Leopold Jacob Greenberg, né en 1861 à Birmingham, est l’un des premiers sionistes britanniques.
Herzl, qui n’avait ni État ni administration, s’appuyait sur quelques hommes de confiance dans chaque pays. Greenberg devient son représentant officiel auprès du gouvernement britannique.
Deux négociations
La première porte sur El-Arich, dans le Sinaï, alors sous administration britannique via l’Égypte : un territoire aux portes de la Palestine, où l’on pourrait installer des réfugiés d’Europe orientale. L’affaire échoue sur la question de l’eau.
La seconde est ce qu’on a appelé le plan Ouganda — en réalité un territoire du Kenya actuel — proposé par Joseph Chamberlain en 1903.
Les deux offres britanniques ont été obtenues par Greenberg. C’est un point rarement dit : ces propositions ne sont pas tombées du ciel, elles ont été négociées par un homme qui frappait aux portes de Whitehall.
Ce que l’Ouganda a provoqué
Le sixième congrès sioniste, en 1903, se déchire sur cette proposition. Herzl la présente comme un refuge d’urgence, non comme un renoncement — les pogroms de Kichinev viennent d’avoir lieu.
Les délégués russes, ceux-là mêmes que le plan devait sauver, sortent de la salle. Le projet est écarté définitivement en 1905.
Herzl meurt en 1904, à quarante-quatre ans, épuisé.
1907
Cette année-là, Greenberg et ses amis rachètent le Jewish Chronicle — fondé en 1841, le plus ancien journal juif encore paru — et il en devient rédacteur en chef.
L’opération est politique et assumée : il s’agit de faire du grand organe du judaïsme britannique un journal sioniste, dans une communauté dont l’establishment y était majoritairement hostile.
Il le dirigera vingt-quatre ans, jusqu’à sa mort en 1931.
Ce que ce rachat annonce
Dix ans plus tard, en 1917, la déclaration Balfour est obtenue à Londres — par Weizmann, avec d’autres méthodes, dans une opinion juive britannique que le Chronicle avait entre-temps largement retournée.
Acheter un journal pour changer une opinion est un procédé banal en politique. Il l’est moins dans l’histoire d’un mouvement qui se raconte volontiers par ses congrès et ses idées.
Le Jewish Chronicle paraît toujours.