Geografische Herkunft: Maroc
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<a href="https://zakhor.ai/de/grands-livres/familles/malca">Le Grand Livre — Malca — Zakhor</a>Citation
Le Grand Livre — Malca — Zakhor, https://zakhor.ai/de/grands-livres/familles/malcaEin einziger Name, hundert Gesichter.
Derselbe Familienname, unterschiedlich transkribiert je nach Sprache, Epoche und Diaspora.
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Le patronyme Malca appartient au vaste répertoire onomastique du judaïsme nord-africain, et plus particulièrement à celui des communautés juives du Maroc, où il est attesté de longue date. Comme nombre de noms de familles séfarades, il porte en lui une mémoire double : celle de la langue qui lui a donné naissance et celle des terres successives qu'ont foulées ses porteurs. La référence de base de cette enquête, le dictionnaire onomastique du grand rabbin Maurice Eisenbeth, demeure l'instrument princeps pour l'étude des noms juifs du Maghreb. Les juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique fut publié à Alger, à l'Imprimerie du Lycée, en 1936, et ce volume, honoré d'un prix savant, reste aujourd'hui réédité en fac-similé sous l'égide du Cercle de généalogie juive.
Le nom Malca renvoie à une racine sémitique commune. Selon le site Dafina, dans « Les noms des Juifs du Maroc », Malka est d'origine espagnole et signifie « reine » en hébreu. Cette glose populaire, largement diffusée parmi les descendants des familles marocaines, mérite cependant d'être nuancée par la philologie. Le prénom féminin est d'origine hébraïque et signifie « reine » en hébreu — un nom approprié pour une femme juive ; toutefois, le patronyme séfarade Malka est d'origine araméenne, et non hébraïque, par son étymologie ou son sens : en araméen, Malka signifie « le roi » ou « royal ». Cette tension entre la lecture hébraïque féminine (« la reine ») et la racine araméenne masculine (« le roi », « le royal ») constitue l'un des fils conducteurs du présent ouvrage : elle illustre comment un même graphème peut héberger plusieurs strates de mémoire linguistique.
Le présent Grand Livre se propose de retracer, à partir des archives onomastiques, des chroniques rabbiniques et de l'historiographie séfarade, l'itinéraire de cette lignée — de ses racines ibériques à son enracinement marocain, en passant par les figures savantes qui en illustrèrent le nom.
Toute lignée commence par un nom, et tout nom commence par une racine. La racine sémitique m-l-k, commune à l'hébreu, à l'araméen et à l'arabe, exprime l'idée de royauté, de souveraineté et de règne. C'est de ce tronc trilittère que dérive le patronyme Malca, dont les multiples graphies (Malca, Malka, Malki et formes apparentées) traduisent les hésitations de la transcription d'un alphabet à l'autre, et d'une langue vernaculaire à l'autre.
La tradition transmise au sein des familles marocaines privilégie le sens hébraïque de « reine ». Le prénom féminin Malka est en effet de origine hébraïque et signifie « reine » en hébreu, nom jugé approprié pour une femme juive. Cette interprétation, attestée tant par les répertoires nominaux populaires que par les usages prénominaux, est cohérente : le prénom féminin Malka était courant dans le monde juif, et il n'est pas rare qu'un nom de famille soit issu d'un prénom féminin matronymique.
Cependant, l'examen philologique invite à la prudence. Le patronyme séfarade Malka est d'origine araméenne et non hébraïque, et en araméen Malka signifie « le roi » ou « royal ». L'araméen fut, on le sait, la langue parlée en Babylonie. Les anciens Juifs acquirent l'araméen durant leur exil babylonien et rapportèrent en Judée à la fois la langue et son alphabet ; ce que nous connaissons aujourd'hui comme l'écriture « hébraïque » carrée procède de cet héritage. La forme déterminée araméenne, marquée par le suffixe en -a, distingue précisément « le roi » (malka) du substantif hébreu absolu. Ainsi, là où la mémoire familiale entend « reine », l'archive linguistique restitue plutôt « le roi » ou « le royal ».
D'autres répertoires généalogiques confirment la polyvalence du nom à l'échelle de toute la diaspora. Pour la famille juive, ashkénaze comme séfarade, Malka procède du prénom féminin yiddish Malke, lui-même issu de l'hébreu Malka, « reine ». On notera que ces dictionnaires recensent aussi des homonymes non juifs — polonais et albanais notamment — qui n'ont aucun rapport avec la lignée nord-africaine et qu'il convient d'écarter résolument de la présente enquête. La famille Malca du Maroc, objet de cet ouvrage, relève sans ambiguïté de la souche séfarade et hébraïco-araméenne.
