Geografische oorsprong: Vienne → Stockholm
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Le nom Meitner appartient à cette catégorie de patronymes juifs d'Europe centrale dont la forme, la sonorité et la répartition géographique dessinent, en creux, l'itinéraire d'une communauté longtemps établie dans l'espace austro-hongrois. Rendu illustre au XXᵉ siècle par la physicienne Lise Meitner, l'une des figures majeures de la physique nucléaire, ce nom recouvre pourtant une histoire familiale et onomastique bien antérieure, enracinée dans le judaïsme des terres de la couronne des Habsbourg — la Basse-Autriche, la Moravie, la Bohême et la Slovaquie actuelle.
Étudier la « lignée Meitner » suppose de distinguer deux plans que le présent ouvrage s'efforce de tenir simultanément : celui de l'onomastique juive, qui rattache le patronyme à des mécanismes historiques précis de formation des noms de famille juifs, et celui de la mémoire familiale et biographique, dont la trajectoire de Lise Meitner et de ses proches constitue le témoin le plus documenté. Là où l'archive fait défaut, nous adoptons la prudence de l'historien, signalant les hypothèses comme telles. Là où la recherche onomastique de référence — au premier rang de laquelle les dictionnaires d'Alexander Beider et de Lars Menk — offre un socle solide, nous nous y appuyons résolument [Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est et judéo-allemands].
Ce Grand Livre ne prétend pas reconstituer une généalogie continue depuis le Moyen Âge — pareille ambition serait, pour la plupart des familles juives d'Europe centrale, illusoire avant la fin du XVIIIᵉ siècle. Il propose plutôt une histoire raisonnée : celle d'un nom, des conditions de son apparition, des communautés qui l'ont porté, et de la manière dont une famille viennoise assimilée, issue de cette matrice, a donné au siècle des sciences l'une de ses conquérantes les plus discrètes.
Le patronyme Meitner s'inscrit dans le vaste corpus des noms de famille juifs de langue allemande, dont la formation obéit à des logiques que la recherche onomastique moderne a méthodiquement reconstituées. Comme l'a démontré Lars Menk pour l'aire judéo-allemande, et Alexander Beider pour la Galicie, la Pologne et l'Empire russe, l'immense majorité des noms de famille juifs héréditaires ne se fixent qu'à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, sous l'effet des législations impériales imposant l'adoption de patronymes stables [Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est et judéo-allemands].
Dans la monarchie des Habsbourg, ce tournant décisif fut le Toleranzpatent de Joseph II (1782) et surtout l'édit de 1787 (Hofdekret) qui contraignit les Juifs des terres autrichiennes à porter un nom de famille germanique fixe et héréditaire — mesure étendue ensuite à la Galicie et aux autres provinces. C'est dans ce cadre administratif que la plupart des patronymes juifs de forme allemande furent adoptés ou officialisés.
Sur le plan de la formation, Meitner présente les caractéristiques d'un nom de type toponymique, c'est-à-dire dérivé d'un nom de lieu par l'adjonction du suffixe germanique -er, marqueur d'origine ou de provenance (« celui de… », « originaire de… »). Ce mécanisme est l'un des plus productifs de l'onomastique juive ashkénaze, comme le documentent abondamment les travaux de Beider : un très grand nombre de patronymes juifs d'Europe centrale renvoient au lieu d'origine d'un ancêtre — village, bourg ou ville [Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est et judéo-allemands]. La racine Meit- / Meid- est susceptible de renvoyer à des localités portant des noms tels que Meiten, Maidan ou des formes apparentées attestées dans l'aire germano-slave, sans qu'une identification unique et certaine puisse être établie : la prudence onomastique impose ici de parler d'une origine toponymique probable plutôt que d'une étymologie assurée.
Il convient de distinguer Meitner de patronymes phonétiquement voisins tels que
Les porteurs du nom Meitner apparaissent, aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, dans l'espace correspondant à l'actuelle Autriche, à la Moravie et à la Bohême (aujourd'hui en République tchèque), ainsi que dans les marges slovaques de l'ancien royaume de Hongrie. Cette répartition n'a rien de fortuit : elle épouse la carte des grandes communautés juives des terres héréditaires des Habsbourg, où le judaïsme, quoique soumis à de sévères restrictions résidentielles avant les réformes joséphines, était solidement implanté depuis le Moyen Âge.
