
Séminaire théologique juif de Breslau
المنطقة: Breslau (Wrocław), Pologne
السجل التاريخ · وديع، وليس مالكًا
نُشر بتاريخ 16 سبتمبر 2026
أول معهد حاخامي حديث في أوروبا الوسطى (يهودية الإيجابية التاريخية).
Introduction
Au cœur du XIXe siècle, alors que les communautés juives d'Europe centrale traversaient les bouleversements conjoints de l'émancipation civile et de la modernité intellectuelle, une institution s'imposa comme le foyer d'une troisième voie entre l'orthodoxie dogmatique et la Réforme radicale. Le Séminaire théologique juif de Breslau — Jüdisch-Theologisches Seminar, dit aussi « Fraenkel'sche Stiftung » — fut le premier séminaire rabbinique académique d'Europe centrale. Sa fondation effective remonte au 10 août 1854, même si sa constitution avait été confirmée par ordre royal dès le 31 août 1847. Il dut son existence matérielle au legs de Jonas Fraenkel, éminent homme d'affaires et président de la communauté juive de Breslau, qui lui consacra la plus grande part de sa fortune.
Cette fondation ne fut pas seulement la création d'une école : elle marqua l'avènement d'un courant théologique destiné à une postérité considérable. Le séminaire devint le modèle d'établissements similaires en Europe et aux États-Unis. Son premier directeur fut Zacharias Frankel, choisi contre l'attente d'Abraham Geiger, qui avait conçu le projet et gagné le soutien du fondateur. Ce choix inaugural scella l'orientation doctrinale de l'établissement pour plusieurs générations.
Mais l'histoire de Breslau ne se résume ni à une doctrine ni à une querelle de personnes. Elle se lit aussi dans un bâtiment saccagé une nuit de novembre 1938, dans quelque trente mille volumes dispersés entre un dépôt de Wiesbaden, des rayonnages zurichois, une bibliothèque de Prague et un fonds moscovite, dans deux ordinations clandestines de février 1939, et dans la trajectoire de sept cents étudiants qui portèrent la méthode breslavienne de Saint-Pétersbourg à Graz, de Berlin à Pottstown, en Pennsylvanie. C'est cette matière — des actes, des livres, des cotes de catalogue, des noms de camps — qui commande le récit qui suit.
La présente notice retrace, à partir des archives et des travaux savants disponibles, l'histoire d'une institution dont l'influence dépasse de loin les murs de la ville silésienne où elle naquit — aujourd'hui Wrocław, en Pologne — et dont l'héritage irrigue encore, par filiation directe, le judaïsme conservateur contemporain. Le récit distingue scrupuleusement ce que l'archive établit de ce que la mémoire transmet, afin de rendre justice à la complexité d'un projet à la fois érudit, religieux et profondément ancré dans son époque. Il s'enrichit, dans cette version, de la redécouverte annoncée en juin 2026 d'un manuscrit médiéval sorti des collections du séminaire — épisode qui rappelle que le dossier documentaire de Breslau reste ouvert.
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Chapitre 1 : Le legs Fraenkel et la querelle des fondateurs, 1847–1854
L'origine matérielle du séminaire tient dans un testament. Jonas Fraenkel, sans enfant, légua une partie de sa fortune à une fondation familiale destinée à doter les jeunes filles sans dot de la famille Fränkel ; mais il consacra la plus grande part de sa richesse à des œuvres charitables et, au premier chef, à l'érection d'un séminaire juif qui porterait son nom. L'institution, connue comme le « Jewish Theological Seminary Fraenkel'sche Stiftung », inaugurée le 10 août 1854, devint la plus grande institution juive de son genre dans le monde germanophone, et forma la plupart des grands savants juifs de la seconde moitié du XIXe siècle. Les instruments de référence la décrivent sans hésiter comme le premier séminaire rabbinique moderne d'Europe centrale, fondé en 1854 sur la succession de Jonas Fränckel.
Mais derrière ce legs se joua une querelle de personnes et d'orientations. Fraenkel était président de la communauté de Breslau et un partisan enthousiaste d'Abraham Geiger, qui avait sans doute inspiré le legs ; il était probablement dans l'intention du fondateur que Geiger présidât l'institution. C'est ici que l'archive et la tradition ne se recouvrent pas exactement : la volonté du testateur, telle que la rapportent les notices savantes, demeure une reconstitution vraisemblable plutôt qu'une clause écrite noir sur blanc. Ce qui est certain, en revanche, c'est la décision des exécuteurs testamentaires. Ils estimèrent qu'une institution présidée par un homme aux vues aussi avancées que Geiger ne gagnerait pas la confiance des communautés ; ils appelèrent donc Zacharias Frankel à la présidence, vers 1853.
Le démarrage effectif fut différé par des obstacles juridiques. En raison de certaines complications légales, le séminaire ne put ouvrir que le 10 août 1854, bien que sa constitution eût été confirmée par ordre royal du 31 août 1847. Ce décalage de sept années entre l'autorisation et l'ouverture témoigne à la fois de la prudence des autorités prussiennes à l'égard d'une institution confessionnelle juive et de la lenteur des règlements successoraux. Le choix de Frankel plutôt que de Geiger n'était pas un simple arbitrage administratif : il scellait l'orientation doctrinale de l'établissement pour les générations à venir, écartant la Réforme la plus avancée au profit d'une position médiane qui ferait la fortune intellectuelle du séminaire.
Il faut mesurer l'ironie de cette bifurcation. Geiger, écarté de Breslau, fonda dix-huit ans plus tard à Berlin la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums, qui devint le foyer du judaïsme libéral allemand. Les deux institutions rivales entretinrent pourtant des échanges constants de maîtres et d'élèves : Israel Lewy enseigna le Talmud à la Hochschule berlinoise avant d'être rappelé à Breslau, et Siegmund Maybaum, ordonné à Breslau par Frankel lui-même, fit à Berlin toute sa carrière d'enseignant. Le partage doctrinal de 1853 n'a jamais coupé les circulations savantes.
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Chapitre 2 : Zacharias Frankel et le judaïsme historique positif
La figure de Zacharias Frankel domine les deux premières décennies de l'institution. Né à Prague et formé tant au Talmud qu'aux disciplines profanes, il incarnait une synthèse rare. Frankel étudia le Talmud dans sa Prague natale sous la direction du rabbin Bezalel Ronsberg, ainsi que la philosophie, les sciences naturelles et la philologie à Budapest ; cette combinaison de savoir traditionnel et de culture générale le prépara à devenir l'une des grandes figures du mouvement de la Wissenschaft des Judentums, dans lequel les outils de la critique historique moderne servaient à explorer le développement des sources classiques du judaïsme.
Sa nomination consacra une doctrine qu'il avait élaborée durant son rabbinat à Dresde. Frankel fut l'un des fondateurs de l'école de Breslau du « judaïsme historique », qui cherchait à harmoniser le traitement critique des documents de la religion avec la fidélité aux croyances et aux observances traditionnelles. Il développa une théologie qu'il nomma judaïsme historique positif, laquelle différait de l'orthodoxie par son acceptation de la recherche scientifique et historique et par sa disposition à opérer certains changements liturgiques, et différait du judaïsme réformé en ce qu'elle cherchait à maintenir les coutumes traditionnelles et à conserver les aspects nationaux du judaïsme.
Le programme pédagogique du séminaire traduisait fidèlement cette doctrine. Le but fondamental était d'enseigner le « judaïsme historique positif » : le qualificatif « positif » désignait une adhésion fidèle aux préceptes pratiques du judaïsme, tandis que l'« historique » autorisait la libre enquête sur le passé juif, y compris même la critique biblique, quoique avec certaines limites que l'on s'imposait soi-même. Cette tension assumée entre fidélité observante et liberté critique constitue le trait distinctif de l'école de Breslau et la source de sa fécondité comme de ses controverses.
La plus célèbre de ces controverses naquit de Darkhei ha-Mishnah, l'ouvrage où Frankel examinait la formation de la tradition orale. Samson Raphael Hirsch, chef de file de la néo-orthodoxie de Francfort, y vit une atteinte au caractère sinaïtique de la Loi orale et attaqua publiquement le directeur du séminaire. L'affaire eut une portée qui dépasse l'anecdote : elle révéla que la position médiane de Breslau, précisément parce qu'elle refusait de trancher entre historicité et normativité, se trouvait exposée sur ses deux flancs — accusée d'hérésie par les orthodoxes, de timidité par les réformateurs.
