Region: Venise, Italie
Register Geschichte · Verwahrer, nicht Eigentümer
Veröffentlicht am 19. Juni 2026
Fonds de manuscrits orientaux incluant des manuscrits hébreux des XVIIIe-XIXe s.

(Venice) Biblioteca Nazionale Marciana - Maine entrance
Didier Descouens · Public domain · Wikimedia Commons

Biblioteca Marciana a Venezia facciata sud
This Photo was taken by Wolfgang Moroder. Feel free to use my photos, but please mention me as the author and send me a message. This image is not in the public domain. Please respect the copyright protection. It may only be used according to the rules mentioned here. This specifically excludes use in social media, if applicable terms of the licenses listed here not appropriate. Please do not upload an updated image here without consultation with the Author. The author would like to make corrections only at his own source. This ensures that the changes are preserved.Please if you think that any changes should be required, please inform the author.Otherwise you can upload a new image with a new name. Please use one of the templates derivative or extract. · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Rainy day in Venice Biblioteca Marciana
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(Venice) Biblioteca Nazionale Marciana - Interior
Didier Descouens · Public domain · Wikimedia Commons
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https://zakhor.ai/de/grands-livres/institutions/biblioteca-marcianaHTML
<a href="https://zakhor.ai/de/grands-livres/institutions/biblioteca-marciana">Biblioteca Nazionale Marciana — Zakhor</a>Citation
Biblioteca Nazionale Marciana — Zakhor, https://zakhor.ai/de/grands-livres/institutions/biblioteca-marcianaAu cœur de Venise, sur la Piazzetta San Marco, face au Palais des Doges, s'élève l'une des plus vénérables institutions du savoir européen : la Biblioteca Nazionale Marciana, autrement dite la Bibliothèque de Saint-Marc. La Bibliothèque Marciana, ou Bibliothèque de Saint-Marc — dans les documents historiques communément appelée Libreria pubblica di san Marco — est une bibliothèque publique de Venise, en Italie. Elle figure parmi les plus anciennes bibliothèques d'État subsistant sur le continent, et sa renommée tient autant à la splendeur de son architecture qu'à la richesse de ses fonds manuscrits.
Le présent ouvrage entend retracer l'histoire de cette institution non seulement comme conservatoire des classiques grecs et latins — sa vocation première et établie — mais aussi comme dépositaire d'un ensemble plus discret et moins connu : ses fonds orientaux, parmi lesquels figurent des manuscrits hébraïques des XVIIIe et XIXe siècles. Si l'histoire de la Marciana est avant tout celle de l'humanisme byzantin transplanté en Occident, elle est aussi, en filigrane, celle des circulations diasporiques, des langues sacrées et des savoirs juifs qui, par les voies du commerce, du collectionnisme et de l'érudition, ont trouvé refuge sur les rives de la lagune.
Venise, port cosmopolite et carrefour des mondes méditerranéens, abrita dès 1516 le premier ghetto institué d'Europe, et fut au XVIe siècle la capitale incontestée de l'imprimerie hébraïque grâce aux presses de Daniel Bomberg. Il n'est donc pas surprenant qu'une bibliothèque vénitienne ait recueilli, au fil des siècles, des témoignages de la culture du Livre propre au judaïsme. Ce Grand Livre s'efforce de distinguer rigoureusement ce qui relève de l'archive établie, de la tradition transmise et de leur intersection, afin de rendre justice à la complexité d'une institution née d'un legs et nourrie par des siècles d'accumulation.
L'acte de naissance de la Marciana est précisément daté et documenté. Un tournant décisif survint en 1468 avec la donation de la riche et précieuse bibliothèque du cardinal grec Bessarion. La collection commença d'arriver à Venise en 1469 et fut hébergée au Palais des Doges. Cardinal de l'Église romaine d'origine grecque, Basilios Bessarion avait fui Constantinople avant la chute de la cité aux mains des Ottomans, emportant avec lui le trésor du savoir hellénique. Le véritable commencement de la Biblioteca Nazionale Marciana débuta en 1468 avec la généreuse donation par le cardinal Basilios Bessarion de 746 rares codices grecs et latins à la République vénitienne.
Le choix de Venise comme bénéficiaire ne fut pas fortuit : la Sérénissime, par sa position de pont entre l'Orient et l'Occident, par sa stabilité politique et par sa communauté grecque florissante, apparaissait comme l'héritière naturelle de Byzance. En 1468, le cardinal donna à la République de Venise environ 750 codices en grec et en latin ainsi que 250 manuscrits, suivis peu après d'un certain nombre d'ouvrages imprimés, le tout provenant de sa collection personnelle. On dit que le cardinal Bessarion avait l'intention de rendre ces œuvres accessibles au public.
