La Knesset vote la loi du retour en juillet 1950. Elle tient en quelques lignes : tout Juif a le droit de venir s’établir en Israël.
Elle est votée deux ans après la création de l’État et cinq ans après la fin de la guerre, avec un objectif explicite : qu’il existe désormais un endroit où personne ne puisse refuser l’entrée à un Juif.
Elle ne définit pas le mot Juif.
Frère Daniel
Oswald Rufeisen, né juif en Pologne, a sauvé des centaines de Juifs pendant la guerre en travaillant comme interprète pour la police allemande, puis s’est caché dans un couvent, s’est converti au catholicisme et est devenu moine carme.
En 1958, il demande à venir en Israël au titre de la loi du retour, en se déclarant juif de nationalité et catholique de religion.
La Cour suprême rejette sa demande en 1962 : le sens ordinaire du mot juif, pour l’homme de la rue, exclut celui qui a embrassé une autre religion.
Ce que l’arrêt tranche
La halakha, elle, aurait dit l’inverse : un juif converti reste juif, et Rufeisen n’avait jamais cessé de l’être aux yeux du droit rabbinique.
La Cour s’en écarte explicitement et juge selon le sens commun et laïque du terme.
L’État s’est donc donné, sur ce point, une définition qui n’est pas celle de la religion dont il porte le nom.
1970
L’amendement de 1970 définit le Juif comme né d’une mère juive ou converti, et n’appartenant pas à une autre religion — c’est l’arrêt Frère Daniel inscrit dans la loi.
Et il étend le droit aux enfants et petits-enfants d’un Juif, ainsi qu’à leurs conjoints.
Ce critère du GRAND-PARENT est une réponse délibérée aux lois de Nuremberg : est accueilli quiconque aurait été persécuté.
Ce que cela produit
Des centaines de milliers de personnes venues de l’ex-URSS après 1990 sont israéliennes au titre de la loi du retour et ne sont pas juives selon le rabbinat, qui contrôle le mariage et l’enterrement.
Elles servent dans l’armée, paient l’impôt, et ne peuvent pas se marier dans leur propre pays.
Une loi écrite pour que plus personne ne puisse être refusé a fini par produire une catégorie de citoyens à part. La clause du grand-parent est aujourd’hui l’objet d’une bataille politique ouverte.