La portée historique de cette position s'étend bien au-delà de l'Allemagne. À travers la faculté et les étudiants du séminaire de Breslau, le point de vue de Frankel devint très influent en Europe centrale ; au XXe siècle, il prit racine aux États-Unis, où, sous le nom de judaïsme conservateur, il connut sa plus grande expansion. Un demi-siècle après la fermeture du séminaire, la formule employée par Isaak Heinemann pour définir l'ambition breslavienne — faire droit simultanément à l'exigence scientifique et à la conscience historique au sein du judaïsme — servait encore de devise implicite aux institutions qui s'en réclamaient.
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Chapitre 3 : Graetz, Bernays, Zuckermann : la faculté et l'organisation des études
La grandeur intellectuelle du séminaire tient avant tout à la qualité de son corps enseignant. Frankel choisit comme premiers maîtres Heinrich Graetz et Jacob Bernays, auxquels furent adjoints Manuel Joël et Benedict Zuckermann comme assistants, ces deux derniers étant bientôt promus au rang d'enseignants réguliers. Heinrich Graetz, en particulier, y déploya une œuvre monumentale. Nommé tôt dans l'histoire du séminaire, il y enseigna l'histoire juive et l'exégèse biblique, et produisit son œuvre majeure, la Geschichte der Juden en onze volumes, qui mettait l'accent sur les enchaînements causals de l'évolution juive fondés sur les sources primaires. Graetz est généralement reconnu comme le plus important historien juif du XIXe siècle ; son appartenance au séminaire fit de celui-ci le centre névralgique de l'historiographie juive moderne en Europe. La notice consacrée à la ville de Breslau dans les encyclopédies juives ne retient d'ailleurs, parmi les personnalités marquantes de la communauté, que deux noms : celui de Graetz, du séminaire théologique, et celui de Ferdinand Lassalle, l'un des fondateurs du mouvement ouvrier allemand.
L'organisation des études reflétait l'ambition de former des rabbins à la fois savants et fidèles. L'institution comportait au début trois divisions : le département rabbinique régulier, qui n'admettait que les étudiants habilités à entrer à l'université ; le département préparatoire, recevant des étudiants à la formation profane insuffisante ; et une section vouée à la formation des maîtres. Cette exigence d'une double compétence — accès à l'université requis pour le cursus rabbinique supérieur — distinguait radicalement Breslau des yeshivot traditionnelles et signalait la volonté d'ancrer l'éducation rabbinique dans la culture universitaire de l'époque. Dans la pratique, l'étudiant breslavien menait deux cursus de front : les cours du séminaire et les séminaires de l'université de Breslau, voire d'une autre université allemande, le doctorat venant régulièrement doubler l'ordination.
La formation ne se limitait pas au rabbinat. Le séminaire forma également des enseignants jusqu'en 1887, et cette formation reprit dans les années 1920 et 1930. La liste des maîtres qui s'y succédèrent compose un véritable panthéon de la science juive : Jacob Bernays, philologue classique ; Markus Brann, historien et continuateur éditorial de la Monatsschrift ; Zacharias Frankel ; Jacob Freudenthal ; Heinrich Graetz ; Jacob Guttmann ; Michael Guttmann ; Isaak Heinemann ; Manuel Joël ; Guido Kisch, historien du droit ; Albert Lewkowitz ; Israel Lewy ; Adolf Wolf Posnanski ; Israel Rabin ; David Rosin et Benedikt Zuckermann.
Deux titulaires successifs de la chaire talmudique méritent une mention particulière, car la charge de Seminarrabbiner était la plus haute de la maison. Israel Lewy, né à Inowrocław en 1841, avait lui-même été formé au séminaire et à l'université de Breslau avant d'enseigner le Talmud à la Lehranstalt berlinoise à partir des années 1870 ; en 1883, à la mort de David Joël, il fut rappelé à Breslau comme titulaire de la chaire et rabbin du séminaire. Ses travaux — notamment son étude de 1876 sur les fragments de la Mishna d'Abba Saul, tenue pour un modèle de la recherche talmudique moderne, et son édition de la Mekhilta de Rabbi Shimon (1889) — parurent pour l'essentiel dans les rapports annuels des deux institutions. Il joignait, note l'Encyclopaedia Judaica, une liberté d'enquête entière à une piété et une observance strictes : la définition même du programme frankélien appliqué à une personne.
Michael Guttmann lui succéda dans cette fonction. Talmudiste hongrois formé au séminaire de Budapest, il fut de 1921 à 1933 rabbin et professeur de Talmud et de halakha au séminaire de Breslau, et professeur invité de Talmud à l'Université hébraïque de Jérusalem en 1925, avant d'être appelé en 1933 à la direction du séminaire de Budapest. Ses monographies méthodologiques — Asmakhta (1924) sur la méthode talmudique, Beḥinat ha-Mitzvot (1928) et Beḥinat Kiyyum ha-Mitzvot (1931) sur les raisons de l'observance — parurent précisément dans les Jahresberichte du séminaire, ces rapports annuels que l'établissement publia jusqu'en 1937 et qui firent office, pendant huit décennies, de revue interne de la maison.
Albert Lewkowitz incarne la dernière génération enseignante. Né en 1883 à Georgenberg, en Silésie, il étudia au séminaire de 1903 à 1909 et fut ordonné rabbin le 27 janvier 1910 ; à partir d'avril 1914 — hors la parenthèse de son service comme aumônier militaire de 1914 à 1916 — il y enseigna la philosophie moderne de la religion et l'histoire de la philosophie depuis les débuts de l'époque moderne, et cela jusqu'à la dissolution de l'établissement. Sa carrière dessine à elle seule la courbe entière de l'institution : étudiant du séminaire, ordonné par lui, enseignant pendant un quart de siècle, témoin de sa fin.
En 1931, le gouvernement prussien autorisa l'adjonction, au nom d'origine, du titre de Hochschule für jüdische Theologie — « haute école de théologie juive ». Cette reconnaissance tardive du rang académique de l'établissement intervint deux ans avant que la prise du pouvoir par les nazis n'entraîne la chute du nombre d'étudiants réguliers et le départ à l'étranger de plusieurs enseignants.
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Chapitre 4 : La *Monatsschrift*, le *Mevo ha-Yerushalmi* et l'atelier savant de Breslau
Durant les décennies qui suivirent l'ouverture, le séminaire s'affirma comme un foyer de production savante de premier plan, non seulement par les travaux individuels de ses maîtres, mais aussi par des projets éditoriaux collectifs et des œuvres individuelles d'une importance durable pour la science du judaïsme. La Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums, fondée par Zacharias Frankel en 1851 — avant même l'ouverture officielle du séminaire —, fut l'un des projets les plus importants de la Wissenschaft des Judentums, étroitement liée au séminaire et au judaïsme conservateur. La revue constitua pendant des décennies le principal véhicule de la science juive en langue allemande, accueillant les contributions des enseignants du séminaire comme celles de savants extérieurs ; les notices de référence soulignent l'association étroite entre l'établissement et sa revue, qui fonctionnait comme l'organe extérieur de l'école au même titre que les Jahresberichte en étaient l'organe interne.
L'œuvre personnelle de Frankel illustre avec une clarté particulière ce que le séminaire rendait possible : une recherche talmudique de haut niveau, fondée sur la critique des sources, et conduite dans les murs mêmes de l'institution qu'il dirigeait. En 1870, seize ans après l'ouverture du séminaire et cinq ans avant sa mort, Frankel publia à Breslau son Mevo ha-Yerushalmi — « Introduction au Talmud de Jérusalem ». Une synthèse universitaire récente le décrit comme le premier travail universitaire consacré entièrement au Talmud Yerushalmi, le Talmud palestinien étant le grand parent pauvre de l'érudition rabbinique classique, infiniment moins étudié que son homologue babylonien. [« Mevo ha-Yerushalmi (1870) : le premier ouvrage académique entièrement consacré au Talmud de Jérusalem »] Frankel avait acquis la conviction que la négligence du Talmud palestinien constituait un obstacle sérieux à l'investigation critique du développement de la littérature talmudique dans son ensemble. L'ouvrage, publié à Breslau, fut réimprimé notamment dans une édition parue à Jérusalem en 1967, et demeure cité comme référence structurante malgré son ancienneté, signe de la solidité du travail accompli dans les dernières années de sa direction. [« Mevo ha-Yerushalmi (1870) : le premier ouvrage académique entièrement consacré au Talmud de Jérusalem »]
L'intérêt de l'école de pensée de Breslau pour la philosophie juive médiévale et son influence sur la scolastique chrétienne fut illustré par Manuel Joël et Jacob Guttmann, ses représentants les plus importants dans ce domaine. Joël s'attacha à démontrer l'influence d'Averroès et d'Avicenne sur la philosophie scolastique chrétienne, tandis que Guttmann prolongea cette démarche dans une perspective d'histoire des idées plus ample, débouchant sur une tradition que son fils Julius Guttmann allait à son tour perpétuer au XXe siècle.
