Juifs de Francfort (Judengasse)
Regio: Allemagne (Hesse)
register Geheugen · bewaarder, geen eigenaar
Gepubliceerd op 17 augustus 2026
Gemeenschap opgesloten sinds 1462 in de Judengasse, een van de grootste gettos van Europa, wieg van de familie Rothschild. Dit was een belangrijk centrum van neotraditionalistische orthodoxie in de negentiende eeuw.
Introduction
La communauté juive de Francfort-sur-le-Main occupe, dans l'histoire des diasporas du judaïsme ashkénaze, une place singulière. Pendant plus de trois siècles et demi, ses membres ont vécu, prié, commercé, étudié et péri à l'intérieur d'une rue unique, étroite et close : la Judengasse, la « ruelle des Juifs ». Cet espace contraint — l'un des premiers ghettos institués de l'Empire et l'un des plus densément peuplés d'Europe — devint paradoxalement le théâtre d'une vie communautaire d'une richesse exceptionnelle, où coexistèrent l'oppression juridique la plus minutieuse et l'éclat d'une culture religieuse, économique et intellectuelle de premier ordre.
Comprendre cet espace, c'est tenir ensemble deux récits apparemment contradictoires : celui de l'enfermement et de la discrimination, codifiés dans des règlements impériaux et municipaux d'une précision implacable ; et celui d'une vitalité communautaire qui donna naissance à la dynastie des Rothschild, au mouvement de l'orthodoxie néo-traditionnelle, à l'une des plus grandes collections de judaica et hebraica jamais rassemblées, et à une école talmudique dont l'autorité rayonna sur tout le monde ashkénaze. Mais la Judengasse fut également un foyer de pensée et d'écriture qui irradiait bien au-delà de ses murs physiques : c'est à Francfort que furent imprimés en 1711 les Kos ha-Yeshuot du Maharshasakh Samuel Schotten, novellae talmudiques d'un rabbin dont la descendance allait produire le Hatam Sofer ; c'est à Francfort que furent publiés en 1896 les Zikhroynes de Glückel von Hameln — le premier grand mémoire yiddish d'une femme juive — et, la même année, les Die Haftaroth de Mendel Hirsch, fils du grand architecte de la néo-orthodoxie ; et c'est à Francfort encore que parut en 1908 Die Legende des Baalschem de Martin Buber, point de départ d'un rapport à la tradition mystique juive qui allait marquer tout le XXe siècle.
L'histoire de cette communauté ne s'arrête pas à la démolition de la ruelle au XIXe siècle, ni même à la seule figure de Samson Raphael Hirsch. Elle se prolonge, au tournant du XXe siècle, dans l'œuvre de ses successeurs immédiats : son gendre Salomon Breuer, qui conduisit la communauté orthodoxe séparatiste pendant trente-six ans après 1890 et y fonda une yeshiva dont le rayonnement traversa la catastrophe de 1933 ; et son fils Joseph Breuer, qui, depuis New York où il s'établit après Kristallnacht, reconstitua fidèlement les structures franfortoises en exil — témoignage d'une continuité institutionnelle aussi têtue que fragile.
Le XXe siècle fut pour les Juifs de Francfort celui d'une double tragédie : la persécution nazie, qui les chassa de leurs chaires, de leurs bibliothèques et de leur ville dès 1933, puis l'anéantissement de ceux qui ne purent fuir. Mais ce siècle de violence produisit aussi, par un paradoxe douloureux, des figures d'un héroïsme discret et d'une portée considérable — à commencer par Philipp Schwartz, pathologiste renvoyé de l'université de Francfort en 1933, qui consacra son exil à sauver plus de deux mille cinq cents savants persécutés à travers le monde, sans jamais retrouver de poste en Allemagne après la guerre.
Ce volume entend retracer cette histoire dans sa complexité, en distinguant honnêtement ce qui relève de l'archive établie, ce qui se déduit d'indices probables, et ce qui appartient à la mémoire transmise.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 1 : Avant le mur — les premiers Juifs de Francfort (XIIe–XVe siècle)
La présence juive à Francfort est attestée dès le XIIe siècle. Les Juifs y résidaient initialement de manière dispersée, à proximité de la cathédrale et de la place du marché, intégrés au tissu urbain comme prêteurs, marchands et artisans, sous le statut de « serfs de la Chambre impériale » (Kammerknechte) qui plaçait leur protection — et leur taxation — entre les mains de l'empereur.
Cette première communauté connut deux catastrophes majeures avant même la création du ghetto. La première fut le massacre de 1241, parfois appelé Judenschlacht, au cours duquel une grande partie de la communauté périt. La seconde survint lors des persécutions liées à la Peste noire en 1349, où la communauté fut de nouveau anéantie, ses membres accusés, comme dans toute l'Europe centrale, d'avoir empoisonné les puits. Ces deux saignées laissèrent une empreinte durable dans la mémoire liturgique de Francfort, conservée dans les Memorbücher (livres du souvenir).
Le tournant décisif intervint au XVe siècle. Sous la pression du clergé et des autorités municipales, et conformément à la politique de ségrégation que l'Église promouvait depuis le concile de Latran IV (1215), le conseil de la ville de Francfort décida de regrouper les Juifs en un lieu unique. C'est en 1462 que les Juifs furent contraints de s'installer dans une rue nouvellement aménagée à l'extérieur des anciens remparts — certaines sources mentionnent 1460 comme date d'aménagement initial du périmètre. Cette date marque la naissance de la Judengasse en tant qu'institution : plus de trois mille personnes y vivront à certaines périodes, entassées dans un espace qui n'en aurait pu contenir que quelques centaines dans des conditions ordinaires.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 2 : La Judengasse, un monde clos — lois, espace et vie quotidienne (1462–1796)
La Judengasse était une rue courbe d'environ trois cents mètres, fermée à ses extrémités par des portes que l'on verrouillait la nuit, le dimanche et les jours de fête chrétienne. Les Juifs ne pouvaient en sortir qu'à certaines heures et selon des règles strictes : interdiction de se promener dans les jardins publics, de fréquenter certains marchés, ou de circuler à plusieurs de front. La rue, longtemps unique voie d'habitation autorisée, vit sa population croître sans pouvoir s'étendre en surface — d'où une densité extrême et une élévation des maisons, souvent reconstruites en hauteur et subdivisées à l'infini.
Cette ségrégation s'accompagnait d'un cadre juridique propre, la Stättigkeit, ensemble de règlements qui fixaient le nombre maximal de familles autorisées, le nombre de mariages annuels permis, les métiers accessibles (essentiellement le prêt, le change, le commerce d'occasion et de textile) et les taxes spéciales pesant sur les Juifs. Chaque maison portait un nom et une enseigne — souvent un animal, un objet ou une couleur — plutôt qu'un numéro ; ces noms, comme « à l'Écusson rouge » (zum roten Schild) ou « à la Maison verte », devinrent des patronymes héréditaires. C'est par ce mécanisme, caractéristique de Francfort, que le nom Rothschild fut transmis à la famille destinée à devenir l'une des dynasties financières les plus influentes du monde.
