Le 1ᵉʳ avril 1925, des milliers de personnes se rassemblent sur le versant est du mont Scopus, dans un amphithéâtre de fortune.
On inaugure l’Université hébraïque de Jérusalem.
Il n’y a pas d’État, pas d’armée, pas de gouvernement juif. Il y a un mandat britannique, une population juive d’environ cent vingt mille personnes, et une université.
Qui parle
Chaim Weizmann, chimiste et président de l’Organisation sioniste. Le grand rabbin Abraham Isaac Kook. Le haut-commissaire Herbert Samuel.
Et Lord Balfour, invité d’honneur, l’auteur de la déclaration de 1917, venu de Londres pour l’occasion.
Le poète Hayyim Nahman Bialik prononce le discours en hébreu. Des délégations académiques sont venues de Grande-Bretagne, d’Irlande, des États-Unis, des Pays-Bas, d’Égypte, de Suisse, de France, du Canada, de Pologne et d’Autriche.
Einstein
Albert Einstein a présidé le comité académique du conseil des gouverneurs et fait campagne pour la fondation.
Il n’est pas là le 1ᵉʳ avril. Il était venu deux ans plus tôt, en 1923, donner sur le mont Scopus la première conférence scientifique de l’université — sur la relativité.
Il en avait prononcé les premières phrases en hébreu.
L’ordre des choses
Un mouvement national qui bâtit son université avant son État fait un choix, et il l’a fait délibérément.
L’argument tenu à l’époque était que le peuple du Livre devait se doter d’abord d’un lieu d’étude, et que la souveraineté suivrait ou ne suivrait pas.
Ce n’est pas si fréquent. La plupart des nations bâtissent leurs universités avec l’argent de leur État.
Ce qui a suivi
En 1948, le mont Scopus se retrouve enclavé en territoire jordanien. L’université est coupée de ses bâtiments et de sa bibliothèque pendant dix-neuf ans, et fonctionne depuis des locaux dispersés, puis un nouveau campus à Guivat Ram.
Un convoi de médecins et d’universitaires montant vers le mont Scopus est attaqué en avril 1948 : soixante-dix-huit morts.
L’université est revenue sur le mont Scopus après 1967. Elle a cent un ans.