Les Juifs de l’Empire byzantin — les Romaniotes — sont la plus ancienne communauté juive d’Europe restée en place, présente depuis l’Antiquité.
Leur statut y est précaire et régulièrement remis en cause. Héraclius avait tenté la conversion forcée au VIIᵉ siècle, Léon III au VIIIᵉ.
Basile Iᵉʳ ordonne la sienne en 873-874.
Il commence par discuter
Basile tente d’abord la persuasion : il invite des rabbins à une dispute publique pour défendre leur foi, et leur promet des avantages matériels s’ils reconnaissent leur défaite.
Ils ne la reconnaissent pas.
Il passe alors aux menaces, et de nombreux Juifs se font baptiser.
Otrante
La nouvelle atteint les provinces byzantines d’Italie du Sud, où le judaïsme est ancien et savant — c’est là qu’on écrit la chronique d’Ahimaaz, qui fait de Basile l’ennemi juré du judaïsme.
Selon cette chronique, cinq communautés d’Italie du Sud furent épargnées parce que Chefatia ben Amittaï, rabbin d’Oria, guérit la fille de l’empereur ; plus de mille autres durent se soumettre au baptême.
Le chiffre est celui d’une chronique de célébration, non d’un recensement, et il faut le lire comme tel.
Ce qui se passe à sa mort
Basile meurt en 886. Son fils Léon VI rapporte le décret.
La source byzantine ajoute expressément que les convertis revinrent au judaïsme immédiatement après la mort de l’empereur.
Treize ans de christianisme, effacés en quelques mois.
Ce que cette réversibilité enseigne
Une conversion obtenue par la contrainte tient exactement le temps de la contrainte. Byzance en a fait l’expérience quatre fois en trois siècles et a recommencé à chaque fois.
C’est le contraire de l’Espagne : là-bas, les convertis de 1391 et de 1497 n’ont pas pu revenir, parce qu’une Inquisition permanente veillait à ce que la contrainte ne cesse jamais.
La différence entre une conversion forcée qui s’efface et une qui dure n’est pas dans la sincérité des convertis. Elle est dans la durée de vie de l’appareil qui les surveille.