Malgré ces contraintes, la communauté développa des institutions sophistiquées : synagogues, mikvaot (bains rituels), yeshivot, hôpital, hôtellerie pour les voyageurs, confréries charitables (hevrot) et un cimetière — le Börneplatz — qui demeure l'un des plus anciens et des plus importants d'Europe centrale, et le second plus vieux cimetière juif d'Allemagne selon les institutions patrimoniales locales. Le Museum Judengasse, sur la Battonnstraße, conserve aujourd'hui les vestiges archéologiques de cinq maisons de la ruelle, mis au jour lors de fouilles urbaines, et documente la vie matérielle de la Judengasse dans son quotidien concret : outils, vaisselle, parures, livres. L'exposition permanente met en lumière les relations variées que les habitants de la ruelle entretenaient avec les habitants chrétiens de la ville, avec le Conseil municipal et avec l'autorité impériale, ainsi que la littérature et la musique produites ou imprimées sur place.
Les rabbins de Francfort jouissaient d'une autorité halakhique considérable dans tout le monde ashkénaze, et la ville devint un foyer d'imprimerie hébraïque et d'érudition talmudique. La Judengasse fut ainsi un lieu de production intellectuelle intense, bien en amont de la Wissenschaft des Judentums qui s'épanouirait au XIXe siècle.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 3 : Le soulèvement de Fettmilch et la fragilité de la protection impériale (1612–1616)
L'année 1614 constitue l'un des épisodes les plus dramatiques et les mieux documentés de l'histoire de la communauté. Le soulèvement dit « de Fettmilch », du nom du marchand et artisan Vincent Fettmilch, illustre la précarité de la condition juive même au sein d'un cadre juridique protecteur. Installé à Francfort, Fettmilch prit la tête d'une révolte de la bourgeoisie et des corps de métiers contre le patriciat municipal et ses privilèges.
Ce mouvement, dirigé d'abord contre l'oligarchie urbaine, se mua en violence antijuive. En août puis septembre 1614, la pression populaire dégénéra : la Judengasse fut pillée et ses habitants chassés de la ville. Cet épisode est l'un des cas les mieux connus de troubles antijuifs en Europe centrale au début du XVIIe siècle, documenté tant par les archives impériales que par les chroniques communautaires.
L'issue de l'événement révèle toutefois la portée réelle de la protection impériale. Les Juifs de Francfort furent expulsés pendant près de deux ans, jusqu'en 1616, lorsque l'empereur intervint, reprit le contrôle de la ville et prononça un ban impérial contre Fettmilch et ses complices ; des soldats impériaux ramenèrent solennellement les Juifs dans Francfort. Fettmilch fut arrêté, jugé et exécuté en février 1616. La date du retour des Juifs, le 20 du mois d'Adar, fut instituée par la communauté comme une fête commémorative locale, le « Pourim de Vintz » (Vinz-Hans-Purim), célébrée par des chants et des lectures spécifiques, dont certains restèrent vivants dans la liturgie frankfurtoise pendant des générations. Ici, la mémoire liturgique transmise et l'archive impériale se confirment mutuellement avec une précision rare.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 4 : Du ghetto à la haute finance — la famille Rothschild et la Judengasse
C'est dans cet espace exigu que naquit l'une des plus célèbres dynasties financières de l'histoire. Mayer Amschel Rothschild vit le jour dans la Judengasse en 1744. Le patronyme lui-même provient de l'enseigne d'une maison ancestrale : le nom dérive de la maison « à l'Écusson rouge » (zum roten Schild) que la famille avait habitée dans la ruelle, selon le mécanisme onomastique caractéristique de la rue décrit au chapitre précédent. C'est de cette modeste demeure de la Judengasse que partit l'expansion d'une famille appelée à devenir, au XIXe siècle, l'une des plus influentes de la finance internationale.
Mayer Amschel, formé au négoce et passionné de monnaies anciennes et de médailles, sut tirer parti des marges étroites que laissait la Stättigkeit. Devenu fournisseur attitré du landgrave de Hesse-Cassel, il bâtit une maison de banque dont il envoya ses cinq fils établir les ramifications dans les grandes capitales européennes — Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples. L'ascension des Rothschild est inséparable du lieu qui les vit naître. Elle illustre la manière dont la communauté de Francfort, malgré l'enfermement, demeurait connectée aux grands flux économiques de l'Empire et de l'Europe, et comment le savoir-faire commercial accumulé dans la ruelle put, une fois les barrières juridiques abaissées, se déployer à l'échelle continentale.
La maison familiale de la Judengasse demeura un point d'ancrage symbolique et patrimonial pour les générations suivantes. La collection numérique de la bibliothèque universitaire de Francfort conserve d'ailleurs une « Rothschild Collection » composée de coupures de presse et de documents sur la famille, témoignage de l'intérêt que la mémoire collective a maintenu pour cette lignée et pour son lieu d'origine.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 5 : Émancipation, déclin du ghetto et démolition (1796–1874)
La fin du XVIIIe siècle sonna le glas du ghetto en tant qu'enceinte physique. En 1796, le bombardement de Francfort par les troupes françaises révolutionnaires détruisit une partie de la Judengasse, et nombre de Juifs furent autorisés, pour la première fois, à s'établir hors de la rue. L'occupation napoléonienne accéléra le mouvement : sous l'influence des idées révolutionnaires, l'égalité juridique fut progressivement reconnue, et en 1811 le grand-duc Karl von Dalberg accorda — moyennant une lourde compensation financière — l'égalité civique aux Juifs de Francfort.
Cette émancipation connut des reculs. Après le congrès de Vienne (1815) et la restauration de la cité-État libre de Francfort, certains droits furent restreints, et il fallut attendre les décennies suivantes, et finalement l'unification allemande et les lois de 1864 puis de 1871, pour que l'égalité pleine et entière soit acquise. La Judengasse, désormais ouverte et dépeuplée de sa fonction ségrégative, fut peu à peu abandonnée par les familles aisées qui s'installaient dans les nouveaux quartiers de la ville.
Le déclin matériel de la ruelle conduisit à sa démolition. La plus grande partie des bâtiments insalubres et vétustes de la Judengasse fut démolie au cours du XIXe siècle, le processus s'achevant largement dans les années 1870–1880. De la rue historique ne subsista bientôt presque rien en surface ; son souvenir fut préservé par les institutions communautaires, les archives et, plus tard, l'archéologie urbaine. Les fouilles qui accompagnèrent la construction d'un centre administratif au XXe siècle mirent au jour les fondations de cinq maisons, désormais exposées au cœur du Museum Judengasse.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 6 : La ruelle comme foyer du livre hébreu — du *Kos ha-Yeshuot* de Schotten (1711) à l'atelier d'imprimerie
Bien avant que les bibliographes du XIXe siècle n'en fassent l'inventaire systématique, la Judengasse était déjà un centre d'imprimerie hébraïque réputé dans le monde ashkénaze. Les presses de Francfort travaillèrent tout au long du XVIIe et du début du XVIIIe siècle à la production de textes talmudiques, halakhiques, kabbalistiques et liturgiques qui circulaient dans toute l'Europe centrale et orientale.
