Le patronyme Freundlich appartient à la grande famille des noms juifs ashkénazes nés à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, lorsque les autorités impériales d'Europe centrale — habsbourgeoises, prussiennes puis russes — imposèrent à leurs sujets juifs l'adoption d'un nom de famille héréditaire et fixe. Jusqu'alors, la nomination juive obéissait à la logique patronymique hébraïque : un homme était « fils de » (ben) son père, et la transmission s'effectuait de génération en génération sans nom de lignée stable. L'édit de tolérance de Joseph II en 1787 dans les terres habsbourgeoises, puis les réglementations prussiennes de 1812 et les décrets russes de 1804 et 1835, contraignirent les communautés à se choisir — ou à se voir attribuer — un nom permanent, condition de l'enregistrement administratif, de la conscription et de la fiscalité [Encyclopaedia Judaica, « Names (Personal) »].
Le nom Freundlich, formé sur l'allemand freundlich signifiant « amical, aimable, affable », s'inscrit dans la catégorie féconde des patronymes dits « ornementaux » ou « de qualité » : des noms qui n'indiquent ni un métier, ni un lieu, ni une filiation, mais une vertu, une disposition heureuse, parfois un simple agrément sonore [Geneanet, notice Freundlich]. La racine Freund — « ami » — engendra ainsi toute une parentèle onomastique : Freund, Freundman, Freundenthal, Freundlich, autant de variations sur le registre de l'amitié et de la bienveillance. Ce livre se propose de retracer non pas une généalogie unique et close, car les porteurs du nom Freundlich relèvent de souches multiples et sans lien de sang nécessaire, mais l'histoire collective d'un nom : ses racines linguistiques, ses foyers géographiques, ses figures illustres, et le destin tragique que l'histoire du XXᵉ siècle réserva à ceux qui le portaient.
Le nom Freundlich est d'origine germanique transparente. Le terme allemand freundlich dérive du substantif Freund (« ami »), lui-même issu du vieux haut-allemand friunt, participe présent substantivé du verbe germanique signifiant « aimer, favoriser ». L'adjectif désigne le caractère affable, courtois, bienveillant. Dans le contexte juif ashkénaze, où l'allemand et le yiddish — langue judéo-germanique — formaient le substrat linguistique quotidien, ce vocabulaire était immédiatement intelligible et porteur d'une connotation positive [Geneanet, notice Familienname Freundlich].
Les onomasticiens distinguent plusieurs mécanismes d'attribution des noms juifs sous la contrainte administrative. Certains noms reflétaient un métier (Schneider, tailleur ; Goldschmidt, orfèvre), d'autres un toponyme (Berliner, Posner), d'autres encore une filiation matronymique ou patronymique (Perlman, Mendelsohn). Les noms « ornementaux » — catégorie à laquelle appartient Freundlich — constituaient un groupe distinct, particulièrement développé dans les terres habsbourgeoises et prussiennes : ils associaient des éléments de la nature (Blum, fleur ; Stern, étoile ; Rosen, roses) ou des qualités morales et esthétiques (Schön, beau ; Lieb, cher ; Freundlich, amical) [Encyclopaedia Judaica, « Names (Personal) »].
Le choix d'un nom signifiant « amical » s'explique de plusieurs manières plausibles. Il pouvait s'agir d'une auto-désignation flatteuse, d'un nom assigné par un fonctionnaire selon un répertoire prédéfini, voire d'une traduction germanisée d'un nom ou d'un surnom yiddish préexistant. Le surnom hébraïque ou yiddish Chaver
La géographie historique des porteurs du nom Freundlich épouse celle de la judéité ashkénaze d'Europe centrale et orientale. La Galicie austro-hongroise — vaste province à cheval sur l'actuelle Pologne du sud-est et l'Ukraine occidentale — constituait l'un des plus denses bassins de peuplement juif d'Europe. Les shtetlekh galiciens, de Lemberg (Lviv) à Cracovie, abritaient des communautés où les noms ornementaux germaniques s'étaient répandus à la suite des réglementations josephines. C'est dans ce monde que de nombreuses lignées Freundlich prirent racine, vivant du commerce, de l'artisanat, du métier de colporteur, de la gestion de tavernes ou d'auberges, et participant à la vie religieuse intense des communautés hassidiques et mitnagdiques [Encyclopaedia Judaica, « Galicia »].
Plus à l'ouest, en Silésie et en Bohême-Moravie, les Freundlich appartenaient à une judéité davantage urbanisée et, au fil du XIXᵉ siècle, engagée dans le processus d'émancipation et d'acculturation à la culture allemande. L'Aufklärung juive, la Haskala, et l'accès progressif aux universités allemandes et autrichiennes ouvrirent à certaines familles les voies de la bourgeoisie cultivée, des professions libérales et des sciences. C'est de ce milieu que sortiront les figures intellectuelles et artistiques que ce livre évoquera. La Hongrie, et notamment les régions de l'actuelle Slovaquie, comptait elle aussi des familles Freundlich intégrées aux réseaux communautaires de langue allemande et hongroise [Encyclopaedia Judaica, « Hungary »].
