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Zakhor
1962 – 1963 · Jérusalem

Quatre critères

Comment décide-t-on qu’un homme a sauvé quelqu’un ? Une commission présidée par un juge de la Cour suprême a dû l’écrire.

УстановленоJustesYad VashemPreuveReconnaissance

L’Allée des Justes, à Yad Vashem, est inaugurée le jour de la mémoire de la Shoah, en 1962. On y plante un arbre pour chaque sauveteur.

En 1963, une commission d’experts, présidée par un membre de la Cour suprême d’Israël, est constituée pour fixer les critères de la distinction.

Il fallait décider ce qui compte.

Les quatre critères

Le sauveteur doit être non juif. Il doit avoir posé un acte concret de sauvetage. Il doit avoir couru un risque — pour sa vie, sa liberté ou sa position.

Il ne doit pas avoir exigé ni reçu de contrepartie comme condition de son aide.

Et il faut une preuve : le témoignage des sauvés, ou une documentation vérifiable.

Ce que chaque critère écarte

Le risque écarte celui qui aidait sans rien encourir — ce qui exclut de fait des pays où cacher un Juif ne coûtait rien.

L’absence de contrepartie écarte ceux qui ont été payés. La commission a longuement discuté ce point : beaucoup de sauveteurs ont reçu de l’argent sans que ce fût la condition de leur geste, et la distinction se joue sur ce mot.

L’exigence de preuve, enfin, fait dépendre la reconnaissance de la survie. Celui qui a caché une famille entièrement assassinée ensuite n’a personne pour témoigner. Il ne sera jamais reconnu.

Ce que le dispositif suppose

Reconnaître un Juste, c’est instruire un dossier, entendre des témoins, examiner des pièces, et rendre une décision motivée. C’est une procédure judiciaire appliquée à la vertu.

Cela peut surprendre, et c’est pourtant le seul moyen d’éviter que la distinction ne soit accordée sur la réputation, la nationalité ou la pression diplomatique.

Un titre qu’on donne sans preuve ne vaut rien pour ceux qui le reçoivent, et il abîme ceux qui l’ont mérité.

Ce que le titre ne mesure pas

Plus de vingt-huit mille personnes ont été reconnues. Ce nombre ne dit pas combien ont sauvé : il dit combien on a pu établir.

Il est structurellement biaisé vers les pays où des survivants sont restés pour témoigner, et vers ceux où les archives ont subsisté.

C’est la limite de tout dispositif de preuve, et Yad Vashem le dit lui-même. On ne compte pas les Justes : on compte les dossiers.