La Moravie occupe ici une place singulière. Ses « communautés » juives (kehillot) — Nikolsburg (Mikulov), Prossnitz (Prostějov), Boskowitz (Boskovice), Trebitsch (Třebíč), Ungarisch-Brod (Uherský Brod) et bien d'autres — comptaient parmi les plus anciennes et les plus organisées de toute l'Europe centrale. Le système des Familianten (lois de familles limitant le nombre de foyers juifs autorisés) contraignit longtemps les cadets à émigrer vers la Hongrie voisine ou vers Vienne, ce qui explique la diffusion des familles moraves vers la capitale impériale au cours du XIXᵉ siècle. Il est probable, au vu de la distribution du patronyme, que la famille Meitner devenue viennoise se rattache à cette matrice morave ou bohémienne, sans qu'un acte fondateur unique puisse en attester — l'hypothèse relève ici de l'histoire raisonnée plutôt que de la preuve documentaire.
La levée progressive des restrictions, après 1848 puis avec la Constitution de décembre 1867 qui accorda l'égalité civile complète aux Juifs de la monarchie austro-hongroise, ouvrit une ère de mobilité et d'ascension. Vienne devint l'aimant de cette migration intérieure : des dizaines de milliers de Juifs de Bohême, de Moravie, de Galicie et de Hongrie s'y installèrent, formant une bourgeoisie cultivée, entreprenante, et rapidement engagée dans les professions libérales, le commerce, la médecine, le droit et les sciences. C'est dans ce Vienne libéral de la fin du XIXᵉ siècle que se cristallise la branche la mieux connue de la lignée Meitner.
Au cœur documenté de la lignée se trouve Philipp Meitner (1839–1910), avocat (Rechtsanwalt) à Vienne, figure caractéristique de cette bourgeoisie juive assimilée et libérale de la capitale des Habsbourg. Homme des Lumières, joueur d'échecs réputé, libre-penseur, il incarne cette génération qui, bénéficiant de l'émancipation de 1867, put accéder aux professions juridiques autrefois fermées aux Juifs. Il épousa Hedwig Skovran, femme cultivée et musicienne, dont le couple eut huit enfants.
La famille appartenait à la communauté juive de Vienne (Israelitische Kultusgemeinde Wien), tout en cultivant un rapport largement sécularisé à la tradition, typique de la bourgeoisie juive viennoise de l'époque. Plusieurs des enfants se firent baptiser à l'âge adulte — mouvement fréquent dans ce milieu où l'assimilation, l'intégration sociale et parfois la conviction personnelle se conjuguaient. Lise Meitner elle-même reçut le baptême protestant en 1908, tout en n'ayant jamais renié ses origines et en subissant plus tard, dans l'Allemagne nazie, les persécutions dirigées contre les Juifs indépendamment de toute conversion — rappel tragique que, pour les lois raciales, l'appartenance juive relevait de l'ascendance et non de la foi.
Le foyer Meitner accordait une grande valeur à l'éducation, y compris pour les filles, ce qui était loin d'aller de soi dans l'Autriche de la fin du XIXᵉ siècle, où l'accès des femmes aux universités demeura longtemps entravé. Cet environnement intellectuel, laïque et exigeant, constitue l'arrière-plan indispensable pour comprendre l'émergence de la figure scientifique qui rendit le nom célèbre.
Elise « Lise » Meitner naquit à Vienne en 1878, troisième des huit enfants de Philipp et Hedwig. Elle fut l'une des toutes premières femmes admises à l'université de Vienne, où elle étudia la physique et fut, en 1905, l'une des premières femmes à y obtenir un doctorat en physique, sous la direction indirecte de l'influence de Ludwig Boltzmann, dont l'approche théorique la marqua durablement.
En 1907, elle s'installa à Berlin, alors capitale mondiale de la physique, pour suivre les cours de Max Planck. C'est là qu'elle noua avec le chimiste Otto Hahn une collaboration scientifique qui allait durer plus de trente ans. Travaillant d'abord dans des conditions difficiles — les femmes n'étant initialement pas admises dans les laboratoires, elle dut œuvrer dans un local d'appoint —, elle s'imposa peu à peu comme une physicienne de premier plan, spécialiste de la radioactivité. En 1918, Hahn et elle annoncèrent la découverte de l'élément protactinium. Elle devint l'une des premières femmes professeures de physique en Allemagne et dirigea une section au Kaiser-Wilhelm-Institut de chimie.