Parmi les ouvrages imprimés à Francfort figure un témoignage d'une double importance : talmudique et biographique. Le Kos ha-Yeshuot (« La coupe des délivrances »), recueil de novellae talmudiques (ḥidushim) portant sur l'ordre de Nezikin, fut composé par le rabbin Shmuel Schotten HaCohen, dit le Maharshasakh — acronyme de Moreinu Harav Shmuel Schotten Cohen —, et imprimé pour la première fois à Francfort-sur-le-Main en 1711 [« Kos ha-Yeshuot », les novellae talmudiques du rabbin Samuel Schotten, imprimées à Francfort-sur-le-Main en 1711]. Des exemplaires de cette édition originale sont documentés dans le catalogue de la Bibliothèque nationale d'Israël et dans plusieurs catalogues de vente de judaïca.
La personnalité de l'auteur mérite que l'on s'y arrête. Né à Schotten en 1644, Samuel Schotten HaCohen s'installa progressivement dans la région rhénane : il dirigea une yeshiva dans le Grand-Duché de Hesse-Darmstadt à partir de 1685, avant d'exercer à Francfort-sur-le-Main, où il mourut le 1er juillet 1719. Son autorité rabbinique dépassait largement les frontières locales, comme en témoignent ses responsa rassemblés sous l'appellation Shut Maharshasakh, auxquels son Kos ha-Yeshuot fait écho par une pratique commune de l'interprétation et de la décision talmudique. La postérité du personnage dépasse cependant son œuvre imprimée : Samuel Schotten HaCohen est l'arrière-grand-père maternel du Hatam Sofer — Rabbi Moses Schreiber (1762–1839) —, l'une des figures les plus influentes de l'orthodoxie ashkénaze du XIXe siècle et le grand opposant à la Réforme en Europe centrale. Ce lien généalogique inscrit Francfort, une fois de plus, dans une chaîne de transmission qui excède ses propres frontières.
La publication du Kos ha-Yeshuot en 1711 intervient dans un contexte de reconstruction difficile : cette même année vit un grand incendie ravager une partie de Francfort, dont Samuel Schotten lui-même composa une élégie liturgique (piyyut), attestant la manière dont le rabbin de la Judengasse se comportait simultanément comme savant, décisionnaire et mémorialiste de sa communauté. L'impression d'un recueil de novellae talmudiques au cœur de ces événements dit quelque chose d'essentiel sur la vie intellectuelle de la Judengasse : même dans les années d'épreuve, la production du texte savant ne s'interrompait pas.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 7 : Capitale de la néo-orthodoxie — Samson Raphael Hirsch, la *Trennungsorthodoxie* et ses héritiers directs
Au XIXe siècle, alors que l'émancipation et l'assimilation transformaient en profondeur le judaïsme allemand, Francfort devint le foyer d'un courant religieux appelé à un grand retentissement : l'orthodoxie néo-traditionnelle, ou néo-orthodoxie. Sa figure centrale fut le rabbin Samson Raphael Hirsch, né à Hambourg en 1808 et mort à Francfort en 1888.
Hirsch fut un penseur religieux juif majeur et le fondateur de la Trennungsorthodoxie (orthodoxie séparatiste), un système théologique qui contribua à rendre le judaïsme orthodoxe viable en Allemagne face à la vague des réformes. Sa doctrine, résumée par la formule Torah im derekh erets (la Torah conjuguée à la voie du monde), entendait concilier la fidélité intégrale à la Loi avec la participation à la culture allemande moderne. À Francfort, Hirsch prit la tête, en 1851, de la congrégation séparatiste Israelitische Religionsgesellschaft. Son objectif était de soustraire les Juifs fidèles à la tradition à la tutelle de la communauté officielle, devenue majoritairement réformée. Il fut ainsi l'initiateur de l'Austrittsgemeinde — la « communauté de sortie » — dont le principe fut consacré juridiquement par la loi prussienne de sécession de 1876. Sous l'impulsion de Hirsch, Francfort devint le centre intellectuel et institutionnel d'une orthodoxie capable d'affronter la modernité sans renoncer à ses fondements.
L'héritage de Samson Raphael Hirsch ne se transmit pas seulement par ses écrits — les Dix-neuf épîtres et le Horeb, auxquels s'ajoutent ses volumineux commentaires du Pentateuque publiés entre 1867 et 1878 — mais aussi, de manière concrète, par ses enfants et par son gendre.
Son fils aîné, Mendel Hirsch, naquit le 3 février 1833 à Oldenburg, où son père occupait alors la charge de rabbin de la communauté locale (1830–1841). Mendel ne vit donc pas le jour à Francfort, mais c'est dans cette ville qu'il construisit toute sa carrière et qu'il mourut le 28 mars 1900. Directeur de la Realschule et de la Höhere Töchterschule de l'Israelitische Religionsgesellschaft — les établissements scolaires fondés au sein de la congrégation séparatiste de son père —, il fut honoré d'un discours commémoratif prononcé le 8 mai 1900 dans l'auditorium même de cette Realschule [« Mendel Hirsch : naissance à Oldenburg, Die Haftaroth (1896) et sa fille Rahel Hirsch, pionnière de la médecine »]. Sur le plan savant, Mendel Hirsch prolongea l'œuvre exégétique paternelle en publiant en 1896 à Francfort ses Die Haftaroth, traduction allemande commentée des lectures haftarot — ces extraits des Prophètes lus chaque semaine à la synagogue après la portion de la Torah. L'ouvrage, dont une seconde édition parut en 1913, s'inscrit dans le prolongement direct du commentaire du Pentateuque de Samson Raphael Hirsch, constituant ainsi une œuvre familiale au sens propre : père et fils avaient ensemble couvert l'essentiel du cycle des lectures synagogales selon l'esprit de la néo-orthodoxie frankfurtoise.
Mendel Hirsch et son épouse Dorothea eurent onze enfants. Le sixième fut une fille, Rahel Hirsch, née le 15 septembre 1870 à Francfort. Après des études secondaires à la Höhere Töchterschule dirigée par son propre père, puis une préparation privée au baccalauréat, Rahel Hirsch s'inscrivit en 1898 à la faculté de médecine de Zurich — l'une des rares universités européennes à admettre alors les femmes. Elle obtint son diplôme fédéral en 1899, puis poursuivit une carrière médicale et scientifique qui la mena à Berlin. En 1913, elle devint la première femme nommée professeure de médecine dans le royaume de Prusse, à la Charité de Berlin. Ce destin exceptionnel s'inscrit dans une trajectoire familiale singulière : petite-fille du grand architecte de l'orthodoxie séparatiste, elle accomplit son parcours scientifique à une époque où l'accès des femmes à l'université demeurait un combat, et dans un milieu — la bourgeoisie juive orthodoxe allemande — que l'on aurait pu croire réticent à de telles émancipations individuelles.
La troisième branche de cet héritage fut assurée par Salomon Breuer, gendre de Samson Raphael Hirsch. Né en 1850 à Pápa, en Hongrie, Breuer avait épousé Sophie Hirsch, fille cadette du rabbin de Francfort. Formé à la yeshiva de Presbourg — le grand foyer du judaïsme hongrois orthodoxe, héritier direct du Hatam Sofer — puis docteur de l'université de Heidelberg (1876), il fut appelé à Francfort dès 1888, aussitôt après la mort de son beau-père, pour prendre la tête de l'Israelitische Religionsgesellschaft. Il en assuma officiellement la direction rabbinique à partir de 1890. C'est ainsi que la continuité de la communauté séparatiste se trouva assurée par un homme qui cumulait deux héritages : celui de la néo-orthodoxie hirschienne et celui de la rigueur halakhique hongroise façonnée par l'école du Hatam Sofer — un Hatam Sofer dont on se souviendra qu'il était lui-même l'arrière-petit-fils maternel du Maharshasakh Schotten, imprimeur de novellae talmudiques à la Judengasse. La chaîne de transmission, par la double voie du sang et de l'institution, se referme ici de manière frappante.
