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Zakhor
6 août 1969 · Géorgie soviétique

La lettre des dix-huit

Dix-huit familles géorgiennes signent de leur nom une demande d'émigration — et ouvrent la première brèche soviétique.

УстановленоGéorgieURSSAliyahLettre des dix-huit

Le 6 août 1969, dix-huit familles juives de Géorgie signent une lettre adressée à la Commission des droits de l'homme des Nations unies. Elles demandent une seule chose : l'autorisation de partir pour Israël. Elles donnent leurs noms et leurs adresses. En Union soviétique, à cette date, c'est un acte d'un risque extrême.

La lettre parvient à Golda Meir, qui la lit à la Knesset ; le représentant d'Israël la porte aux Nations unies. La publicité faite aux dix-huit familles est précisément ce qui les protège : nommées dans le monde entier, elles deviennent difficiles à faire disparaître.

Les juifs de Géorgie, présents dans le Caucase depuis l'Antiquité et longtemps préservés de l'assimilation qui gagnait ailleurs, avaient traversé les décennies soviétiques avec une vie religieuse dense. Près de trente mille d'entre eux émigrèrent dans les années 1970, selon les décomptes — première brèche dans un mur par lequel des centaines de milliers finiraient par passer.

Le mouvement d'émigration soviétique n'a donc pas commencé dans une capitale ni dans un milieu d'intellectuels, mais chez des familles de province qui avaient gardé leur langue et leur rite. Et il a commencé par une lettre signée en toutes lettres.