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Zakhor
depuis 1991 · Essaouira et Rabat

Le conseiller

Un juif né à Mogador devient conseiller du roi du Maroc et le reste sous deux règnes. Il passe trente ans à faire réparer les cimetières de ceux qui sont partis.

УстановленоMarocEssaouiraAzoulayPatrimoine

André Azoulay naît le 17 avril 1941 à Essaouira — Mogador —, port de la côte atlantique marocaine où les Juifs formaient, au XIXᵉ siècle, une part considérable de la population et tenaient le commerce avec l’Europe.

Après une carrière dans la finance internationale en France, il devient en 1991 conseiller du roi Hassan II, puis de son fils Mohammed VI. Il l’est toujours.

Ce que sa présence signifie

La communauté juive du Maroc comptait près de trois cent mille personnes en 1948. Elle en compte aujourd’hui quelques milliers, après les départs des années 1950 à 1970.

Qu’un juif marocain soit conseiller du souverain depuis trois décennies est un fait sans équivalent dans le monde arabe contemporain.

Il faut le dire sans en faire une preuve générale : le Maroc a une histoire propre, où la protection royale des Juifs est un motif ancien — Mohammed V refusant en 1941 d’appliquer certaines mesures de Vichy en est le précédent le plus cité.

Ce qu’il a fait à Essaouira

Il fonde et préside l’association Essaouira-Mogador, et engage la ville dans une politique patrimoniale et culturelle : restauration de la médina classée, du mellah, des synagogues, du cimetière juif.

Il lance le festival Gnaoua, qui met en avant une musique afro-marocaine longtemps méprisée, et un festival des Andalousies atlantiques, où se jouent ensemble des répertoires arabo-andalous et judéo-marocains.

Le geste est cohérent : rendre visible dans l’espace public marocain une composante juive de l’histoire du pays, au lieu de la traiter comme un chapitre clos.

Ce qui est discuté

Sa position est critiquée des deux côtés, et il faut le dire.

Certains lui reprochent de servir de caution à une monarchie sur d’autres dossiers. D’autres, dans les milieux juifs, lui ont reproché ses positions constantes en faveur d’un État palestinien et sa participation à des initiatives de dialogue.

Lui-même définit son judaïsme comme additionné de sa rencontre avec la civilisation berbère et du métissage avec la civilisation arabo-musulmane — formule qui refuse le choix qu’on lui demande de faire.

Un patrimoine sans population

Le Maroc a restauré ces dernières années des dizaines de cimetières et de synagogues, et inscrit l’histoire juive dans les programmes scolaires en 2020 — une première dans un pays arabe.

La question que cela pose est réelle et sans réponse simple : que devient un patrimoine quand la communauté qui l’a produit n’habite plus le pays ?

Des dizaines de milliers de descendants reviennent chaque année en pèlerinage sur les tombes de saints. Le patrimoine est entretenu ; ce sont les vivants qui manquent.