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Zakhor
1935 – 1938 · Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Lituanie

La commande

Il a dit qu’il photographiait sur ordre de Dieu, appareil caché dans une boutonnière. C’était une commande d’une organisation caritative, et cela ne retire rien aux images.

مثبتPhotographieEurope orientaleArchiveRécit d’auteur

Entre 1935 et 1938, Roman Vishniac, biologiste et photographe scientifique installé à Berlin, parcourt la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Lituanie.

Il en rapporte environ dix mille négatifs : des rues, des yeshivot, des marchés, des enfants, des vieillards, des porteurs.

Ces images sont devenues, pour des millions de gens, le visage du monde juif d’Europe orientale avant sa destruction.

Ce qu’il a raconté

Dans A Vanished World, publié en 1983 avec une préface d’Élie Wiesel, Vishniac dit avoir entrepris ces voyages de sa propre initiative, sur une mission reçue de Dieu.

Il dit aussi avoir photographié en cachette, l’appareil dissimulé dans une boutonnière de son manteau ou dans une valise.

Les deux affirmations sont fausses, et l’établir a demandé l’ouverture de ses archives par sa fille, Mara Vishniac Kohn.

Ce qui s’est passé

Il travaillait sur commande de l’American Jewish Joint Distribution Committee, alors la première organisation juive de secours au monde, dans le cadre d’une campagne de collecte de fonds destinée à soulager la pauvreté des communautés d’Europe orientale.

Cela explique le cadrage. On lui demandait des pauvres, il a photographié des pauvres — et l’on a reproché plus tard à son œuvre de ne montrer qu’eux, comme si le judaïsme polonais n’avait eu ni bourgeoisie, ni ouvriers syndiqués, ni bundistes, ni modernes.

Sur les dix mille négatifs, trois cent cinquante environ avaient été publiés. Le reste dormait.

Ce que cela change et ce que cela ne change pas

Les photographies restent ce qu’elles sont : des documents pris sur place, à une date, par un homme compétent.

Ce qui tombe, c’est le récit qui les accompagnait — celui d’un homme seul, inspiré, prévoyant la catastrophe, opérant clandestinement.

Ce récit a été fabriqué après-guerre, quand il fallait vendre le livre et fonder une œuvre. Il a rendu les images plus émouvantes et l’auteur moins fiable.

Pourquoi c’est écrit ici

Une commande de collecte de fonds n’est pas moins noble qu’une mission divine. Elle est simplement vraie.

Les archives sont aujourd’hui conservées à l’International Center of Photography, à la collection Magnes de Berkeley et au musée mémorial de l’Holocauste à Washington, et la part inédite est enfin visible : elle montre un monde plus divers que le livre ne le laissait croire.

Une image qui a besoin d’une légende inventée pour émouvoir n’en avait pas besoin. Il a fallu quarante ans pour le vérifier.