À partir des dernières décennies du XIXᵉ siècle, la pression démographique, l'antisémitisme et la misère poussèrent une part importante de la population juive d'Europe orientale vers l'émigration. Les Freundlich participèrent à ce vaste mouvement vers l'Amérique du Nord, en particulier vers les grandes métropoles industrielles des États-Unis. Cette dispersion explique la présence aujourd'hui significative du nom outre-Atlantique, où il fut souvent conservé tel quel, l'orthographe germanique se prêtant aisément à l'intégration anglophone [Ancestry, notice Freundlich Family History]. Une autre branche de la diaspora se fixa, avant et après 1948, dans la Palestine mandataire puis l'État d'Israël, où le nom subsiste, parfois hébraïsé.
La figure la plus marquante portant ce nom est sans conteste le peintre et sculpteur Otto Freundlich. Né à Stolp, en Poméranie prussienne (aujourd'hui Słupsk, en Pologne), en 1878, dans une famille juive, il devint l'un des pionniers de l'art abstrait européen. Installé à Paris dès 1908, il fréquenta le célèbre Bateau-Lavoir à Montmartre, foyer de l'avant-garde cubiste où évoluaient Picasso, Braque et leurs cercles. Freundlich y développa une œuvre originale, faite de compositions abstraites où la couleur et la forme géométrique portaient une véritable utopie sociale et spirituelle [Otto Freundlich, notices biographiques de référence].
Son art procédait d'une vision cosmique et fraternelle : il concevait l'abstraction non comme un pur jeu formel, mais comme l'expression d'une humanité réconciliée, d'une communion universelle — idéal qui résonne ironiquement avec le sens même de son nom. Sa sculpture monumentale Der neue Mensch (« L'Homme nouveau »), réalisée vers 1912, devint un symbole de cette aspiration. Le destin de cette œuvre illustre la barbarie de l'époque : le régime national-socialiste la confisqua et la reproduisit en couverture du catalogue de l'exposition de propagande Entartete Kunst (« Art dégénéré ») de 1937, faisant d'Otto Freundlich, à son corps défendant, l'emblème honni de l'art que les nazis vouaient à la destruction [Jüdisches Museum Berlin, dossier Otto Freundlich].
Réfugié en France, Freundlich y fut traqué après l'occupation allemande. Arrêté en 1943, il fut déporté vers l'Est et assassiné, vraisemblablement au camp de Sobibor ou à Lublin-Majdanek, en mars 1943. Sa mort scella le sort d'un artiste dont l'œuvre célébrait l'amitié et la fraternité humaines, anéanti par l'idéologie qui en niait jusqu'au principe [encyclopédies et musées de référence]. Sa sculpture originale Der neue Mensch a disparu, mais son projet artistique survit à travers la Voie de la Sculpture de la Paix, un parcours de stèles qu'il avait imaginé reliant symboliquement les peuples d'Europe.
Le nom Freundlich est également inscrit dans l'histoire des sciences modernes, portée par deux savants de premier plan. Herbert Freundlich (1880-1941), chimiste né à Charlottenburg près de Berlin, fut l'un des fondateurs de la chimie des colloïdes. Son nom demeure attaché à l'« isotherme de Freundlich », une équation empirique décrivant le phénomène d'adsorption d'une substance à la surface d'un solide, qui reste enseignée et utilisée jusqu'à aujourd'hui en chimie physique et en science des matériaux [littérature de chimie physique, isotherme de Freundlich]. Directeur de recherche au prestigieux Kaiser-Wilhelm-Institut de Berlin, il fut contraint à l'exil par les persécutions antisémites du régime nazi et poursuivit sa carrière au Royaume-Uni puis aux États-Unis.
L'astronome Erwin Finlay-Freundlich (1885-1964) constitue l'autre grande figure scientifique de ce nom. Collaborateur d'Albert Einstein, il joua un rôle pionnier dans la tentative de vérification expérimentale de la théorie de la relativité générale, notamment par l'observation de la déviation de la lumière des étoiles au voisinage du Soleil lors des éclipses, et de la prédite déviation gravitationnelle. La tour solaire d'Einstein (Einsteinturm) de Potsdam, observatoire conçu pour ces recherches, est intimement liée à son activité. Lui aussi fut chassé d'Allemagne par le nazisme et mena une carrière internationale, en Turquie, aux Pays-Bas, puis en Écosse à l'université de St Andrews [histoire de l'astrophysique, biographie d'Erwin Finlay-Freundlich].
Ces deux trajectoires témoignent d'un phénomène plus large : l'extraordinaire contribution de la bourgeoisie juive allemande émancipée aux sciences du tournant du XXᵉ siècle, et la rupture brutale que représenta la prise du pouvoir par Hitler en 1933, qui dispersa cette élite intellectuelle aux quatre coins du monde. Les Freundlich de la science incarnent à la fois l'apogée de l'intégration juive dans la culture germanique et son anéantissement.
