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Zakhor
IIᵉ siècle av. J.-C. – 70 · Jérusalem

Les Sadducéens sans voix

Deux partis s’opposaient sur la résurrection et sur la loi orale. Il ne reste pas une ligne écrite par l’un des deux, et c’est l’autre qui nous le décrit.

ВероятноPharisiensSadducéensSourcesSecond Temple

Le judaïsme du Second Temple n’était pas un bloc. Flavius Josèphe décrit trois courants principaux — pharisiens, sadducéens, esséniens — et les manuscrits de la mer Morte en ont révélé au moins un quatrième, dont la règle nous est parvenue.

Les deux premiers s’opposaient sur des points qui commandent tout le reste.

Ce qui les séparait

Les pharisiens tenaient pour contraignante une tradition orale transmise de génération en génération, non consignée dans la loi de Moïse. Les sadducéens la rejetaient : seul vaut ce qui est écrit dans l’Écriture.

Ils divergeaient aussi sur la résurrection des morts et sur l’existence des anges, que les pharisiens affirmaient et que les sadducéens niaient.

Le clivage recoupait des positions sociales : les sadducéens tenaient au sacerdoce et au Temple, les pharisiens étaient des maîtres de la Loi enracinés dans la population.

Le problème des sources

Aucun écrit sadducéen n’a survécu. Pas un.

Tout ce que nous savons d’eux vient de leurs adversaires : Josèphe, qui se dit pharisien ; la littérature rabbinique, héritière du pharisaïsme ; et le Nouveau Testament, qui a ses propres comptes à régler.

C’est un cas d’école. On décrit un parti par la plume de celui qui l’a emporté, et le portrait qui en résulte est cohérent, précis, et invérifiable.

Ce que cela produit

La description qu’on lit d’ordinaire — les sadducéens aristocratiques, littéralistes, collaborateurs de Rome, sans postérité — est cohérente parce qu’elle est écrite d’un seul côté.

Il en va de même du mot pharisien, devenu en français synonyme d’hypocrite formaliste, par l’effet des polémiques évangéliques — alors que c’est le courant dont sort tout le judaïsme rabbinique.

Deux partis, deux déformations symétriques du vocabulaire : l’un a disparu sans laisser sa version, l’autre est devenu une insulte.

Ce que 70 a tranché

La destruction du Temple règle la question sans débat. Un courant dont l’autorité reposait sur le sacerdoce et le culte sacrificiel perd son objet en un été.

Les pharisiens, dont l’autorité reposait sur l’étude et sur des pratiques transportables, continuent — et c’est cette continuité que Yavné organise.

La rubrique donne ce récit au registre du probable. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait plusieurs judaïsmes ; ce qu’ils disaient exactement, un seul d’entre eux nous le raconte.