Bekache 家族
Bekache 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Bekache
Introduction
À Alger, en 1927, s'éteignait un homme qui avait traversé trois continents avant de s'établir définitivement en Afrique du Nord : Chalom Bekache, rabbin, imprimeur et éditeur, figure la mieux documentée de cette lignée. Son existence à elle seule résume les forces qui ont façonné le judaïsme du XIXe siècle finissant — la mobilité de l'espace oriental, l'aspiration à la Haskala, le désir de mettre l'imprimé au service des communautés les moins pourvues. C'est par lui que commencera ce livre, parce que c'est par les faits que l'histoire doit commencer.
Le patronyme Bekache (orthographié aussi Bakkache, Bekkache, Bekache, Beccache ou Bekhache selon les documents et les époques) est un nom juif maghrébin authentique, recensé dans les répertoires des patronymes des Juifs d'Afrique du Nord. Sa morphologie arabe le rattache aux couches les plus anciennement enracinées du judaïsme méditerranéen, et sa présence en Algérie comme au Maroc témoigne d'une présence communautaire longue et vivante.
Ce Grand Livre suit honnêtement le fil de ce que les sources établissent. Il distingue à chaque étape ce qui relève de l'archive assurée, ce qui procède d'une déduction vraisemblable et ce qui appartient à la tradition reçue. Car la fidélité au vrai — la massorah du récit — est elle-même une valeur : la tradition juive enseigne que transmettre fidèlement ce que l'on sait, et taire avec honnêteté ce que l'on ignore, est un acte d'intégrité autant que de piété. C'est dans cet esprit que s'écrit l'histoire des Bekache.
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版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月13日
Chapitre 1 : Chalom Bekache à Alger — un rabbin venu de loin
L'histoire documentée de la lignée Bekache commence avec un homme d'une biographie peu commune. Chalom Bekache (1848–1927) est né à Bombay d'une famille originaire de Bagdad. Son père, Isaac Raphaël, surnommé Bekhash, avait quitté Bagdad pour s'installer en Inde. Dès l'enfance, Chalom grandit dans le milieu des Juifs bagdadiens de Bombay, une communauté marchande et lettrée qui s'était constituée au fil des migrations irakiennes vers l'Asie du Sud.
Le jeune homme choisit la voie de l'étude. Il reçut sa formation rabbinique et son ordination à Safed, en Palestine. Safed était alors l'un des grands centres de la mystique et de l'érudition juives, et y étudier signifiait s'inscrire dans une tradition kabbalistique et halakhique vivante, héritière directe des générations qui avaient fait de la ville haute de Galilée le cœur battant du judaïsme oriental depuis le XVIe siècle. Après avoir exercé comme rabbin à Acre (Akko), Bekache gagna l'Algérie en 1878.
Il se remaria à Safed en 1878 avec Marie — dite Meriem — Lachkar, originaire de Médéa, en Algérie, et c'est en la suivant qu'il vint s'établir à Alger. La tradition familiale, rapportée par l'Institut européen des musiques juives, ajoute une touche romanesque à cette migration : lors d'un pèlerinage à Safed, il rencontra une jeune femme algérienne et la suivit en Algérie.
À son arrivée, il fut d'abord nommé rabbin à Téniet-el-Haad, bourg de la région de Tiaret. Il y perdit son fils aîné né de ce mariage, Isaac, en 1881, puis devint shohet (sacrificateur rituel) à Alger de 1881 à 1922, ainsi que ministre officiant et rabbin prédicant de la synagogue Ben-Thoa. Il fut ainsi, pendant quarante ans, le rabbin de la synagogue Ben-Thoa, la plus ancienne synagogue d'Alger. Cette synagogue, la plus petite de la ville, faisait résonner à la fois les mélodies algériennes et irakiennes que Bekache avait apportées dans ses bagages.
Ce destin itinérant — Bagdad, Bombay, Safed, Acre, Alger — dit quelque chose d'essentiel sur la manière dont l'espace juif fonctionnait au XIXe siècle : non comme un territoire fixe, mais comme un réseau de communautés reliées par la Loi, la langue hébraïque, et les routes du commerce et de l'érudition. Un rabbin de Bagdad pouvait tout naturellement devenir le pasteur d'une synagogue algéroise, parce que la halakha partagée, plus que toute frontière nationale, fondait l'appartenance commune. En cela, Chalom Bekache incarne une vertu profonde du judaïsme : le rapport à l'étranger — à l'ger, à celui qui vient d'ailleurs — non comme menace mais comme enrichissement mutuel. L'Algérie le reçut ; il l'enrichit en retour de ses mélodies, de ses recettes, de ses livres.
