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Zakhor
décembre 1655 – 1656 · Whitehall, Londres

La conférence de Whitehall

Un rabbin d'Amsterdam vient demander à Cromwell le retour des Juifs en Angleterre. La conférence ne conclut rien — et c'est précisément ce qui a marché.

مثبتAngleterreMenasseh ben IsraelCromwellRetour

Les Juifs avaient été bannis d'Angleterre par Édouard Iᵉʳ en 1290. Trois cent soixante-cinq ans plus tard, il n'y a officiellement aucun Juif dans le royaume — officieusement, quelques familles de marchands portugais vivent à Londres en chrétiens de façade, dont Antonio Fernandez Carvajal.

Menasseh ben Israel, rabbin, imprimeur et diplomate d'Amsterdam, arrive à Londres et adresse au Conseil d'État une pétition au nom de la Nation hébraïque.

Deux argumentaires qui n'ont rien à voir

Menasseh plaide sur deux registres à la fois, et c'est ce qui rend cette affaire singulière.

L'un est économique : les Juifs apportent du commerce, des correspondants, des capitaux — l'exemple d'Amsterdam est sous les yeux de tous.

L'autre est théologique, et il s'adresse aux puritains : la Bible annonce que la dispersion d'Israël doit atteindre tous les confins de la terre avant la fin des temps. Or l'Angleterre s'appelle en hébreu qetzeh ha-aretz, le bout du monde. Tant que les Juifs en sont exclus, la prophétie ne peut pas s'accomplir.

L'argument paraît étrange aujourd'hui ; il portait exactement sur ce qui préoccupait ses interlocuteurs.

La conférence

La conférence s'ouvre à Whitehall le 4 décembre 1655. Cromwell l'ouvre en personne. Y siègent des politiques, des militaires, des ecclésiastiques, des juristes et des marchands.

Un point de droit décisif est acquis dès les premières séances : les juristes établissent qu'aucune loi — ni du royaume, ni divine — n'interdit le retour des Juifs. L'expulsion de 1290 était un acte royal, non une loi permanente.

Mais les ecclésiastiques posent des conditions, les marchands londoniens redoutent la concurrence, et la conférence se sépare sans conclusion.

Pourquoi l'absence de décision a mieux valu qu'une décision

Cromwell dissout la conférence et tranche seul, oralement. Entre le 14 et le 28 janvier 1656, il donne à Menasseh une réponse favorable — sans texte, sans édit, sans rien qui puisse être attaqué.

Le 24 mars 1656, sept hommes, dont Menasseh et Carvajal, pétitionnent pour pouvoir pratiquer le judaïsme en privé chez eux, circuler sans être inquiétés, et disposer d'un cimetière hors de la City.

Ils obtiennent tout cela dans les mois qui suivent. Une synagogue s'ouvre, un cimetière est acquis. Rien n'a été voté, donc rien ne peut être abrogé.

Ce que Menasseh en a retiré

Il ne l'a pas su. Il attendait une charte publique et solennelle, et il repartit convaincu d'avoir échoué. Son fils mourut à Londres ; il rentra aux Pays-Bas avec le corps et mourut lui-même quelques mois plus tard, en 1657.

Le retour des Juifs en Angleterre est pourtant daté de son voyage, et la communauté qui s'y est installée n'a plus jamais été interrompue.

C'est un des rares cas où l'on peut dire précisément pourquoi une victoire n'a pas ressemblé à une victoire : il avait demandé un texte, et on lui avait donné un silence qui laissait faire.