En 1890, Salomon Breuer fonda la Torah Lehranstalt, yeshiva de Francfort — parfois appelée Breuer-Yeshiva — qu'il modela sur les yeshivot de sa formation hongroise tout en l'adaptant au contexte germanique de la Trennungsorthodoxie. Il la dirigea jusqu'à sa mort en 1926. Des fonds d'archives relatifs à son action sont conservés au Center for Jewish History de New York et au Leo Baeck Institute [« La dynastie rabbinique Breuer et la communauté orthodoxe séparatiste de Francfort »]. Breuer prit également part à la Freie Vereinigung für die Interessen des orthodoxen Judentums, organisation nationale des communautés orthodoxes, dont il contribua à structurer la représentation rabbinique. Il fut, selon les sources qui le documentent, un défenseur d'une orthodoxie stricte et cohérente, sans le talent littéraire de son beau-père — peu de ses écrits ont subsisté —, mais avec une autorité pastorale et pédagogique réelle.
Son fils Joseph Breuer lui succéda à la tête de la Torah Lehranstalt après 1926. Né en 1882 à Pápa — où son père exerçait alors —, Joseph Breuer porta l'institution à travers les années les plus périlleuses. En 1933, la montée du nazisme le contraignit à transférer brièvement la yeshiva à Fiume (aujourd'hui Rijeka) en Italie, où il avait temporairement accepté la charge rabbinique, avant de la ramener à Francfort l'année suivante. La Torah Lehranstalt fut formellement dissoute par les nazis en 1935, mais continua de fonctionner de manière clandestine jusqu'à Kristallnacht. Le 10 novembre 1938, Joseph Breuer fut arrêté par la Gestapo ; libéré peu après, il quitta l'Allemagne avec sa famille et émigra aux États-Unis en 1939. À New York, dans le quartier de Washington Heights qui accueillait alors une forte concentration de Juifs allemands exilés, il reconstitua autour de lui la Khal Adath Jeshurun — la communauté orthod'xe frankfortoise en exil —, fondant également la Yeshiva Rabbi Samson Raphael Hirsch (1944) et un séminaire pour enseignantes, perpétuant jusqu'à sa mort en 1980 l'esprit et les usages liturgiques du Francfort d'avant la catastrophe.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 8 : Les Freimann à Francfort — une lignée de savants au service du livre hébreu
Si la Judengasse fut un foyer d'imprimerie hébraïque dès l'époque moderne, Francfort devint aussi, à la charnière des XIXe et XXe siècles, l'un des grands centres mondiaux de la bibliographie hébraïque et judaïque — en grande partie grâce à l'œuvre d'une famille venue d'Europe orientale : les Freimann.
La lignée est documentée sur trois générations. Isaac Freimann, né à Cracovie, fut le premier de la lignée connu par les sources. Érudit, il édita depuis un manuscrit l'ouvrage philosophique d'Abraham bar Hiyya, le Hegyon ha-Nefesh ha-Atzvah (1860). Son fils Israel Meir Freimann naquit le 27 septembre 1830 à Cracovie et mourut le 21 août 1884 à Ostrowo (aujourd'hui Ostrów Wielkopolski, en Pologne). Après des études talmudiques puis universitaires — il obtint un doctorat à l'université d'Iéna en 1860 — Israel Meir fut appelé la même année à la direction de la communauté juive de Filehne (aujourd'hui Wieleń, dans la région de Poznań), puis élu rabbin d'Ostrowo le 7 septembre 1871, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort. Son autorité était telle qu'on lui proposa de succéder à Zacharias Frankel à la tête du séminaire rabbinique de Breslau, invitation qu'il déclina. Sur le plan savant, Israel Meir publia une édition critique du Midrash Ve-Hizhir (1875–1880) et vit certains de ses responsa paraître dans le recueil Binyan Tsiyyon (1868), le recueil de son beau-père Jacob Ettlinger. En 1900, ses concitoyens d'Ostrowo honorèrent sa mémoire en donnant son nom à une rue de la ville [La famille Freimann de Cracovie à la bibliothèque hébraïque de Francfort].
C'est son fils Aron Freimann qui noua le lien décisif entre cette lignée de rabbins-savants et Francfort. Né en 1871 à Filehne, Aron publia dès 1896 une histoire de la communauté juive d'Ostrowo. En 1898, il entra à la bibliothèque municipale de Francfort-sur-le-Main pour diriger son département hébraïque. Sous sa direction, qui s'étira sur plus de trente-cinq ans, cette collection devint l'une des plus riches collections de judaica et hebraica au monde, et la plus importante d'Europe continentale avant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'était constituée à la fin du XIXe siècle grâce aux donations généreuses de philanthropes juifs de Francfort, et Aron Freimann en fit un instrument scientifique de premier plan.
Son œuvre bibliographique est considérable. Le Thesaurus Typographiae Hebraicae Seculi XV (Berlin, 1924–1931) offre un recensement complet par fac-similés de tous les incunables hébraïques connus — le premier répertoire typographique des incunables hébraïques, demeuré un outil de référence indispensable pour la recherche. Le Gazetteer of Hebrew Printing (1946) recensa toutes les villes où des livres hébreux avaient été imprimés. Freimann travailla également pendant des années à un catalogue collectif de tous les manuscrits hébraïques connus ; inachevé de son vivant, ce travail fut reproduit et publié après sa mort sous le titre Union Catalog of Hebrew Manuscripts and Their Location (1964). La collection qu'il constitua à Francfort est aujourd'hui virtuellement reconstituée par la bibliothèque de l'université Goethe, qui en a numérisé plus de dix mille titres couvrant les XVIe–XXe siècles.
Contraint à la retraite en 1933 par l'arrivée au pouvoir des nazis, Aron Freimann émigra aux États-Unis en 1938 et servit de consultant en bibliographie à la New York Public Library de 1939 à 1945. Il mourut en 1948. La ville de Francfort honore aujourd'hui sa mémoire et celle de son épouse Thérèse par une place qui porte leurs noms. La collection qui subsiste à la bibliothèque de l'université Goethe — partiellement éprouvée par les destructions de la période nazie et de la guerre — reste l'un des héritages les plus tangibles d'une présence juive savante à Francfort, prolongeant en un autre registre la tradition intellectuelle née dans la Judengasse.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 9 : Francfort comme foyer éditorial — Glückel von Hameln, Martin Buber et le livre juif à l'heure de l'émancipation
L'importance de Francfort dans l'histoire intellectuelle juive ne se réduit ni à sa communauté close ni à ses bibliographes. La ville fut aussi, au tournant du XXe siècle, un centre éditorial de premier plan pour le monde juif germanophone, lieu de médiation entre des traditions vivantes issues du passé et un lectorat moderne en pleine recomposition.