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Chapitre 2 : L'imprimerie et la plume — Bekache éditeur des Juifs d'Algérie
Ce qui distingue Chalom Bekache parmi les rabbins de son époque, c'est l'alliance du prêche et de l'imprimé. Comprenant que les communautés juives d'Algérie, largement arabophones, avaient besoin d'une littérature accessible dans leur langue quotidienne, il se fit éditeur au plein sens du terme.
En 1885, il publia à Livourne, en judéo-arabe, Mevasser Tov, un recueil historique, géographique et littéraire, suivi d'un bulletin mensuel, Or ha-Levanah (La Lumière de la lune), consacré principalement à l'histoire et à la géographie d'Eretz Israël, dont cinq numéros parurent. Ces deux publications montrent un homme qui entendait nourrir aussi bien la curiosité intellectuelle de ses lecteurs que leur attachement à la Terre d'Israël.
Vers 1888, il établit à Alger une petite imprimerie qui produisit une vingtaine de livres en judéo-arabe, qu'il édita et traduisit lui-même. La description de ces ouvrages, telle qu'on peut la lire dans les encyclopédies de référence, révèle un programme éditorial cohérent : ils traitaient, sous forme romanesque, de l'histoire des Juifs de Babylonie et du royaume des Khazars, adaptés au niveau intellectuel de ses lecteurs. Bekache ne se contentait pas de publier des textes de dévotion ; il offrait aussi une fenêtre sur l'histoire juive large, sur les communautés orientales et leur grandeur passée.
Il fonda une maison d'édition hébraïque et publia notamment des livres français traduits en hébreu, comme ceux de Jules Verne. Cette initiative dit beaucoup sur l'homme et sur son temps : il ne craignait pas d'enjamber la frontière entre culture traditionnelle et modernité européenne, convaincu que la langue hébraïque pouvait habiller les récits d'aventures autant que les textes de la Loi. La Haskala — le mouvement des Lumières juives — s'incarne rarement de façon plus concrète que dans ce rabbin algérois qui faisait imprimer Jules Verne en hébreu pour ses fidèles.
Bekache contribua également aux périodiques hébraïques Ha-Maggid, Ha-Melits et Ha-Tsefirah. Ces trois journaux étaient les principaux organes de la presse hébraïque de l'époque, lus de Varsovie à Odessa, et dont les correspondants en Afrique du Nord étaient rarissimes. Envoyer des chroniques de l'Algérie à ces feuilles signifiait inscrire la vie juive algéroise dans le grand débat intellectuel du judaïsme ashkénaze et séfarade, briser l'isolement géographique et culturel qui pesait sur les communautés du Maghreb.
La recherche linguistique contemporaine a reconnu en Shalom Bekache l'un des représentants éminents de la Haskala en Afrique du Nord, figure d'une synthèse entre tradition et modernité. L'une de ses traductions en judéo-arabe algérien a fait l'objet d'une étude de linguistique publiée dans la revue La Linguistique en 2019, qui atteste la valeur documentaire de son œuvre pour la connaissance du judéo-arabe algérien du XIXe siècle. Il importa aussi en Algérie les recettes culinaires irakiennes de sa famille, notamment la manière particulière de préparer le harosset avec des dattes et du miel. Ainsi, jusque dans la table des fêtes, Chalom Bekache faisait circuler entre les communautés les saveurs d'un judaïsme pluriel et vivant.
Ce souci de mettre le savoir — religieux, géographique, littéraire — à la portée du plus grand nombre reflète une vertu caractéristique du monde juif dans ses meilleurs moments : l'idée que la connaissance n'est pas un privilège d'élite mais un bien à diffuser, que chaque foyer mérite d'être une maison d'étude, et que la langue du quotidien, fût-elle l'arabe dialectal d'Alger, est digne de porter les vérités les plus hautes.
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Chapitre 3 : Le monde d'où vient le nom
Pour comprendre pleinement la lignée Bekache, il faut se représenter le monde dans lequel elle s'inscrit. Le judaïsme d'Afrique du Nord est l'un des plus anciens de la diaspora : présent en Algérie et au Maroc bien avant l'islam, il s'est enrichi, à partir de la fin du XVe siècle, de l'apport massif des exilés de la péninsule Ibérique, les megorashim, chassés d'Espagne en 1492 et du Portugal en 1497. De cette rencontre entre les toshavim — les autochtones, souvent arabophones et berbérophones — et les nouveaux venus séfarades naquit la physionomie complexe du judaïsme maghrébin.