L'accession des nazis au pouvoir en 1933, puis l'Anschluss de 1938 qui la priva de la protection de sa nationalité autrichienne, la contraignirent à fuir l'Allemagne. Réfugiée en Suède, à Stockholm, elle continua néanmoins de correspondre avec Hahn. À la fin de 1938, lorsque Hahn et Fritz Strassmann observèrent que le bombardement de l'uranium par des neutrons produisait du baryum — résultat chimiquement incompréhensible dans le cadre de l'époque —, ce fut Lise Meitner qui, avec son neveu Otto Robert Frisch, fournit lors de l'hiver 1938-1939 l'interprétation théorique du phénomène : le noyau d'uranium s'était scindé en deux. Ils forgèrent pour le décrire le terme de fission nucléaire (nuclear fission), par analogie avec la division cellulaire, et en calculèrent le prodigieux dégagement d'énergie à partir de l'équation d'Einstein.
Cette contribution théorique fut décisive pour la compréhension du phénomène qui allait bouleverser le XXᵉ siècle. Pourtant, le prix Nobel de chimie de 1944 fut décerné à
La lignée Meitner ne se transmit pas seulement par le sang, mais aussi par la filiation intellectuelle. Otto Robert Frisch (1904–1979), fils d'Auguste Meitner-Frisch — sœur de Lise — et du peintre-graveur Justinian Frisch, fut lui-même un physicien de premier plan. Co-auteur de l'interprétation de la fission avec sa tante en 1939, il joua ensuite un rôle dans les recherches atomiques britanniques et américaines, notamment au sein du projet Manhattan, avant de poursuivre une carrière académique à Cambridge. Sa trajectoire illustre la manière dont une même famille viennoise, dispersée par l'exil, essaima ses talents à travers l'Europe et le monde anglo-saxon.
Ce chapitre relève de l'intersection entre l'histoire établie et la mémoire familiale : les faits scientifiques sont solidement documentés, mais le récit de la collaboration entre la tante et le neveu — la promenade dans la neige suédoise où, dit-on, l'idée de la fission prit forme — appartient aussi à une tradition narrative que Frisch lui-même a contribué à fixer dans ses mémoires. L'archive et le témoignage se répondent ici : le souvenir personnel vient colorer, sans le contredire, le fait scientifique.
Le destin de la famille Meitner épouse ainsi le destin tragique et fécond du judaïsme d'Europe centrale : enracinement dans les terres de Bohême-Moravie, ascension dans le Vienne libéral, contribution éclatante à la science et à la culture allemandes, puis exil forcé sous la persécution nazie. Beaucoup de familles juives viennoises portant des noms voisins furent déportées et anéanties durant la Shoah ; la branche des scientifiques, sauvée par l'émigration, put transmettre son héritage. Lise Meitner mourut à Cambridge en 1968, à quelques jours de son quatre-vingt-dixième anniversaire, peu après la mort d'Otto Hahn. Son épitaphe, composée par Frisch, la décrit comme une physicienne qui ne perdit jamais son humanité.
L'histoire de la lignée Meitner condense, en un nom, plusieurs siècles d'expérience juive en Europe centrale. À l'origine, un patronyme de formation vraisemblablement toponymique, fixé dans le cadre des législations impériales des Habsbourg à la fin du XVIIIᵉ siècle, et porté par des familles réparties entre la Basse-Autriche, la Moravie et la Bohême [Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est et judéo-allemands]. Puis, à la faveur de l'émancipation de 1867, l'ascension d'une famille viennoise assimilée, celle de l'avocat Philipp Meitner, dont le foyer cultivé donna naissance à Lise Meitner.
Le nom Meitner incarne enfin la double face du destin juif au XXᵉ siècle : l'excellence scientifique et culturelle atteinte dans le monde germanique, et la brutalité de la persécution qui en chassa ses porteurs. Que le nom d'une réfugiée juive contrainte à l'exil orne aujourd'hui la table périodique des éléments — sous la forme du meitnérium — constitue une forme de justice historique et une consécration éclatante. La lignée Meitner, des kehillot moraves aux laboratoires de Berlin, de Vienne et de Stockholm, demeure ainsi l'un des plus beaux témoins de ce que fut, dans sa grandeur et sa tragédie, la civilisation juive d'Europe centrale.
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Le Grand Livre — Meitner — Zakhor, https://zakhor.ai/nl/grands-livres/familles/meitnerLise Meitner
physicienne · 1878-1968
De Centrale Databank van Namen van Shoah-slachtoffers van Yad Vashem vermeldt de vrouwen, mannen en kinderen die tijdens de Shoah werden vermoord. U kunt er zoeken naar de personen die de naam Meitner droegen.
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