Chapitre 3 : Shalom Shabazi, sommet de la poésie yéménite
Aucune étude d'une lignée de payytanim yéménites ne peut faire l'économie de la figure tutélaire de Rabbi Shalom Shabazi, à qui la notice fondatrice du présent ouvrage rattache — avec la prudence qui s'impose — la famille Dahari. Sa stature est sans équivalent. <cite index="2-1">Aucun autre poète juif yéménite n'a connu la popularité et la reconnaissance de Shalom Shabazi, qui composa des centaines de poèmes au cours de sa vie.</cite>
Les éléments biographiques établis le situent au XVIIe siècle. <cite index="2-3,2-4">Rabbi Shalom ben Yosef Shabazi, de la famille de Mashtā (1619 – vers 1720), aussi appelé Abba Sholem Shabbezi ou Salim al-Shabazi, fut l'un des plus grands poètes juifs ; il vécut au Yémen au XVIIe siècle et est aujourd'hui considéré comme le « Poète du Yémen ».</cite> <cite index="2-5">Shabazi naquit en 1619 dans la ville d'al-Ṣaʻīd.</cite>
Son œuvre est d'une ampleur exceptionnelle et plurilingue. <cite index="1-1">Il rédigea son Diwan — anthologie de poésie liturgique — en judéo-arabe, en hébreu et en araméen.</cite> Le caractère composite de sa langue reflète la culture savante yéménite, où l'hébreu sacré, l'araméen talmudique et kabbalistique, et le judéo-arabe vernaculaire coexistaient dans une même bouche poétique. <cite index="5-0">Le diwan poétique de Shabazi qui nous est parvenu, comprenant quelque 550 poèmes, fut publié pour la première fois par l'Institut Ben-Zvi en 1977 ; il écrivit en hébreu, en araméen et en judéo-arabe.</cite> <cite index="5-1">Ses autres écrits comprennent un traité d'astrologie et un commentaire kabbalistique de la Torah.</cite>
Son ancrage dans l'histoire mouvementée de son temps est également documenté. <cite index="1-2">Lorsque des rumeurs concernant Shabbetaï Tsevi parvinrent au Yémen en 1666, de nombreux Juifs du Yémen furent attirés par lui, y compris Shabazi lui-même, bien que le tribunal rabbinique de Ṣanʻāʾ eût entièrement rejeté ce mouvement.</cite> Ce détail, loin d'être anecdotique, situe le poète au cœur des grandes secousses messianiques qui traversèrent l'ensemble du monde juif au XVIIe siècle.
On retiendra surtout, pour la suite de notre propos, l'appartenance attestée de Shabazi à la famille de Mashtā — donnée capitale lorsqu'il s'agira d'examiner son éventuel rattachement à la lignée Dahari.