La gestion de cette collection fut confiée aux plus hautes autorités de l'État. Gouvernée par le Sénat et confiée à la garde des Procurateurs de Saint-Marc, elle donna une impulsion concrète à l'idée ancienne d'établir une bibliothèque d'État. Le projet ne prit forme concrète que sous le doge Andrea Gritti, dans le cadre de son vaste programme de rénovation de la cité. Ce legs, intention humaniste d'un prélat soucieux de préserver l'héritage grec menacé, constitue ainsi le socle documentaire incontestable de l'institution.
Pendant plusieurs décennies, la collection demeura dispersée et logée provisoirement, faute d'un édifice digne d'elle. C'est l'ambition urbanistique du doge Gritti qui devait la doter d'un écrin à la mesure de son prestige. La construction du bâtiment de la Bibliothèque publique — destiné à abriter la collection de Bessarion, les acquisitions futures et les bureaux (ridotti) des Procurateurs de Saint-Marc — fut confiée à Jacopo Sansovino, qui entreprit les travaux en 1537. Après sa mort en 1570, le projet fut achevé par Vincenzo Scamozzi.
L'édifice s'inscrit dans une démarche politique autant qu'esthétique. La bibliothèque fut finalement construite durant la période de redressement dans le cadre d'un vaste programme de renouvellement urbain visant à glorifier la République par l'architecture et à affirmer son prestige international en tant que centre de sagesse et de savoir. Sa façade monumentale dialogue avec le Palais des Doges. Le bâtiment original de la bibliothèque est situé sur la Place Saint-Marc, ancien centre gouvernemental de Venise, sa longue façade faisant face au Palais des Doges. Construit entre 1537 et 1588, il est considéré comme le chef-d'œuvre de l'architecte Jacopo Sansovino.
L'ornementation intérieure mobilisa les plus grands maîtres de la peinture vénitienne. Parmi les artistes notables figurent Titien, Tintoret, Véronèse, Battista Franco, Giuseppe Salviati et Andrea Schiavone. L'entrée en fonction effective de l'institution est elle aussi datable : vers 1560, la Bibliothèque de Saint-Marc — sous l'autorité des Réformateurs de l'Université de Padoue — était en activité. Ainsi naquit, de pierre et de fresque, le « temple public de la sagesse » voulu par la République.
Une bibliothèque vivante ne saurait se réduire à son legs fondateur. Dès la fin du XVIe siècle, la Marciana entreprit d'élargir considérablement ses collections par des voies multiples. Vers la fin du siècle, la Marciana accrut encore ses collections par l'incorporation de parties de bibliothèques monastiques, dont celles de San Giovanni di Verdara à Padoue et des Santi Giovanni e Paolo à Venise.
À ces apports religieux s'ajoutèrent les archives de l'appareil d'État vénitien. Des manuscrits, livres imprimés et fonds documentaires auparavant conservés dans les bureaux des magistratures vénitiennes — parmi lesquelles le Conseil des Dix et le Sénat — furent également absorbés par la Bibliothèque. Une salle supplémentaire dans les Procuraties fut en conséquence affectée à l'hébergement des fonds élargis.
Ce mouvement d'accumulation explique la physionomie actuelle de l'institution. Spécialisée dans les classiques et l'histoire vénitienne, elle conserve 13 117 manuscrits, 2 887 incunables, 24 060 cinquecentine et environ un million de livres postérieurs au XVIe siècle. C'est dans ce vaste ensemble manuscrit, longtemps dominé par les codices grecs et latins, que se logèrent peu à peu des pièces orientales — arabes, persanes, turques et hébraïques — fruits d'acquisitions tardives, de dons d'érudits et de la circulation marchande propre à un port ouvert sur la Méditerranée et le Levant.
C'est ici que l'histoire de la Marciana croise celle des diasporas juives. La notice de référence relative à l'institution mentionne l'existence d'un fonds de manuscrits orientaux incluant des manuscrits hébraïques datant des XVIIIe et XIXe siècles. Cette donnée, transmise par la documentation institutionnelle, s'inscrit dans un contexte historique cohérent qui en rend la vraisemblance forte, même si le détail des cotes et des provenances relève d'une enquête de catalogue spécialisée.
