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Zakhor
17 mai 1860 · Paris

L'appel de six jeunes gens

Vingt ans après Damas, six Français de moins de quarante ans fondent la première organisation juive internationale. Elle finira par tenir des écoles de Tanger à Téhéran.

مثبتAlliance israélite universelleÉcolesSolidaritéFrance

Le 17 mai 1860, six hommes signent à Paris un texte qui commence par « Si vous croyez… » et qu'on appelle depuis l'Appel de 1860.

Ils s'appellent Élie-Aristide Astruc, Isidore Cahen, Jules Carvallo, Narcisse Leven, Eugène Manuel et Charles Netter. Aucun n'est une notabilité : un rabbin, un journaliste, un ingénieur, un avocat, un professeur, un négociant. Ils sont jeunes.

Ce qui les décide

L'affaire de Damas, en 1840, avait montré que l'intervention marchait — et qu'elle dépendait entièrement de deux hommes disponibles et fortunés.

Les années 1850 ajoutent leurs propres scandales, dont l'affaire Mortara en 1858 : un enfant juif de Bologne, baptisé en secret par une servante, enlevé à ses parents par la police pontificale et élevé par l'Église, malgré une protestation européenne qui n'obtint rien.

La leçon est tirée : l'émotion ne suffit pas, il faut une institution qui dure, avec des statuts, une cotisation et un bureau.

Une organisation d'un genre neuf

L'Alliance israélite universelle n'est ni une communauté, ni un consistoire, ni une œuvre de bienfaisance locale. C'est une association internationale d'individus, fondée sur l'adhésion volontaire, qui se donne pour objet la défense des droits des Juifs partout où ils sont menacés.

Narcisse Leven en fut le secrétaire général de 1863 à 1883, le vice-président jusqu'en 1898, puis le président. Il aura donc accompagné l'institution pendant près d'un demi-siècle, de sa fondation à sa maturité.

Le tournant : l'école

Très vite, l'Alliance cesse de se contenter de protester. Elle ouvre des écoles — la première à Tétouan en 1862, puis un réseau qui s'étend au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Égypte, en Turquie, dans les Balkans, en Irak, en Iran.

Charles Netter fonde en 1870, près de Jaffa, l'école agricole de Mikvé Israël, qui existe toujours.

Ce réseau a scolarisé des générations entières et fait du français la langue seconde d'une grande partie du judaïsme méditerranéen. C'est l'un des faits les plus lourds de conséquences de l'histoire juive du XIXᵉ siècle.

Ce que l'on discute aujourd'hui

L'entreprise a été relue depuis. On lui reproche d'avoir porté un projet de régénération, où l'école française devait tirer des communautés jugées arriérées vers les Lumières — un regard qui n'était pas exempt de la condescendance de son époque.

La critique est fondée sur des textes réels : la correspondance des instituteurs de l'Alliance, conservée à Paris, ne laisse pas de doute sur la manière dont beaucoup voyaient les communautés qu'ils venaient instruire.

Elle ne suffit pas à liquider le bilan, et la rubrique n'a pas à trancher entre les deux lectures. Les deux choses sont vraies ensemble : un instrument d'émancipation réel, et un regard qui a effacé des cultures qu'il croyait relever.