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Zakhor
1948 · New York

Le retrait

Le jour de ses quarante-trois ans, un peintre trace une bande verticale sur un fond uni. Il passera le reste de sa vie à expliquer que c'est une idée de kabbale.

स्थापितBarnett NewmanPeintureKabbaleTsimtsoum

Barnett Newman, né à New York en 1905 de parents juifs polonais, peint le 29 janvier 1948 — le jour de son anniversaire — un tableau qu'il intitule Onement I : un fond brun uni, traversé verticalement par une mince bande rouge.

Cette bande, qu'il appellera zip, devient sa signature. Il la répétera pendant vingt-deux ans, sur des toiles de toutes tailles, dont Vir Heroicus Sublimis, presque six mètres de large.

Ce qu'il disait de ce qu'il faisait

Newman parlait beaucoup, et il parlait de kabbale. Ses notes témoignent d'un travail suivi sur le tsimtsoum lourianique : l'idée que la création a été précédée d'un retrait de l'infini divin, pour faire place au monde.

Le zip, dans cette lecture, n'est pas une ligne qui coupe le champ : c'est une interruption qui fonde un espace. Il divise et il unit à la fois — le mot onement contient l'idée d'unir.

Il intitulera plus tard des toiles Abraham, du nom de son père mort en 1947, Joshua, Uriel, et une sculpture Zim Zum.

Ce qu'il faut faire de ces explications

La prudence s'impose dans les deux sens.

Les titres à référence juive ont pour la plupart été donnés après coup, et Newman était un homme qui savait construire sa figure publique — il n'avait pas de formation talmudique, et sa kabbale est celle des livres disponibles en anglais dans les années 1940.

Mais on ne peut pas non plus traiter ces déclarations comme un habillage. Elles sont trop constantes, trop précises, et elles précèdent la reconnaissance critique.

Ce qui est établi : un peintre a expliqué son geste par une notion de mystique juive du XVIᵉ siècle, pendant vingt ans, et a intitulé ses œuvres en conséquence.

Une peinture qu'on ne regarde pas de loin

Newman a fait afficher, lors d'une exposition, un avis demandant aux visiteurs de se tenir près des grandes toiles.

C'est contre-intuitif et c'est le cœur de l'affaire. Vue de loin, une toile de six mètres devient un objet dans une pièce ; vue de près, elle occupe tout le champ de vision et cesse d'être une image — on se tient dedans.

L'insistance sur la présence physique du spectateur, et non sur ce que l'œuvre représente, est ce que la peinture américaine d'après-guerre a légué de plus durable.

Ce que la suite en a fait

Il est mort en 1970. Ses dernières toiles portent le titre Qui a peur du rouge, du jaune et du bleu — dont deux ont été lacérées par des visiteurs, à Amsterdam puis à Berlin.

Le Canada a acheté Voice of Fire en 1989 pour 1,8 million de dollars, déclenchant un scandale national sur le prix d'une toile de trois bandes.

Un homme qui expliquait le retrait divin par une ligne verticale a donc produit, quarante ans plus tard, une querelle publique sur ce que vaut une ligne verticale. Il aurait sans doute trouvé la question intéressante.