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Zakhor
1947 · Cincinnati, Ohio

Un peuple sans passé

En 1947, un historien américain fonde des archives pour les Juifs de son pays. Sa raison : l’Europe juive venait d’être détruite, et c’était désormais à eux d’être la mémoire.

УстановленоArchivesAmériqueAprès-guerreMarcus

Jacob Rader Marcus, né en 1896 en Pennsylvanie, est le premier historien du peuple juif né en Amérique et formé aux méthodes universitaires, et le premier à se consacrer entièrement à l’étude des Juifs des États-Unis.

Il enseigne au Hebrew Union College de Cincinnati, le séminaire du judaïsme réformé américain.

En 1947, il y fonde les American Jewish Archives.

La date

1947. Deux ans après la fin de la guerre, un an avant la création de l’État d’Israël.

Marcus liait explicitement son entreprise à ce qui venait de se passer : avec la destruction du judaïsme européen, la communauté juive américaine était devenue, selon son expression, la plus grande juiverie du monde.

Et une communauté qui devient centrale doit savoir d’où elle vient, sous peine de n’avoir rien à transmettre.

La phrase

Il la répétait : un peuple qui n’a pas conscience de son passé n’a aucune assurance d’avenir.

Ce qu’il entendait collecter n’était pas les grands hommes mais l’ordinaire : la vie religieuse, associative, économique, culturelle, personnelle et familiale des Juifs américains.

Des registres de congrégations de bourgades du Midwest, des correspondances de familles, des comptes de sociétés de secours mutuel, des photographies de mariage.

Une parenté qu’il faut voir

Alfred Wiener collectait à Amsterdam en 1933 ce que les persécuteurs publiaient. La brigade du papier sauvait à Vilna en 1942 ce qu’on allait détruire.

Marcus, en 1947, fait la troisième chose : rassembler ce que personne ne menace, dans un pays libre et prospère, avant que la négligence ne le fasse disparaître.

C’est le geste le moins spectaculaire des trois, et il est peut-être le plus difficile à décider — il n’y a aucune urgence, et donc aucun moment évident pour s’y mettre.

Ce que c’est devenu

Les American Jewish Archives sont aujourd’hui le plus grand centre de recherche indépendant consacré exclusivement à l’expérience juive américaine.

Marcus est mort en 1995, à quatre-vingt-dix-neuf ans, après avoir enseigné et écrit jusqu’au bout.

L’institution porte son nom depuis. Elle a été fondée par un homme qui trouvait que son propre pays n’avait pas encore d’histoire écrite, et qui a passé un demi-siècle à la réunir.