La dimension comparatiste de l'école de Breslau s'exprimait aussi dans des travaux portant sur les rapports entre le monde antique et les sources hébraïques. C'est dans ce sillage que s'inscrit la dissertation soutenue en 1875 au séminaire par Abraham Drabkin, intitulée Fragmenta Commentarii ad Pentateuchum Samaritano-arabicum, qui explorait le commentaire samaritano-arabe du Pentateuque — une contribution emblématique de la méthode breslavienne, croisant philologie orientale et science talmudique. [« Abraham Drabkin : une dissertation de 1875 à Breslau et un rôle éditorial dans l'encyclopédie juive russe »]
Cinquante ans plus tard, c'est dans cette même tradition du dialogue entre discipline philosophique et formation rabbinique que s'inscrit la thèse d'Emil Schorsch, Die Lehrbarkeit der Religion (« La possibilité d'enseigner la religion »), soutenue en 1925 à l'université de Tübingen à l'issue d'études de philosophie, de psychologie et de langues orientales menées en parallèle du séminaire théologique de Breslau. Le titre seul signale l'enjeu : peut-on transmettre le sentiment religieux, ou l'enseignement se borne-t-il à en fixer les formes extérieures ? Ce questionnement, au croisement de la pédagogie, de la psychologie et de la théologie, illustre comment, au tournant de l'entre-deux-guerres, l'école de Breslau continuait d'irriguer une réflexion qui débordait les seules disciplines rabbiniques. [« Die Lehrbarkeit der Religion, la thèse d'Emil Schorsch (1925) et le destin d'un rabbin allemand »]
Parmi les productions savantes du séminaire, une place à part revient à David Rosin — philologue et enseignant breslavien — et à son édition critique de 1881 du commentaire de la Torah par le Rashbam, Rabbi Shmuel ben Meïr (v. 1085–1158), petit-fils de Rachi. Pour établir ce texte, Rosin s'appuya principalement sur le manuscrit enregistré sous la cote « n° 103 » dans le catalogue de la bibliothèque du séminaire ; les notices actuelles rappellent que ce codex servit de base primordiale à la première édition imprimée du commentaire, parue en 1881. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] L'édition, publiée à Breslau chez Schottlaender, constitua la première édition imprimée critique de ce commentaire médiéval majeur — texte réputé pour son attachement au sens littéral des versets et son recours systématique aux règles de la grammaire et de la syntaxe hébraïques, au point de contredire parfois l'aïeul illustre de son auteur. Après 1881, le manuscrit original fut perdu de vue ; sa trace s'effaça pendant plus d'un siècle, et le texte de Rosin resta longtemps la seule voie d'accès au commentaire. La suite de cette histoire — l'identification du codex à Moscou en juin 2026 — appartient au chapitre consacré au destin des collections.
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Chapitre 5 : De Saint-Pétersbourg à Graz — les disciples de Breslau en Europe
Le critère ultime du succès d'un séminaire réside dans ses élèves. À cette aune, Breslau occupe une place singulière. Jusqu'à sa fermeture en 1938, le séminaire eut bien plus de 700 élèves, dont environ 250 reçurent le diplôme rabbinique entre 1854 et 1938. Parmi ses étudiants figuraient Wilhelm Bacher, Leo Baeck, Philipp Bloch, Hermann Cohen, Ismar Elbogen, Ismar Freund, Max Grunwald, Moritz Güdemann et Jacob Guttmann. La présence dans cette liste de Leo Baeck, futur guide spirituel du judaïsme allemand sous le nazisme, et de Hermann Cohen, philosophe néo-kantien majeur, suffit à mesurer le rayonnement de l'institution ; les notices encyclopédiques observent qu'un grand nombre d'anciens élèves se firent un nom dans la science juive, dans la vie publique, ou dans les deux.
Plusieurs trajectoires illustrent comment la formation breslavienne irriguait des cercles très différents. Abraham Drabkin (1844–1917) arriva à Breslau grâce à une bourse de la Société pour la promotion de la culture parmi les Juifs de Russie. Né à Moguilev en Biélorussie, il avait d'abord étudié à la yeshiva de Volozhin et au séminaire rabbinique de Vilna avant d'être envoyé à Breslau, où il bénéficia de l'enseignement de Graetz, Frankel et d'autres maîtres, et acquit une formation en philosophie, histoire, théologie et orientalisme. Après avoir soutenu sa dissertation en 1875 et obtenu le grade de docteur, il retourna en Russie et fut choisi en 1876 comme Kazionny Ravin — rabbin officiel désigné par l'État — de la communauté de Saint-Pétersbourg, poste qu'il occupa jusqu'en 1908. Dans ce rôle délicat, à la fois pastoral et diplomatique, il représenta les intérêts du judaïsme russe lors des crises provoquées par les pogromes de 1881, et siégea au Comité provisoire pour la promotion des métiers et de l'agriculture parmi les Juifs de Russie. Il fut par ailleurs rédacteur de la section rabbinique des huit premiers volumes de la Yevreyskaya Entsiklopediya, l'encyclopédie juive de langue russe. [« Abraham Drabkin : une dissertation de 1875 à Breslau et un rôle éditorial dans l'encyclopédie juive russe »]
Siegmund Maybaum (1844–1919) représente quant à lui le versant rhétorique et institutionnel du rayonnement breslavien. Né le 29 avril 1844 à Miskolc dans l'Empire austro-hongrois, il reçut d'abord une formation dans les yeshivot d'Eisenstadt et de Presbourg avant d'intégrer le séminaire théologique de Breslau, où il reçut la semikha — l'ordination rabbinique — signée par Zacharias Frankel en personne, puis obtint son doctorat à l'université de Halle en 1869. Après des rabbinats à Alsó-Kubín/Dolný Kubín en Hongrie (1870–1873) puis à Saaz/Žatec en Bohême (1873–1881), il s'installa à Berlin en 1881 comme rabbin de communauté, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. À partir de 1888, il enseigna l'homilétique à la Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums — devenue Hochschule —, nommé professeur en 1903. Convaincu que la prédication pouvait et devait être enseignée comme une discipline à part entière, il transforma l'homilétique en science. Fondateur et premier président du Rabbinerverband, l'association des rabbins d'Allemagne, il convoqua à Berlin en 1884 le premier congrès national des rabbins allemands. Fervent opposant au mouvement sioniste, il mourut à Berlin le 31 juillet 1919. [« Siegmund Maybaum (1844–1919) : fondateur du Rabbinerverband allemand, mort à Berlin »]
Samuel Mühsam (1837–1907) dessine une géographie du rayonnement breslavien qui s'étend jusqu'en Styrie. Né à Landsberg en Haute-Silésie, formé au gymnase d'Oppeln puis à l'université de Breslau, il reçut sa formation rabbinique au séminaire théologique juif de Breslau. À Vienne, entre 1862 et 1864, il prêcha dans le quartier d'Ottakring et fréquenta le Beth Hamidrasch fondé par Adolf Jellinek, expérience qui le mit en contact avec les courants les plus dynamiques du judaïsme d'Europe centrale. Il obtint son doctorat à Leipzig en 1864. Après des postes rabbiniques successifs à Postoloprty, Znojmo et Bzenec, il devint en 1877 le rabbin de la communauté israélite de Graz, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort — trente années de service continu au cours desquelles il joua un rôle décisif dans la construction de la synagogue de Graz. Il publia plusieurs études comparatives sur le monde antique et les sources hébraïques : Juden und Judenthum bei Altrömischen Schriftstellern (Prague, 1864), Über Essen und Trinken der Alten Hebräer (Vienne, 1866), Ueber die Magie bei den Alten (Prague, 1867) et Das Feuer in Bibel und Talmud (Vienne, 1869). Après sa mort, ses sermons parurent à titre posthume (Leipzig, W. W. Kaufmann, 1909), réédités et commentés en 2014 par Luka Girardi (Leykam Verlag, Graz). [« Samuel Mühsam, rabbin de Graz : parcours, publications savantes et postérité éditoriale »]
Ces trois trajectoires — l'orientaliste devenu rabbin d'État à Saint-Pétersbourg, le prédicateur devenu organisateur du rabbinisme allemand, le savant devenu bâtisseur d'une communauté périphérique — illustrent l'étendue du réseau que Breslau tissa entre 1854 et 1938 à travers toute l'Europe centrale de langue allemande et au-delà. On pourrait y ajouter le cas de Moritz Güdemann, devenu grand-rabbin de Vienne et historien de la culture juive allemande, ou celui d'Ismar Elbogen, dont l'histoire de la liturgie juive demeure un classique. Aucune institution rabbinique européenne du XIXe siècle n'a diffusé sa méthode sur une aire comparable.