Au cœur de la production littéraire en yiddish de l'époque moderne se trouve un texte d'exception : les Zikhroynes (« Souvenirs ») de Glückel von Hameln, rédigés entre 1690 et 1719 dans un yiddish occidental vivant et idiomatique. Glückel naquit en 1646 à Hambourg dans une famille prominente de la communauté juive ashkénaze, et mourut en 1724 à Metz. À quatorze ans, elle épousa Chaïm de Hameln, marchand prospère avec lequel elle eut douze enfants. Après le décès de son époux en 1689, elle reprit la gestion des affaires commerciales de la famille et éleva ses huit enfants encore à sa charge. C'est dans ces années de deuil et de responsabilité qu'elle commença à rédiger ses mémoires, destinés à l'origine à ses descendants comme testament moral et récit familial.
Si Glückel n'était pas une habitante de la Judengasse de Francfort, elle en était une proche contemporaine et, en un sens, le miroir féminin de cet univers. Sa vie et celle de son réseau s'inscrivent pleinement dans l'espace social et commercial de la diaspora ashkénaze dont Francfort était l'un des nœuds majeurs : ses Zikhroynes fourmillent de mentions de voyages, de marchés, de foires commerciales qui font de Francfort un point de passage récurrent. Les Foires de Francfort (Frankfurter Messen), auxquelles participaient régulièrement les marchands juifs de la Judengasse, apparaissent en filigrane dans son récit comme l'un des grands théâtres du négoce ashkénaze à l'époque baroque.
L'histoire éditoriale du texte est indissociable de Francfort. Le manuscrit original ne nous est pas parvenu directement : la copie connue, réalisée par le fils de Glückel, le rabbin Moses Hameln Goldschmidt, entra dans la seconde moitié du XIXe siècle dans les collections de la Bibliothèque d'État de Bavière à Munich. C'est sur ce manuscrit munichois que l'historien David Kaufmann (1852–1899), savant établi à Budapest, prépara la première édition imprimée du texte yiddish, publiée en 1896 à Francfort-sur-le-Main chez l'éditeur J. Kauffmann, sous le titre Zikhroynes Glikl Hamel [Des Zikhroynes manuscrits de Glückel von Hameln à leur première édition imprimée (David Kaufmann, 1896)]. Cette édition fondatrice est accompagnée d'une introduction en allemand ; c'est elle aussi qui forge pour la première fois l'appellation composée « Glückel von Hameln », par laquelle l'autrice sera désormais universellement connue.
Le choix de Francfort comme lieu d'impression n'est pas anodin. En 1896, la ville était, aux côtés de Berlin et de Breslau, l'une des capitales du livre hébraïque et judaïque germanophone — l'éditeur J. Kauffmann, spécialisé dans la littérature juive, représentait exactement ce tissu éditorial qui faisait de Francfort un espace de médiation entre la tradition yiddish d'Europe orientale et le public cultivé des Juifs allemands émancipés. Cette même année 1896 vit également paraître les Die Haftaroth de Mendel Hirsch chez un éditeur frankfurtois, coïncidence qui révèle la densité du milieu du livre juif dans la ville au tournant du siècle.
L'édition Kaufmann servit de base à deux traductions allemandes de référence. La première, publiée en 1910 sous le titre Die Memoiren der Glückel von Hameln et présentée comme « traduction autorisée d'après l'édition du Professeur David Kaufmann », est l'œuvre de Bertha Pappenheim (1859–1936). Figure majeure du féminisme juif allemand, fondatrice de la Ligue des femmes juives (Jüdischer Frauenbund), Pappenheim — connue dans l'histoire de la psychanalyse naissante sous le pseudonyme clinique d'« Anna O. » — était en outre une descendante collatérale de Glückel. Cette double appartenance, familiale et militante, confère à sa traduction une dimension singulière : Pappenheim ne traduit pas seulement un texte, elle exhume une ancêtre et lui rend une voix dans la langue de son propre engagement. La seconde traduction, due à Alfred Feilchenfeld, parut en 1913 et proposa une lecture plus philologique du même original. Le Digitales Deutsches Frauenarchiv a numérisé et documenté la traduction de Pappenheim, assurant sa transmission dans l'espace mémoriel numérique.
C'est dans ce même tissu éditorial que s'inscrit la publication, en 1908, de Die Legende des Baalschem de Martin Buber, chez l'éditeur francfortois Rütten & Loening. Buber (1878–1965), philosophe autrichien puis israélien, proposa dans cet ouvrage vingt récits consacrés à la vie et à l'enseignement du Baal Shem Tov — Rabbi Israel ben Eliezer (vers 1698–1760) —, fondateur du hassidisme, mouvement mystique et populaire apparu en Europe orientale au XVIIIe siècle. Buber ne prétend pas livrer une biographie historique du Besht : il reconstruit une figure légendaire à partir de traditions orales et de sources variées, dans une langue littéraire volontairement stylisée. L'ouvrage contribua de manière décisive à faire connaître le hassidisme au public intellectuel de langue allemande, jusqu'alors peu familier de ses récits fondateurs.
Le paradoxe est saisissant : c'est dans l'une des villes qui avait le plus radicalement enfermé ses Juifs dans un ghetto que se publie, à l'heure de l'émancipation accomplie, une réflexion sur la spiritualité juive la plus populaire et la plus orientale. Francfort, ville de la Trennungsorthodoxie hirschienne — et désormais de la Torah Lehranstalt de Salomon Breuer —, fut aussi, par son infrastructure éditoriale, le lieu de la première grande diffusion du hassidisme en Europe centrale.
Sur le plan philologique, l'édition de 1908 ne fut pas la forme définitive du texte. Buber retravailla l'ouvrage au fil des décennies, et c'est la version de 1955 qui constitua sa formulation finale. Une édition critique de référence a été établie en 2018 dans le cadre de la Martin Buber-Werkausgabe, au tome 16 intitulé « Chassidismus I », établie par Ran HaCohen et Bernd Witte et publiée par Gütersloher Verlagshaus. Cette édition est la première à offrir un apparat critique complet : variantes textuelles entre les différentes versions, commentaire détaillé, identification pour la première fois des sources précises utilisées par Buber pour chacun des vingt récits, ainsi que de la contribution de Paula Buber, son épouse, à la rédaction de plusieurs d'entre eux [« La Légende du Baal-Shem de Martin Buber — une édition critique de référence établie en 2018 »].
Les Zikhroynes de Glückel sont désormais reconnus comme l'un des témoignages les plus précieux sur la vie quotidienne des diasporas ashkénazes à l'âge baroque. Et la conjonction, dans une même ville, de l'édition Kaufmann (1896), des Die Haftaroth (1896), du Die Legende des Baalschem (1908) et de la grande bibliothèque hébraïque des Freimann dit quelque chose d'essentiel : Francfort fut, au tournant du XXe siècle, le carrefour où plusieurs mémoires juives — liturgique, yiddish, hassidique, bibliographique — se donnaient simultanément les moyens de leur diffusion.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Chapitre 10 : 1933 et l'exil des savants — Philipp Schwartz et la *Notgemeinschaft*
L'arrivée des nationaux-socialistes au pouvoir en janvier 1933 signifia pour la communauté juive de Francfort le commencement d'une catastrophe progressive et méthodique. Les lois de la fonction publique promulguées dès avril 1933 organisèrent le renvoi massif des professeurs, médecins, juristes et scientifiques juifs de leurs postes dans les universités et les institutions publiques du Reich. Pour la ville qui avait été, au cours des décennies précédentes, l'un des grands foyers intellectuels du judaïsme allemand — avec son université Goethe fondée en 1914, sa bibliothèque hébraïque, ses chaires de médecine, de droit et de lettres —, cette purge représentait l'anéantissement en quelques semaines d'un édifice savant bâti sur plusieurs générations.
