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Zakhor
1776 – 1866 · Endingen et Lengnau, Argovie

Deux villages

Dans toute la Suisse, les Juifs ne pouvaient habiter que deux bourgs voisins. Comme la loi interdisait de vivre sous le même toit qu’un chrétien, on bâtit des maisons à deux portes.

مثبتSuisseSurbtalRestrictionÉmancipation

Le Surbtal est une vallée d’Argovie, à quelques kilomètres de la frontière allemande actuelle. Deux bourgs y sont distants de cinq kilomètres : Endingen et Lengnau.

Après 1776, ce sont les deux seules localités de toute la Suisse où des Juifs peuvent résider.

Le régime

Ils y vivent sous une protection renouvelable tous les seize ans, qu’il faut payer et redemander.

Ils ne peuvent ni acheter de terre, ni posséder de maison, ni exercer les métiers organisés en corporations. Restent le commerce de bétail, le colportage, le prêt.

Et une règle interdit qu’un Juif et un chrétien vivent sous le même toit.

Les maisons à deux portes

Comme les Juifs ne pouvaient pas posséder, ils louaient — souvent une partie d’une maison dont le reste était occupé par des chrétiens.

La règle du toit commun fut contournée par l’architecture : on bâtit des maisons à deux entrées et deux escaliers séparés, l’une pour chaque famille, de sorte qu’on pût soutenir qu’il s’agissait de deux logis.

Ces bâtiments existent encore à Endingen et à Lengnau. C’est l’un des rares endroits où une restriction juridique est lisible dans la pierre, sous la forme d’une porte en trop.

Le cimetière au milieu

Ni l’un ni l’autre village n’autorisait de cimetière juif. La communauté enterrait ses morts sur une île du Rhin, puis obtint un terrain entre les deux bourgs.

Endingen n’a pas d’église et Lengnau en a une : les deux villages avaient une synagogue, et Endingen est l’une des rares localités de Suisse dont le clocher n’est pas celui d’une église.

1866

L’égalité complète est acquise en 1866, par une votation fédérale, après des pressions diplomatiques — la France et les États-Unis refusaient des traités de commerce à un pays qui traitait ainsi leurs ressortissants juifs.

La liberté d’établissement vide aussitôt les deux villages : on part pour Zurich, Bâle, Genève.

Les synagogues d’Endingen et de Lengnau sont aujourd’hui des monuments, entretenus, presque sans fidèles. Elles avaient été bâties par des gens qui n’avaient le droit d’habiter nulle part ailleurs.