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Chapitre 6 : Hanovre et Offenbach, 1925–1939 — les rabbins de Weimar entre prédication et persécution
L'histoire du séminaire sous la République de Weimar est aussi celle d'une génération de rabbins formés dans une double appartenance : celle de l'institution breslavienne et celle des universités allemandes, entre lesquelles l'étudiant circulait librement. Deux figures de cette génération illustrent, par des voies distinctes et des destins convergents dans la catastrophe, l'étendue de ce que Breslau put former.
Emil Schorsch incarne la trajectoire breslavienne avec une netteté particulière. Né le 12 janvier 1899 à Hüngheim en Allemagne, orphelin de père de bonne heure et placé dans un établissement charitable dès 1907, il s'orienta d'abord vers l'enseignement, accomplissant de 1915 à 1920 une formation de maître entrecoupée par le service de guerre. Puis il choisit la voie rabbinique et s'inscrivit au séminaire théologique de Breslau, menant simultanément des études de philosophie, de psychologie et de langues orientales aux universités de Breslau et de Tübingen. C'est à Tübingen qu'il soutint en 1925 sa thèse de doctorat, intitulée Die Lehrbarkeit der Religion — « La possibilité d'enseigner la religion ». La question posée était à la fois philosophique et pastorale : peut-on transmettre l'expérience religieuse elle-même, ou l'enseignement ne peut-il qu'en façonner les structures extérieures ? Ce questionnement, au carrefour de la pédagogie, de la psychologie de la religion et de la théologie, prolongeait dans les catégories intellectuelles de Weimar le projet breslavien d'une articulation rigoureuse entre tradition et critique. [« Die Lehrbarkeit der Religion, la thèse d'Emil Schorsch (1925) et le destin d'un rabbin allemand »]
En 1927, Schorsch devint second rabbin de la communauté de Hanovre, chargé notamment du travail auprès de la jeunesse juive et de la mise en place d'un Lehrhaus pour les élèves du secondaire. Le Lehrhaus — maison d'étude ouverte, inspirée du modèle que Franz Rosenzweig avait lancé à Francfort — était précisément l'un des dispositifs que le judaïsme allemand de l'entre-deux-guerres inventait pour répondre à la sécularisation croissante de sa jeunesse : non pas l'école confessionnelle fermée sur elle-même, mais un espace d'étude et de débat ouvert à tous les niveaux de formation. En faisant de ce dispositif un élément central de son rabbinat hannovrien, Schorsch appliquait concrètement les thèses de sa dissertation.
La montée du nazisme réduisit cet élan à néant. Arrêté lors du pogrom de novembre 1938, Schorsch fut interné au camp de concentration de Buchenwald — il rejoignait ainsi, dans les circonstances les plus tragiques, les nombreux étudiants du séminaire que la police envoya au même camp lors de la même vague. Libéré, il prit la fuite avec sa famille vers l'Angleterre, puis, en 1940, vers les États-Unis, où il devint rabbin à Pottstown, en Pennsylvanie, occupant ce poste jusqu'en 1964, avant de retourner brièvement en Allemagne en 1963. Il mourut en 1982 à Vineland, dans le New Jersey. Son fils Ismar Schorsch, né à Hanovre en 1935, devint le sixième chancelier du Jewish Theological Seminary of America et président du Leo Baeck Institute de New York — filiation qui symbolise, sur deux générations, le passage de l'héritage breslavien des rives de l'Oder aux rives de l'Hudson.
Max Dienemann représente une autre facette de cette même génération, et son destin illustre une cruauté particulière : il fut persécuté par le régime nazi non pas une fois, mais deux. Né le 30 septembre 1875 à Krotoschin — aujourd'hui Krotoszyn, en Pologne — il étudia à l'université de Breslau et au Séminaire théologique juif, où il obtint à la fois son doctorat et son ordination rabbinique en 1898. Sa formation breslavienne s'inscrivait dans le courant libéral-réformé : il ne partagea pas les options du judaïsme historique positif de Frankel, mais c'est bien l'institution de la Fraenkel'sche Stiftung qui lui délivra ses titres et ses outils intellectuels. Après un rabbinat à Ratibor, en Haute-Silésie, de 1903 à 1919, il s'installa à Offenbach en 1920, communauté qu'il servit pendant dix-huit ans. Il y devint l'une des figures les plus en vue du rabbinisme libéral allemand, occupant la direction exécutive du Liberaler Rabbinerverband — association des rabbins libéraux d'Allemagne — et contribuant, dans ce cadre, à la vie intellectuelle du Freies Jüdisches Lehrhaus de Francfort fondé par Franz Rosenzweig, où il donna des cours. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
Le premier affrontement avec le régime nazi fut le fait de sa propre parole : dès 1933, il fut arrêté par la Gestapo et détenu deux semaines au camp de concentration d'Osthofen pour avoir évoqué, dans un sermon, les atrocités perpétrées dans les temps bibliques en les mettant en regard des persécutions contemporaines — soutenant qu'il importait peu, pour les victimes juives, que les violences fussent le fait d'un général étranger ou d'une police allemande. Ce langage direct, appliquant à la réalité naissante les catégories morales de la tradition, lui valut cette première incarcération. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
Le second affrontement eut lieu lors de la Nuit de Cristal de novembre 1938. Arrêté à nouveau, Dienemann fut cette fois détenu plus d'un mois au camp de concentration de Sachsenhausen. Libéré après ces semaines d'internement, il émigra en Palestine avec sa famille — et mourut à Tel-Aviv en avril 1939, trois semaines à peine après son arrivée, des suites des mauvais traitements qu'il avait subis. Sa mort, conséquence directe de la violence nazie, fit de lui l'une des premières victimes rabbiniques à proprement parler assassinées par le régime, même si c'est par les séquelles différées d'un internement. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
Mais Dienemann avait accompli, avant même ces épreuves, un geste historique : en décembre 1935, en sa qualité de directeur exécutif du Liberaler Rabbinerverband, il avait procédé, dans son appartement d'Offenbach, à l'ordination de Regina Jonas — première femme rabbine de l'histoire. Le diplôme qu'il lui signa attesta de sa qualification au regard du droit religieux, après examen. Cet acte, accompli dans la discrétion contrainte d'une communauté déjà menacée, s'inscrivit dans l'histoire du judaïsme comme un moment fondateur de l'émancipation des femmes dans le monde rabbinique. Les papiers de Dienemann — sermons, documents liés à la Nuit de Cristal, notes de cours du Lehrhaus de Francfort — sont aujourd'hui conservés au Center for Jewish History et au Leo Baeck Institute de New York, sous l'intitulé Max Dienemann Collection, 1898–1948. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
La convergence des destins de Schorsch et de Dienemann — tous deux formés à Breslau, tous deux rabbins actifs dans l'Allemagne de Weimar, tous deux arrêtés et internés lors des grandes vagues de persécution de 1933 et 1938 — illustre la manière dont le séminaire de Breslau forma des hommes qui durent, au sens le plus concret, payer de leur liberté et parfois de leur vie la fidélité à leur mission rabbinique. La même courbe se retrouve chez leurs maîtres : Albert Lewkowitz, après vingt-cinq ans d'enseignement à Breslau, gagna les Pays-Bas en 1939, enseigna au séminaire rabbinique d'Amsterdam, fut interné à Westerbork en 1943 puis transféré à Bergen-Belsen, survécut, et finit ses jours à Haïfa comme rabbin de la congrégation Ahavat Zion et enseignant du séminaire de formation des maîtres Even Pinnah.
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Chapitre 7 : La collection Saraval, le gouvernement collégial et la bibliothèque, 1875–1938
La mort du fondateur intellectuel ouvrit une période de transition institutionnelle. Après sa mort en 1875, Frankel fut remplacé par L. Lazarus ; lorsque ce dernier mourut en 1879, les fonctions administratives furent désormais exercées collectivement par les enseignants. Ce passage d'une présidence personnelle à un gouvernement collégial marque une étape importante de la maturation de l'établissement : l'institution, désormais ancrée dans ses méthodes et ses traditions, n'avait plus besoin d'un fondateur charismatique pour assurer sa cohérence. Au sein de cette collégialité, une primauté demeurait néanmoins reconnue à la chaire talmudique. Celui qui enseignait le Talmud et la science rabbinique occupait le poste de « rabbin du séminaire » et était seul habilité à conférer l'ordination rabbinique — disposition qui consacrait, jusque dans l'architecture du pouvoir académique, la place centrale de l'étude talmudique dans la conception breslavienne du judaïsme. Israel Lewy, de 1883 à 1917, puis Michael Guttmann, de 1921 à 1933, furent les titulaires les plus marquants de cette charge.