Parmi les victimes de cette épuration figure un homme dont le parcours ultérieur allait prendre une ampleur considérable et, paradoxalement, demeurer très largement ignoré du public après la guerre : le pathologiste Philipp Schwartz. Né en 1894 dans une famille juive, Schwartz avait exercé à l'université de Francfort, où il avait construit une carrière scientifique solide. En 1933, il fut renvoyé de son poste en raison de son origine juive et, selon certaines sources, de sa proximité avec la social-démocratie — l'accusation de « sympathies communistes » étant un prétexte fréquemment invoqué pour justifier des exclusions relevant en réalité de la persécution antisémite [Philipp Schwartz (1894–1977), pathologiste renvoyé de l'université de Francfort en 1933].
Contraint à l'exil, Schwartz gagna la Suisse. C'est à Zurich qu'il prit une initiative d'une portée considérable : il fonda la Notgemeinschaft deutscher Wissenschaftler im Ausland — « Communauté de secours des savants allemands à l'étranger » — organisation qui se donna pour mission de recenser les universitaires et chercheurs allemands expulsés de leurs postes, de cartographier les besoins en personnel académique dans les pays d'accueil, et de mettre en relation offre et demande pour permettre aux persécutés de retrouver un emploi scientifique hors d'Allemagne. Grâce à ce réseau, plus de deux mille cinq cents scientifiques et enseignants purent trouver des postes dans des universités d'Europe, d'Amérique et du Proche-Orient [Philipp Schwartz (1894–1977) … contribua au sauvetage de plus de 2 500 scientifiques persécutés par le régime nazi].
L'un des canaux d'accueil les plus importants fut la Turquie. Le gouvernement turc d'Atatürk, engagé dans une réforme profonde de son système d'enseignement supérieur, était en quête d'universitaires européens capables de moderniser ses institutions. La Notgemeinschaft joua un rôle de médiateur décisif dans cette rencontre : des dizaines de savants allemands — médecins, juristes, architectes, musicologues — rejoignirent ainsi les universités turques. Schwartz lui-même s'installa à Istanbul, où il dirigea l'Institut de pathologie de la faculté de médecine pendant dix-neuf ans à partir de 1933. Il y publia huit ouvrages en langue turque, forma plusieurs générations d'académiciens turcs et contribua de manière décisive à l'établissement de la pathologie moderne en Turquie. Son influence sur la réforme du système universitaire turc fut telle qu'il demeure encore aujourd'hui une figure de référence dans l'histoire de la médecine en Turquie.
L'ironie douloureuse de ce destin réside dans ce qui se passa — ou plutôt ce qui ne se passa pas — après 1945. À la libération, Schwartz tenta de retrouver un poste universitaire en République fédérale d'Allemagne. Sa demande se heurta à un refus : malgré l'ampleur de son action en faveur des savants persécutés, malgré sa carrière scientifique et son apport décisif à l'enseignement supérieur turc, il ne fut jamais réintégré dans le système académique allemand. Trois publications savantes récentes et indépendantes ont documenté ce fait avec une précision concordante : un article de l'historien Reinhardt dans la revue Nauchnyi Dialog, une notice dans la revue Die Pathologie (Springer, 2019) et un article de 2022 accessible sur PubMed, qui le qualifie explicitement de « sauveur oublié » (forgotten savior) [un article de 2022 sur PubMed le qualifiant de « sauveur oublié »]. Schwartz termina sa vie aux États-Unis, en Pennsylvanie, où il mourut en 1977.
Le cas de Philipp Schwartz illustre avec une netteté saisissante un phénomène plus large : la difficulté de la société allemande d'après-guerre à reconnaître pleinement les victimes juives du nazisme, et a fortiori à rendre justice à ceux qui, depuis l'exil, avaient consacré leur énergie au sauvetage d'autres victimes. L'oubli dans lequel son action tomba n'est pas anecdotique : il révèle les limites d'une mémoire nationale qui, longtemps, préféra ses récits de reconstruction à ceux de la réparation. Francfort, ville qui avait formé Schwartz avant de le chasser, reste le point d'origine de ce destin exemplaire et ignoré — et, par là, une part de la responsabilité qui attend encore d'être pleinement reconnue.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Les grandes figures
Mayer Amschel Rothschild (1744–1812) — Né dans la Judengasse de Francfort, Mayer Amschel est le fondateur de la dynastie Rothschild. Fils de marchand, formé au négoce et passionné de numismatique, il devint fournisseur du landgrave de Hesse-Cassel. De la maison familiale zum roten Schild — « à l'Écusson rouge » —, dont il tira son patronyme, il envoya ses cinq fils fonder des établissements bancaires à Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples, posant les bases d'un réseau financier qui transforma la haute banque européenne du XIXe siècle.
Shmuel Schotten HaCohen, dit le Maharshasakh (1644–1719) — Né à Schotten, rabbin et rosh yeshiva dans le Grand-Duché de Hesse-Darmstadt à partir de 1685, puis à Francfort-sur-le-Main, Samuel Schotten HaCohen est l'auteur du Kos ha-Yeshuot (« La coupe des délivrances »), recueil de novellae talmudiques sur l'ordre de Nezikin, imprimé à Francfort en 1711, ainsi que de responsa rassemblés sous son nom acronymique. Il composa également une élégie liturgique sur le grand incendie de Francfort de 1711. Arrière-grand-père maternel du Hatam Sofer, il représente un maillon décisif entre la tradition talmudique rhénane et l'orthodoxie ashkénaze du XIXe siècle.
Vincent Fettmilch (vers 1570–1616) — Artisan et marchand francfortois, Fettmilch prit la tête d'un soulèvement populaire contre le patriciat urbain qui dégénéra en pogrom en août et septembre 1614 : la Judengasse fut pillée et ses habitants expulsés. Sa trajectoire, depuis la révolte sociale jusqu'à l'exécution impériale en février 1616, illustre le mécanisme par lequel la frustration des classes moyennes chrétiennes se retournait contre les Juifs, tout en révélant la réalité — et les limites — de la protection impériale.
Glückel von Hameln (1646–1724) — Née à Hambourg dans une famille de notables de la communauté ashkénaze, Glückel est la première grande mémorialiste de langue yiddish. Après la mort de son époux Chaïm de Hameln en 1689, elle assuma seule la direction des affaires commerciales de la famille et rédigea, entre 1690 et 1719, ses Zikhroynes — mémoires destinés à ses enfants, devenus une source irremplaçable sur la vie sociale, économique et religieuse des Juifs ashkénazes de l'âge baroque. Ses récits mentionnent les foires de Francfort comme l'un des pôles de son activité marchande. La première édition imprimée de ses mémoires parut en 1896 à Francfort chez J. Kauffmann.
