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Zakhor
1814 – 1851 · Eidsvoll, Norvège

Le deuxième paragraphe

La constitution la plus libérale de son temps interdit l’entrée du pays aux Juifs. Il faudra quatre votes et trente-sept ans pour effacer la phrase.

УстановленоNorvègeConstitutionExclusionWergeland

Le 10 avril 1814, cent douze représentants élus se réunissent à Eidsvoll pour faire de la Norvège un pays libre, indépendant et indivisible.

La constitution qu’ils adoptent en mai passe pour la plus libérale d’Europe : suffrage large, séparation des pouvoirs, liberté de la presse.

Son deuxième paragraphe interdit aux Juifs l’accès au royaume. Il exclut aussi les jésuites et les ordres monastiques.

Ce que la coexistence des deux signifie

L’exclusion n’est pas une survivance qu’on aurait oublié d’abroger : elle est écrite, en 1814, par des hommes qui se croient et se veulent modernes.

Elle est plus radicale que ce qui existait alors ailleurs : il ne s’agit pas de limiter des droits, mais d’interdire l’ENTRÉE du territoire.

Un texte peut être libéral et exclusif dans la même page. Il l’est même d’autant plus facilement que la liberté qu’il proclame est celle d’un peuple défini d’avance.

Wergeland

Henrik Wergeland, poète, fils d’un des constituants d’Eidsvoll, dépose sa première proposition d’abrogation au Storting en 1839, accompagnée d’un long mémoire, et publie en 1841 son essai sur la question juive.

Il n’avait, autant qu’on sache, jamais rencontré de Juif — la loi y veillait.

Il meurt en 1845, à trente-sept ans, sans avoir vu aboutir son combat.

Quatre votes

Une révision constitutionnelle exige les deux tiers du Parlement. La motion obtient la majorité simple en 1842, en 1845 et en 1848 — et échoue les trois fois.

Elle passe enfin en juin 1851.

Trois majorités successives n’ont pas suffi à effacer une phrase. C’est ce que produit un texte fondamental : il protège aussi ce qu’on regrette d’y avoir mis.

Le retour de la phrase

La clause a été réintroduite de 1942 à 1945 par le régime de Quisling.

Sur environ deux mille Juifs de Norvège, plus de sept cent cinquante ont été déportés ; une trentaine sont revenus. Les autres ont été sauvés par le passage clandestin vers la Suède.

Un pays peut mettre trente-sept ans à retirer une phrase de sa constitution, et trois ans à l’y remettre.