L'influence du séminaire ne se limitait pas à ses salles de cours et à ses chaires rabbiniques. Sa bibliothèque constituait, à elle seule, l'un des instruments majeurs de la science juive européenne. Elle s'était constituée sur un socle prestigieux : la collection de manuscrits et d'incunables acquise par le séminaire auprès du grand bibliophile italien Leon Vita Saraval, de Trieste — quarante pièces rares, dont trente-quatre manuscrits et six incunables, selon l'identification établie par le bibliographe Benjamin Richler. Autour de ce noyau, le fonds s'accrut jusqu'à dépasser les trente mille volumes — certains témoignages avancent le chiffre de quarante mille pour les dernières années — et plus de quatre cents manuscrits hébreux de valeur, dont le catalogue fut publié en 1965 par D. S. Loewinger et B. D. Weinryb, bien après la disparition physique de la bibliothèque.
Cette bibliothèque conservait non seulement les instruments de la science rabbinique et les sources de la Wissenschaft des Judentums, mais aussi des écrits civiques et juridiques produits par les milieux juifs éclairés des provinces environnantes. C'est ainsi qu'y fut déposé et conservé un exemplaire de la brochure de Meyer Levy — juriste de Fraustadt —, intitulée Der Staat und die Juden im Norddeutschen Bunde (Lissa, 1867), dans laquelle l'auteur interpellait le Parlement nord-allemand sur l'émancipation civile et politique des Juifs. La présence de ce texte dans les collections signale que la bibliothèque du séminaire fonctionnait aussi comme un lieu de mémoire pour la production intellectuelle et militante de toute une région. L'exemplaire a survécu : numérisé par la Wielkopolska Digital Library, il témoigne aujourd'hui encore de cet usage documentaire. [« Meyer Levy : du pamphlet de 1867 pour l'émancipation des Juifs à son assassinat à Berlin en 1896 »]
Parmi les manuscrits hébreux les plus précieux que la bibliothèque conserva, le « n° 103 » — le manuscrit du commentaire du Rashbam sur la Torah — mérite une attention particulière. C'est sur ce codex que David Rosin, enseignant du séminaire, établit en 1881 la première édition critique imprimée de ce commentaire médiéval, aujourd'hui répertoriée sous la référence : Perush ha-Torah asher katav Rashbam, éd. David Rosin, Breslau, Schottlaender, 1881. Après l'usage qu'en fit Rosin, le manuscrit disparut des radars de la recherche : son emplacement cessa d'être connu et, pendant des décennies, les spécialistes le tinrent pour définitivement perdu. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] La cote « n° 103 » resta pourtant dans la mémoire savante comme une référence fantôme — un numéro de catalogue sans objet, cité de génération en génération dans les apparats critiques des éditions du Rashbam.
À ces fonds s'ajoutaient les archives propres de l'établissement : registres de matricule, procès-verbaux manuscrits des conférences d'enseignants de 1894 à 1938, journal de l'institution et notes personnelles d'étudiants. Une partie de ces documents, aujourd'hui conservée aux Archives historiques générales du peuple juif à Jérusalem et accessible sous forme de microfilms, forme la base documentaire de toute enquête sérieuse sur la vie interne du séminaire. Une autre partie — manuscrits, publications, photographies — a rejoint les collections du Leo Baeck Institute de New York, où le fonds Jüdisch-Theologisches Seminar Breslau 1854–1964 rassemble les matériaux issus de l'institution et ceux produits à son sujet, y compris après sa disparition.
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Chapitre 8 : Novembre 1938, Wiesbaden, Prague, Moscou — la destruction et la diaspora des livres
La fin du séminaire fut brutale et s'inscrit dans la persécution générale des Juifs allemands. Le pogrom de novembre 1938 — la « Nuit de Cristal » — frappa l'institution de plein fouet : le séminaire fut saccagé et la majeure partie de sa bibliothèque détruite. Sur ordre de la police, toutes les activités d'enseignement durent cesser ; de nombreux étudiants furent envoyés au camp de concentration de Buchenwald, parmi lesquels des rabbins déjà formés comme Emil Schorsch, qui subit cette épreuve depuis son poste hannovrien. Max Dienemann, venu d'Offenbach, fut quant à lui interné à Sachsenhausen durant la même vague de violence. Ces deux destins breslaviens — internements simultanés lors de la même Nuit de Cristal, dans deux camps différents — résument à eux seuls la brutalité de la rupture que l'automne 1938 imposa à l'ensemble du monde rabbinique allemand formé par le séminaire. Dans la ville elle-même, toutes les maisons de prière furent détruites, y compris la Nouvelle Synagogue achevée en 1872 ; seule la synagogue « Storch » resta debout.
La perte documentaire fut considérable. Avec la bibliothèque disparurent des collections de manuscrits hébreux médiévaux que rien ne pouvait remplacer, et nombre d'écrits dont l'exemplaire de Breslau était peut-être unique. Il faut cependant distinguer deux mouvements : la destruction pure et simple, et le pillage organisé. Une partie du fonds le plus précieux avait été volée par les nazis avant même le pogrom, dans le cadre de leur entreprise de « documentation » pseudo-scientifique du judaïsme, destinée à servir une idéologie de la disparition. C'est cette part-là qui survécut, précisément parce qu'elle avait été jugée digne d'être conservée par ses spoliateurs.
Pourtant, dans les ruines, l'esprit du séminaire ne s'éteignit pas immédiatement. Bien que l'institution eût reçu peu après l'ordre de fermer de la part des autorités nazies, un travail plus ou moins clandestin se poursuivit, et deux étudiants rabbiniques supplémentaires furent ordonnés en secret le 21 février 1939. Cet ultime acte de fidélité discrète scelle plus de huit décennies d'enseignement.
Le destin posthume des collections survivantes mérite d'être rappelé dans le détail, car il constitue l'un des dossiers les plus instructifs de l'histoire des spoliations culturelles. À la fin de la guerre, les Alliés découvrirent les fonds résiduels de la bibliothèque — connus sous le nom de « Breslauer Schriften », les « écrits de Breslau » — dans un dépôt à Wiesbaden. En 1950, environ six mille de ces livres arrivèrent en Suisse et furent remis à la Fédération suisse des communautés israélites ; un programme de restauration et de mise à disposition du public a été engagé avec le soutien de la ville et du canton de Zurich. Ces vestiges demeurent les témoins matériels d'une institution dont l'œuvre fut en grande partie anéantie, mais dont la mémoire persiste.
La collection Saraval connut un itinéraire encore plus sinueux. Tombée dans le pillage nazi des bibliothèques et archives juives d'Europe entre 1933 et 1945, elle fut redécouverte à Prague dans les années 1990, puis transférée, au terme de longues négociations, de la Bibliothèque nationale de la République tchèque vers la Pologne en décembre 2004 — revenue ainsi à Wrocław, c'est-à-dire dans la ville même où elle avait été rassemblée sous son nom allemand. Ses manuscrits et incunables ont depuis été numérisés dans le cadre du projet Manuscriptorium. L'historienne Anna Kawałko a fait de ce trajet le cas d'école d'une réflexion plus large sur la restitution des biens culturels juifs après la Seconde Guerre mondiale.
Reste le cas du manuscrit n° 103. Début juin 2026, le chercheur Yisrael Dubitsky, travaillant sur des manuscrits du commentaire de Rachi conservés dans le fonds Günzburg de la Bibliothèque d'État de Russie à Moscou, identifia un codex longtemps tenu pour perdu : le manuscrit du commentaire de la Torah du Rashbam, catalogué depuis des décennies à tort comme un commentaire de Rachi, et correspondant au n° 103 du séminaire théologique juif de Breslau — celui-là même qui avait servi de base à la première édition imprimée de 1881 avant de disparaître. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] L'erreur d'attribution explique l'invisibilité du document : les chercheurs qui le cherchaient sous le nom du Rashbam ne pouvaient le trouver rangé sous celui de son grand-père.
Le chemin suivi par le codex entre Breslau et Moscou n'est pas encore documenté avec certitude. L'hypothèse retenue par les comptes rendus est un transfert en Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale, suivi d'une absorption dans les collections d'archives sans que son identité fût reconnue. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] L'annonce, faite les 7 et 8 juin 2026 et relayée simultanément par la presse juive russophone, hébraïque et anglophone, a été saluée comme l'une des trouvailles les plus significatives des dernières années pour l'étude de l'exégèse médiévale de la Torah. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] À Moscou, le rabbin Boruch Gorin, président du Musée juif et directeur des éditions L'Chaim, a exprimé publiquement l'attente d'un examen approfondi des feuillets et des conclusions du chercheur, rappelant que chaque mot retrouvé des grands Rishonim modifie l'état du savoir.
