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Zakhor
1650 – 1832 · Jodensavanne, Suriname

La savane des Juifs

Une communauté juive obtient en Guyane hollandaise ce qu’elle n’a nulle part ailleurs : la terre, les armes et l’autonomie. Elle bâtit des plantations à esclaves.

УстановленоSurinamePlantationsEsclavageAutonomie

Dans les années 1650, des Juifs séfarades venus du Brésil, d’Amsterdam et de Livourne s’établissent le long du fleuve Suriname, d’abord au bord du ruisseau Cassipora.

Ils obtiennent des privilèges qui n’ont aucun équivalent dans le monde de ce temps : liberté de culte publique, autonomie judiciaire interne, droit de porter les armes, dispense de comparaître le samedi.

En 1685, ils inaugurent une seconde synagogue, Beracha ve Chalom — Bénédiction et Paix. Le lieu s’appelle Jodensavanne, la savane des Juifs.

Ce qu’ils y font

Ils cultivent la canne à sucre.

En 1694, environ cinq cent soixante-dix Juifs vivent à Jodensavanne et alentour. Ils possèdent une quarantaine de plantations, où travaillent neuf mille esclaves.

En 1730, sur environ quatre cents plantations que compte le Suriname, cent quinze appartiennent à des Juifs.

Ce qu’il faut en dire

Ce sont des Juifs propriétaires d’esclaves, en nombre, pendant plus d’un siècle et demi, et à une proportion très supérieure à leur part dans la population.

Il n’y a rien à retrancher de ce fait, ni à l’expliquer par la contrainte : ils avaient le choix des cultures, et ils ont choisi le sucre, qui exigeait ce travail-là.

L’argument selon lequel ils faisaient comme tout le monde est exact et ne vaut pas absolution — c’est celui qu’on refuse partout ailleurs dans ce récit.

Ce que la liberté leur a permis

Jodensavanne est le seul endroit du monde moderne où des Juifs ont pu bâtir une communauté depuis le sol nu, selon leurs propres besoins, sans contrainte extérieure de plan ni de résidence.

Ils y ont eu leur synagogue, leur cimetière, leur tribunal, leur milice.

Et ce qu’ils ont bâti, quand rien ne les en empêchait, ressemble exactement à ce que bâtissaient leurs voisins. C’est peut-être le renseignement le plus utile que cette expérience unique ait laissé.

Ce qu’il en reste

Les plantations déclinent au XVIIIᵉ siècle, attaquées par les Marrons — esclaves en fuite organisés en communautés armées. La synagogue brûle en 1832.

Le site est aujourd’hui une clairière en forêt, avec les fondations de la synagogue et un cimetière de plusieurs centaines de pierres.

Des fouilles archéologiques y travaillent depuis les années 2000, sur les deux populations à la fois : ceux qui étaient enterrés sous des pierres gravées, et ceux qui ne l’étaient pas.