L'histoire du nom Freundlich au XXᵉ siècle ne saurait être dissociée de la catastrophe qui frappa le judaïsme européen entre 1933 et 1945. Les foyers mêmes où le nom s'était épanoui — Galicie, Pologne, Bohême, Allemagne, Hongrie, Slovaquie — furent les théâtres de la destruction systématique des Juifs d'Europe. Les communautés des shtetlekh galiciens et des villes d'Europe centrale furent presque entièrement anéanties dans les ghettos, les fusillades de masse et les camps d'extermination [Encyclopaedia Judaica, « Holocaust »].
Les bases de données mémorielles, notamment la Base centrale des noms des victimes de la Shoah de Yad Vashem, conservent la trace de nombreuses victimes portant le patronyme Freundlich, originaires de ces régions. Le cas d'Otto Freundlich, assassiné en 1943, en est l'illustration la plus célèbre, mais il s'inscrit dans une multitude de destins anonymes. La confrontation entre la mémoire familiale transmise — les récits de parents disparus, les villages évoqués, les fuites et les survies — et l'archive historique (registres de déportation, listes de transports, dossiers d'arrestation) permet aujourd'hui de reconstituer, fragment par fragment, le sort de ces lignées [Yad Vashem, Base centrale des noms des victimes].
Cette intersection entre mémoire et histoire est au cœur du travail généalogique contemporain. Là où la tradition orale conserve un nom, un prénom, une ville, l'archive vient confirmer, nuancer ou parfois corriger le souvenir. Pour les familles Freundlich, comme pour tant d'autres lignées ashkénazes, la reconstitution généalogique se heurte à la destruction des archives communautaires, mais s'appuie sur les registres d'état civil de l'Empire austro-hongrois et de la Prusse, les listes d'émigration, et les bases de données des survivants et des victimes.
Au lendemain de la Shoah, le nom Freundlich a survécu à travers les survivants et les branches établies dans la diaspora avant la guerre. Aux États-Unis, où l'émigration d'avant 1914 puis les réfugiés des années 1930 avaient implanté le nom, les Freundlich se sont intégrés aux grandes communautés juives urbaines, conservant l'orthographe germanique d'origine [Ancestry, notice Freundlich]. En Israël, le nom subsiste parmi les descendants des immigrants venus d'Europe centrale et orientale, parfois adapté ou conservé tel quel.
La répartition mondiale actuelle du nom, telle que la documentent les bases de données onomastiques, demeure marquée par cette histoire : on relève les plus fortes densités dans les pays d'accueil de la diaspora ashkénaze ainsi que dans les régions d'origine d'Europe centrale, où ne subsistent toutefois que de rares porteurs après les destructions du XXᵉ siècle [Forebears, notice Freundlich]. Le nom continue par ailleurs de figurer dans les domaines artistique, scientifique et intellectuel, prolongeant l'héritage des grandes figures du début du siècle.
Aujourd'hui, le patronyme Freundlich porte en lui, par sa seule étymologie — « amical, aimable » —, une charge symbolique singulière au regard de l'histoire tragique de ses porteurs. Ce contraste entre la douceur du nom et la dureté du destin collectif confère à cette lignée onomastique une dimension presque emblématique de la condition juive en Europe : l'aspiration à la fraternité et à la convivialité d'un côté, l'épreuve de la persécution de l'autre.
Le Grand Livre consacré à la lignée Freundlich n'est pas l'histoire d'une famille unique, mais celle d'un nom et de la multitude de destins qu'il rassemble. Né de la contrainte administrative imposée aux Juifs d'Europe centrale au tournant des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, ce patronyme « ornemental » signifiant « amical » s'est enraciné dans les terres ashkénazes de Galicie, de Silésie, de Bohême, de Pologne et de Hongrie. Il a porté des figures éclatantes — le peintre Otto Freundlich, pionnier de l'abstraction et martyr de la Shoah ; le chimiste Herbert Freundlich, père de la chimie des colloïdes ; l'astronome Erwin Finlay-Freundlich, compagnon de route d'Einstein —, témoins de l'extraordinaire contribution juive à la culture et aux sciences européennes.
L'histoire de ce nom est aussi celle d'une rupture : l'exil forcé des élites dans les années 1930, l'extermination des communautés dans les années 1940, et la survivance dispersée dans la diaspora américaine et israélienne. Entre la mémoire transmise et l'archive retrouvée, entre la légende et le document, le travail de l'historien et du généalogiste consiste à rendre à chaque porteur du nom sa part de vérité. Que ce livre serve de modeste pierre à l'édifice de cette mémoire, fidèle à la promesse contenue dans le nom même : celle de l'amitié et de la fraternité humaines.
La diffusion géographique du nom confirme son ancrage germanophone : Freundlich se rencontre principalement dans les territoires de l'ancien Empire austro-hongrois — Galicie, Bohême, Moravie, Hongrie — et dans les terres allemandes et prussiennes, en particulier la Silésie et la Posnanie. Des concentrations notables apparaissent également en Pologne, en Slovaquie et, par migration ultérieure, aux États-Unis et en Israël [Forebears, notice Freundlich].