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Zakhor
1896 · Paris

Les vies imaginaires

Il écrit vingt-deux biographies d'hommes obscurs dont on ne sait presque rien, en soutenant que c'est précisément le sujet de l'art biographique.

مثبتMarcel SchwobLittératureBiographieFrance

Marcel Schwob naît en 1867 à Chaville, dans une famille juive cultivée. Son père George, ami de Théodore de Banville et de Théophile Gautier, dirige à partir de 1876 un quotidien républicain à Nantes, Le Phare de la Loire.

Marcel apprend le sanskrit, l'argot des voleurs du XVᵉ siècle, l'anglais de Defoe. Il traduit Catulle, Defoe, Shakespeare. Il adapte Hamlet avec Eugène Morand pour Sarah Bernhardt, qui joue le rôle-titre en 1899.

Le livre de 1896

Vies imaginaires réunit vingt-deux courtes biographies. On y trouve Empédocle, Lucrèce, Paolo Uccello, mais aussi des mendiants, des pirates, des incendiaires, des filles perdues — des gens dont l'histoire n'a gardé qu'une ligne.

Schwob mêle sans avertir ce que les sources disent et ce qu'il invente. Le lecteur ne sait jamais où passe la ligne.

Sa thèse, et pourquoi elle intéresse cette rubrique

La préface énonce une position sur ce qu'est une biographie, et elle est déroutante.

L'histoire, écrit-il, s'occupe des traits communs — ce qui relie les hommes, ce qui explique. L'art biographique doit faire l'inverse : chercher le détail unique, celui qui ne sert à rien et qui n'appartient qu'à un homme. Aristote a une doctrine ; ce qui fait Aristote, c'est autre chose, une manie, un geste.

Il ajoute que les vies des grands hommes sont pour cela de mauvais sujets — on sait trop de choses. Il vaut mieux prendre un homme dont on ne sait presque rien : ce qui reste est alors, forcément, ce détail-là.

Ce que la rubrique en retient, et ce qu'elle en refuse

Il faut être franc : Schwob fait exactement ce que ces récits s'interdisent. Il invente les détails manquants, il prête des pensées, il fabrique le vraisemblable.

Sa méthode n'est donc pas transposable ici — et le rappeler vaut mieux que de l'admirer sans le dire.

Ce qu'il a raison de dire, en revanche, tient debout : une vie ne se restitue pas par ce qu'elle a de général. Un tesson couvert d'encre, un registre d'impôts, une petite annonce dans un journal financier valent mieux, pour approcher quelqu'un, qu'un résumé de ce qu'il représentait.

Une postérité disproportionnée

Schwob meurt en 1905, à trente-sept ans, très malade depuis des années.

Paul Valéry et Alfred Jarry lui ont dédié leur premier livre. Borges a traduit une de ces vies et a écrit que son Histoire universelle de l'infamie en descendait directement. Roberto Bolaño, Pierre Michon, Antonio Tabucchi s'en réclament.

Un livre de vingt-deux notices sur des gens dont on ne savait presque rien a fondé un genre. C'est peut-être la meilleure démonstration de sa thèse.