La dispersion des hommes et des livres fut ainsi, paradoxalement, un vecteur de transmission : les anciens élèves du séminaire portèrent ses méthodes et ses valeurs jusqu'en Palestine, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, essaimant un héritage que la violence nazie ne parvint pas à abolir. Dienemann lui-même emporta cet héritage jusqu'à Tel-Aviv, même si la mort l'attendait à l'arrivée ; et les papiers qu'il laissa — conservés aujourd'hui au Leo Baeck Institute de New York — prolongent, dans les archives américaines, la mémoire d'une institution dont le rayonnement ne cessa jamais, ni avant ni après 1938. Wiesbaden, Zurich, Prague, Wrocław, Jérusalem, New York, Moscou : la carte de la bibliothèque de Breslau après 1938 est celle d'un éclatement, mais aussi celle d'une survie improbable, dont chaque étape a demandé le travail patient d'un archiviste, d'un bibliographe ou d'un négociateur.
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Les grandes figures
Jonas Fraenkel (dates de naissance inconnues, † vers 1846) — Homme d'affaires et notable communautaire de Breslau, président de la communauté juive locale, Fraenkel est le fondateur matériel du séminaire. Son testament légua la plus grande partie de sa fortune à des œuvres charitables et, au premier chef, à l'établissement d'un séminaire théologique juif portant son nom. Partisan d'Abraham Geiger, il n'eut pas la satisfaction de voir son projet aboutir ni de choisir lui-même son directeur : les exécuteurs testamentaires s'en chargèrent, optant pour Zacharias Frankel. Son legs constitua la « Fraenkel'sche Stiftung », fondation qui demeura le support juridique de l'institution jusqu'à sa fermeture forcée.
Zacharias Frankel (1801–1875) — Né à Prague, formé au Talmud et aux sciences profanes à Budapest, Frankel fut le premier directeur du séminaire de Breslau, de son ouverture en 1854 jusqu'à sa mort. Théologien et philologue, il élabora le concept de judaïsme historique positif, socle doctrinal de l'école de Breslau, et fonda la Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums (1851), principale revue de la Wissenschaft des Judentums. En 1870, il publia à Breslau le Mevo ha-Yerushalmi, premier travail universitaire entièrement consacré au Talmud de Jérusalem, réimprimé à Jérusalem en 1967. Son Darkhei ha-Mishnah suscita la polémique de Samson Raphael Hirsch.
Abraham Geiger (1810–1874) — Théologien et réformateur, Geiger est la figure absente du séminaire : c'est lui qui en conçut l'idée intellectuelle, gagna le soutien de Jonas Fraenkel et aurait dû, selon la volonté probable du testateur, en prendre la direction. Évincé par les exécuteurs testamentaires au profit de Frankel, il poursuivit sa carrière à Francfort puis à Berlin, où il fonda la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums (1872). Son exclusion de Breslau fut l'un des épisodes fondateurs de la séparation institutionnelle entre Réforme et judaïsme historique positif.
Heinrich Graetz (1817–1891) — Historien, exégète et enseignant du séminaire de Breslau dès ses premières années de fonctionnement, Graetz y enseigna l'histoire juive et l'exégèse biblique jusqu'à la fin de sa vie. Son œuvre monumentale, la Geschichte der Juden en onze volumes, constitue le premier grand récit synthétique de l'histoire du peuple juif fondé sur la critique des sources primaires. Les notices consacrées à la communauté de Breslau le retiennent comme l'une de ses deux personnalités les plus marquantes. Son appartenance au séminaire fit de celui-ci le centre névralgique de l'historiographie juive moderne en Europe.
Jacob Bernays (1824–1881) — Philologue classique de premier rang, frère du philosophe Michael Bernays, Jacob Bernays fut l'un des premiers enseignants choisis par Frankel pour constituer la faculté du séminaire. Spécialiste d'Aristote, de Théophraste et de l'Antiquité gréco-romaine, il représenta à Breslau l'ambition d'une intégration pleine de la culture classique dans la formation rabbinique. Son refus du baptême, malgré les pressions et les perspectives académiques qu'il lui aurait ouvertes, fit de lui une figure emblématique de la fidélité intellectuelle et identitaire.
Manuel Joël (1826–1890) — Philosophe et enseignant du séminaire, Joël fut l'un des représentants les plus importants de l'école de pensée de Breslau dans le domaine de la philosophie juive médiévale et de ses relations avec la scolastique chrétienne. Ses travaux portèrent notamment sur l'influence d'Averroès et d'Avicenne sur la philosophie chrétienne médiévale. Il illustra ainsi la vocation comparatiste de l'école de Breslau, soucieuse de situer la pensée juive dans l'espace intellectuel plus large de la civilisation méditerranéenne et européenne. Il fut par ailleurs rabbin de la communauté de Breslau.
David Rosin (1823–1894) — Philologue hébraïste et enseignant du séminaire de Breslau, Rosin est notamment l'auteur de l'édition critique de référence du commentaire de la Torah par le Rashbam (Perush ha-Torah, Breslau, Schottlaender, 1881), établie à partir du manuscrit catalogué « n° 103 » dans la bibliothèque du séminaire. Ce travail d'édition représente l'un des accomplissements les plus durables de la philologie breslavienne appliquée à l'exégèse médiévale. Après la disparition du manuscrit source au lendemain de sa publication, son édition demeura pendant plus d'un siècle la seule voie d'accès scientifique au commentaire. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »]
Benedict Zuckermann (1818–1891) — Mathématicien et astronome, né à Breslau le 9 octobre 1818 et mort dans la même ville le 17 décembre 1891, Zuckermann fut l'un des premiers assistants du séminaire, bientôt promu au rang d'enseignant régulier. Spécialiste du calendrier hébraïque et de l'astronomie rabbinique, il illustra la dimension scientifique de la formation dispensée à Breslau, où la maîtrise des sciences exactes était considérée comme indissociable de la culture rabbinique. Ses travaux sur les instruments astronomiques dans le Talmud restent une référence, et son catalogue de la bibliothèque du séminaire constitue une source documentaire précieuse.
Israel Lewy (1841–1917) — Né à Inowrocław, alors Hohensalza, Lewy fut formé au séminaire et à l'université de Breslau, puis enseigna le Talmud à la Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums de Berlin dans les années 1870. En 1883, à la mort de David Joël, il fut rappelé à Breslau comme titulaire de la chaire talmudique et Seminarrabbiner, seul habilité à ordonner. Son étude de 1876 sur les fragments de la Mishna d'Abba Saul et son édition de la Mekhilta de Rabbi Shimon (1889) sont tenues pour des modèles de la critique talmudique moderne. Il joignait liberté d'enquête et observance stricte.
Michael Guttmann (1872–1942) — Talmudiste hongrois formé au séminaire rabbinique et à l'université de Budapest, ordonné en 1903, Guttmann fut de 1921 à 1933 rabbin du séminaire de Breslau et professeur de Talmud et de halakha ; il fut professeur invité à l'Université hébraïque de Jérusalem en 1925, puis appelé en 1933 à diriger le séminaire de Budapest. Ses monographies de méthode — Asmakhta (1924), Beḥinat ha-Mitzvot (1928), Beḥinat Kiyyum ha-Mitzvot (1931) — parurent dans les rapports annuels breslaviens. Il associait une connaissance vaste des sources à une approche critique résolument moderne.
Albert Lewkowitz (1883–1954) — Né à Georgenberg, en Silésie, Lewkowitz étudia au séminaire de Breslau de 1903 à 1909 et y fut ordonné rabbin le 27 janvier 1910. D'avril 1914 à la dissolution de l'établissement, interrompu seulement par son service d'aumônier militaire de 1914 à 1916, il y enseigna la philosophie moderne de la religion et l'histoire de la philosophie. Réfugié aux Pays-Bas, il enseigna au séminaire rabbinique d'Amsterdam avant d'être interné à Westerbork en 1943, puis déporté à Bergen-Belsen. Il s'établit ensuite à Haïfa, rabbin et enseignant jusqu'à sa mort.
Isaak Heinemann (1876–1957) — Philologue classique et historien de la pensée juive antique, Heinemann compta parmi les enseignants marquants du séminaire dans sa dernière période. Spécialiste de Philon d'Alexandrie et du judaïsme hellénistique, il formula la définition la plus citée du programme breslavien : faire droit conjointement à l'exigence de la science et à celle de la conscience historique au sein du judaïsme. Contraint à l'exil, il poursuivit son œuvre à Jérusalem, où ses travaux sur les raisons des commandements et sur la pensée juive antique firent longtemps autorité.
Guido Kisch (1889–1985) — Historien du droit, spécialiste du statut juridique des Juifs dans l'Allemagne médiévale, Kisch figura parmi les enseignants du séminaire dans l'entre-deux-guerres avant d'émigrer aux États-Unis. Il dirigea en 1963 la publication de The Breslau Seminary. Memorial Volume, ouvrage collectif qui reste la principale synthèse commémorative consacrée à l'institution et rassemble témoignages, études et documents sur son histoire. Son travail d'éditeur a sauvé de l'oubli une part de la mémoire interne du séminaire, dont les archives avaient été dispersées.