L'attestation documentaire du nom Malca au Maroc est ancienne et solidement établie. Le nom de famille Malca est attesté au Maroc dès la première moitié du XVIᵉ siècle, ainsi que le rapporte Jacob Moïse Toledano dans son histoire des Juifs du Maroc, Ner ha-Maʿarav (« La Lampe de l'Occident »), p. 76. Cette mention place l'apparition documentée de la lignée dans le sillage immédiat des grands bouleversements qui ont remodelé le judaïsme méditerranéen à la charnière des XVᵉ et XVIᵉ siècles.
Il faut en effet rappeler le contexte. À la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, puis de celle du Portugal en 1497, des flux considérables de réfugiés ibériques — les megorashim, « les expulsés » — gagnèrent les rives du Maghreb, et notamment les villes marocaines de Fès, Tétouan, Salé et Meknès. Ils y rencontrèrent les communautés autochtones préexistantes, les toshavim, « les résidents ». La cohabitation, parfois tendue sur le plan rituel et juridique, donna naissance à une culture judéo-marocaine d'une rare richesse, où la mémoire de Sépharade se perpétua dans la langue (le haketía, judéo-espagnol du Nord marocain), dans les coutumes (les taqqanot de Castille) et dans les patronymes.
C'est dans ce creuset que le nom Malca, dont l'origine espagnole est explicitement affirmée par la tradition — Malka, d'origine espagnole, signifiant « reine » en hébreu selon « Les noms des Juifs du Maroc » — s'enracina durablement. La datation fournie par Toledano, qui situe l'attestation marocaine dès la première moitié du XVIᵉ siècle, est parfaitement compatible avec l'arrivée des familles séfarades après 1492 : une ou deux générations suffisent pour que le patronyme se fixe dans les registres communautaires et rabbiniques du pays. L'origine ibérique revendiquée par la mémoire familiale trouve ainsi, dans la chronologie de l'archive, une confirmation indirecte mais cohérente.
L'étude scientifique du patronyme Malca repose, comme pour l'ensemble des noms juifs maghrébins, sur l'ouvrage fondateur du grand rabbin Maurice Eisenbeth. Maurice Eisenbeth (1883-1958) est l'auteur de Les Juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique, édité par l'Imprimerie du Lycée à Alger en 1936. Ce volume, fruit d'un dépouillement minutieux des registres d'état civil, des actes communautaires et des sources rabbiniques, constitue le catalogue de référence à partir duquel toute généalogie nord-africaine doit aujourd'hui s'établir.
La notice existante consacrée à la lignée Malca indique que Maurice Eisenbeth recense cinq variantes orthographiques du patronyme dans son dictionnaire onomastique de 1936. Cette pluralité graphique n'est pas anecdotique : elle est le reflet direct des difficultés de transcription d'un nom hébraïco-araméen vers les alphabets latin et arabe, et des multiples administrations (cherifienne, protectorale française, espagnole au Nord) qui consignèrent les noms juifs au fil des siècles. La forme Malca, avec son c, trahit volontiers une transcription d'inspiration ibérique ou française ; la forme Malka, avec son k, relève d'une transcription plus directe de la consonne hébraïque kaf. À ces deux graphies principales s'ajoutent des formes apparentées — Malki, Elmalka, Elmaleh dans certains rameaux — qui peuvent procéder de la même racine m-l-k, encore que la prudence s'impose pour ne pas confondre des lignées distinctes.
L'autorité de cet ouvrage est consacrée par les grandes institutions patrimoniales. La Bibliothèque nationale de France conserve l'ouvrage, réédité en fac-similé à Paris par le Cercle de généalogie juive et « La Lettre sépharade », décrit comme un volume de 189 pages avec deux cartes dépliantes. Le sujet en est explicitement « Juifs — Généalogie — Afrique du Nord » et les noms de personnes juives. C'est donc dans ce cadre savant que la notice Malca prend place : non comme une curiosité isolée, mais comme une entrée d'un vaste système onomastique embrassant l'ensemble du judaïsme maghrébin.
La lignée Malca ne se réduit pas à une simple entrée de dictionnaire : elle a donné au judaïsme marocain des figures rabbiniques de premier plan, dont les noms et les dates nous sont parvenus par les chroniques. Deux d'entre elles, contemporaines l'une de l'autre, dominent la mémoire savante de la famille.
La première est celle de Jacob Ben Malca. Un rabbin Jacob Ben Malca vécut à Fès, de 1690 à 1781 ; il était scribe du Tribunal Rabbinique de cette ville. La fonction de sofer — scribe — du tribunal rabbinique (bet din) de Fès n'était nullement subalterne : elle exigeait une maîtrise exacte du droit hébraïque, une calligraphie irréprochable et une autorité morale reconnue, puisque le scribe consignait les actes de mariage, les divorces, les contrats et les jugements qui faisaient foi dans la vie communautaire. La longévité prêtée à ce rabbin — plus de quatre-vingt-dix ans — et la place insigne de Fès, capitale spirituelle du judaïsme marocain, font de Jacob Ben Malca une figure majeure du XVIIIᵉ siècle.
