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Zakhor
première moitié du IIᵉ siècle · Judée romaine

La langue des hommes

Deux maîtres, deux façons de lire. Pour l'un, chaque ornement de lettre porte un sens ; pour l'autre, un texte se répète parfois simplement parce que les gens se répètent.

स्थापितRabbi IshmaelHerméneutiqueMidrashLecture

Rabbi Ishmael ben Elisha enseigne dans la première moitié du IIᵉ siècle, en même temps qu'Akiva. On lui attribue une liste de treize règles pour déduire le droit du texte de la Torah — les treize middot, qui ouvrent le Sifra et que certains rites récitent chaque matin.

Ce sont pour l'essentiel des amplifications des sept règles attribuées à Hillel : le raisonnement du léger au lourd, l'analogie de termes identiques dans deux passages, le général et le particulier.

Le désaccord de fond

Derrière la technique, Ishmael et Akiva s'opposent sur ce qu'est un texte révélé.

Pour Akiva, la Torah est parfaite jusqu'au dernier signe : une particule apparemment superflue, une lettre, jusqu'aux petites couronnes calligraphiques qui ornent certaines lettres du rouleau — tout porte du sens, parce que rien n'est là par hasard.

Pour Ishmael, « la Torah parle la langue des hommes ». Les gens se répètent pour insister, pour se faire entendre, pour la beauté d'une phrase ; le texte fait de même. Il ne faut donc rien déduire d'une redondance. Si Dieu avait voulu enseigner quelque chose de plus, il ne l'aurait pas caché dans une répétition — il l'aurait dit.

Ce que chaque position coûte

La position d'Akiva rend le texte inépuisable : on peut toujours en tirer davantage, et c'est ce qui a nourri des siècles de midrash.

Elle expose aussi à tout justifier — puisque n'importe quel détail peut porter n'importe quelle déduction.

La position d'Ishmael borne la lecture et la rend contestable : elle admet que le texte a une forme humaine, donc des tournures, donc du style. C'est plus sobre, et cela limite ce qu'on peut lui faire dire.

Aucune n'a gagné

C'est ce qui rend ce dossier remarquable. Les deux écoles ont produit chacune leur corpus de midrash halakhique, et la tradition les a gardés tous les deux.

Le Talmud invoque tantôt l'une, tantôt l'autre, selon ce qu'il démontre. Il n'existe pas de décision qui aurait tranché.

Un désaccord sur la nature même du texte fondateur est resté ouvert deux mille ans, à l'intérieur de la même tradition, sans que personne le referme.

Une querelle qui n'est pas datée

Elle traverse toute l'histoire de la lecture, et bien au-delà du judaïsme. Un texte se lit-il au mot près ou à l'intention ? Une virgule de loi porte-t-elle une obligation ?

Les juristes, les exégètes et les constitutionnalistes rejouent cette partie chaque fois qu'ils s'affrontent sur la lettre et l'esprit.

Ishmael et Akiva ont posé les deux termes au IIᵉ siècle, et leur école respective a mis par écrit ce qu'elle en tirait. C'est peut-être le plus durable des deux legs : non pas une réponse, mais une alternative bien formulée.