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Zakhor
1847 – 1858 · Londres

Onze ans à la porte

Élu cinq fois, il ne peut siéger : le serment exige qu’on jure sur sa foi de chrétien. Il faut onze ans pour retirer neuf mots.

مثبتAngleterreÉmancipationSermentRothschild

En 1847, Lionel de Rothschild est élu député de la Cité de Londres.

Il ne peut pas siéger. Le serment d’entrée aux Communes se termine par les mots : et je fais cette déclaration sur la vraie foi d’un chrétien.

Il ne les prononcera pas.

Ce qui se joue

La formule n’avait pas été écrite contre les Juifs : elle datait du XVIIᵉ siècle et visait les catholiques.

Personne n’avait prévu qu’un Juif serait élu, et personne ne songeait à l’en empêcher explicitement.

C’est le cas le plus pur d’exclusion par un texte que rien n’oblige à maintenir, et que tout le monde a intérêt à ne pas toucher.

Onze ans

Lord John Russell dépose un projet de loi dès 1847. Les Communes votent. Les Lords refusent.

Rothschild démissionne et se représente pour forcer la main de l’électorat, qui le réélit. Cela se reproduit plusieurs fois.

Le 23 juillet 1858, la Chambre des lords adopte enfin le Jews Relief Act : lorsqu’un sujet de Sa Majesté professant la religion juive devra prêter ledit serment, les mots seront omis.

Le 26 juillet

Trois jours plus tard, Lionel de Rothschild prête le serment modifié, la tête couverte, sur l’Ancien Testament, et prend son siège.

Il siégera quinze ans et n’y prononcera, dit-on, presque aucun discours.

L’essentiel n’était pas ce qu’il dirait. C’était qu’il puisse s’asseoir.

Ce que le cas anglais montre

L’émancipation britannique s’est faite sans révolution, sans décret d’ensemble, et sans jamais énoncer de principe — par abrogations successives de formules, étalées sur un demi-siècle.

C’est plus lent que le geste français de 1791, et cela laisse moins de traces à défaire.

La Chambre des lords, elle, n’a admis un pair juif qu’en 1885 : c’est le fils de Lionel, Nathan, qui y est entré.