Les patronymes recensés dans les répertoires de l'onomastique juive nord-africaine témoignent de cette double sédimentation : à côté des noms d'origine ibérique, on trouve les noms de forme arabe portés par les familles les plus anciennement enracinées. La morphologie arabe du nom Bekache le rattache plutôt à cette strate autochtone, celle des Juifs de longue installation au Maghreb. Le dossier de la lignée mentionne que l'on revendique fréquemment pour ces familles une origine séfarade, mais que cette origine, pour les Bekache en particulier, n'est pas documentée avec certitude : elle demeure un horizon vraisemblable, non une réalité vérifiable.
L'histoire de Chalom Bekache lui-même illustre une autre dimension, orientale celle-là : sa famille est bagdadienne, sa formation palestinienne, et c'est l'Algérie qui lui servit de terre d'adoption définitive. Cet itinéraire est moins exceptionnel qu'il n'y paraît : le XIXe siècle vit de nombreux rabbins et marchands irakiens s'installer en Inde, à Singapour, à Shanghai, en Égypte, et même en Afrique du Nord, portant avec eux les traditions du judaïsme babylonien qui remontent à l'exil de Nabuchodonosor. La lignée Bekache est donc, au moins dans sa branche la mieux documentée, à la jonction de plusieurs mondes juifs : l'Orient babylonien, la Terre d'Israël et le Maghreb colonial.
Ce monde fut celui d'une piété tenace et d'une science talmudique vivante. Les communautés du Maroc et de l'Algérie ont produit des tribunaux rabbiniques, des académies, des poètes liturgiques et des décisionnaires dont les responsa nourrissent encore la halakha. Sans que l'on puisse rattacher la lignée Bekache dans son ensemble à ces institutions, elle appartient à ce terreau, et la figure de Chalom illustre de façon éclatante cette diffusion du savoir sacré : une société où l'étude de la Loi n'était pas l'affaire d'une élite seulement, mais une aspiration partagée, transmise dans les synagogues et les écoles de quartier.
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Chapitre 4 : Métiers, solidarité et vie communautaire dans l'Algérie juive
La vocation de rabbin, de shohet et d'éditeur de Chalom Bekache ne s'exerce pas dans le vide. Elle prend sens dans le tissu dense de la vie communautaire juive algéroise, dont il fut l'un des artisans modestes et constants.
La charge de shohet — sacrificateur rituel —, qu'il assuma de 1881 à 1922, était l'une des fonctions les plus indispensables à la vie communautaire : sans shohet, pas de viande casher, pas de respect des prescriptions alimentaires qui structurent le quotidien juif. Exercer cette fonction pendant quarante et un ans, dans la même ville, au service des mêmes familles, est un acte de dévotion silencieuse et tenace au bien commun. À cela s'ajoutait son rôle de ministre officiant et de rabbin prédicant : guider la prière, expliquer la paracha hebdomadaire, accompagner les familles dans les moments de joie et de deuil.
Les Juifs d'Algérie, dans leur ensemble, participaient d'un tissu dense d'institutions de bienfaisance — les confréries chargées d'enterrer les morts (hevra kaddisha), de doter les jeunes filles pauvres, de nourrir les indigents, d'accueillir le voyageur. La tsedaka — cette justice qui prend le visage de la charité — n'y était pas une vertu d'exception mais une obligation quotidienne, inscrite dans le rythme de la semaine et des fêtes. Une famille comme les Bekache, comme toutes celles du monde qui l'entourait, était à la fois bénéficiaire possible et contributrice de cette solidarité organisée.
Les métiers exercés par les Juifs d'Algérie au XIXe siècle couvraient un spectre large : artisanat de l'or et du métal, travail du cuir, tissage, commerce, colportage entre villes et campagnes, fonctions de change et de finance pour certaines familles. La présence de Bekache à Téniet-el-Haad, bourg éloigné de la capitale, donne à voir ce que fut l'implantation rabbinique en dehors des grandes villes : des communautés rurales ou semi-rurales qui avaient besoin d'être desservies, et des hommes prêts à s'y rendre.
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Chapitre 5 : Le tournant colonial — du *mellah* à la République
Le XIXe siècle bouleversa les équilibres anciens. En Algérie, la conquête française à partir de 1830, puis le décret Crémieux de 1870, qui accorda collectivement la citoyenneté française aux Juifs indigènes d'Algérie, transformèrent radicalement la condition juive. Les enfants qui avaient grandi dans les synagogues arabophones se retrouvèrent citoyens d'une République dont la langue officielle était le français, et dont l'école laïque leur ouvrait des horizons nouveaux.
