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Zakhor
1733 – 1738 · Stuttgart, Wurtemberg

La cage

Le financier du duc est arrêté le lendemain de la mort de son protecteur. On le pend dans une cage de fer, et son corps y reste six ans.

УстановленоJuifs de courWurtembergProcèsPostérité

Joseph Süss Oppenheimer devient en 1733 le juif de cour de Charles-Alexandre, duc de Wurtemberg — c’est-à-dire son financier, son fournisseur et son intendant des finances.

Il réorganise les revenus du duché, établit des monopoles d’État sur le sel, le cuir, le tabac et l’alcool, fonde une banque et une manufacture de porcelaine.

Ces mesures remplissent les caisses du duc et lui aliènent les états provinciaux, la noblesse et les corporations, dont elles rognent les privilèges.

Ce qu’était un juif de cour

La fonction est répandue dans les principautés allemandes des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Un prince a besoin d’argent liquide et de crédit international ; il le trouve auprès d’hommes qui disposent de réseaux hors de son territoire.

Ces hommes obtiennent en échange des privilèges personnels : circuler, s’établir, être exemptés des règles qui frappent leurs coreligionnaires.

Cette position n’a aucune assise juridique propre. Elle tient à la vie d’un homme, et c’est exactement ce qui va se voir.

Mars 1737

Charles-Alexandre meurt subitement en mars 1737. Oppenheimer est arrêté le lendemain.

Il est détenu onze mois. Le procès ne parvient pas à établir de détournement à son profit — les mesures reprochées étaient celles du duc, et il en avait les ordres.

Il est condamné le 17 décembre 1737 pour des méfaits que la sentence ne précise pas. La cour évite de nommer les charges parce qu’elles ne tiennent pas.

4 février 1738

Il est pendu devant les portes de Stuttgart, devant une foule immense, dans une cage de fer hissée au sommet d’une potence.

On lui propose de se convertir pour échapper au supplice ; il refuse. Les témoins rapportent qu’il récite le Chema.

Son corps reste exposé dans la cage six ans. La communauté juive de Stuttgart est expulsée dans la foulée, pour un temps.

Ce que deux siècles en ont fait

L’affaire devient un motif littéraire. Wilhelm Hauff en tire une nouvelle en 1827. Lion Feuchtwanger publie en 1925 un roman, Jud Süss, qui prend le parti d’Oppenheimer.

En 1940, le cinéma nazi produit sous le même titre un film de propagande qui inverse tout, et qui sera projeté aux unités chargées des déportations.

Un homme jugé sans chef d’accusation tenable en 1738 aura donc servi, deux siècles plus tard, à préparer d’autres condamnations. C’est le seul cas où la rubrique doit dire qu’un procès a continué de tuer après le supplice.