Siegmund Maybaum (1844–1919) — Né le 29 avril 1844 à Miskolc dans l'Empire austro-hongrois, formé aux yeshivot d'Eisenstadt et de Presbourg puis au séminaire théologique de Breslau, où il reçut la semikha signée par Zacharias Frankel, il fut docteur de Halle en 1869. Rabbin à Dolný Kubín (1870–1873) puis à Žatec (1873–1881), il s'installa à Berlin en 1881. Professeur d'homilétique à la Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums à partir de 1888, nommé professeur en 1903, il transforma l'homilétique en discipline académique. Fondateur et premier président du Rabbinerverband, il convoqua en 1884 le premier congrès des rabbins allemands. [« Siegmund Maybaum (1844–1919) : fondateur du Rabbinerverband allemand, mort à Berlin »]
Abraham Drabkin (1844–1917) — Né à Moguilev en Biélorussie, formé à la yeshiva de Volozhin et au séminaire rabbinique de Vilna, Drabkin fut envoyé à Breslau par la Société pour la promotion de la culture parmi les Juifs de Russie. Il y étudia sous la direction de Graetz et Frankel, soutint en 1875 sa dissertation Fragmenta Commentarii ad Pentateuchum Samaritano-arabicum, et obtint le grade de docteur. De 1876 à 1908, il fut Kazionny Ravin de Saint-Pétersbourg, représentant du judaïsme russe lors des crises des pogromes de 1881. Rédacteur de la section rabbinique des huit premiers volumes de la Yevreyskaya Entsiklopediya. [« Abraham Drabkin : une dissertation de 1875 à Breslau et un rôle éditorial dans l'encyclopédie juive russe »]
Samuel Mühsam (1837–1907) — Né à Landsberg en Haute-Silésie, formé au gymnase d'Oppeln puis à l'université de Breslau, il reçut sa formation rabbinique au séminaire théologique juif de Breslau avant d'obtenir son doctorat à Leipzig en 1864. Élève du Beth Hamidrasch fondé par Adolf Jellinek à Vienne, il officia successivement à Postoloprty, Znojmo et Bzenec, puis devint, de 1877 à sa mort, rabbin de la communauté israélite de Graz, où il contribua à la construction de la synagogue locale. Ses études comparatives sur le monde antique et les sources hébraïques et ses sermons posthumes (1909) ont été réédités en 2014. [« Samuel Mühsam, rabbin de Graz : parcours, publications savantes et postérité éditoriale »]
Leo Baeck (1873–1956) — Élève du séminaire de Breslau, Baeck devint le rabbin le plus représentatif du judaïsme libéral allemand au XXe siècle. Auteur de Das Wesen des Judentums (1905), il présida la Reichsvertretung der Deutschen Juden sous le régime nazi, refusant l'émigration pour rester auprès de sa communauté, et fut déporté à Theresienstadt en 1943. Sa survie et son autorité morale en firent après 1945 l'une des voix les plus respectées du judaïsme mondial. Sa formation à Breslau marqua profondément son rapport à la tradition et à l'histoire ; l'institut qui porte son nom conserve les archives du séminaire.
Hermann Cohen (1842–1918) — Philosophe néo-kantien, fondateur de l'École de Marbourg et auteur de Religion der Vernunft aus den Quellen des Judentums (posthume, 1919), Cohen figura parmi les étudiants du séminaire de Breslau avant de poursuivre une carrière universitaire à Marbourg. Son passage à Breslau lui donna les bases d'une réflexion qui tenta de concilier la philosophie critique de Kant avec une interprétation rationnelle du judaïsme. Il reste l'une des figures majeures de la philosophie juive moderne, formée en partie dans l'orbite du séminaire.
Jacob Guttmann (1845–1919) — Philosophe et historien de la philosophie juive médiévale, Guttmann fut l'un des maîtres les plus influents de l'école de Breslau dans le domaine des rapports entre pensée juive et philosophie scolastique chrétienne. Aux côtés de Manuel Joël, il incarna la vocation propre de l'institution à l'étude des échanges intellectuels entre civilisations, notamment la réception de la pensée juive médiévale chez les auteurs latins. Son fils Julius Guttmann poursuivit cette tradition dans le champ de la philosophie juive du XXe siècle, assurant sur deux générations la continuité d'une même enquête.
Wilhelm Bacher (1850–1913) — Orientaliste et talmudiste hongrois, formé notamment dans l'orbite du séminaire de Breslau, Bacher enseigna au séminaire rabbinique de Budapest où il devint une autorité de la science juive européenne. Ses travaux sur l'aggada des tannaïm et des amoraïm et sur l'histoire de la grammaire hébraïque médiévale constituent des instruments encore consultés. Il figure parmi les élèves breslaviens qui diffusèrent la méthode de l'école dans le monde hongrois, alors l'un des foyers les plus actifs de l'érudition juive d'Europe centrale.
Moritz Güdemann (1835–1918) — Formé au séminaire de Breslau, Güdemann devint rabbin à Magdebourg puis grand-rabbin de Vienne, où il exerça pendant plusieurs décennies. Historien de la culture, il consacra son œuvre principale à l'histoire de l'éducation et de la culture des Juifs d'Occident au Moyen Âge, appliquant au domaine culturel la méthode critique apprise à Breslau. Adversaire déclaré du sionisme politique de Theodor Herzl, il représenta une variante viennoise du judaïsme historique positif, soucieuse de conjuguer fidélité rituelle et intégration civique.
Ismar Elbogen (1874–1943) — Formé au séminaire de Breslau, Elbogen enseigna ensuite à la Lehranstalt puis Hochschule für die Wissenschaft des Judentums de Berlin, dont il fut l'une des figures dirigeantes. Son histoire du culte synagogal, Der jüdische Gottesdienst in seiner geschichtlichen Entwicklung, demeure l'ouvrage de référence sur l'évolution de la liturgie juive. Émigré aux États-Unis, il y poursuivit son travail auprès des institutions savantes juives américaines. Sa carrière illustre la circulation constante des savants entre les deux grands séminaires allemands, rivaux par la doctrine et solidaires par la méthode.
Meyer Levy (1833–1896) — Juriste et publiciste né à Wollstein, en Prusse, Levy exerça comme avocat à Fraustadt avant de s'établir à Berlin. En 1867, il publia à Lissa Der Staat und die Juden im Norddeutschen Bunde, brochure interpellant le Parlement nord-allemand sur l'émancipation des Juifs. Un exemplaire de ce texte fut conservé à la bibliothèque du séminaire rabbinique Fränckel de Breslau, aujourd'hui numérisé par la Wielkopolska Digital Library. Il mourut à Berlin le 18 octobre 1896. [« Meyer Levy : du pamphlet de 1867 pour l'émancipation des Juifs à son assassinat à Berlin en 1896 »]
Emil Schorsch (1899–1982) — Né le 12 janvier 1899 à Hüngheim, Emil Schorsch fit ses études rabbiniques au séminaire théologique de Breslau tout en suivant des cours de philosophie, de psychologie et de langues orientales aux universités de Breslau et de Tübingen, où il soutint en 1925 sa thèse Die Lehrbarkeit der Religion. Nommé en 1927 second rabbin de Hanovre, il y développa un Lehrhaus pour les jeunes. Arrêté lors de la Nuit de Cristal et interné à Buchenwald, il s'exila en Angleterre puis aux États-Unis, où il fut rabbin à Pottstown, en Pennsylvanie, de 1940 à 1964. [« Die Lehrbarkeit der Religion, la thèse d'Emil Schorsch (1925) et le destin d'un rabbin allemand »]
Max Dienemann (1875–1939) — Né le 30 septembre 1875 à Krotoschin, aujourd'hui Krotoszyn en Pologne, il étudia à l'université de Breslau et au Séminaire théologique juif, obtenant doctorat et ordination rabbinique en 1898. Rabbin à Ratibor (1903–1919) puis à Offenbach (1920–1938), directeur exécutif du Liberaler Rabbinerverband, il fut l'une des voix majeures du rabbinisme libéral allemand. En décembre 1935, il ordonna chez lui Regina Jonas. Arrêté en 1933 et interné à Osthofen pour un sermon, puis à Sachsenhausen après la Nuit de Cristal, il mourut à Tel-Aviv en avril 1939 des suites de sa détention. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
Regina Jonas (1902–1944) — Première femme ordonnée rabbin dans l'histoire du judaïsme, Regina Jonas fut formée à Berlin, à la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums, et reçut son diplôme rabbinique en décembre 1935 des mains de Max Dienemann, dans l'appartement de ce dernier à Offenbach. Elle exerça ensuite un ministère d'enseignement et d'assistance auprès des communautés juives de Berlin soumises à la persécution, puis à Theresienstadt, où elle fut déportée. Elle fut assassinée à Auschwitz en 1944. Son ordination relie l'histoire du judaïsme libéral allemand à celle des diplômés de Breslau. [« Offenbach-Tel-Aviv, 1875-1939 : Max Dienemann, rabbin réformé persécuté deux fois par les nazis »]
Leon Vita Saraval (dates inconnues) — Bibliophile italien établi à Trieste, Saraval réunit une collection de manuscrits hébreux et d'incunables dont le séminaire de Breslau fit l'acquisition, et qui constitua le socle de sa bibliothèque. Quarante pièces rares en ont été identifiées — trente-quatre manuscrits et six incunables — dont la provenance breslavienne fut établie par le bibliographe Benjamin Richler. Spoliée par les nazis, la collection fut retrouvée à Prague dans les années 1990, puis transférée en Pologne en décembre 2004. Son nom demeure attaché au fonds le plus précieux du séminaire.