Chalom Bekache arriva à Alger en 1878, huit ans après le décret Crémieux. Il se retrouva donc d'emblée dans cette Algérie en mutation, où les générations plus jeunes accédaient aux professions libérales et à l'enseignement français, tandis que les anciens maintenaient les cadres d'une vie communautaire hébraïsante et ararisante. Sa démarche éditoriale — publier en judéo-arabe pour rester accessible aux moins scolarisés, tout en collaborant à la presse hébraïque d'Europe — incarne précisément ce double mouvement : ancrer les lecteurs dans leur culture vivante, les relier à la modernité juive internationale.
L'action éducative de l'Alliance israélite universelle, présente en Algérie à partir du second XIXe siècle, ouvrait les nouvelles générations au français. Les familles portant le nom Bekache s'inscrivent dans ce basculement. On rencontre le patronyme dans l'Algérie de la fin du XIXe et du XXe siècle, et la trajectoire d'ensemble est celle de tout le judaïsme nord-africain : un passage rapide, en deux ou trois générations, du monde du mellah à celui de la ville moderne, des professions libérales, de l'enseignement et de la médecine.
Cette entrée dans la modernité fut aussi une épreuve pour la fidélité. Elle mit en tension l'attachement à la Loi et l'attrait de l'émancipation, la langue des pères et celle de l'école. La soif de connaissance mise au service du soin des autres — la médecine en particulier — prolonge, dans le vocabulaire de la modernité, l'antique commandement de sauver une vie, pikouah nefesh, qui vaut selon la tradition sauvegarde d'un monde entier. Le petit-fils de Chalom, Jean Bécache, né à Alger en 1911, fut ainsi docteur en médecine et premier prix de violon du Conservatoire d'Alger — double vocation qui dit à elle seule le chemin parcouru en une génération.
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Chapitre 6 : L'onomastique et la mémoire du nom
Le nom Bekache est répertorié parmi les patronymes des Juifs du Maroc dans l'ouvrage de référence d'Abraham Laredo, qui a entrepris de classer et d'expliquer, avec une rigueur philologique, plusieurs milliers de noms portés par les communautés juives maghrébines. Ce classement seul suffit à établir un fait solide : Bekache est un patronyme juif maghrébin authentique, non une graphie isolée ou accidentelle.
Sur le plan linguistique, la forme du nom oriente vers une racine arabe. Plusieurs noms judéo-maghrébins bâtis sur un radical proche évoquent l'idée de « pleurer » ou d'« appeler » (racine b-k-y / b-k-h), tandis que d'autres se rattachent à des surnoms de métier ou de trait physique, selon un procédé de formation patronymique extrêmement courant chez les Juifs d'Afrique du Nord. En l'absence de certitude documentaire, la prudence s'impose : la signification exacte demeure discutée, et seul le rattachement à l'aire linguistique arabo-maghrébine peut être tenu pour acquis.
Les variantes graphiques — Bekache, Bakkache, Bekkache, Beccache, Bekhache, Bekhash — reflètent la rencontre entre plusieurs systèmes d'écriture et d'administration : les registres rabbiniques en hébreu et en judéo-arabe, puis les actes d'état civil français qui translittéraient ces noms avec leurs propres conventions phonétiques. La famille de Chalom est désignée tantôt Bekache, tantôt Beccache ou Bécache dans les documents algérois du XIXe et du XXe siècle. La forme Bekhash, attachée à son père Isaac Raphaël dans les sources de l'encyclopédie orientale, représente quant à elle la translittération de la prononciation irakienne du nom.
Ce que cette pluralité de formes révèle, en définitive, c'est la capacité du nom à traverser les frontières linguistiques et culturelles sans se perdre. Adopter et transmettre un patronyme de forme arabe n'était pas, pour ces communautés, un reniement mais une manière d'habiter pleinement leur terre, entre l'hébreu de la prière et l'arabe du quotidien. Cette faculté à vivre à la lisière de deux mondes sans renoncer à soi — une tolérance vécue, un rapport apaisé à la langue de l'autre — est l'une des grandes vertus que la diaspora d'Israël a cultivées le long des rives de la Méditerranée.
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Chapitre 7 : L'exil, la dispersion et *zakhor*
Le milieu du XXe siècle marqua la fin d'une présence millénaire. Entre la Seconde Guerre mondiale — pendant laquelle le régime de Vichy abrogea le décret Crémieux et frappa les Juifs d'Algérie de mesures d'exclusion — et l'indépendance de l'Algérie en 1962, la quasi-totalité des Juifs d'Algérie quittèrent leur terre pour la France, Israël, le Canada et d'autres horizons. Les Bekache, comme leurs coreligionnaires, connurent cette dispersion : familles séparées, communautés démembrées, cimetières laissés derrière soi, et l'immense tâche de recommencer.