Venise fut, dès le XVIe siècle, un foyer majeur de la culture juive écrite. Le ghetto, institué en 1516, abritait une population séfarade, ashkénaze et levantine dont la vie intellectuelle était intense ; les presses de la cité produisirent les éditions hébraïques qui firent autorité dans tout le monde juif, à commencer par la Bible rabbinique et le Talmud de Bomberg. La présence, dans une bibliothèque d'État vénitienne, de manuscrits hébraïques s'explique donc autant par cet ancrage local que par le goût des collectionneurs et des orientalistes des Lumières et du XIXe siècle, époque où l'érudition européenne porta un intérêt croissant aux langues sémitiques.
La datation tardive — XVIIIe et XIXe siècles — de ces manuscrits hébraïques mérite d'être soulignée. Elle distingue ce fonds des grandes collections hébraïques médiévales conservées ailleurs (à la Bodléienne d'Oxford, à la Bibliothèque vaticane ou à la Palatine de Parme), et suggère plutôt des copies récentes, des livres liturgiques, des amulettes, des contrats, des recueils kabbalistiques ou des textes de tradition rituelle acquis à l'époque moderne. En l'absence d'un catalogue critique accessible ici, il convient de demeurer prudent : la tradition documentaire affirme l'existence du fonds ; l'archive précise — descriptions codicologiques, scribes, lieux de copie — reste à confronter aux inventaires manuscrits de la Marciana et aux travaux des spécialistes de la collection hébraïque italienne. C'est précisément cette tension entre ce que la notice transmet et ce que l'archive devra établir qui place ce chapitre à l'intersection de la mémoire et de l'histoire.
La chute de la République de Venise en 1797, sous les coups de Bonaparte, marqua un bouleversement profond pour ses institutions. La Marciana, jusque-là émanation directe de l'État vénitien et de ses Procurateurs, dut s'adapter aux régimes successifs — domination française, administration autrichienne, puis intégration au royaume d'Italie. C'est durant cette période de réorganisation que la bibliothèque connut des transferts de locaux et un nouvel afflux de fonds provenant des établissements religieux supprimés par les réformes napoléoniennes.
La suppression des couvents et monastères de la République, dans le sillage des sécularisations révolutionnaires, entraîna en effet la dispersion de bibliothèques séculaires, dont une partie vint enrichir les collections publiques. Ce processus, attesté pour de nombreuses bibliothèques italiennes, prolongea à plus grande échelle le mouvement d'absorption déjà engagé au XVIe siècle. Au XIXe siècle, la Marciana acquit officiellement son statut de bibliothèque nationale — la Biblioteca Nazionale Marciana — confirmant sa vocation de conservatoire d'État.
Ce passage du service de la Sérénissime au service de la nation italienne explique la dénomination moderne de l'institution et la nature composite de ses fonds. C'est probablement à la faveur de ces réorganisations, de ces saisies et de ces dons que des manuscrits orientaux et hébraïques, naguère détenus par des particuliers, des érudits ou des établissements supprimés, achevèrent leur trajet jusqu'aux rayonnages de la Marciana, témoins discrets d'une histoire vénitienne plurielle.
L'histoire de la Biblioteca Nazionale Marciana est celle d'un palimpseste institutionnel. Née du geste humaniste d'un cardinal grec sauvant l'héritage de Byzance, dotée par la République d'un palais à la gloire de Sansovino, enrichie au fil des siècles par l'absorption de bibliothèques monastiques et d'archives d'État, elle est devenue l'un des grands conservatoires du savoir de l'Europe méditerranéenne. Les chiffres établis — plus de treize mille manuscrits, près de trois mille incunables — disent l'ampleur d'une accumulation patiente.
Au sein de cet ensemble, les fonds orientaux et les manuscrits hébraïques des XVIIIe et XIXe siècles occupent une place modeste mais éloquente. Ils rappellent que Venise ne fut pas seulement la cité des doges et des humanistes hellénistes, mais aussi un carrefour où se croisaient les langues sacrées de l'Orient, et notamment celle d'une communauté juive qui fit de la lagune l'une des capitales mondiales du livre hébraïque. Que ces manuscrits aient trouvé refuge dans la bibliothèque même de la République en dit long sur la porosité des mondes vénitiens.
Il revient désormais à l'érudition de poursuivre l'enquête là où la tradition documentaire s'arrête : décrire pièce à pièce ce fonds hébraïque, en établir les provenances, en identifier les scribes et les commanditaires. C'est à ce prix que la mémoire transmise se muera en histoire établie, et que la Marciana révélera pleinement cette part orientale et diasporique de son immense héritage.