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Zakhor
vers 930 · Tibériade

Le correcteur

Un scribe a copié la Bible entière. Un autre homme a passé sa vie à poser dessus les points, les accents et les notes qui disent comment la lire.

УстановленоMassorètesTexteTibériadeTransmission

L’hébreu s’écrit sans voyelles. Un même groupe de consonnes peut se lire de plusieurs façons, et la différence change le sens.

Pendant des siècles, la lecture juste a été transmise oralement, de maître à élève, en même temps que le texte écrit.

Les massorètes sont ceux qui ont entrepris de la fixer par écrit.

Le codex

Vers 930, un scribe nommé Salomon copie la Bible hébraïque entière — l’ouvrage qu’on appellera plus tard le codex d’Alep.

Aaron ben Moché ben Asher, à Tibériade, le relit, le vocalise et l’édite : il y pose les points-voyelles, les accents de cantillation, et les notes marginales qui comptent les mots et signalent les formes rares.

Il est le dernier d’une lignée de massorètes, et son travail sur ce manuscrit est l’aboutissement de plusieurs générations de la même famille.

Ce que la massore est

Un appareil de contrôle. Les notes disent combien de fois un mot apparaît dans tout le corpus, où se trouvent les orthographes irrégulières, quelle lettre est la médiane d’un livre.

Ce sont des sommes de vérification, six siècles avant qu’on en donne le nom. Un copiste qui recompte et ne tombe pas juste sait qu’il s’est trompé.

Le système tibérien place les voyelles SOUS les lettres, contrairement au système babylonien qui les met au-dessus. C’est le tibérien qui l’a emporté, et c’est celui qu’on imprime aujourd’hui.

Comment cela est devenu la norme

Deux siècles plus tard, Maïmonide consulte ce codex pour établir les règles de copie des rouleaux de la Torah dans le Michné Torah, et le désigne comme la référence.

Un texte devient autorisé parce qu’une autorité s’en sert, et le dit. C’est le même mécanisme que la pagination de Bomberg cinq siècles après : un exemplaire particulier devient la norme parce que quelqu’un de reconnu l’a choisi.

Ben Asher, lui, n’a probablement jamais su qu’il faisait autre chose que son travail.

Ce que ce métier engage

Le massorète n’écrit rien. Il ne commente pas, il n’interprète pas, il n’ajoute pas une ligne.

Il passe sa vie à garantir qu’un texte qu’il n’a pas composé sera lu demain comme il l’est aujourd’hui.

C’est la définition même de ce que ce site essaie de faire, et c’est un travail qui ne se voit que lorsqu’il n’est pas fait.