Chalom Bekache était décédé à Alger en 1927, avant ces bouleversements. Mais la famille qu'il avait fondée et les fidèles qu'il avait servis firent, comme tous les Juifs d'Algérie, l'expérience de l'exil. La France — Paris, Dreux, les grandes villes du Midi — devint la terre d'accueil d'une majorité de ces familles après 1962. D'autres gagnèrent Israël, où la culture judéo-arabe de leurs parents s'estompa lentement dans le creuset du pays.
Ici, l'histoire cède la place à la mémoire. Ce qui subsiste de la lignée, pour beaucoup de ses branches, tient désormais moins dans les registres d'état civil que dans les récits transmis à la table des fêtes : le souvenir d'un aïeul pieux, d'une grand-mère qui allumait les bougies du shabbat, des livres imprimés à Alger et qui ont traversé la mer. Cette mémoire, par nature fragile et par endroits impossible à vérifier dans le détail, est pourtant le lieu véritable où la famille se sait famille. La tradition juive lui donne un nom et une dignité : zakhor, « souviens-toi ». Se souvenir n'y est pas nostalgie mais devoir, fondement de l'identité et de la transmission aux enfants.
C'est pourquoi la vertu maîtresse de cette dernière étape est celle de la fidélité mémorielle : la capacité d'une lignée dispersée à demeurer une, à travers les mers et les langues, par le seul fil du souvenir partagé et du nom transmis. En cela, l'histoire singulière des Bekache rejoint l'expérience la plus profonde d'Israël, peuple qui a fait de la mémoire, plus que de la terre même, le socle de sa permanence.
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Les grandes figures
Chalom Bekache (שלום בקאש) (1848–1927) — Né à Bombay d'une famille bagdadienne dont le père, Isaac Raphaël Bekhash, avait émigré d'Irak vers l'Inde, Chalom reçut son ordination rabbinique à Safed et exerça d'abord à Acre, avant de gagner l'Algérie en 1878. Il fut rabbin à Téniet-el-Haad puis shohet, ministre officiant et rabbin prédicant de la synagogue Ben-Thoa d'Alger — la plus ancienne de la ville — pendant quarante ans. Vers 1888, il fonda une imprimerie hébraïque à Alger qui produisit une vingtaine d'ouvrages en judéo-arabe, dont des récits historiques sur les Juifs de Babylonie et le royaume des Khazars, ainsi que des traductions — Jules Verne compris. Contributeur aux périodiques Ha-Maggid, Ha-Melits et Ha-Tsefirah, il est reconnu par la recherche contemporaine comme l'un des représentants majeurs de la Haskala en Afrique du Nord. Il s'éteignit à Alger en 1927, laissant une œuvre imprimée rare et une descendance dont le petit-fils Élisée fut médecin et musicien à Alger et Dreux.
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Conclusion
Au terme de cette enquête, le portrait de la lignée Bekache s'est enrichi d'une figure centrale et bien documentée, qui en révèle la complexité et la richesse : celle de Chalom Bekache, rabbin itinérant, imprimeur infatigable et passeur de culture, dont le destin a enjambé Bagdad, Bombay, Safed, Acre et Alger pour s'achever dans la plus vieille synagogue d'Algérie.
Ce que l'archive établit désormais avec fermeté : Bekache est un patronyme juif maghrébin authentique, recensé dans les répertoires de l'onomastique nord-africaine. Et dans ce nom a vécu, entre 1878 et 1927, un homme dont la biographie incarne plusieurs des grandes vertus que le judaïsme a portées à travers les siècles.
De toutes ces vertus, deux dominent dans l'histoire des Bekache. La première est la fidélité : fidélité au nom, à la mémoire et à la transmission — fidélité d'un homme qui consacra quarante ans à la même synagogue et à la même communauté, et que des descendants dispersés continuent de porter. La seconde est le souci de l'autre par le savoir : la conviction que publier, traduire, mettre l'imprimé au service des communautés les moins pourvues, c'est un acte d'amour autant que d'érudition — un prolongement, dans le vocabulaire de la Haskala, de la charité quotidienne et du commandement de pikouah nefesh.
Ces vertus ne sont pas propres aux seuls Bekache : elles sont celles d'Israël, peuple qui, privé si souvent de tout, n'a jamais cessé d'enseigner, de transcrire, de transmettre. En faisant imprimer Jules Verne en hébreu et les Juifs de Babylonie en judéo-arabe algérien, Chalom Bekache a accompli, dans un atelier discret d'Alger, quelque chose que la tradition juive honore depuis des millénaires : il a rendu le monde plus lisible pour son prochain.
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参考文献
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)