David Kaufmann (1852–1899) — Historien et philologue juif, né en Bohême, professeur au séminaire rabbinique de Budapest. Son érudition embrassa l'histoire de l'art, la philosophie médiévale et la littérature yiddish. C'est lui qui prépara, sur le manuscrit munichois, la première édition imprimée des Zikhroynes de Glückel von Hameln, publiée en 1896 à Francfort chez J. Kauffmann — édition dans laquelle il forge l'appellation « Glückel von Hameln » —, faisant ainsi de Francfort le point d'origine de la transmission savante d'un texte capital de la littérature yiddish.
Bertha Pappenheim (1859–1936) — Née à Vienne dans une famille de la bourgeoisie juive orthodoxe, Bertha Pappenheim est connue dans l'histoire de la psychanalyse sous le pseudonyme clinique d'« Anna O. ». Elle devint l'une des figures fondatrices du féminisme juif allemand, en fondant notamment la Ligue des femmes juives en 1904. Descendante collatérale de Glückel von Hameln, elle publia en 1910 la première traduction allemande des Zikhroynes — traduction autorisée fondée sur l'édition Kaufmann de 1896 —, geste qui conjuguait revendication féministe, fidélité à une ancêtre et engagement pour la mémoire des femmes juives.
Samson Raphael Hirsch (1808–1888) — Né à Hambourg, mort à Francfort, Hirsch fut le grand architecte de la néo-orthodoxie ashkénaze. Appelé à Francfort en 1851 pour diriger l'Israelitische Religionsgesellschaft, il y développa la doctrine Torah im derekh erets, synthèse entre fidélité halakhique et engagement dans la culture moderne, et fonda la première Austrittsgemeinde d'Allemagne, consacrée juridiquement par la loi prussienne de sécession de 1876. Ses écrits — notamment les Dix-neuf épîtres, le Horeb et son commentaire du Pentateuque (1867–1878) — nourrirent plusieurs générations d'orthodoxes allemands et au-delà.
Mendel Hirsch (1833–1900) — Fils aîné de Samson Raphael Hirsch, né le 3 février 1833 à Oldenburg — où son père était alors rabbin de la communauté — et mort le 28 mars 1900 à Francfort, Mendel Hirsch dirigea la Realschule et la Höhere Töchterschule de l'Israelitische Religionsgesellschaft de Francfort. Il prolongea l'exégèse paternelle en publiant en 1896 les Die Haftaroth, traduction allemande commentée des lectures haftarot. Père de onze enfants, il est notamment le père de Rahel Hirsch, première professeure de médecine en Prusse. Un discours commémoratif fut prononcé en son honneur le 8 mai 1900 dans l'auditorium même de la Realschule qu'il avait dirigée.
Rahel Hirsch (1870–1953) — Née le 15 septembre 1870 à Francfort, petite-fille de Samson Raphael Hirsch, Rahel Hirsch accomplit des études de médecine à Zurich à partir de 1898, obtint son diplôme en 1899 et mena une carrière scientifique à Berlin. En 1913, elle devint la première femme nommée professeure de médecine dans le royaume de Prusse, à la Charité de Berlin. Son parcours, issu du milieu orthodoxe frankfurtois, illustre la manière dont l'émancipation individuelle et féminine pouvait s'articuler avec une appartenance à la tradition religieuse la plus stricte, issue directement de la nébuleuse hirschienne.
Salomon Breuer (1850–1926) — Né à Pápa en Hongrie, gendre de Samson Raphael Hirsch par son mariage avec Sophie Hirsch, Salomon Breuer fut appelé à Francfort en 1888, à la mort de son beau-père, pour prendre la tête de l'Israelitische Religionsgesellschaft, dont il assuma officiellement la direction à partir de 1890. Formé à la yeshiva de Presbourg et docteur de l'université de Heidelberg (1876), il fonda en 1890 la Torah Lehranstalt — dite Breuer-Yeshiva —, qu'il modela sur les yeshivot hongroises tout en l'adaptant au contexte germanique de la Trennungsorthodoxie. Il la dirigea jusqu'à sa mort en 1926 ; des fonds d'archives le concernant sont conservés au Center for Jewish History de New York et au Leo Baeck Institute [« La dynastie rabbinique Breuer et la communauté orthodoxe séparatiste de Francfort »].
Joseph Breuer (1882–1980) — Né à Pápa, fils de Salomon Breuer et petit-fils par alliance de Samson Raphael Hirsch, Joseph Breuer succéda à son père à la tête de la Torah Lehranstalt après 1926 et conduisit la communauté orthodoxe séparatiste de Francfort à travers les années nazies. Arrêté par la Gestapo le lendemain de Kristallnacht, il fut libéré et quitta l'Allemagne en 1939. À New York, dans le quartier de Washington Heights, il reconstitua la Khal Adath Jeshurun, communauté fidèle aux usages liturgiques de Francfort, fonda en 1944 la Yeshiva Rabbi Samson Raphael Hirsch et un séminaire pour enseignantes, perpétuant jusqu'à sa mort — à quatre-vingt-dix-huit ans — l'héritage institutionnel du Francfort d'avant la catastrophe.
Isaac Freimann (dates inconnues, actif vers 1860) — Natif de Cracovie, Isaac Freimann est la première génération documentée de la lignée savante des Freimann. Érudit en philosophie médiévale hébraïque, il édita depuis un manuscrit l'Hegyon ha-Nefesh ha-Atzvah d'Abraham bar Hiyya (1860), témoignant d'une pratique de l'édition critique déjà rigoureuse. Il est le père d'Israel Meir et le grand-père d'Aron Freimann.
Israel Meir Freimann (1830–1884) — Né à Cracovie, docteur de l'université d'Iéna (1860), rabbin de Filehne puis d'Ostrowo à partir de 1871, Israel Meir Freimann allia carrière rabbinique et travail savant. Son édition critique du Midrash Ve-Hizhir (1875–1880) et ses responsa publiés dans le Binyan Tsiyyon (1868) le rangent parmi les talmudistes-philologues caractéristiques de la Wissenschaft des Judentums. Il déclina la direction du séminaire rabbinique de Breslau. Son fils Aron prolongerait son héritage à Francfort.
Aron Freimann (1871–1948) — Né à Filehne, fils d'Israel Meir, Aron Freimann dirigea le département hébraïque de la bibliothèque municipale de Francfort de 1898 à 1933, y constituant la plus grande collection de judaica et hebraica d'Europe continentale. Son Thesaurus Typographiae Hebraicae Seculi XV (1924–1931) et son Gazetteer of Hebrew Printing (1946) demeurent des instruments de référence fondamentaux pour l'histoire du livre hébreu. Chassé de son poste en 1933, il émigra aux États-Unis en 1938 et mourut en 1948. Une place de Francfort porte son nom et celui de son épouse Thérèse.
Martin Buber (1878–1965) — Philosophe autrichien-juif puis israélien, Buber n'est pas issu de la Judengasse, mais il est indissociable de l'histoire intellectuelle de Francfort : c'est à Francfort, chez l'éditeur Rütten & Loening, qu'il publia en 1908 Die Legende des Baalschem, son troisième livre et première grande introduction au hassidisme pour le public germanophone. Cet ouvrage, dont la version définitive date de 1955, a fait l'objet en 2018 d'une édition critique dans la Martin Buber-Werkausgabe (tome 16, Gütersloher Verlagshaus), établie par Ran HaCohen et Bernd Witte, qui en identifie pour la première fois les sources et la contribution de Paula Buber.
