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Zakhor
depuis les années 1980 · Kotta Reddy Palem, Andhra Pradesh

Les Bene Ephraim

Dans un village du sud de l'Inde, des familles de caste intouchable déclarent descendre d'une tribu perdue et se remettent à observer le chabbat.

ПредположительноIndeTribus perduesCasteConversion

Kotta Reddy Palem est un village rural de l'Andhra Pradesh, dans le sud-est de l'Inde. Une centaine de familles y observent le chabbat, la circoncision et des règles alimentaires juives, et prient dans une synagogue bâtie à côté de la maison de leur chef de communauté.

Elles s'appellent les Bene Ephraim — les enfants d'Éphraïm — et se disent descendantes d'une des tribus perdues d'Israël.

Qui elles sont

Ces familles appartiennent à la caste madiga, classée parmi les Dalits — les intouchables. C'est un fait central et il ne faut pas le contourner : la communauté est pauvre, et sa condition sociale est celle que le système de castes réserve à ce groupe.

Elles étaient chrétiennes, converties par des missions au XIXᵉ ou au XXᵉ siècle, comme beaucoup de Dalits qui trouvaient dans le christianisme une sortie du statut.

À partir des années 1980, une partie d'entre elles se tourne vers le judaïsme, sous l'impulsion de la famille Yacobi. Shmuel Yacobi a mené un travail linguistique sur le télougou, où il dit relever de nombreux mots d'origine hébraïque et araméenne.

Ce que la rubrique ne peut pas établir

La revendication d'une ascendance israélite ancienne n'est étayée par aucune preuve historique, archéologique ou génétique. Les rapprochements lexicaux proposés ne sont pas retenus par la linguistique.

C'est pourquoi ce récit est au registre de la conjecture — le seul de la rubrique à ce niveau, et c'est délibéré. On ne dit pas que c'est faux : on dit qu'aucune méthode disponible ne permet de l'établir.

Le grand rabbinat d'Israël ne les reconnaît pas comme juifs. Ceux qui veulent l'être passent par une conversion, comme les descendants d'Iquitos.

Ce qui est établi, et qui est plus intéressant

Ce qu'on observe, en revanche, ne fait aucun doute : des familles pratiquent, depuis quarante ans, avec constance et dans des conditions matérielles difficiles.

Les offices se tiennent en hébreu et en télougou. La fille du chef de communauté a établi des livres de prière translittérés en télougou pour que chacun puisse suivre. Les femmes y prennent une part active — elles conduisent des chants et montent à la Torah, ce qui n'est le cas ni chez les Bene Israel ni chez les Juifs de Cochin.

Une communauté née d'une revendication invérifiable a donc développé une pratique réelle, et une pratique qui lui est propre.

Une question que ce cas pose au judaïsme

L'Inde compte déjà trois groupes juifs anciens — Cochin, les Bene Israel, les Bagdadis — dont chacun a dû, à un moment, faire reconnaître sa judéité par d'autres.

Les Bene Israel ont attendu jusqu'aux années 1960 que le rabbinat israélien lève ses réserves à leur endroit. Les Malabari de Cochin ont été tenus quatre siècles à distance par les Paradesi.

Le cas des Bene Ephraim rejoue donc, à une génération d'écart, une question qui a toujours été là : qui décide de qui appartient, et sur quelle preuve. Y répondre par l'ancienneté attestée écarterait, appliqué rétroactivement, la moitié des communautés que l'histoire juive a fini par accueillir.