, redoublée dans sa sonorité, reste plus difficile à interpréter avec certitude. Elle peut renvoyer à un surnom associé à un aïeul éponyme — trait physique, habitude, métier particulier —, à un toponyme local, ou à un objet du quotidien dont le sens précis s'est perdu avec le temps. Une part considérable des noms juifs du Maghreb dérive de surnoms attachés à un ancêtre — figés au fil des générations, ils sont devenus des noms héréditaires transmis en ligne masculine. Que le nom Bouchacha procède de ce mécanisme est, dans ce cadre, l'hypothèse la plus vraisemblable — mais l'honnêteté impose de ne pas trancher entre les lectures possibles en l'absence d'une attestation documentaire directe.
Ce qui est certain, en revanche, est la géographie que le nom révèle : un patronyme judéo-arabe d'Afrique du Nord, formé sur le modèle qui caractérise les communautés autochtones du Maghreb, les Touensa de Tunisie plutôt que les Juifs ibériques qui conservèrent souvent leurs noms d'Espagne ou d'Italie. Le nom Bouchacha dit donc, à sa façon muette, l'enracinement : une famille qui s'est fondue dans la langue et la culture de sa terre d'adoption au point d'en porter le timbre jusque dans son identité la plus intime.
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Les grandes figures
En l'état de la documentation disponible, aucune figure individuellement nommée et datée n'a pu être identifiée avec certitude dans les archives consultées pour la lignée Bouchacha. Cette section honore donc l'honnêteté que le présent ouvrage a érigée en principe : plutôt que d'inventer des notices, elle nomme les acteurs collectifs et les figures tutélaires du monde dans lequel la famille a vécu, figures dont les destins éclairent celui des Bouchacha par contiguïté documentée.
Abraham Isaac Laredo (dates inconnues, actif au XXe siècle) — Érudit et onomasticien judéo-marocain, auteur de Les Noms des Juifs du Maroc, publié par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas à Madrid en 1978, réédité en 2008. Son catalogue méthodique des patronymes judéo-maghrébins, qui recense les mécanismes de formation des noms à partir de racines hébraïques, arabes et berbères, constitue l'instrument indispensable pour situer le patronyme Bouchacha dans le système onomastique de sa communauté d'origine. Sans cet ouvrage de référence, la lecture du nom resterait opaque. Laredo n'appartient pas à la lignée Bouchacha, mais il en est, pour tout chercheur, le premier déchiffreur.
Lionel Levy (dates inconnues, actif au XXe–XXIe siècle) — Chercheur spécialiste des Juifs de Tunisie, auteur d'une étude consacrée aux noms de famille des Juifs tunisiens, source de référence pour l'onomastique proprement tunisienne — distincte, par ses substrats et ses chronologies, du corpus marocain de Laredo. Son travail permet d'ancrer le patronyme Bouchacha dans le contexte spécifique de la Tunisie, où les Touensa formaient une communauté aux usages nominatifs distincts de ceux des Grana livournais. Levy est ainsi le premier guide pour qui cherche à comprendre ce que le nom Bouchacha dit de l'histoire tunisienne de la famille.
Jacques Taieb (dates inconnues, actif au XXe–XXIe siècle) — Historien français spécialiste du judaïsme nord-africain, auteur de travaux sur les Juifs de Tunisie sous le protectorat et sur l'histoire de leurs noms de famille. Sa formule — 1881, « année zéro » pour le judaïsme tunisien — résume le tournant que l'installation du protectorat français représenta pour les communautés juives de Tunisie, dont les Bouchacha. Ses études sur les mobilisations de 1914–1918 et sur les bouleversements de la période coloniale éclairent le cadre dans lequel la famille traversa la modernité avant de se disperser.
Les protégés israélites du Consulat de France à Tunis (corpus documentaire, 1830–1913) — Non une figure individuelle, mais un corpus de dix à douze mille personnes identifiées dans les registres du consulat français à Tunis entre 1830 et 1913, permettant de retracer des ascendances jusqu'au début du XIXe siècle et parfois à la fin du XVIIIe. Ce corpus constitue la source la plus probable pour identifier, à l'avenir, des porteurs du nom Bouchacha dans la Tunisie du XIXe siècle. Il est le seuil documentaire que tout chercheur devra franchir pour transformer l'histoire collective restituée par ce livre en chronique familiale nominative.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, la lignée Bouchacha se révèle moins par une chronique d'événements singuliers — que les sources consultées ne permettent pas encore de reconstituer avec la précision des dates et des noms propres — que par sa participation profonde à un destin collectif de deux mille ans. Elle est une fibre du grand tissu du judaïsme tunisien : un nom formé selon les lois de l'onomastique judéo-arabe décrites par Laredo et Levy, une famille enracinée dans la hara de Tunis, vivant sous l'empire de la halakha, travaillant, priant, secourant ses proches, puis traversant la modernité du protectorat avant d'être arrachée à sa terre par la vague de 1956 et de reconstruire sa vie en France.
De toutes les vertus que ce livre a tenté de faire naître des faits — et non de plaquer sur eux — une se détache comme le fil rouge de chaque chapitre : la fidélité. Fidélité à la Loi dans le secret des persécutions almohades, fidélité à la langue de prière dans la hara millénaire, fidélité à la mémoire dans l'exil français. Cette fidélité ne fut jamais héroïque au sens spectaculaire du terme : elle fut discrète, quotidienne, tissée de gestes répétés — la récitation des Psaumes, la tenue du Shabbat, la transmission du nom à l'enfant suivant. C'est précisément parce qu'elle fut ainsi ordinaire et persévérante qu'elle mérite d'être reconnue comme la vertu première que la lignée Bouchacha aura exprimée, à sa mesure, au sein de la mémoire collective d'Israël.
Car ce qui fut vrai des Bouchacha le fut de milliers de lignées anonymes dont l'addition patiente, de génération en génération, constitue la véritable épopée du peuple juif : celle, non des rois et des batailles, mais des maisons où l'on transmet. En accomplissant le commandement de zakhor — souviens-toi — les descendants Bouchacha honorent non seulement leurs propres ancêtres, mais participent de cette mémoire vivante que tout Israël est appelé à porter. Ce Grand Livre n'aura pas prétendu combler tous les silences ; il aura voulu, honnêtement, les nommer — et faire de ce nom, Bouchacha, une porte ouverte sur un monde.
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参考文献
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)