Philipp Schwartz (1894–1977) — Né dans une famille juive et formé à Francfort, où il exerça comme pathologiste à l'université, Schwartz fut renvoyé de son poste dès 1933 par les lois nazies d'épuration. Exilé à Zurich puis à Istanbul, il fonda la Notgemeinschaft deutscher Wissenschaftler im Ausland, qui contribua au sauvetage de plus de deux mille cinq cents scientifiques persécutés en leur trouvant des postes à l'étranger. Il dirigea l'Institut de pathologie d'Istanbul pendant dix-neuf ans et contribua de façon décisive à la modernisation du système universitaire turc. Sa tentative de réintégration dans le système académique allemand après 1945 échoua ; il termina sa vie en Pennsylvanie. Trois publications indépendantes récentes documentent son rôle et l'oubli dans lequel il fut maintenu.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Conclusion
L'histoire des Juifs de Francfort condense, en un espace de quelques centaines de mètres et sur neuf siècles de présence documentée, l'essentiel des tensions qui ont traversé la diaspora ashkénaze : la dépendance à la protection impériale et sa fragilité, révélée par le soulèvement de Fettmilch ; l'enfermement ségrégatif de la Judengasse et la vitalité culturelle qu'il n'a pu étouffer ; le passage brutal du ghetto à l'émancipation ; la production talmudique ininterrompue, dont le Kos ha-Yeshuot de Samuel Schotten HaCohen, imprimé à Francfort en 1711 dans l'année même d'un incendie dévastateur, constitue un témoignage particulièrement saisissant ; l'invention de réponses religieuses originales à la modernité, dont la néo-orthodoxie de Samson Raphael Hirsch demeure l'expression la plus aboutie, prolongée par son fils Mendel dans ses Die Haftaroth, par sa petite-fille Rahel, première femme nommée professeure de médecine en Prusse, et par la lignée Breuer qui prit le relais institutionnel en 1890 et conduisit l'Israelitische Religionsgesellschaft jusqu'à sa dispersion forcée par les nazis, avant de la reconstituer à New York ; le labeur savant de générations de bibliographes et d'érudits, dont les Freimann sont la figure de proue, qui transformèrent Francfort en capitale mondiale du livre hébreu ; et enfin le rayonnement éditorial d'une ville qui, à l'heure de l'émancipation accomplie, accueillit simultanément la première édition imprimée des Zikhroynes de Glückel von Hameln et la première grande diffusion du hassidisme en Europe centrale par la publication de Die Legende des Baalschem de Martin Buber chez Rütten & Loening.
Ce que la venue de Salomon Breuer ajoute à ce tableau, c'est la démonstration que les institutions nées de la Trennungsorthodoxie ne disparurent pas avec leur fondateur. La Torah Lehranstalt, fondée en 1890 et portée successivement par le père puis le fils, fut active pendant près d'un demi-siècle malgré la montée des périls, avant d'être dissoute par décret nazi en 1935 — et de renaître à New York sous une autre forme. Joseph Breuer y maintint jusqu'en 1980 un Francfort de l'esprit, fidèle aux nusaḥ et aux usages de la communauté originelle : preuve que les destructions physiques ne suffisent pas à effacer une tradition vivante lorsque des hommes décident de la porter.
À cette trajectoire pluriséculaire s'ajoute, au XXe siècle, le chapitre le plus sombre et, à certains égards, le moins connu. L'épuration nazie de 1933 chassa de l'université de Francfort des hommes comme Philipp Schwartz, dont la réponse à l'exil fut non pas le silence mais l'action : la fondation d'un réseau international de sauvetage qui permit à des milliers de savants persécutés de poursuivre leurs travaux. Que Schwartz n'ait jamais retrouvé de poste en Allemagne après 1945, que son rôle soit demeuré largement ignoré pendant des décennies, dit quelque chose d'essentiel sur les silences d'une mémoire nationale encore incomplète.
De cette ruelle close sont issues une dynasty qui transforma la finance mondiale, une école de pensée qui marqua durablement le judaïsme orthodoxe, une production intellectuelle talmudique dont la continuité ne fut jamais rompue même dans les années d'épreuve, une collection bibliographique dont les traces numériques subsistent à l'université Goethe, et une communauté séparatiste assez robuste pour traverser la catastrophe et se reconstituer en exil. La démolition physique de la Judengasse au XIXe siècle n'a pas effacé sa mémoire : les vestiges archéologiques exposés au Museum Judengasse, les archives communautaires et les institutions muséales de Francfort en perpétuent le souvenir. Ce qui demeure, de la Judengasse comme de l'université qui lui succéda, c'est le témoignage d'une humanité qui, dans la contrainte la plus extrême — qu'elle fût celle des portes verrouillées du ghetto ou celle des lois d'exclusion du IIIe Reich —, sut bâtir un monde et en transmettre le souvenir.
---
Versies (1)
- v1 · actueel · 17 aug 2026
Lees verder in dit Groot Boek
Log in of maak een gratis account aan om dit Groot Boek volledig te lezen — en ontdek, volg en verrijk de geslachtslijen die voor u van belang zijn.
Eén e-mail, één tik. Geen wachtwoord; je vertrekt wanneer je wilt.
Is “Juifs de Francfort (Judengasse)” deel van jouw verhaal?
Maak je ledenruimte aan om de families te volgen die er voor jou toe doen, meldingen te krijgen over nieuwe ontdekkingen en bij te dragen — zonder wachtwoord.
Eén e-mail, één tik. Geen wachtwoord; je vertrekt wanneer je wilt.
De dagen van dit boek
Dit boek draagt nog geen enkele gedenkdag. De bronnen die Juifs de Francfort (Judengasse) documenteren, geven jaren en eeuwen, nooit een dag; wij fabriceren die niet.
Kent u een datum — een herinnering, een hilloula, de verjaardag van een vertrek? Geef het zijn dag
Bronnen & hulpmiddelen
- Noah H. Rosenbloom, Tradition in an Age of Reform: The Religious Philosophy of Samson Raphael Hirsch (1976)
- Jonathan Israel, European Jewry in the Age of Mercantilism, 1550–1750 (1985)
- Élie Barnavi (dir.), Histoire universelle des Juifs. De la Genèse à la fin du XXe siècle (1992)
- Israël Jacob Yuval, « Deux peuples en ton sein ». Juifs et chrétiens au Moyen Âge (2012)
- Mark R. Cohen, Under Crescent and Cross: The Jews in the Middle Ages (1994)
🔗 Cite / link this page
Copy any of these formats to cite this page or link to it.
Link
https://zakhor.ai/nl/grands-livres/communautes/juifs-de-francfortHTML
<a href="https://zakhor.ai/nl/grands-livres/communautes/juifs-de-francfort">Juifs de Francfort (Judengasse) — Zakhor</a>Citation
Juifs de Francfort (Judengasse) — Zakhor, https://zakhor.ai/nl/grands-livres/communautes/juifs-de-francfort