La seconde figure, plus au sud, est celle de Khelifa Ben Malca. Un rabbin Khelifa Ben Malca vécut à Agadir entre 1690 et 1740. Le prénom Khelifa, d'origine arabe, témoigne de l'acculturation des Juifs de l'intérieur et du Sous marocains au substrat linguistique arabo-berbère ; il signifie « successeur » et était volontiers donné comme prénom votif. L'implantation de cette branche à Agadir, port méridional ouvert sur le commerce atlantique et transsaharien, révèle la dispersion géographique de la lignée Malca, présente aussi bien dans la grande métropole rabbinique du Nord, Fès, que dans les communautés du Sud. Ces deux foyers — septentrional et méridional — dessinent l'amplitude territoriale de la famille au tournant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Il convient de souligner que ces données proviennent, là encore, de l'historien Jacob Moïse Toledano, dont l'ouvrage Ner ha-Maʿarav sert de source primaire à Eisenbeth lui-même : les notices relatives à Jacob Ben Malca (p. 138) et à Khelifa Ben Malca (p. 160) y sont précisément référencées. La concordance entre la chronique rabbinique et le dictionnaire onomastique confère à ces figures un degré de certitude rare en généalogie séfarade.
La cartographie de la famille Malca, telle qu'elle ressort des sources, dessine une lignée fermement ancrée dans le Maroc, des centres rabbiniques du Nord aux confins méridionaux. Fès et Agadir, on l'a vu, en furent les deux pôles documentés au XVIIIᵉ siècle. Mais la diffusion du nom déborda largement ces deux villes.
L'attestation marocaine du nom, dès le XVIᵉ siècle, et sa persistance jusqu'à l'époque contemporaine témoignent d'une remarquable continuité. Les communautés de Fès, Meknès, Marrakech, Salé, ainsi que celles du Sous et des vallées présahariennes, comptèrent des porteurs du patronyme. Cette dispersion intérieure s'accompagna, à l'époque moderne, d'une dispersion mondiale : les répertoires généalogiques contemporains attestent que le nom Malka se rencontre désormais aussi bien dans les rameaux séfarades qu'ashkénazes du monde juif, signe d'une convergence entre des lignées d'origines diverses partageant la même racine.
Il importe toutefois de distinguer rigoureusement les souches. La lignée Malca étudiée ici est celle, séfarade et marocaine, dont l'origine ibérique est affirmée par la tradition et dont l'enracinement nord-africain est établi par l'archive. Elle ne saurait être confondue avec les homonymes est-européens issus du prénom yiddish Malke, ni avec les homonymes polonais ou albanais sans rapport généalogique. La rigueur onomastique commande de ne réunir sous un même toit que ce qui partage une même histoire ; or, l'histoire de la branche marocaine est celle d'un exil ibérique converti en enracinement maghrébin, puis, au XXᵉ siècle, en nouvelle diaspora vers la France, Israël, le Canada et les Amériques, à la faveur des grandes migrations qui vidèrent le Maroc de la plupart de ses Juifs après 1948 et l'indépendance de 1956.
Au terme de ce parcours, la lignée Malca apparaît comme un condensé de l'histoire juive nord-africaine. Son nom porte d'abord une mémoire linguistique stratifiée : la tradition familiale y lit « reine », au sens hébraïque, tandis que la philologie y reconnaît plutôt « le roi » ou « le royal », au sens araméen de la racine m-l-k. Cette dualité, loin d'affaiblir le nom, en fait un témoin privilégié des migrations sémitiques, de l'exil babylonien à l'exil ibérique.
Son histoire documentée, ensuite, s'avère d'une solidité remarquable pour une famille séfarade. Attesté au Maroc dès la première moitié du XVIᵉ siècle d'après Toledano, le nom y produisit des savants dont la mémoire est précisément datée : Jacob Ben Malca, scribe du tribunal rabbinique de Fès (1690-1781), et Khelifa Ben Malca, d'Agadir (1690-1740). Le dictionnaire d'Eisenbeth, en recensant les variantes graphiques du patronyme, en consacre la place dans le grand corpus onomastique du judaïsme maghrébin.
Ainsi la lignée Malca illustre-t-elle, à elle seule, le triple mouvement qui structure l'histoire des Juifs du Maroc : un héritage ibérique revendiqué, un enracinement maghrébin de plusieurs siècles, et une dispersion contemporaine aux quatre coins du monde. Du « roi » araméen à la « reine » hébraïque, des registres de Fès aux foyers d'aujourd'hui, le nom continue de porter, intacte, la souveraineté discrète de la mémoire.