Ismar Schorsch (né en 1935) — Né à Hanovre, fils du rabbin Emil Schorsch, il quitta l'Allemagne enfant avec sa famille et fit carrière aux États-Unis comme historien du judaïsme allemand moderne. Sixième chancelier du Jewish Theological Seminary of America et président du Leo Baeck Institute de New York, il a consacré une part importante de ses travaux à la Wissenschaft des Judentums et à l'héritage intellectuel du judaïsme allemand. Sa trajectoire prolonge, sur deux générations et deux continents, la filiation breslavienne du judaïsme conservateur américain.
Yisrael Dubitsky (dates inconnues) — Bibliothécaire et chercheur spécialiste des manuscrits hébreux, Dubitsky travaillait début juin 2026 sur les manuscrits du commentaire de Rachi conservés dans le fonds Günzburg de la Bibliothèque d'État de Russie à Moscou lorsqu'il identifia le codex du commentaire de la Torah du Rashbam, catalogué à tort depuis des décennies sous le nom de Rachi, et reconnut en lui le manuscrit n° 103 du séminaire de Breslau. Sa découverte, annoncée les 7 et 8 juin 2026, est tenue pour l'une des plus importantes de la décennie pour l'exégèse médiévale. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »]
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- v1 · الإصدار الحالي · 16 سبتمبر 2026
Conclusion
L'histoire du Séminaire théologique juif de Breslau est celle d'une réussite intellectuelle exceptionnelle close par une tragédie. Né d'un legs et d'une querelle de fondateurs, il sut, sous l'impulsion de Zacharias Frankel, donner forme institutionnelle à une théologie de la médiation — le judaïsme historique positif — qui refusait de choisir entre la fidélité à la tradition et l'exigence de la critique savante. Reconnu comme le premier séminaire rabbinique académique d'Europe centrale, il devint un modèle dont la postérité s'étend bien au-delà des frontières de la Silésie.
L'ampleur de la production savante accomplie dans ses murs donne la mesure de ce que le projet breslavien rendit possible. La Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums, lancée par Frankel dès 1851, offrit pendant des décennies à la science juive de langue allemande son principal véhicule ; les Jahresberichte, publiés jusqu'en 1937, accueillirent les travaux les plus techniques de la maison ; l'édition critique de Rosin sur le commentaire du Rashbam (1881) constitua un jalon de la philologie hébraïque médiévale ; et la publication, en 1870, du Mevo ha-Yerushalmi illustra avec éclat la vocation propre de l'école : ouvrir des chantiers entiers plutôt que d'étayer des certitudes établies. En consacrant le premier travail universitaire entièrement au Talmud de Jérusalem, Frankel signalait que le Talmud palestinien, le grand parent pauvre de la tradition, méritait une investigation aussi rigoureuse que son homologue babylonien — geste qui n'a rien perdu de sa pertinence, l'ouvrage étant réédité à Jérusalem en 1967 et demeurant une référence citée par les spécialistes actuels. [« Mevo ha-Yerushalmi (1870) : le premier ouvrage académique entièrement consacré au Talmud de Jérusalem »]
Sa postérité dépasse de loin le XIXe siècle. Sous le nom de judaïsme conservateur, le courant formé à Breslau connut au XXe siècle sa plus grande croissance aux États-Unis. Mais l'institution rayonna aussi dans des directions moins attendues : vers l'Empire russe, avec Abraham Drabkin portant la méthode philologique breslavienne jusqu'à Saint-Pétersbourg et à la Yevreyskaya Entsiklopediya ; vers Berlin et le monde rabbinique organisé, avec Siegmund Maybaum transformant l'homilétique en discipline académique et fondant le premier réseau professionnel des rabbins allemands ; vers la Styrie, avec Samuel Mühsam animant pendant trente ans la communauté de Graz ; vers Vienne et Budapest, avec Moritz Güdemann et Michael Guttmann. Et jusque dans l'Allemagne de Weimar, avec Emil Schorsch formulant dans sa thèse de 1925 les conditions philosophiques d'une transmission de l'expérience religieuse — avant que la violence nazie ne contraigne ce projet, comme tant d'autres, à s'accomplir en exil.
Le destin de Max Dienemann ajoute à ce tableau une dimension particulièrement sombre et particulièrement significative. Lui aussi formé à Breslau, lui aussi rabbin actif dans l'Allemagne de Weimar, il incarne la convergence de deux engagements que l'institution rendit possibles : le courage pastoral d'une parole publique qui lui valut sa première arrestation dès 1933, et la lucidité historique qui le conduisit, en 1935, à procéder à l'ordination de Regina Jonas, premier acte officiel d'admission d'une femme dans la dignité rabbinique. Sa mort en avril 1939 à Tel-Aviv fait de lui la figure la plus tragique d'une génération pour laquelle Breslau avait été un lieu d'articulation entre tradition et liberté.
La bibliothèque du séminaire, avec ses dizaines de milliers de volumes, ses quatre cents manuscrits hébreux et le noyau prestigieux de la collection Saraval acquise auprès du bibliophile triestin, était elle-même un nœud de cette vie intellectuelle. Elle conservait aussi bien les outils de la science talmudique que des écrits civiques produits par les milieux juifs éclairés des provinces environnantes, et des codex d'une importance considérable pour l'histoire de l'exégèse juive médiévale — au premier rang desquels le manuscrit n° 103 du commentaire du Rashbam sur la Torah, qui avait servi à David Rosin pour établir en 1881 la première édition critique imprimée de ce texte fondamental. Sa destruction en 1938 constitua une perte documentaire irréparable pour l'histoire du judaïsme d'Europe centrale. Pourtant, dans les ruines, l'esprit du séminaire résista jusqu'à la dernière ordination clandestine du 21 février 1939 ; les « Breslauer Schriften », retrouvés par les Alliés dans un dépôt de Wiesbaden et parvenus en Suisse en 1950, y sont aujourd'hui l'objet d'un programme de restauration ; et la collection Saraval, réapparue à Prague dans les années 1990, est revenue à Wrocław en décembre 2004.
La redécouverte annoncée en juin 2026 du manuscrit du Rashbam dans le fonds Günzburg de la Bibliothèque d'État de Russie — où il dormait sous une attribution erronée au commentaire de Rachi, invisible aux chercheurs qui le croyaient perdu — est venue rappeler que l'histoire documentaire du séminaire de Breslau n'est pas close. [« Un commentaire perdu du Rashbam sur la Torah retrouvé à Moscou »] Des vestiges de son travail intellectuel continuent d'émerger dans des archives éloignées, portés par des trajectoires que la recherche reconstitue encore, et dont le détail — comment ce codex a quitté la Silésie pour Moscou — demeure à établir. La trajectoire d'Ismar Schorsch, fils d'Emil, formé dans l'ombre de Breslau et devenu chancelier du Jewish Theological Seminary of America, offre peut-être l'image la plus saisissante de cette continuité humaine : le séminaire de Breslau n'a pas seulement transmis une méthode — il a transmis une manière d'être juif dans le monde moderne, qui résista à la persécution, franchit les océans, et continue de porter ses fruits dans des institutions qui n'oublient pas leur dette envers la ville silésienne.
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المصادر والموارد
- Maurice-Ruben Hayoun, Le Judaïsme moderne (1992)
- Dominique Bourel, Moses Mendelssohn. La naissance du judaïsme moderne (2004)
- Antony Polonsky, The Jews in Poland and Russia, Volume I: 1350 to 1881 (2010)
- Israel Bartal, The Jews of Eastern Europe, 1772-1881 (2005)
- Delphine Bechtel, La Renaissance culturelle juive en Europe centrale et orientale 1897-1930. Langue, littérature et construction nationale (2002)
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