Ézéchiel (Yehezkel, יְחֶזְקֵאל) (vers 622 – vers 570 av. J.-C.) — Prêtre issu de la famille de Bouzi, déporté à Babylone lors de la déportation de 597 av. J.-C. Appelé à la prophétie en 593, au bord du canal du Kebar, il annonça d'abord la ruine de Jérusalem, puis la restauration d'Israël. Sa vision du char divin, sa vallée des ossements desséchés, sa théologie de la responsabilité individuelle et son Temple idéal comptent parmi les pages les plus influentes de la Bible hébraïque. Il laisse un livre qui deviendra la source de toute une mystique et le foyer d'un débat philosophique et halakhique ininterrompu.
Jojakin (Yehoyakhin, יְהוֹיָכִין) (vers 615 – après 560 av. J.-C.) — Roi de Juda déporté à Babylone en 597 av. J.-C. Sa captivité sert de repère chronologique à Ézéchiel lui-même, qui date ses oracles à partir des années de cet exil royal. Figure de la royauté davidique humiliée, il incarne l'effondrement politique dont le prophète tire la matière de sa prédication. Sa libération tardive de prison, mentionnée à la fin du second livre des Rois, a entretenu dans la tradition un mince fil d'espérance dynastique.
Bouzi (Buzi, בּוּזִי) (dates inconnues) — Prêtre, père d'Ézéchiel, connu uniquement par la mention liminaire du livre. C'est de lui qu'Ézéchiel tient son ascendance sacerdotale, laquelle explique l'obsession du prophète pour le Temple, la pureté rituelle et l'organisation du culte. Il n'a laissé aucune trace propre, mais sa lignée détermine l'identité même de son fils et fonde l'autorité de sa parole dans une société où le sacerdoce était héréditaire.
Nabuchodonosor II (Nebuchadnezzar) (vers 634 – 562 av. J.-C.) — Roi de Babylone, figure de la puissance impériale qui encadre tout le ministère d'Ézéchiel. C'est lui qui conduit les deux grandes déportations de Juda (597 et 586 av. J.-C.) et détruit le Temple de Jérusalem. Dans les oracles d'Ézéchiel, il est à la fois l'instrument du châtiment divin contre Jérusalem et la cible d'oracles contre les nations (chapitres 26 à 32). Sa présence historique donne au livre sa colonne vertébrale politique.
Maïmonide (Moshe ben Maïmon, רמב״ם) (1138–1204) — Philosophe et codificateur juif né à Cordoue. Dans le Guide des égarés, il rangea l'interprétation de la vision du char parmi les plus hauts secrets métaphysiques, jugeant qu'elle voilait une science de l'univers accessible aux seuls philosophes. Sa lecture rationaliste marqua durablement la réception d'Ézéchiel et alimenta les débats entre mystiques et philosophes médiévaux. Il relie ainsi le prophète de l'exil à la grande tradition intellectuelle séfarade et à la pensée aristotélicienne.
Gershom Scholem (1897–1982) — Historien de la mystique juive, né à Berlin, actif à Jérusalem. Il reconstruisit la continuité entre la vision d'Ézéchiel et les courants ésotériques du judaïsme, faisant du Maaseh Merkavah la première grande phase de la mystique juive. Ses travaux sur le gnosticisme juif et la tradition talmudique, notamment Les grandes tendances de la mystique juive (1950) et Jewish Gnosticism (1960), demeurent fondateurs. Il a fait d'Ézéchiel la clé de voûte d'une histoire longue de la contemplation du trône divin.
André Neher (1914–1988) — Philosophe et penseur juif français, professeur à Strasbourg puis installé en Israël. Sa lecture d'Ézéchiel, développée notamment dans L'Essence du prophétisme (1955) et dans ses réflexions sur le silence, met en lumière le prophète comme figure du silence contraint, du signe-vivant et de la parole brisée. Il montre comment Ézéchiel porte dans son propre corps le drame de la destruction, et comment de cette mutilation naît paradoxalement un discours fondateur pour le judaïsme post-exilique.